Tania de Montaigne poursuit son analyse du racisme avec une version plus personnelle suite à la réception de messages haineux sur les réseaux sociaux.
Le triste constat d’une société individualiste, rongée par la haine et les injonctions qui font le succès et l’argent des GAFAM et autres TikTok.
Un appel à retrouver notre vitale humanité
Et puis, j'ai posté une photo de moi un peu floue prise sur un bateau-mouche avec ce commentaire, « Quel plaisir de retrouver les amis ».
« Dégénérée », « Vas faire à bouffer connasse ! », « Vas t'occuper de ton gosse ! » , « T'es pas prête à ce qui va t'arriver », « Regarde ta coupe on dirait un balai à chiotte », « Meurs, t'es pas belle... », « Tu mérites de te faire égorger… »
« Le premier message est arrivé sur mon compte à 23h03. Je me suis dit, ça doit être une erreur. Je n'ai pas senti qu’à ce moment précis j’étais en train de devenir le point de rencontre entre les plus anciennes pulsions humaines, la peur, la haine, le meurtre, la cupidité, d'un côté, et la technologie la plus avant-gardiste de l’autre ».
Quelque chose dans notre civilisation s’est brisé. Il ne s’agit plus d’un malaise ni d’un combat entre le juste et l’injuste, le vrai et le faux, le bien et le mal, le réel et le numérique. Quelque chose de bien plus profond et d’enfoui a explosé à la faveur des réseaux sociaux : la haine, notre haine. On ne compte plus les messages violents, racistes, misogynes, homophobes, qui déferlent sur nos appareils. Et dans nos vies. À la légitime question, que faire ?, on pointe du doigt les objets, ce téléphone que l'on dit smart, ces réseaux que l'on dit sociaux. Mais si l'objet est en cause, est-il vraiment LA cause ? Regarder l'objet sans se regarder soi-même, c'est regarder le doigt sans regarder la lune. « La folie c'est de faire tout le temps la même chose et d'attendre un résultat différent », écrit Einstein. Sommes-nous prêts à vivre différemment ?

![G [Guillaume Meurice] : Moi, je trouve ça hyper intéressant à quel point les gens qui se considèrent comme des dominants, des « mâles alpha », sont en fait d'énormes trouillards. Ils passent leur temps à dire : « On veut nous empêcher de dire ça ! Oh là là, regardez, la société va changer, ils veulent marier les homosexuels, il va tomber des pluies de grenouilles. » Dans leur tête, ils se voient comme des Vikings. Mais on dirait plutôt des petits chatons terrifiés.
Ça, ça me régale.
C'est dingue de voir à quel point certains mecs - beaucoup de mecs - ont peur du féminisme. On parle d'égalité de droits. Comment tu peux avoir peur de ça ?
Moi, en cas de guerre de civilisations, j'irai me protéger auprès d'une meuf qui a de l'endométriose, qui sait comment gérer la douleur, plutôt qu'auprès d'un mec qui a peur parce qu'il y a un point médian dans un tract.
S [Swann Périssé] : Je le vois aussi dans les réactions de gens qui sont accusés de viols, dans le cadre du #MeToo Stand-up. Ils ont fait des stories et tout, en disant: « Ça se fait pas, c'est pas bien ce qu'on dit sur moi, je vais me suicider, on me regarde mal. » Les gens sont vraiment concentrés sur leur image, leur ego... Pendant ce temps-là, t'as la police qui interviewe toutes les petites meufs que t'as violées, qui fait son petit dossier de preuves. Et toi, t'es là à faire des stories « Je suis malheureux ». Bon courage pour ce qui est à venir !](https://i0.wp.com/www.noid.ch/wp-content/uploads/2025/07/bouffons.jpg?resize=660%2C556&ssl=1)











