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Dans ce road trip surréaliste avec un sac en plastique plein de billets de mille, Christian et sa mère parcourent la Suisse avec l’intention de tout donner.Eurotrash de Christian Kracht, traduction de Corinna GepnerL’occasion de tirer le portrait du pays et de ses habitants en même temps que celui d’une vielle dame alcoolique et d’une famille à la richesse pas très propre… La Suisse, quoi.Un périple très drôle, piquant, triste et tendre, joyeusement désespéré. Et si cette autofiction a de petits airs de Mars de Fritz Zorn dans les débuts, l’humour et l’autodérision rendent ces deux voyageurs fort attendrissants
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Et donc j'ai dû retourner quelques jours à Zurich. Ma mère voulait me parler de toute urgence. Elle avait appelé, m'avait prié de venir sans délai, cet échange téléphonique avait été très angoissant. Et sous l'effet de la nervosité, je m'étais senti si mal durant tout ce week-end prolongé que j'avais souffert d'une forte constipation. Par ailleurs, il faut que je dise qu'il y a un quart de siècle j'avais écrit une histoire que, pour une raison qui ne me revient malheureusement pas, j'avais intitulée Faserland. Elle s'achève à Zurich, pour ainsi dire au beau milieu du lac, de façon plutôt traumatisante.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Comment résister à une vieille dame qui implore votre visite ? En bon fils, Christian se rend à Zurich, ville qu’il exècre, afin de rejoindre le luxueux domicile de son octogénaire de mère, particulièrement acariâtre et portée sur l’alcool.
Accueilli par une salve de reproches, il décide, à son propre étonnement, de l’embarquer pour un road trip à travers la Suisse. La dernière occasion pour ces deux cœurs accidentés de revenir sur une histoire familiale atypique, faite de culpabilité et de honte héritées. Le sarcasme en bandoulière, Christian et Frau Kracht se livrent un combat sans merci pour peut-être, enfin, se trouver.
La Suisse aux airs si lisses cache vigoureusement sous le tapis tous les mouvements qui la secouent. Ici, ne dépassent que les montagnes enneigées au dessus de paysages dignes des maquettes de trains électriques des vitrines des jouets Weber.Le siècle de Jeanne : une famille suisse dans les remous du 19e siècle de Éric Burnand, illustrations de Fanny VaucherPourtant l’histoire de la Suisse moderne fut mouvementée et les droits des femmes, des ouvriers et des paysans acquis lors de luttes fratricides.
Et si aujourd’hui encore Une Suisse au noir démontre le nombre de progrès qui restent à accomplir, cette magnifique série : Le siècle de Jeanne, Le siècle d’Emma et La révolte des cigarières raconte les grandes avancées sociales des deux derniers siècles avec un grand talent
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Quoi ?!
Vous m'avez caché ça pendant 20 ans ?
Mais alors... Qui sont mes vrais parents ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Cette bande dessinée nous embarque dans les temps fort du 19e siècle helvétique : les révoltes paysannes de 1802, la famine de 1816, la guerre civile de 1847 et, enfin, la révolution industrielle suisse des années 1870. Petit pays au cœur de l'Europe, la Suisse a une histoire bien moins tranquille qu'il n'y paraît en surface !
« J'ai grandi dans une famille paysanne qui a cru aux promesses de la révolution vaudoise. J'ai fondé une famille en terre catholique, connu les troubles de la guerre civile et la famine, jusqu'à l'émigration forcée à l'autre bout du monde... Je suis Jeanne, née à l'orée du 19e siècle dans le Pays de Vaud. »
Que ne nous apprend-on pas l’histoire ainsi à l’école ? Misère !Le siècle d’Emma : une famille suisse dans les turbulences du XXe siècle de Éric Burnand, illustrations de Fanny VaucherCe siècle d’Emma, c’est l’histoire sociale Suisse récente vue au travers d’une femme. Le regard est au niveau des gens, des préoccupations populaires, féminines, ouvrières. C’est la vie au long des années 1900 avec les luttes féministes, syndicales et politiques. Peu ou pas de grands noms pour plus de réalités.Une belle humanisation de l’histoire au féminin, une grande réussite tant pour le graphisme et les couleurs que la narration et le contenu
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Moi, c'est Emma. Je suis née avec le XXe siècle à Granges, au pied du Jura. Une bourgade suisse de 10 000 habitants, presque tous horlogers.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) On dit souvent de l’histoire suisse qu’elle est ennuyeuse, sans conflits ni événements marquants. La vie (fictive) d’Emma démontre le contraire: née dans une petite bourgade horlogère au pied du Jura, Emma est soudain précipitée dans les soubresauts du XXème siècle.
En 1918, elle perd son fiancé dans les affrontements de la grève générale.
En 1937, elle se brouille avec son frère devenu pro nazi.
En 1956, son neveu, qu’elle a adopté, lui fait découvrir la face sombre de l’immigration italienne.
En 1975, sa petite-fille la confronte à la contestation féministe et antinucléaire.
Et en 1989, Emma fait une découverte stupéfiante lors du scandale des fiches.
Déclinée en cinq temps, dessinée en plusieurs centaines de cases, l’histoire d’Emma, fictive, mais très vraisemblable, nous immerge dans les conflits, les tensions et les questionnements du XXe siècle.
Si on peut remercier Patrick Schindler de rendre hommage à Margarethe Faas Hardegger dans ce petit livre, il m’a semblé dommage de ne s’arrêter qu’à une petite partie de sa vie. Certes, les archives doivent manquer et les informations certainement difficiles à obtenir. Car, cette biographie s’arrête malheureusement en 1908 avec la fin de la publication de l’Exploitée alors que, selon Wikipedia : Elle meurt à Minusio le 23 septembre 1963 d’une insuffisance cardiaque. Elle est enterrée au cimetière de Locarno. Vie et luttes de Margarethe Faas Hardegger : anarchiste, syndicaliste & féministe suissesse romande, au début du XIXe siècle de Patrick SchindlerPour autant, son travail durant ces années de secrétaire à l’USS (Union syndicale Suisse) furent pour elle l’occasion de partager ses idées au travers du journal qu’elle fonda – consultable en ligne sur E-Periodica.
Extrait du journal l’ExploitéeUne femme de conviction, anarchiste, antimilitariste, féministe et syndicaliste militante à une époque où la condition de la femme (et pire encore, de la femme ouvrière) n’était guère enviable… piètre euphémisme
Voir aussi : La révolte des cigarières à laquelle elle apporta son soutien et le FC Hardegger (@fchardegger), club de foot antifasciste basé à Lausanne
L’exploitée : organe des femmes travaillant dans les usines, les ateliers et les ménages : Numéro 1 (1907-1908) consultable en ligne sur E-Periodica
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Une adolescente aux convictions précoces 1882
Margarethe Faas-Hardegger voit le jour en 1982 [sic], dans le canton de Berne, en suisse romande. Le contexte de sa petite enfance et de son adolescence nous reste quasiment inconnu 1. Ce qui est fort regrettable car, quelques pistes supplémentaires auraient été les bienvenues, pour nous aider à mieux comprendre son par-cours et les choix qui ont dicté le cours de sa vie. Cependant, elle nous a tout de même laissé, à part ses nombreux articles parus dans l'Exploitée, quelques petites notes autobiographiques épar-ses, dont l'une d'elle est, on ne peut plus révélatrice.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Margarethe Faas Hardegger, dans son engagement féministe, n'est pas du tout ancré dans la mouvance des suffragettes... C'est une anarchiste, syndicaliste engagée ne faisant aucune concession à l'état bourgeois. Margarethe Faas Hardegger (1882-1963) est née à Berne. Après avoir travaillé quelques temps aux PTT, elle se lança dans des études de médecine alors qu'elle était déjà mère de famille. Parallèlement à son activité estudiantine, elle organisa des cercles de discussions et contribua à créer des syndicats. Par la suite, elle devint secrétaire de l'USS (Union syndicale suisse) et fit paraître en 1906 le premier numéro de l'organe de la Fédération suisse des ouvrières, Die Workaempferin. L'année d'après, la version romande est sortie sous le titre de l'Exploitée. Cependant, les relations entre le Comité syndical fédéral et Margarethe Faas s'altérèrent. Cette dernière trouva toutefois appui et solidarité auprès des Unions ouvrières (syndicalistes révolutionnaires). Ainsi leur organe La Voix du peuple se joint à l'Exploitée dans leur combat. En 1909, alors que l'Exploitée a déjà cessé de paraître, Margarethe Faas quittait le poste de secrétaire de l'USS, ce qui lui laissait une plus large liberté d'expression. Ainsi, libre de toute attache, elle continua sa vie durant à se battre pour une certaine justice sociale.
Non, l’histoire de la Suisse n’est pas faite que d’un long fleuve tranquille bercé par la paix du travail. L’armée fut parfois convoquée et a même tiré sur la foule en 1932 à Genève.La révolte des cigarières de Éric Burnand, aquarelles de Fanny VaucherCette bande-dessinée raconte une de ces révoltes en 1907, celle d’ouvrières dans une usine de cigares à Yverdon. Des salaires de misères, des amendes, des conditions de travail et des habitations insalubres, des pressions et des connivences politiques, l’intervention de l’armée…
Les aquarelles sont très vivantes et l’album est complété d’un petit dossier qui donne envie d’en savoir encore plus. Et en allant plus loin, il est même possible de comprendre pourquoi un club de foot antifasciste à Lausanne s’appelle le FC Hardegger
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Villa Fleur d'eau à Grandson, près d'Yverdon, propriété des frères Vautier, fabricants de cigares.
Le 6 juin 1906
Oh ! Petite dévergondée... Tu as à peine 18 ans...
Je ne peux pas te garder à notre service dans cet état.
Qui est le père ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Cette nouvelle bande dessinée d’Eric Burnand et de Fanny Vaucher retrace un événement majeur de l’histoire sociale suisse: la révolte, en 1907, des «petites mains» féminines de la fabrique de tabacs Vautier, aujourd’hui disparue.
Les cigarières d’Yverdon furent les premières en Suisse à organiser une grève entièrement menée par des femmes.
Quand Sara débarque en 1907 dans la fabrique de cigares de la petite ville d’Yverdon, la colère gronde. Salaires dérisoires, horaires épuisants, conditions de travail déplorables et, en prime, l’interdiction de se syndiquer : les ouvrières n’en peuvent plus !
La révolte qui s’annonce va ébranler la bonne société locale, révéler des clivages parmi les cigarières et faire éclater un secret de famille. Sara, Lucie, Berthe et les autres vont-elles en sortir indemnes ?
Au fil de cette bande dessinée, Fanny Vaucher (aquarelles) et Eric Burnand (scénario) nous plongent dans l’histoire captivante de la première grève menée par des femmes en Suisse.
Un dossier thématique richement illustré de documents et photos d’archives expose en fin d’ouvrage le contexte et la situation des ouvrières au début du 20e siècle.
Les choses, les choses… Elles apparaissent et disparaissent dans nos vies. Généralement, nous ne les remarquons pas. Pourtant, certaines nous marquent !La vallée de la jeunesse de EugèneAu travers de vingt objets (pas que, et il y a même des bonus), Eugène raconte son enfance en Roumanie, son arrivée en Suisse, son adolescence et enfin, (grâce à une montre ?) l’âge adulte.
Un conteur drôle et touchant
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) « Me raconte pas ta vie, c'est la mienne » prévenait Prévert aux clients accoudés au zinc, traînant dans les mêmes bistrots que lui à deux heures du matin, du côté de Montparnasse. Et c'est vrai qu'au fond nous sommes pareils. Plus ou moins mariés, plus ou moins riches, plus ou moins heureux au boulot, avec plus ou moins d'un enfant à la maison. Personnellement, j'appartiens à cette grande majorité d'êtres humains n'ayant assassiné aucun être humain, n'ayant jamais traversé de guerre et conduisant une voiture bas de gamme aux sièges qui brûlent en été (genre Peugeot 106, série Roland Garros). Pourtant, il doit bien y avoir quelque chose qui nous rend un peu uniques. Un je-ne-sais-quoi nous transformant en autre chose que des locataires standardisés, entassés dans des clapiers à cinq étages, avec balcon de trois mètres carrés.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Voici un récit autobiographique qui se déroule autour de vingt objets évocateurs des plus beaux moments de l’enfance de l’auteur-narrateur, des moins heureux également. Né en Roumanie, tôt arrivé en Suisse, Eugène revoit les portraits omniprésents de Ceausescu, les magasins vides, les queues interminables qui ont fait tant parler de ce régime. Il évoque aussi ses parents francophiles, les chansons d’Eddy Mitchell, le « rendez-vous incontournable » qu’était « Apostrophe », ou sa première montre suisse gagnée à un concours d’écriture. Il confie une part plus intime de son histoire, racontant cet enfant bègue qu’il était et qui a grandi à l’ombre d’un frère brillant.
Un texte sensible, plein d’humour, dont l’écriture évolue avec la maturité de l’enfant.
Pour celles et ceux qui le suivent depuis ses débuts, cet album est un vrai trésor de nostalgie. Cosey y a posé tous ses amours : l’Asie, bien sûr, mais aussi les montagnes suisses, un poil de politique contre la répression chinoise, de la neige, une romance inaboutie, de la bande dessinée d’après-guerre… et même Jonathan qui vient y faire un petit caméo surprise ! Sans compter quelques surprenants dinosaures ou les découpages au cœur du récit.Yiyun de Cosey Une merveille de planches au style si reconnaissable, fourmillantes de références et de clins d’oeil. Une très belle réussite accompagnée d’une préface sympa de Maou et d’exquises esquisses !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) La première fois que je l'ai vue, j'ai cru qu'elle était Miss Wu en personne...
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Années 90 au Pays d'Enhaut, Alpes vaudoises. Urs, 14 ans, croit reconnaître, parmi des élèves venus d'Angleterre, Miss Wu la belle chinoise (qui porte un cache-œil) d'une ancienne BD d'aventures. Les tentatives de parler à la jeune sosie de Miss Wu, qui en réalité se prénomme Mei, semblent vouées à l'échec… Jusqu'au moment où Urs parvient à entraîner Mei sur le télésiège au moment de la fermeture. Les deux adolescents se retrouvent bloqués sur l'installation arrêtée pour la nuit. Persuadés de finir congelés avant l'aube, ils se rapprochent de plus en plus… Ils sont retrouvés par les secours quelques instants après leur premier baiser.
L'été suivant, lors d'une randonnée, Urs s'étonne de tomber sur Mei. Elle se montre très distante, pour une raison qu'elle ne peut pas dévoiler.
10 ans plus tard, Urs réalise des découpages qui se vendent à quelques touristes séjournant dans la région. Un jour, à sa grande surprise, un courrier d'une galerie londonienne lui propose une exposition de ses œuvres.
A Londres, la baronne Frida von Fürstendorfkirchen, directrice de la Galerie F&M, lui présente sa compagne : Mei. Urs est étonné en retrouvant la jeune chinoise de ne ressentir ni déception ni frustration ni même désir. Face aux questions d'Urs, Mei retire son cache-œil, révélant ses deux yeux intacts, en précisant qu'il y a à Taïwan une personne qu'Urs connaît bien, qui pourra dévoiler enfin le mystérieux secret…
Quel enfer, quelle horreur ! La Suisse et les drogues à la fin des années 80. Les années Letten et SIDA. Et la violence en bonus ! Écœurant de réalisme.Swiss Trash de Dunia MirallesUne réédition qui permet se replonger dans ces années ou nombreux jeunes sont tombés d’overdose, malades ou sous la violence du trafic. Un milieu ou la vie d’un homme ne vaut guère plus que le prix d’une dose… et celle d’une femme encore moins.
Un tableau insoutenable à la noirceur sanglante, à la sororité salvatrice
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) La Chaux-de-Fonds, le 18 février 89
Le rot, épais, s'aplatit comme une morve dégoulinante sur la face de la serveuse. Son visage se referme comme l'anus d'un puceau. Les quatre garçons rigolent. Elle tourne le dos à la tablée. Pas la peine de s'énerver à ces heures tardives.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Après la mort de son compagnon, pour oublier sa culpabilité et son travail à l’usine, le week-end Cathy se déplace en stop, fait le tour des concerts rock et couche avec des garçons au hasard. Dans une autre ville Marie, qui se trouve moche, se saoule pendant que sa copine Gloria saute de lit d’avocat en lit de diplomate, déterminée à faire un beau mariage. Dans un processus de violence et d’autodestruction, diverses rencontres les mènent du sexe à la drogue. Leur route croisera aussi celle de Constance, rebelle mi-fille mi-garçon qui cogne plus fort qu’un homme. L’histoire se déroule sur fond de guerre yougoslave, dans une Suisse où la vie n’a pas l’arôme de son chocolat, à une époque où la scène ouverte de la drogue existait encore.
Il y a quand même des trucs bien pourris au pays du chocolat. En soulevant juste un petit peu les tapis, ou même, juste en ouvrant les yeux, les hypocrisies et les petites saloperies emplissent rapidement les marges.Une Suisse au noir de Isabelle Flükiger avec une préface de Christophe Tafelmacher, juristeEn partant de l’histoire de Gloria et de Mohammed, Isabelle Flükiger raconte la précarité des sans papiers dans un système qui leur dénie tout droit, sauf celui de travailler au noir, sans assurances, pour des salaires de misère et sans aucune possibilité de recours.
Et en miroir : l’impunité des patrons bien à droite initiant des lois bien pourries au dérogations floues et non contrôlables… Écœurant !
Un excellent livre entre enquête et fiction, étayé et documenté pour jeter un œil au dessous des cartes truquées
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Gloria n'a pas de permis. Pas de permis B, C, G, L, F, N, ni même de permis S. Elle vient du Cameroun. En 2016, quand je l'ai rencontrée, ça faisait quinze ans qu'elle n'avait plus revu ses fils.
Elle est illégale, mais c'est un raccourci. On la définit plutôt comme une « sans-papiers », ce qui est aussi faux. Gloria a bien des papiers, ce ne sont juste pas les bons.
Disons que, dépourvue de permis, Gloria est en séjour illégal en Suisse depuis plus de quinze ans.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Tu as engagé une illégale pour s'occuper de tes enfants ?! »
La narratrice tombe des nues lorsqu'elle apprend que son amie emploie une sans-papiers.
Mais avec l'histoire de Gloria, la baby-sitter camerounaise, puis celle de Mohammed, un demandeur d'asile débouté, sa stupeur va laisser la place à de nouvelles questions : comment des sans-papiers peuvent-ils payer assurances sociales et impôt à la source, tout en se voyant refuser le droit d'exister légalement ? Comment des employeurs peuvent-ils recruter des travailleurs illégaux, et s'en sortir impunément ?
Avec ce sixième roman, Isabelle Flükiger nous emmène dans une Suisse de l'ombre où la justice n'est pas le droit, et où la loi ne dit pas toujours ce qu'elle fait. Un récit entre enquête et fiction aussi percutant qu'instructif.
Voilà bien un livre qui réjouira tous les helvètes et évidement les jurassiens… à l’exception peut-être des genevois un peu trop fiers, gaussés de leur prétendue importance, repus, fats et vaniteux.Je vous écris de Porrentruy de Andre KlopmannCar oui, la grande Genève s’en prend un peu plein sa légendaire grande gueule. Et c’est très drôle !
Alors certes, ce n’est pas si drôle que ça, parce que derrière l’humour – oui, j’ai bien ri – se retrouvent bien des vérités que les petits roitelets aveugles préfèrent ne pas regarder, préférant l’entre-soi suffisant autour d’un Spritz à la Clem…
… tant que ça dure
Allez, on se tire aussi ?
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je vous écris de Porrentruy.
C'est inattendu et moi-même je m'en étonne.
Beaucoup de mes proches quittent Genève. Le plus souvent, ils s'installent en Valais. Moi, c'est le Jura.
De Genève, je connais chaque pierre et chaque brin d'herbe par son prénom. Je pensais ne jamais la quitter. Oui, la quitter, parce que Genève est féminine. Déjà là, on flaire la coquetterie.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Genève se tient en haute estime mais ses veaux d’or vacillent. Elle répète des mantras, les cales prennent l’eau et la société se fend comme la coque du navire. Elle s’agite dans l’insouciance du naufrage qui vient.
Un peu plus loin, le Jura, terre de luttes devenue indépendante à coups de bélier. L’auteur découvre en Ajoie une histoire singulière et puissante dont il s’empare.
Il suit les traces de la Mère Royaume, de Guillaume Tell et de la Sorcière d’Asuel. Il voit apparaître un trésor et va commettre un crime. Vrai ? Faux ?
Ce roman au vitriol questionne les mythes et les illusions collectives. C’est un récit sur le pouvoir, sur les valeurs et sur l’esprit de révolte.