Vie et luttes de Margarethe Faas Hardegger : anarchiste, syndicaliste & féministe suisse

Si on peut remercier Patrick Schindler de rendre hommage à Margarethe Faas Hardegger dans ce petit livre, il m’a semblé dommage de ne s’arrêter qu’à une petite partie de sa vie. Certes, les archives doivent manquer et les informations certainement difficiles à obtenir. Car, cette biographie s’arrête malheureusement en 1908 avec la fin de la publication de l’Exploitée alors que, selon Wikipedia : Elle meurt à Minusio le 23 septembre 1963 d’une insuffisance cardiaque. Elle est enterrée au cimetière de Locarno.

Pour ce qui concerne l'antimilitarisme, en juin 1908, l'Exploitée relève dans le journal ouvrier, La Voix du peuple, un article rapportant qu'en Suisse romande, des mères ouvrières envoient leurs fils dans les corps des cadets. La rédaction s'insurge et met en garde ses lectrices, face à de telles pratiques, en leur rappelant « Jamais les hommes ne sont aussi grossiers, brutaux, autoritaires et égoïstes avec les femmes que lorsqu'ils reviennent du service militaire.»
Vie et luttes de Margarethe Faas Hardegger : anarchiste, syndicaliste & féministe suissesse romande, au début du XIXe siècle de Patrick Schindler
Pour autant, son travail durant ces années de secrétaire à l’USS (Union syndicale Suisse) furent pour elle l’occasion de partager ses idées au travers du journal qu’elle fonda – consultable en ligne sur E-Periodica.

Croissez et multipliez
Une logeuse (...) habitant dans le quartier des Archives à Paris a déclaré au commissariat local, qu'elle venait de trouver dans une chambre de sa maison, une enfant nouveau-née à moitié asphyxiée. Le commissaire de police se rendit à l'adresse indiquée et trouva sur le lit d'une locataire du sixième étage une petite fille née viable, couverte avec des couvertures. Le commissaire fit porter l'enfant aux Enfants Assistés, puis il apprit que la mère était partie travailler, comme de coutume, dans un atelier de cartonnage voisin.
Appelée au commissariat, la pauvre mère raconta en sanglotant, qu'elle avait accouché seule pendant la nuit et au matin, prise entre ces deux sentiments: ou rester pour soigner son enfant et perdre sa place, ou conserver son emploi en allant travailler toute la journée. Après ce dur combat de conscience, la pauvre fille avait eu l'extraordinaire courage d'aller à l'atelier... Quelle jolie société que la nôtre !...
Extrait du journal l’Exploitée
Une femme de conviction, anarchiste, antimilitariste, féministe et syndicaliste militante à une époque où la condition de la femme (et pire encore, de la femme ouvrière) n’était guère enviable… piètre euphémisme

Voir aussi : La révolte des cigarières à laquelle elle apporta son soutien et le FC Hardegger (@fchardegger), club de foot antifasciste basé à Lausanne

L'Exploitée
Organe des femmes travaillant dans les usines, les ateliers et les ménages
Paraissant le premier dimanche de chaque mois
L’exploitée : organe des femmes travaillant dans les usines, les ateliers
et les ménages : Numéro 1 (1907-1908) consultable en ligne sur E-Periodica
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Une adolescente aux convictions précoces 1882
Margarethe Faas-Hardegger voit le jour en 1982 [sic], dans le canton de Berne, en suisse romande. Le contexte de sa petite enfance et de son adolescence nous reste quasiment inconnu 1. Ce qui est fort regrettable car, quelques pistes supplémentaires auraient été les bienvenues, pour nous aider à mieux comprendre son par-cours et les choix qui ont dicté le cours de sa vie. Cependant, elle nous a tout de même laissé, à part ses nombreux articles parus dans l'Exploitée, quelques petites notes autobiographiques épar-ses, dont l'une d'elle est, on ne peut plus révélatrice.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Margarethe Faas Hardegger, dans son engagement féministe, n'est pas du tout ancré dans la mouvance des suffragettes... C'est une anarchiste, syndicaliste engagée ne faisant aucune concession à l'état bourgeois. Margarethe Faas Hardegger (1882-1963) est née à Berne. Après avoir travaillé quelques temps aux PTT, elle se lança dans des études de médecine alors qu'elle était déjà mère de famille. Parallèlement à son activité estudiantine, elle organisa des cercles de discussions et contribua à créer des syndicats. Par la suite, elle devint secrétaire de l'USS (Union syndicale suisse) et fit paraître en 1906 le premier numéro de l'organe de la Fédération suisse des ouvrières, Die Workaempferin. L'année d'après, la version romande est sortie sous le titre de l'Exploitée. Cependant, les relations entre le Comité syndical fédéral et Margarethe Faas s'altérèrent. Cette dernière trouva toutefois appui et solidarité auprès des Unions ouvrières (syndicalistes révolutionnaires). Ainsi leur organe La Voix du peuple se joint à l'Exploitée dans leur combat. En 1909, alors que l'Exploitée a déjà cessé de paraître, Margarethe Faas quittait le poste de secrétaire de l'USS, ce qui lui laissait une plus large liberté d'expression. Ainsi, libre de toute attache, elle continua sa vie durant à se battre pour une certaine justice sociale.

La révolte des cigarières

Non, l’histoire de la Suisse n’est pas faite que d’un long fleuve tranquille bercé par la paix du travail. L’armée fut parfois convoquée et a même tiré sur la foule en 1932 à Genève.

Bande de sorcières !
Vous feriez mieux de vous occuper de vos gamins !
La révolte des cigarières de Éric Burnand, aquarelles de Fanny Vaucher
Cette bande-dessinée raconte une de ces révoltes en 1907, celle d’ouvrières dans une usine de cigares à Yverdon. Des salaires de misères, des amendes, des conditions de travail et des habitations insalubres, des pressions et des connivences politiques, l’intervention de l’armée…

Les aquarelles sont très vivantes et l’album est complété d’un petit dossier qui donne envie d’en savoir encore plus. Et en allant plus loin, il est même possible de comprendre pourquoi un club de foot antifasciste à Lausanne s’appelle le FC Hardegger

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Villa Fleur d'eau à Grandson, près d'Yverdon, propriété des frères Vautier, fabricants de cigares.
Le 6 juin 1906
Oh ! Petite dévergondée... Tu as à peine 18 ans...
Je ne peux pas te garder à notre service dans cet état.
Qui est le père ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Cette nouvelle bande dessinée d’Eric Burnand et de Fanny Vaucher retrace un événement majeur de l’histoire sociale suisse: la révolte, en 1907, des «petites mains» féminines de la fabrique de tabacs Vautier, aujourd’hui disparue.

Les cigarières d’Yverdon furent les premières en Suisse à organiser une grève entièrement menée par des femmes.

Quand Sara débarque en 1907 dans la fabrique de cigares de la petite ville d’Yverdon, la colère gronde. Salaires dérisoires, horaires épuisants, conditions de travail déplorables et, en prime, l’interdiction de se syndiquer : les ouvrières n’en peuvent plus !

La révolte qui s’annonce va ébranler la bonne société locale, révéler des clivages parmi les cigarières et faire éclater un secret de famille. Sara, Lucie, Berthe et les autres vont-elles en sortir indemnes ?

Au fil de cette bande dessinée, Fanny Vaucher (aquarelles) et Eric Burnand (scénario) nous plongent dans l’histoire captivante de la première grève menée par des femmes en Suisse.
Un dossier thématique richement illustré de documents et photos d’archives expose en fin d’ouvrage le contexte et la situation des ouvrières au début du 20e siècle.

La vallée de la jeunesse

Les choses, les choses… Elles apparaissent et disparaissent dans nos vies. Généralement, nous ne les remarquons pas. Pourtant, certaines nous marquent !

J'aime bien aller en ville avec ma mère. Elle fait les commissions dans les grands magasins de Lausanne. En Roumanie, les magasins étaient nuls. Des fois, je me souviens, j'entrais avec grand-mère dans une épicerie où la seule chose qu'on pouvait acheter, c'était des cornichons dans des grands bocaux. Grand-mère Clarisse en a attrapé un pour examiner l'étiquette.
Ces conserves sont périmées depuis quatre ans ! elle a hurlé. Vous vous fichez du monde, mademoiselle.
─ Non, mais celle-là ! a répondu la jeune fille en bougeant la tête de droite à gauche. Elle se croit à Paris, sur les Champs-Élysées, ma parole.
La vallée de la jeunesse de Eugène
Au travers de vingt objets (pas que, et il y a même des bonus), Eugène raconte son enfance en Roumanie, son arrivée en Suisse, son adolescence et enfin, (grâce à une montre ?) l’âge adulte.

Un conteur drôle et touchant

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
« Me raconte pas ta vie, c'est la mienne » prévenait Prévert aux clients accoudés au zinc, traînant dans les mêmes bistrots que lui à deux heures du matin, du côté de Montparnasse. Et c'est vrai qu'au fond nous sommes pareils. Plus ou moins mariés, plus ou moins riches, plus ou moins heureux au boulot, avec plus ou moins d'un enfant à la maison. Personnellement, j'appartiens à cette grande majorité d'êtres humains n'ayant assassiné aucun être humain, n'ayant jamais traversé de guerre et conduisant une voiture bas de gamme aux sièges qui brûlent en été (genre Peugeot 106, série Roland Garros). Pourtant, il doit bien y avoir quelque chose qui nous rend un peu uniques. Un je-ne-sais-quoi nous transformant en autre chose que des locataires standardisés, entassés dans des clapiers à cinq étages, avec balcon de trois mètres carrés.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Voici un récit autobiographique qui se déroule autour de vingt objets évocateurs des plus beaux moments de l’enfance de l’auteur-narrateur, des moins heureux également. Né en Roumanie, tôt arrivé en Suisse, Eugène revoit les portraits omniprésents de Ceausescu, les magasins vides, les queues interminables qui ont fait tant parler de ce régime. Il évoque aussi ses parents francophiles, les chansons d’Eddy Mitchell, le « rendez-vous incontournable » qu’était « Apostrophe », ou sa première montre suisse gagnée à un concours d’écriture. Il confie une part plus intime de son histoire, racontant cet enfant bègue qu’il était et qui a grandi à l’ombre d’un frère brillant.

Un texte sensible, plein d’humour, dont l’écriture évolue avec la maturité de l’enfant.

Yiyun

Pour celles et ceux qui le suivent depuis ses débuts, cet album est un vrai trésor de nostalgie. Cosey y a posé tous ses amours : l’Asie, bien sûr, mais aussi les montagnes suisses, un poil de politique contre la répression chinoise, de la neige, une romance inaboutie, de la bande dessinée d’après-guerre… et même Jonathan qui vient y faire un petit caméo surprise ! Sans compter quelques surprenants dinosaures ou les découpages au cœur du récit.

Yiyun de Cosey
Une merveille de planches au style si reconnaissable, fourmillantes de références et de clins d’oeil.
Une très belle réussite accompagnée d’une préface sympa de Maou et d’exquises esquisses !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La première fois que je l'ai vue, j'ai cru qu'elle était Miss Wu en personne...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Années 90 au Pays d'Enhaut, Alpes vaudoises. Urs, 14 ans, croit reconnaître, parmi des élèves venus d'Angleterre, Miss Wu la belle chinoise (qui porte un cache-œil) d'une ancienne BD d'aventures. Les tentatives de parler à la jeune sosie de Miss Wu, qui en réalité se prénomme Mei, semblent vouées à l'échec… Jusqu'au moment où Urs parvient à entraîner Mei sur le télésiège au moment de la fermeture. Les deux adolescents se retrouvent bloqués sur l'installation arrêtée pour la nuit. Persuadés de finir congelés avant l'aube, ils se rapprochent de plus en plus… Ils sont retrouvés par les secours quelques instants après leur premier baiser.

L'été suivant, lors d'une randonnée, Urs s'étonne de tomber sur Mei. Elle se montre très distante, pour une raison qu'elle ne peut pas dévoiler.

10 ans plus tard, Urs réalise des découpages qui se vendent à quelques touristes séjournant dans la région. Un jour, à sa grande surprise, un courrier d'une galerie londonienne lui propose une exposition de ses œuvres.

A Londres, la baronne Frida von Fürstendorfkirchen, directrice de la Galerie F&M, lui présente sa compagne : Mei. Urs est étonné en retrouvant la jeune chinoise de ne ressentir ni déception ni frustration ni même désir. Face aux questions d'Urs, Mei retire son cache-œil, révélant ses deux yeux intacts, en précisant qu'il y a à Taïwan une personne qu'Urs connaît bien, qui pourra dévoiler enfin le mystérieux secret…

Swiss Trash

Quel enfer, quelle horreur ! La Suisse et les drogues à la fin des années 80. Les années Letten et SIDA. Et la violence en bonus ! Écœurant de réalisme.

Elle est mal. Mal à en crever. Tout son corps est de trop. Les muscles font mal. L'estomac fait mal. La peau fait mal. Les monstres s'agitent, la tête pense trop, explose à force d'être obnubilée par la ligne de brown. Désolation. Marie vit mais n'éprouve que douleur dans le corps. S'en veut d'avoir raté son suicide. Ne songe qu'à mourir. Se reproche sa veulerie. N'a pas le choix. Vivre ou mourir. Comme sa jeune carcasse refuse de mourir, il faut que son Être s'adapte, se force à vivre. Marie se désintoxique pour goûter enfin lucidement à la souffrance de la vie.
Swiss Trash de Dunia Miralles
Une réédition qui permet se replonger dans ces années ou nombreux jeunes sont tombés d’overdose, malades ou sous la violence du trafic. Un milieu ou la vie d’un homme ne vaut guère plus que le prix d’une dose… et celle d’une femme encore moins.

Un tableau insoutenable à la noirceur sanglante, à la sororité salvatrice

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La Chaux-de-Fonds, le 18 février 89
Le rot, épais, s'aplatit comme une morve dégoulinante sur la face de la serveuse. Son visage se referme comme l'anus d'un puceau. Les quatre garçons rigolent. Elle tourne le dos à la tablée. Pas la peine de s'énerver à ces heures tardives.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Après la mort de son compagnon, pour oublier sa culpabilité et son travail à l’usine, le week-end Cathy se déplace en stop, fait le tour des concerts rock et couche avec des garçons au hasard. Dans une autre ville Marie, qui se trouve moche, se saoule pendant que sa copine Gloria saute de lit d’avocat en lit de diplomate, déterminée à faire un beau mariage. Dans un processus de violence et d’autodestruction, diverses rencontres les mènent du sexe à la drogue. Leur route croisera aussi celle de Constance, rebelle mi-fille mi-garçon qui cogne plus fort qu’un homme. L’histoire se déroule sur fond de guerre yougoslave, dans une Suisse où la vie n’a pas l’arôme de son chocolat, à une époque où la scène ouverte de la drogue existait encore.

Une Suisse au noir

Il y a quand même des trucs bien pourris au pays du chocolat. En soulevant juste un petit peu les tapis, ou même, juste en ouvrant les yeux, les hypocrisies et les petites saloperies emplissent rapidement les marges.

L'économie souterraine travail au noir, travail non déclaré, activités illégales...─, c'est 40 à 50 milliards de francs qui ne reviennent pas aux impôts, à peu près 7% du PIB. Tant d'argent qu'on ne peut pas investir dans nos routes, nos écoles, nos hôpitaux, nos transports publics... Pour lutter contre ce manque à gagner, le Parlement a mis sur pied la LTN, la loi sur le travail au noir... C'est depuis l'entrée en vigueur de cette loi en 2008 que chaque canton emploie des inspecteurs LTN.
Malley et Michaud en font partie.
Leur travail est financé moitié par la Confédération, moitié par les cantons. Cantons et Confédération conviennent du nombre de contrôles à effectuer chaque année. Cela détermine le nombre de contrôleurs nécessaires par canton. En 2022, on avait pour toute la Suisse 82 postes dédiés aux contrôles du travail au noir. C'est en moyenne trois contrôleurs par canton. Les grands cantons en ont plus, les petits cantons moins.
On peut aussi le dire comme ça: en Suisse, on a une moyenne de 1,1 contrôleur pour 10000 entreprises. Et par an, l'État fédéral investit moins de 5 millions de francs contre le travail au noir prix d'un immeuble dans une ville de moyenne importance.
Une Suisse au noir de Isabelle Flükiger avec une préface de Christophe Tafelmacher, juriste
En partant de l’histoire de Gloria et de Mohammed, Isabelle Flükiger raconte la précarité des sans papiers dans un système qui leur dénie tout droit, sauf celui de travailler au noir, sans assurances, pour des salaires de misère et sans aucune possibilité de recours.

Et en miroir : l’impunité des patrons bien à droite initiant des lois bien pourries au dérogations floues et non contrôlables… Écœurant !

Un excellent livre entre enquête et fiction, étayé et documenté pour jeter un œil au dessous des cartes truquées

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Gloria n'a pas de permis. Pas de permis B, C, G, L, F, N, ni même de permis S. Elle vient du Cameroun. En 2016, quand je l'ai rencontrée, ça faisait quinze ans qu'elle n'avait plus revu ses fils.
Elle est illégale, mais c'est un raccourci. On la définit plutôt comme une « sans-papiers », ce qui est aussi faux. Gloria a bien des papiers, ce ne sont juste pas les bons.
Disons que, dépourvue de permis, Gloria est en séjour illégal en Suisse depuis plus de quinze ans.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Tu as engagé une illégale pour s'occuper de tes enfants ?! »

La narratrice tombe des nues lorsqu'elle apprend que son amie emploie une sans-papiers.

Mais avec l'histoire de Gloria, la baby-sitter camerounaise, puis celle de Mohammed, un demandeur d'asile débouté, sa stupeur va laisser la place à de nouvelles questions : comment des sans-papiers peuvent-ils payer assurances sociales et impôt à la source, tout en se voyant refuser le droit d'exister légalement ? Comment des employeurs peuvent-ils recruter des travailleurs illégaux, et s'en sortir impunément ?

Avec ce sixième roman, Isabelle Flükiger nous emmène dans une Suisse de l'ombre où la justice n'est pas le droit, et où la loi ne dit pas toujours ce qu'elle fait. Un récit entre enquête et fiction aussi percutant qu'instructif.

Je vous écris de Porrentruy

Voilà bien un livre qui réjouira tous les helvètes et évidement les jurassiens… à l’exception peut-être des genevois un peu trop fiers, gaussés de leur prétendue importance, repus, fats et vaniteux.

Quand elle survient, le 1 août, Suisses et non-Suisses se réunissent autour de feux de joie que surveillent attentivement les pompiers, car en Suisse on est prudent. Les enfants portent des lampions et les sapeurs veillent. Les édiles font des discours. Plus ou moins les mêmes à chaque fois, sauf la fin qui cible et qui flatte généralement la commune d'accueil. La fanfare joue le Cantique suisse, hymne national dont le nom est honnête puisqu'il en dit l'ennui et la lenteur. Dans les champs où sont dressées de grandes tentes, on va manger des frites que les sociétés locales décon gèlent dans des machines louées comme le Seigneur et des saucisses servies avec de la moutarde Thomy. L'armée, la monnaie et le schüblig scellent la nation.
A me lire ça ne se voit pas, mais j'adore ces moments villageois.
Je vous écris de Porrentruy de Andre Klopmann
Car oui, la grande Genève s’en prend un peu plein sa légendaire grande gueule. Et c’est très drôle !

Alors certes, ce n’est pas si drôle que ça, parce que derrière l’humour – oui, j’ai bien ri – se retrouvent bien des vérités que les petits roitelets aveugles préfèrent ne pas regarder, préférant l’entre-soi suffisant autour d’un Spritz à la Clem…

… tant que ça dure

Allez, on se tire aussi ?

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je vous écris de Porrentruy.

C'est inattendu et moi-même je m'en étonne.

Beaucoup de mes proches quittent Genève. Le plus souvent, ils s'installent en Valais. Moi, c'est le Jura.

De Genève, je connais chaque pierre et chaque brin d'herbe par son prénom. Je pensais ne jamais la quitter. Oui, la quitter, parce que Genève est féminine. Déjà là, on flaire la coquetterie.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Genève se tient en haute estime mais ses veaux d’or vacillent. Elle répète des mantras, les cales prennent l’eau et la société se fend comme la coque du navire. Elle s’agite dans l’insouciance du naufrage qui vient.

Un peu plus loin, le Jura, terre de luttes devenue indépendante à coups de bélier. L’auteur découvre en Ajoie une histoire singulière et puissante dont il s’empare.

Il suit les traces de la Mère Royaume, de Guillaume Tell et de la Sorcière d’Asuel. Il voit apparaître un trésor et va commettre un crime. Vrai ? Faux ?

Ce roman au vitriol questionne les mythes et les illusions collectives. C’est un récit sur le pouvoir, sur les valeurs et sur l’esprit de révolte.

Milch Lait Latte Mleko

Une petite fille raconte son arrivée en Suisse, depuis l’ex-Yougoslavie.

La maîtresse suisse était grande avec des cheveux ondulés son nom chantait c'était un peu le contraire de la maîtresse du pays qui était large et qui fumait comme un pompier.
Milch Lait Latte Mleko de Ed Wige

Elle parle de ses découvertes, du goût du lait et de la Bündnerfleisch… Mais aussi de l’absence du père qui lui… s’est retrouve à la Hague […]

Et puis la Suisse a décidé: on pouvait rester en Suisse. Mama a pleuré de joie et moi je comprenais pas. Je comprenais pas pourquoi on restait en Suisse. Je comprenais pas pourquoi la Suisse voulait qu'on reste en Suisse. Je comprenais pas pourquoi c'était une bonne nouvelle que la Suisse veuille qu'on reste en Suisse. En Suisse je comprenais pas mama. J'ai dit non. Quoi? Non. Non quoi? Je reste pas en Suisse et je te déteste. Mama m'a collé une gifle pour la première fois. La bague de papa sur son doigt était froide et lourde contre ma joue. J'ai pleuré.

Un petit (vraiment tout petit) morceau de tendresse et d’émotions toutes aussi contradictoires que viscérales…

Un livre au curieux début qui, finalement, éclaire toute l’histoire

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je me souviens très bien de notre arrivée en Suisse. Il faisait gris. 13°C. Les douaniers parlaient une langue bizarre comme dans les films sur la guerre mondiale et quand ils nous ont mis contre le mur j'ai regardé mama et elle m'a dit de sourire.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une petite fille arrive en Suisse avec sa mère pour fuir la guerre. Ballottée entre les langues, les souvenirs et les combines de survie, elle raconte son nouveau quotidien, marqué par la Bündnerfleisch et le chocolat. Mais une question se fait lancinante : où est passé son père ?

Avec un tact d’une rare maîtrise, Ed Wige aborde les sujets graves que sont l’exil et les conséquences de la guerre, sous l’apparence de la légèreté. Un texte plein de malice.

Le gouffre du cafard

Voilà une histoire bien torchée qui ne démérite pas de sa magnifique couverture.

Paralysée devant la porte de la classe, Marianne regarde le sol.
 - Tu n'es pas coiffée, non plus ! Viens ici que je voie ça. Marianne avance le front bas. L'institutrice soulève sans ménagement les cheveux ébouriffés, mouillés par la neige, regarde derrière les oreilles de la fillette. L'enfant se laisse faire comme une poupée de chiffon.
 - Tu es vraiment dégoûtante de partout ! Enfin... tu n'as pas de poux. Tu voudrais que je te félicite de ne pas distribuer des parasites à tout le collège ?
L'enfant voudrait baisser la tête mais madame Jaquet la maintient par les cheveux pour qu'elle reste droite face à ses camarades.
Marianne a perdu sa langue, raille l'institutrice en s'adressant à la classe. Quel dommage que tu ne saches pas aussi bien perdre ta crasse. Enlève tes chaussures ! Madame Jaquet inspecte les pieds de l'enfant en poussant des exclamations de dégoût, puis invite ses élèves à les rejoindre devant le tableau. Elle gesticule en leur ordonnant d'encercler l'orpheline.
- Que dit-on des enfants sales ?
Les écoliers gloussent, se regardent entre eux sans oser parler. Finalement Jean-Daniel lève la voix.
- Que c'est des cochons.
Exact! Alors on va tous le dire à Marianne pour qu'elle apprenne à se laver.
L'institutrice donne l'exemple en pointant la fillette de l'index.
- Ouh! La cochoooooooonne! Ooouh la cochoooooone! reprennent les enfants en ritournelle, en désignant Marianne du doigt ou en lui adressant des cornes.
Le gouffre du cafard par Dunia Miralles

Une descente spéléologique dans l’accueil des étrangers (et du mépris de classe) en Suisse dans les années 70. Au cœur de la cruauté ordinaire et institutionnelle.

Une sale époque où l’on pouvait refuser l’accès au chiens et aux italiens… et humilier tous les pouilleux… tant qu’on y est !

Un tout petit roman qui réserve des surprises bien rigolotes au fond… tout au fond !

Et s’il n’est pas nécessaire de creuser très profondément pour imaginer la fin, celle-ci n’en est pas moins réjouissante

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Milieu d'automne 1973 : Concepción
La grande aiguille s'approche de l'heure pile. La pendule sonnera bientôt les huit coups qui enverront la fillette au lit. Les yeux rivés sur l'écran noir et blanc, Anselmo s'est plongé dans les malheurs du monde.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Ce matin elle n'est pas allée à l'école. Comme une fois la semaine passée, et deux fois la semaine précédente. Elle voudrait y aller mais n'y arrive pas. »

Dans les années 1970, en pays protestant, Concepción et ses camarades espagnols, italiens ou suisses en situation précaire, subissent des maltraitances en milieu scolaire. Une vingtaine d'années plus tard madame Krüger, qui écrit pour un journal paroissial, se rend chez Rose, une éminente spéléologue, afin de rédiger un article sur la dépollution des gouffres. La jeune femme lui propose de descendre avec elle dans une grotte. Au fil de leur progression dans les ténèbres, l'on découvrira les moments clés de la vie de la journaliste. Un voyage au coeur de la terre et dans les souterrains de l'âme.

Patate chaude

Patate chaude est un petit trésor de ce début d’année. Enfin, si on peut considérer un gros chien assez moche et qui bave comme un petit trésor… Mais qu’importe, c’est un petit bijou !

Quand j'étais gamin, je pensais que Grand-Maman était magicienne, parce que je l'avais entendue dire à ma mère qu'elle mettait un peu de « Maggi » dans toutes ses sauces. C'était sans doute pour ça qu'avec elle, on se sentait uniques quoi que l'on chante et quoi que l'on raconte. C'était sans doute pour ça que tous ses plats avaient un goût étrange. Assaisonnés d'une force mystérieuse.
Patate chaude de Marie Beer

L’histoire d’un copain du grand frère, un peu loose et dilettante, un BG charismatique et marginal, qui n’a pas fait grand chose de sa vie, à part un groupe sans succès et qui se suicide en laissant son chien. Patate. Enfin… Sa chienne !

Un bouquin plein d’humour aux portraits bien croqués et qui pose un regard acidulé sur les bonnes gens de par chez nous

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Kob est mort. Il y a de ça quelques jours déjà.
Le pire, c'est que je l'ai su par les réseaux sociaux. Normal, vous me direz, puisque je ne l'avais pas revu depuis au moins dix ans. Les réseaux sociaux, c'est un peu devenu la plateforme nécrologique qui devance les rubriques officielles mieux que n'importe quel bouche à oreille.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Je leur ai demandé : il a laissé quoi derrière lui, votre fils au grand cœur ? Votre fils que tout le monde admirait, sauf vous, apparemment ? Il a laissé un clébard ! C’est mieux que rien, non ? Il aurait pu devenir tueur en série. Ou pire ! Il aurait pu devenir comme vous. Qui viendra crier à votre enterrement, à vous ?

Kob est mort, et sa famille entend préserver dignement son souvenir. Mais il laisse derrière lui plusieurs amis infréquentables, quelques magouilles et surtout un gros chien mal élevé, dont personne ne veut.
Dans ce roman vif et jubilatoire, Marie Beer croque les travers et les contradictions de nos normes sociales.