Le siècle de Jeanne : une famille suisse dans les remous du 19e siècle

La Suisse aux airs si lisses cache vigoureusement sous le tapis tous les mouvements qui la secouent. Ici, ne dépassent que les montagnes enneigées au dessus de paysages dignes des maquettes de trains électriques des vitrines des jouets Weber.

Le siècle de Jeanne : une famille suisse dans les remous du 19e siècle de Éric Burnand, illustrations de Fanny Vaucher
Pourtant l’histoire de la Suisse moderne fut mouvementée et les droits des femmes, des ouvriers et des paysans acquis lors de luttes fratricides.

Et si aujourd’hui encore Une Suisse au noir démontre le nombre de progrès qui restent à accomplir, cette magnifique série : Le siècle de Jeanne, Le siècle d’Emma et La révolte des cigarières raconte les grandes avancées sociales des deux derniers siècles avec un grand talent

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Quoi ?!
Vous m'avez caché ça pendant 20 ans ?
Mais alors... Qui sont mes vrais parents ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Cette bande dessinée nous embarque dans les temps fort du 19e siècle helvétique : les révoltes paysannes de 1802, la famine de 1816, la guerre civile de 1847 et, enfin, la révolution industrielle suisse des années 1870. Petit pays au cœur de l'Europe, la Suisse a une histoire bien moins tranquille qu'il n'y paraît en surface !

« J'ai grandi dans une famille paysanne qui a cru aux promesses de la révolution vaudoise. J'ai fondé une famille en terre catholique, connu les troubles de la guerre civile et la famine, jusqu'à l'émigration forcée à l'autre bout du monde... Je suis Jeanne, née à l'orée du 19e siècle dans le Pays de Vaud. »

Le siècle d’Emma : une famille suisse dans les turbulences du XXe siècle

Que ne nous apprend-on pas l’histoire ainsi à l’école ? Misère !

Le siècle d’Emma : une famille suisse dans les turbulences du XXe siècle de Éric Burnand, illustrations de Fanny Vaucher
Ce siècle d’Emma, c’est l’histoire sociale Suisse récente vue au travers d’une femme. Le regard est au niveau des gens, des préoccupations populaires, féminines, ouvrières. C’est la vie au long des années 1900 avec les luttes féministes, syndicales et politiques. Peu ou pas de grands noms pour plus de réalités.Une belle humanisation de l’histoire au féminin, une grande réussite tant pour le graphisme et les couleurs que la narration et le contenu

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Moi, c'est Emma. Je suis née avec le XXe siècle à Granges, au pied du Jura. Une bourgade suisse de 10 000 habitants, presque tous horlogers.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
On dit souvent de l’histoire suisse qu’elle est ennuyeuse, sans conflits ni événements marquants. La vie (fictive) d’Emma démontre le contraire: née dans une petite bourgade horlogère au pied du Jura, Emma est soudain précipitée dans les soubresauts du XXème siècle.

En 1918, elle perd son fiancé dans les affrontements de la grève générale.
En 1937, elle se brouille avec son frère devenu pro nazi.
En 1956, son neveu, qu’elle a adopté, lui fait découvrir la face sombre de l’immigration italienne.
En 1975, sa petite-fille la confronte à la contestation féministe et antinucléaire.
Et en 1989, Emma fait une découverte stupéfiante lors du scandale des fiches.

Déclinée en cinq temps, dessinée en plusieurs centaines de cases, l’histoire d’Emma, fictive, mais très vraisemblable, nous immerge dans les conflits, les tensions et les questionnements du XXe siècle.

L’heure H : pour ne plus jamais baisser la tête

Erri de Luca et Cosimo Damiano Damato cosignent ici une brève (beaucoup trop brève) plongée dans la lutte ouvrière du sud de l’Italie.

L’heure H : pour ne plus jamais baisser la tête de Erri De Luca et Cosimo Damiano Damato, dessin de Paolo Castaldi

Le dessin de Paolo Castaldi est très réussi, les angles de vue, les crayonnés et des aquarelles sont fort bien rendus. Bruts et monochromes avec de nombreux gros plans qui plongent dans le récit. C’est vraiment le grand plus de cet album.

Malheureusement, de nombreux aller-retour entre les années 70 et aujourd’hui (qui démontrent l’actualité de la lutte) compliquent un récit déjà trop succinct

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
« Des arbres séculaires tombent comme des marionettes en bois »


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le récit des luttes ouvrières dans l'Italie des années 70

Sara et Sebastiano vivent leur amour à l'ombre de l'entreprise de sidérurgie Italsider. Ils luttent pour un avenir juste et équitable où les ouvriers ne travailleraient plus à la pièce, ne seraient plus exploités et où les usines seraient un lieu de travail, de droits et non de mort ; Un avenir où les pêcheurs et les paysans, qui ont vécu pendant des siècles avec dignité de ce que la mer et la terre des Pouilles pouvaient leur donner, ne seraient pas des laissés-pour-compte.

Sara et Sebastiano font partie d'une des plus importantes formations de la gauche extraparlementaire italienne, active de la fin des années 60 à la première moitié des années 70. Leur militantisme tumultueux se déroule dans les rues de Tarente, accompagné jour après jour par les articles du quotidien Lotta continua, organe officiel du groupe politique du même nom.

Le péril Dieu

« Féminisme religieux », impossible oxymore
Le péril Dieu de Tristane Banon

Une lecture éclairante pour qui voudrait comprendre les sens premiers de féminisme ou de laïcité et leurs relations. Un réquisitoire implacable contre le sexisme des religions, sans jamais confondre foi et clergé, intime et politique, croyances et manipulation.

Des trois monothéismes, c'est bien le christianisme qui, le premier, exige des femmes qu'elles portent un voile en avançant des arguments strictement religieux, alors que dans le même temps, voulant se démarquer du judaïsme, il libère la tête des hommes.

Un livre qui commence par un gros saut en arrière, à la naissance des trois grandes religions monothéistes, pour comprendre comment elles se sont constamment assises sur les droits des femmes, simples outils procréatoires.

La femme, pourtant chargée de faire grandir les enfants, n'a paradoxalement aucune autorité sur eux.
Seul l'homme détient le droit au commandement, Dieu l'a voulu ainsi. Amen!
C'est alors logiquement qu'avec beaucoup de clairvoyance et un certain sens de l'à-propos, complètement dans l'air de son temps, le grand théologien saint Augustin s'interroge aux alentours de l'an 400 : « Je ne vois pas quelle utilisation peut faire l'homme de la femme, si on exclut la fonction d'élever les enfants » !

Un essai qui démontre, pas à pas, comment les religieux ont conservé leur emprise et quelles révolutions (française, bolchevique, féministes…) ont petit à petit redonné aux femmes des droits sur leur corps et leurs libertés.

Mais également combien ces avancées sont constamment remises en questions, comme elles sont fragiles.

Tristane Banon termine aujourd’hui, avec les débats autour du voile ou de la laïcité avec une position claire et étayée qui n’est pas sans rappeler les brillantes plaidoiries de Richard Malka.

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je suis née des trois religions du Livre.
Mon grand-père était musulman, ma mère est catholique et mon père, juif.
Longtemps j'ai voulu suivre une voie religieuse. C'eût été réconfortant et confortable, balisé.
La religion vous prend au berceau, littéralement, et s'occupe de vous jusqu'à la mort. Elle vous exempte de beaucoup de questionnements, elle pallie le doute, les incertitudes, vous console des accidents de la vie, aussi. Avec les années, elle vous dit quoi faire, comment, qui respecter, quoi espérer, quel chemin emprunter.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quand « Dieu » est érigé en maître à penser politique, c'est la femme qui, la première, courbe l'échine. Il suffit d'observer les fondamentalistes islamistes imposer le niqab, la burqa, le tchador ou le hijab, les juifs ultra-orthodoxes perruquer leur femme, ou encore les traditionalistes catholiques aller jusqu'au meurtre lors de raids anti-avortement, pour s'en convaincre. Bien sûr, ils sont les radicaux, les extrémistes, ils sont ceux pour qui la religion est le moyen d'installer un ordre social au sein duquel la femme se soumet, s'oublie et vit cachée, à l'ombre des hommes.

Ce livre ne veut pas faire le procès de la croyance, il appartient à chacun de décider ce en quoi il veut placer sa confiance, cela relève de l'intime.

Mais aucun texte sacré - ni la Torah, ni la Bible, ni le Coran - ne veut l'émancipation de la femme, aucun ne lui reconnaît les mêmes possibles qu'aux hommes. Seuls existent des croyants humanistes, conscients de ce que les écrits ont à enseigner, et de ce qu'il faut savoir laisser au bord du chemin de l'universalisme.

Alors que l'obscurantisme intégriste gagne doucement du terrain, bien plus ancré dans les mentalités que ce que l'on croit, Tristane Banon dénonce les grands marionnettistes de droit divin et rappelle qu'il n'y a pas de féminisme envisageable sans l'irrespect des religions et une bonne part de laïcité

Dix petites anarchistes

Histoire vraie, romancée ou pur roman ? Qu’importe ! Ça ce serait passé ainsi. Une description bien rude de la Suisse fin 1800, de la condition ouvrière et féminine et des utopies anarchistes !

Et départ ! Dix femmes en route pour l’Amérique du Sud parties pour fonder une communauté et qui se retrouvent confrontées à la brutale réalité d’une colonisation machiste et sanguinaire.

Dix petites anarchistes de Daniel de Roulet

Comme un témoignage au plus près de la réalité, mais manquant malheureusement de panache… Et pourtant, quelle aventure ! Bref, un livre passionnant qui m’ennuya un peu à sa lecture. Paradoxal ? Un peu, sûrement.

Et finalement, j’aurais bien aimé que tout ceci fut vrai, qu’on aie pu avoir des vrais noms, des références, des photos d’archives et un petit texte de fin comme dans les films de Hollywood qui nous dirait que cette histoire fut tirée de faits réels…

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Suisse, fin du XIXe siècle. À Saint-lmier, on vivote entre misère et exploitation, entre les étables et une industrie horlogère encore balbutiante. La visite de Bakounine, plein de l'ardeur de la Commune de Paris, éveille l'idée qu'une autre vie est possible. Dix jeunes femmes font le pari insensé de bâtir, à l'autre bout du monde, une communauté où régnerait « l'anarchie à l'état pur ». Valentine, dernière survivante des « dix petites anarchistes », nous fait le récit de cette utopie en acte qui les conduit de Suisse en Patagonie jusqu'à Buenos Aires, en passant par l'île de Robinson Crusoé.

L'extraordinaire épopée de femmes soudées par un amour farouche de la liberté, qui ont choisi de « se réjouir de l'imprévu sans perdre la force de s'insurger »