Un certain Monsieur Blot

Le célèbre auteur des carnets du major W. Marmaduke Thompson (que je m’en vais vite relire) s’est aussi penché sans miroir sur le français moyen. Oui, juste lui : le plus moyen des moyens ! Monsieur Blot, actuaire, gagnant du Grand concours du français moyen.

Un certain goût du tragique incite les femmes à choisir la nuit...
Un certain Monsieur Blot de Pierre Daninos

Guillaume Meurice ne renierait pas la première partie qui m’a fortement fait penser à son Petit éloge de la médiocrité. Alors, moyen ? c’est nul ou ce n’est pas si mal ?

Je ne peux pas dire que j'aie la passion des honneurs. Ce n'est pourtant pas faute de les célébrer avec ponctualité dans ces banquets au cours desquels patrons et employés de notre Société - gigantesque panier de crabes - apprennent que, du plus humble des appariteurs jusqu'au Président-Directeur général, ils ne forment qu'une seule et grande famille. (Il y a quelque chose de vrai là-dedans, du moins si l'on considère la famille comme un foyer-type de discordes.)

La seconde partie m’a rappelé Laure Murat et son Proust, roman familial avec la vacuité… que dis-je, le vide intersidéral aristocratique.

« Il me semble qu'un enfant de sept ans pourrait en faire autant... peut-être mieux... »
Erreur. Erreur fondamentale. Devant n'importe quel carré, quel cercle, quel pâté surtout, surtout ne jamais parler de l'enfant-qui-pourrait-en-faire-autant. Sous peine d'être aussitôt catalogué balourd, provincial, cul-terreux, primaire, en bref, car ce mot bref contient toutes les paysâneries bourgeois. Bourgeois inéluctablement embourgeoisé qui ne comprendra jamais rien à rien - surtout quand il s'agit d'un peintre dont les non-couleurs massives, contrastant avec les surfaces lisses, sont fondues dans le presque néant ou le peut-être rien.

Un livre des années 60 qui a franchement bien vieilli tant les situations décrites semblent toujours aussi actuelles !

Un bijou de clairvoyance et d’humour avec bon nombre de pépites

j’aime aller dans les boîtes de nuit : cela me guérit de l’envie d’y retourner pendant un an

Et la claire démonstration que l’abrutissement devant les instagrameur-euse-s-x date de bien avant l’apparition des réseaux sociaux

Rien de tel pour cela que les journaux en général et les hebdomadaires en particulier. Il faut bien en convenir : sans eux, pas de célébrité assurée ; impossible de connaître par le détail la vie privée des princes. L’hebdomadaire, les potins et le cinéma sont devenus les mamelles de la jeunesse (cela fait trois, d’accord mais n’est-ce pas une jeunesse monstrueuse ?). La couverture de Paris-Match ou de Elle pèse plus lourd dans la destinée d’une jeune fille que les deux bachots et l’agrégation philo. Ma fille et ses amies diront d’une autre : « Elle a eu la couverture de Match ! » comme je me serais écrié jadis : « Elle a été première au Concours général ! »

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Encore un concours.... Un Grand, bien entendu, puisqu'en ce pays de la grandeur un journal ou un poste émetteur ne saurait patronner un concours sans le qualifier de Grand.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Miné par sa vie de bureau, par sa vie conjugale, par sa vie extra-conjugale, par ses enfants, par la hantise de retrouver chaque matin les mêmes têtes, M. Blot, un jour, éclate. Plus exactement, un « concours du Français Moyen » organisé par un journal lui permet de faire éclater ses sentiments. En marge de ses brèves réponses aux questions posées, il se livre à l'inventaire de sa vie. Actuaire dans une compagnie d'assurances, accoutumé aux calculs de probabilités, il est favorisé dans les estimations statistiques : il gagne le Concours, et vingt millions. Devenu Français Moyen n°1, M. Blot, de transparent devient opaque, célèbre, adulé. L'homme tel qu'il vit selon qu'il est noyé dans l'anonymat ou éclairé par les feux de « l'actualité » - tel est un des thèmes de cet ouvrage à la fois grave et empreint de l'humour propre à l'auteur des Carnets du Major Thompson. Un livre dont Le Monde a écrit : « Il contient des observations sur l'homme de notre temps qui dépassent considérablement les procédés de l'humour.

Petit éloge de la médiocrité

Vingt brillantes chroniques sur la médiocrité… Ou plutôt, si j’ose, un regard dans le miroir de la médiocrité. Pourquoi médiocre (qui voulait initialement dire moyen) est il devenu mauvais ? Pourquoi devrions-nous nous croire supérieurs à cette moyenne ? Quel est ce culte de la performance que notre société nous impose, nous fait miroiter ? Faut-il être mieux pour être heureux ?

Faut-il pendre les coachs en développement personnel?
La question est posée. La réponse aussi : non. Parce que si on commence à pendre les gens qui gagnent leur vie en racontant des conneries, il est possible que je ne termine pas la semaine.
Cependant, nous sommes en droit de nous interroger sur ces personnes qui fleurissent, poussent, envahissent les réseaux sociaux et les bibliothèques de vos proches, en vous garantissant la sérénité, l'amour, l'argent, le sexe... Autant de promesses qui feraient passer n'importe quelle campagne électorale pour une ligue de vertu et d'honnêteté intellectuelle.
Petit éloge de la médiocrité par Guillaume Meurice

Et qui nous y pousse ? L’économie, Instagram, notre miroir, une naturelle ambition, Dieu, nos chef-fe-s, le sport, les coachs, nos complexes, le capitalisme (oui, c’est bien du Guillaume Meurisse)…

Le médiocre passé à la moulinette, c’est hilarant, questionnant et brillant (oui, zut, c’est mieux que médiocre. Déso, Guillaume, c’est loupé!).

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je suis médiocre
Mail reçu le 13 avril 2019, à 9 h 53:
Bonjour, je vous écoute à la radio et parfois je lis vos écrits et je dois dire que je trouve cela systématiquement raté. Vous êtes nul. Nul, nul, nul. Vous êtes même pire que nul. Vous êtes médiocre. C'est ça ce que vous êtes: médiocre.
Philippe

Plaisir du matin. Poésie contemporaine. Haïku des temps modernes. Mais surtout intense perplexité face à une personne qui consacre quelques moments de sa vie à chercher mon adresse électronique, rédiger son texte, le relire, peut-être avec précaution, corrigeant çà et là une faute d'orthographe, avant de me l'envoyer.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Médiocre : de qualité moyenne, qui tient le milieu entre le grand et le petit. La normalité, version péjorative, avec un arrière-goût de nullité.

Pour Guillaume Meurice, ardent défenseur du 10/20, du « peut mieux faire », du « bof bof », la médiocrité est non seulement un mode de vie, mais aussi un formidable facteur d'émancipation. Elle autorise l'action sans la pression du résultat, pour le simple plaisir de se mettre en mouvement, pour la beauté du geste. Il faut la revendiquer en tant que résistance politique, car elle porte en elle le refus de la hiérarchie, de la compétition et du catéchisme capitaliste.

À la fois manifeste en faveur de la contre-performance et anti-manuel de développement personnel, ce Petit éloge nous invite à accepter avec sérénité notre médiocrité. Décomplexant !