Et les gens portent encore des Crocs

Si la fiction m’est fort utile (faut-il d’ailleurs qu’elle le soit ?) pour comprendre le monde qui nous entoure, la presse, les magazines et autres journaux ne le sont pas moins.

Du coup, je me suis permis d’ajouter cette catégorie J’ai lu quelque part, dans laquelle je glisserais, au fil de mes surprises, sourires, interrogations ou autres découvertes, quelques phrases et paragraphes tirés d’ici ou là.

L’intelligence artificielle nous conseille ce que nous devrions visionner, qui écouter, ce que nous devrions acheter en fonction de notre historique. Les algorithmes sont prudents, ils n’aiment guère le changement, pour la bonne raison qu’ils sont incapables d’imaginer autre chose. Mais si seul compte ce qui figure dans les bases de données, ne risquons-nous pas de perdre une part de nous-même ? La vie n’est-elle pas d’un ennui mortel dans le ventre mou de la statistique ? Et n’est-il pas pour le moins risqué de transposer dans l’avenir nos vieux schémas du passé ? Il n’est qu’à regarder autour de nous: une vedette de la télé-réalité siège pour la deuxième fois à la Maison-Blanche, la Terre se réchauffe d’année en année… Et les gens portent encore des Crocs.

Johanna Jürgens

Lu dans le Courrier international 1883 du 18 décembre 2025, trad. de Die Zeit du 2 mars 2025

Simili Love

Il faut lire Antoine Jaquier ! C’est important. Tout d’abord parce qu’il écrit bien, et c’est pas désagréable. Ensuite parce qu’il écrit avec ses tripes, avec la viande et des idées ! C’est rude, souvent trash, merdique, angoissant, violent (parfois très ! (Avec les chiens m’avait franchement dérangé)), inspiré, et souvent avec une vision très noire de l’avenir (mais franchement, vous y croyez encore aux lendemains radieux ?).

Avoir quelque chose à dire dans un livre change beaucoup de choses. Le style pour le style n'est pas défendable lorsque la maison brûle, mais j'ai peut-être tort. À l'image de l'orchestre du Titanic qui aurait joué jusqu'au bout, mourir avec élégance serait peut-être, aussi dans notre cas, la meilleure option. Un peu de poésie avant la Grande Nuit.
Simili Love de Antoine Jaquier

Un livre en plusieurs parties sur notre abrutissement généralisé et la fin de la société suite à la Grande Lumière (la mise en libre accès de toutes la informations personnelles par Foogle) et la prise en main de l’avenir de la planète par l’intelligence artificielle.

Le rêve serait d'enfermer mon texte dans une bouteille qui remonterait le fil du temps jusqu'à avant qu'il ne soit trop tard. Prévenir mes ancêtres. Le point de bascule est difficile à situer. Jésus Christ? Les débuts du capitalisme? L'industrialisation? La fin de l'étalon-or? Internet? Le tout numérique?
De toute manière, personne n'aurait envie d'y croire.
« Il est notre sauveur ! » s'exalteraient les premiers. « Vous n'arrêterez pas le progrès! » diraient les grands bourgeois. « Vous ne comprenez rien à l'économie! » scanderaient les libéraux. « Nous allons rapprocher les hommes », se convaincraient les geeks.

Un livre lumineux, sombre et magnifique ! Un livre qui gratte là où ça démange

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Pas que j'avais manqué d'amour, non, on ne pouvait pas dire ça. Sans doute même un privilégié. Le fils chéri de maman. L'adolescent que les filles se disputaient. De solides amitiés forgées à la vingtaine. Des copines et une épouse formidables. Pas de quoi me plaindre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
2040. Dans un monde socialement fracturé, Foogle décrète la Grande lumière et rend publiques les données personnelles. Une épidémie mortelle prolifère, les pauvres sont chassés des centres, les autres s'isolent et vivent avec des androïdes facilitateurs de vie.

Déprimé et solitaire, un écrivain tombe fou amoureux de son androïde et rompt avec son statut protégé...

Épidémie - Surveillance - Transparence : Bienvenue en 2040...