Choses que je croyais perdues

Ouvrir un livre de Clémentine Mélois, c’est plonger dans la poésie des instants, du regard, des petites choses qui nous entourent et qu’on avait oublié de regarder. C’est apprendre à rouvrir les yeux, se rappeler, redonner du sens perdu par le quotidien. La poésie de l’instant.

Nous sommes peut-être constitués de poussière d'étoiles, de bactéries diverses et d'eau, mais ce sont les histoires qui font de nous ce que nous sommes. Elles peuplent notre imaginaire, l'habitent, le meublent. Elles y font leur nid. J'imagine que les histoires, comme les souvenirs, planent en permanence autour de nous, invisibles à l'œil nu, comme des ondes radio ou gravitationnelles, comme le signal wifi, ou ces pollens de graminées qu'on ne peut pas voir mais qui sont tout de même là, puisque les yeux me piquent. Parfois, l'une de ces histoires en a assez de voleter dans les airs. Elle s'attache alors à un objet, souvent dérisoire, qui sert de pont entre le visible et l'invisible. En se posant sur un caillou, l'histoire en fait une pierre précieuse. C'est une magie ordinaire qui ne cesse de m'émerveiller.
Choses que je croyais perdues de Clémentine Mélois
Lors du déménagement suite à une séparation, Émilie rempli des cartons et vide l’appartement.

Un gros trésor fait de toutes petites choses, une merveille

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je voulais te dire : sans le faire exprès, j’ai cassé le verre à moutarde Musclor que tu aimais bien. Le prince sous stéroïdes mal imprimé a perdu sa tête, mais il continue de flatter d’une main distraite l’encolure de son tigre vert de compagnie. Tu avais trouvé ce verre dans un vide-greniers où les gens vendaient pas cher de jolies choses. Après l’avoir regardé longtemps, avec intensité, tu l’avais négocié à deux euros. C’était un souvenir d’enfance et ta joie m’avait attendrie. Ça allait encore entre nous à ce moment-là, enfin je crois.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Seule dans son appartement, une jeune femme emballe ses affaires. Demain, des déménageurs emporteront ces traces fragiles de son existence. Elle pense à l’homme dont elle vient de se séparer, et des histoires surgissent des objets qu’elle manipule. Une assiette au filet d’or, un ensemble H&M couleur poil de chameau, un rouleau de Sopalin : ces témoins d’une vie ordinaire ont autant à raconter qu’un trépidant roman d’aventures...
Que reste-t-il de ce que nous avons vécu ? De quelles légendes sommes-nous faits ? Les grandes amours comme les petits riens, les désillusions et les désirs sont au cœur de ce roman plein de surprises, à la fantaisie incomparable.

La vallée de la jeunesse

Les choses, les choses… Elles apparaissent et disparaissent dans nos vies. Généralement, nous ne les remarquons pas. Pourtant, certaines nous marquent !

J'aime bien aller en ville avec ma mère. Elle fait les commissions dans les grands magasins de Lausanne. En Roumanie, les magasins étaient nuls. Des fois, je me souviens, j'entrais avec grand-mère dans une épicerie où la seule chose qu'on pouvait acheter, c'était des cornichons dans des grands bocaux. Grand-mère Clarisse en a attrapé un pour examiner l'étiquette.
Ces conserves sont périmées depuis quatre ans ! elle a hurlé. Vous vous fichez du monde, mademoiselle.
─ Non, mais celle-là ! a répondu la jeune fille en bougeant la tête de droite à gauche. Elle se croit à Paris, sur les Champs-Élysées, ma parole.
La vallée de la jeunesse de Eugène
Au travers de vingt objets (pas que, et il y a même des bonus), Eugène raconte son enfance en Roumanie, son arrivée en Suisse, son adolescence et enfin, (grâce à une montre ?) l’âge adulte.

Un conteur drôle et touchant

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
« Me raconte pas ta vie, c'est la mienne » prévenait Prévert aux clients accoudés au zinc, traînant dans les mêmes bistrots que lui à deux heures du matin, du côté de Montparnasse. Et c'est vrai qu'au fond nous sommes pareils. Plus ou moins mariés, plus ou moins riches, plus ou moins heureux au boulot, avec plus ou moins d'un enfant à la maison. Personnellement, j'appartiens à cette grande majorité d'êtres humains n'ayant assassiné aucun être humain, n'ayant jamais traversé de guerre et conduisant une voiture bas de gamme aux sièges qui brûlent en été (genre Peugeot 106, série Roland Garros). Pourtant, il doit bien y avoir quelque chose qui nous rend un peu uniques. Un je-ne-sais-quoi nous transformant en autre chose que des locataires standardisés, entassés dans des clapiers à cinq étages, avec balcon de trois mètres carrés.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Voici un récit autobiographique qui se déroule autour de vingt objets évocateurs des plus beaux moments de l’enfance de l’auteur-narrateur, des moins heureux également. Né en Roumanie, tôt arrivé en Suisse, Eugène revoit les portraits omniprésents de Ceausescu, les magasins vides, les queues interminables qui ont fait tant parler de ce régime. Il évoque aussi ses parents francophiles, les chansons d’Eddy Mitchell, le « rendez-vous incontournable » qu’était « Apostrophe », ou sa première montre suisse gagnée à un concours d’écriture. Il confie une part plus intime de son histoire, racontant cet enfant bègue qu’il était et qui a grandi à l’ombre d’un frère brillant.

Un texte sensible, plein d’humour, dont l’écriture évolue avec la maturité de l’enfant.

La souterraine

Alors que tout ça m’a semblé fort bien écrit, je n’ai pas vraiment saisi ce que Sophie Marceau nous racontait là. Quel serait le ou les messages de cette souterraine ?

Ma mère est belle. Pourtant née d'un sol pauvre et peu exigeant, semblable à la terre d'argile où pousse la vigne. Le travail séricigène du bombyx du mûrier a fait des merveilles pour produire tant de beauté brute. Des kilomètres de fil de soie ont fabriqué le tissu de sa peau. Probablement qu'un providentiel ministre des Affaires esthétiques a arrangé le mariage d'une brodeuse bretonne avec un sculpteur d'ivoire pour ciseler l'architecture de son visage. C'est en tout cas ce qu'elle croit. Sa beauté, à défaut du reste, dans sa vie, est un don du ciel et pas un simple héritage temporel.
La souterraine de Sophie Marceau

Des histoires de familles, d’amitié, de corps, beaux, laids, détestés comme les meilleurs alliés qui nous trahissent. Des objets aussi.

Et que dire de cette histoire de déshabillage qui ne fut pas sans me rappeler ce passage de l’autobiographie de Julio Iglesias reprise par Pierre Desproges ?
Lorsque je me déshabille, je commence toujours par le bas, par la partie inférieure de mon corps, la plus lourde, celle qui supporte la supérieure. Le pantalon descend le long de mes jambes et je me retrouve ainsi en culotte, exhibant la partie de mon corps qui me met le plus mal à l'aise, celle que j'aime le moins mais qui pourtant est toujours celle par laquelle je commence à me déshabiller.

Passage que je ne résiste pas à retranscrire ici :

Je passe d’abord ma chemise que je boutonne de haut en bas, puis mon pantalon[…] Je ne porte pas de ceinture, je n’en ai pas besoin. J’ajuste mon pantalon avec ma chemise par–dessus. C’est ainsi que je me peigne. Je sais que je ne dois pas tout de suite rentrer ma chemise dans mon pantalon c’est pour ça que je la laisse dépasser le temps de mettre ma cravate. Je porte des cravates toutes simples, de couleur sombre, unie, en soie. Mon pantalon est une sorte de seconde peau que je dois enfiler. C’est là le point commun avec les toreros … Il faut en effet que je tortille, qu’on tire sur le pantalon jusqu’à ce qu’il colle à moi comme une seconde peau. Je mets également mon gilet en le boutonnant lentement. et j’ai besoin qu’il me fasse un peu mal et qu’il me serre… Lorsque habillé, je me regarde dans la glace, généralement de profil, il m’arrive parfois de pousser un grand cri de satisfaction : – Ahhhhhhhhhh !
Julio Iglesias Entre le ciel et l’enfer

Bon, je suis passé à côté, zut !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Ils louent le rez-de-chaussée d'un pavillon de banlieue avec un garage. Ils ont un numéro de sécurité sociale, un berger allemand et une Renault 16.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Les treize histoires et sept poèmes qui composent ce livre se répondent et se complètent : d'un décor à l'autre (plateaux de cinéma, jardins d'enfance, hôtels de luxe ou terrains vagues), les héroïnes (filles, jeunes femmes, amantes ou amoureuses, mères ou grands-mères) incarnent chacune à leur manière le sort d'être femme, qu'il s'exprime par un corps, un rôle, un héritage.

Au fil des récits, des fables, des fragments de vie, des poésies, il s'agit toujours de dévoiler un mystère, un secret, la part souterraine... Les mots s'insinuent comme il faut pour toucher ce qu'il y a à toucher, et dire ce qu'il y a à en dire. Avec finesse et intensité. Et c'est un plaisir de plonger dans ces textes – débordants d'imagination, de fantaisie, basculant souvent de l'observation la plus juste à une imprévisible drôlerie

Tiny Pantone Objects

Un petit album photo de petits objets classés selon un nuancier pantone.

Tiny Pantone Objects de Inka Mathew

C’est drôle et choupinou, à conseiller à tous les graphistes, imprimeurs, coloristes, artistes et licornes arc-en-ciel

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Tiny PANTONE Objects is the perfect exploration of PANTONE colors in the everyday world. Inka Mathew has spent years photographing miniature objects that perfectly match the hues of the PANTONE rainbow. In this book, inspired by her Tiny PMS Match Tumblr, Mathew takes readers on a visual journey by pairing these objects—some found in nature and some man-made—with their exact PANTONE color, giving life and depth to the PANTONE colors we’ve all come to know. With objects that range from fruit to candy to toys to replicas of famous landmarks—and even more whimsical items such as a tiny rubber chicken—Tiny PANTONE Objects is a beloved treasure trove of the colors that make up our lives