Mort sur le Nil

Des enquêtes qui ont quand même un peu vieilli et qui peuvent sembler bien tirées par les cheveux… un poil, en tout cas.

- Vous allez me faire le plaisir de vous tenir tranquille. Tranquille, je vous dis.
 - Ah oui ? fit-elle en le regardant avec un sourire de defi.
 - Mademoiselle, je vous en conjure, cessez ce que vous êtes en train de faire.
 - Vous voulez que je laisse cette chère Linnet en paix ?
 - ça va beaucoup plus loin que ça. N'ouvrez pas votre ame au mal.
Elle le regarda, un peu ahurie.
 - Parce que, poursuivit Poirot d'un ton grave, si vous continuez, le mal prendra possession de vous. Oui, sans aucun doute il viendra... II vous submergera. Et il vous sera bientôt impossible de l'en chasser.
Elle leva sur lui un regard vacillant.
 - Je... je ne sais pas... (Puis elle s'ecria, catégorique :) Vous ne pourrez pas m'empecher de continuer !
 - Non, je ne peux pas vous en empêcher, dit Poirot avec tristesse.
 - Meme si je voulais la tuer... vous ne pourriez pas m'en empêcher.
Mort sur le Nil de Agatha Christie

Et pourtant, grâce à un Hercule flegmatique et perspicace, à l’humour et aux personnages so british, les polars d’Agatha Christie restent des divertissements de gare bien sympathiques

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
- Tiens donc, mais c'est Linnet Ridgeway !
- Hé oui ! c'est bien elle ! confirma M. Burnaby, l'aubergiste des Three Crowns.
Du coude, il écarta son compagnon.
Bouche bée et les yeux ronds, les deux hommes s'en mettaient plein la vue.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Ce n'est pas très joli de voler le fiancé de sa meilleure amie. Et même si l'amie en question semble se résigner, la ravissante et riche Linnet Ridgeway a bien des raisons d'être inquiète... Surtout quand le hasard les rassemble, pour une croisière sur le Nil, avec de troublants personnages, dans une atmosphère lourde de sensualité et de cupidité

Les scrupules de Maigret

Une histoire tenue par des fils arachnéens, pas vraiment cohérente et un peu bizarre ou Monsieur et Madame s’accusent mutuellement de vouloir s’empoisonner devant les yeux d’une belle-sœur pas vraiment consistante non plus.

 - Tu as un cas difficile ? questionna timidement Mme Maigret, qui s'occupait rarement de l'activité de son mari Quai des Orfèvres.
Il se contenta de hausser les épaules et de grommeler :
 - Une histoire de fous !
Il ajouta un peu plus tard, après avoir vidé son verre :
 - Allons nous coucher.
Les scrupules de Maigret de Georges Simenon

Et à la fin, le commissaire trouve le (ou la ?) coupable.

Voilà longtemps que je n’avais pas de commissaire Maigret… un polar qui a pris des rides

Tous les Maigret
80. Les scrupules de Maigret
79. Maigret voyage 81. Maigret et les témoins récalcitrants
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le visiteur du mardi matin
Cela n'arrive guère plus d'une fois ou deux par an au Quai des Orfèvres, et parfois cela dure si peu qu'on n'a pas le temps de s'en apercevoir : tout à coup, après une période fiévreuse, pendant laquelle les affaires se suivent sans répit, quand elles n'arrivent pas à trois ou quatre à la fois, mettant tout le personnel sur les dents au point que les inspecteurs, faute de sommeil, finissent par avoir l'air hagard et les yeux rouges, tout à coup c'est le calme plat, le vide, dirait-on, à peine ponctué de quelques coups de téléphone sans importance.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Qui dit la vérité ? Le nommé Marton, personnage inquiet et fragile, convaincu que sa femme veut l'empoisonner à petit feu ? Ou la froide Gisèle Marton, qui affirme avec un léger mépris que son mari est neurasthénique ? L'un et l'autre en tout cas sont assez étranges pour éveiller la curiosité et le flair de Maigret. Lequel découvrira sans trop de peine l'amant de Gisèle Marton, et les tendres sentiments qui unissent Xavier Marton à sa belle-sœur. Pas de quoi déranger un commissaire. Quand il y aura bel et bien un mort, ce sera différent... Nous découvrons ici le héros de Georges Simenon plongé dans des traités sur les psychoses et les névroses. Il n'y apprendra guère que ce qu'il savait déjà : nous sommes tous, à notre façon, un peu dérangés.

Ascenseur pour l’échafaud

Juste après avoir commis le crime parfait, Julien se ravise, il a oublié des papiers potentiellement compromettants dans son bureau. Il laisse sa voiture sur le trottoir, prend l’ascenseur et… Albert, le concierge coupe le courant de l’immeuble en le laissant prisonnier entre deux étages.

Le choc fut si violent que Julien se retrouva sur le plancher, dans le noir. Son genou avait heurté la paroi d'acier et la douleur lui coupait le souffle.
Il se redressa avec une grimace de souffrance, s'appuya du dos à la cabine, massa sa jambe.
« Albert! » cria-t-il.
Comme rien ne venait, il chercha à tâtons le tableau de commande et appuya sur le premier bouton qui lui tombait sous les doigts. Puis sur un deuxième, un troisième... Rien.
Allumant son briquet, il trouva au tableau le bouton marqué concierge et pressa. Il tendit l'oreille, essayant de percevoir une sonnerie lointaine. Rien.
Ascenseur pour l’échafaud de Noël Calef

Et là… Tout s’enchaîne dans une sorte de retour de manivelle karmique à la Murphy.

« Il n'y a donc pas que moi à croire que tu couches avec ton patron! »
Les mains aux hanches, Denise le regarda fixement :
« Tu nous casses les pieds. Ça va comme ça. On ne va pas passer le reste de la nuit à se disputer. »
Elle enleva son peignoir, le jeta sur le lit et saisit son amant à bras le corps :
« On a assez perdu de temps, Paul! » conclut-elle, d'un ton sans réplique

Un petit polar de gare rudement bien foutu, magnifiquement adapté au cinéma par Louis Malle avec Jeanne Moreau et Maurice Ronet sur une musique sublime de Miles Davis

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un crime presque parfait. Un homme coincé dans un ascenseur. Une femme qui l'attend. Une longue nuit dans Paris

La vérité en salade

C’est amusant, ces polars de gare, on les retrouve dans les boites à livres, les hôtels, les guest-houses et les Rbnb du monde entier. San-Antonio y figure souvent en bonne position. Et j’aime assez, j’avoue. A chaque fois que je tombe dessus j’y retrouve la même écriture toujours aussi stupéfiante et inventive.

J'ai été drôlement bien inspiré en passant derrière ! Comme quoi Gide avait raison : faut toujours passer par la porte étroite. Et il en connaissait un morceau sur la question. D'ailleurs on ne m'ôtera jamais de l'idée que s'il a toujours refusé un fauteuil à l'Académie, c'est parce qu'il avait du mal à s'asseoir !
La vérité en salade de San-Antonio

Hélas, combien de fois hélas. A chaque fois que je me dis que ce n’était qu’au début, que c’était le genre qui voulait ça et que cela ne reflétait pas le bonhomme Dard. Et pourtant je retrouve à nouveau dans cette lecture – entre les perles imaginatives (et les blagounettes à deux balles) – des allusions, réflexions, remarques et autres traits d’humour racistes et homophobes franchement dispensables et malvenus. Que le genre soit misogyne et macho, OK, mais hélas, ça, c’était dispensable

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'est le genre de personne sur le retour qui s'habille chez Cartier pour essayer de cacher les méfaits de l'âge. Elle a trois tours de perlouzes sur le goitre, un clip qui représente un concours de pêche au saumon, tout en diamants de la bonne année; deux suspensions avec éclairage indirect aux étiquettes ; des bracelets importés directement du Creusot et une dizaine de bagues qui ne sont pas en ciment armé véritable et qui la font scintiller comme l'autoroute de l'Ouest, au soir d'un lundi de Pâques.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une histoire vieille comme le monde. Madame a un amant. Sauf que Madame est le genre vieille baronne emperlouzée, triple menton et maquillage craquelé comme une terre trop cuite... Sauf que l'amant, 22 ans au compteur et gigolo pas dégoûté, git égorgé dans leur confidentiel nid d'amour...
Et elle vous raconte ça avec des trémolos dans la voix en sirotant sa Chartreuse. La peur du scandale exige du tact, de la discrétion... Tout San-Antonio, quoi ! Main de fer dans gant de velours. Oui mais voilà : sur la scène de crime, point trace de cadavre.
Et la salade commence tout juste de tourner

Meurs pas on a du monde : sublime roman

Quelle écriture, quelle bonne grosse marrade, c’est vif et plein de bons mots (et d’autres aussi), de blagounettes, d’apostrophes et d’apartés, il y a tout et bien plus encore car San-A. ne fait pas dans la demi-mesure, il en met des brouettes et ajoute la tournée du patron !

Cœur brûlant, haleine fraîche. San-Antonio de par ici et d'ailleurs ; lui qui avance en faisant marcher et qui ne recule que pour prendre son élan. L'Antonio, San A., Sana, ton pote, quoi ! Eh bien lui, eh bien moi, sais-tu ce qu'il dit, sais-tu ce que je dis dans cette triste chambre à cette jolie fille ? Il lui dit, je lui dis, tout de go, sans autoconcertation prélavable (comme dit Béru) :
- Ecoute, Marie-Marie, ça suffit comme ça, y en a marre : je vais t'épouser !
Textuel. Pas un mot de plus, pas une syllabe de moins. Net et sans bavure ! Une muraille vient de
s'écrouler, qu'on aurait crue solide.
Est-ce moi qui viens de parler ?
Oui. Dans un élan profond de tout mon être, comme ils écrivent dans leur salmigondis littératerre, les cadémiciens titulaires de bonne chaire (qui est faible) dans les impressionnants baveux où tout ce qu'on écrit peut être retenu contre vous.
« ... Y en a marre, je vais t'épouser. »
Meurs pas on a du monde : sublime roman de San-Antonio (Frédéric Dard)

Cette fois-ci, c’est en Suisse que ça se passe, entre Genève et le canton de Vaud et, tenez-vous bien ! San-Antonio demande sa main à Marie-Marie !

- Oui, Félix : l'Apocalypse est en marche, mais c'est pas une raison pour courir à son côté ! 
- Vous savez qu'il a de la poitrine ? coupe Bérurier  en retirant sa main du corsage de Belle-de-Mai.
- Tout est trompeur, assure Félix.
Béru rêvasse et demande :
— Vous croyez, vous, que tous les Grecs sont pédés ?
FIN

Mais non, trois fois non ! Impossible (même avec un second degré très affûté, en arguant que le genre veut ça et en croyant à la parodie tout en replaçant dans l’époque…) de laisser passer le sexisme à la papa, l’homophobie crasse et la xénophobie latente qui parsèment et empoisonnent le récit en le rendant aussi imbuvable qu’une quille de Gamay des années 80

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le pilote devait être dans les hâtes de rentrer calcer sa bergère, car il posa son fer à souder avec dix broquilles d'avance sur la piste de Genève Cointrin ; qu'à peine si les mignonnes hôtesses eurent le temps d'arracher leurs plateaux aux trois voraces curiaces qui boulimaient en first.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Franchement, M. Konopoulos ne me demandait rien. D'ailleurs, je n'étais pas venu à Genève pour ça. La sublime nana qui m'attendait à l'aéroport avait une autre chatte à fouetter. Mais il a fallu que ce pauvre manutentionnaire soit mordu par un méchant serpent et que son aimable cadavre déboule en même temps que nos valises...
C'est idiot pour Marie-Marie qui, consécutivement, a dû faire une croisière en ambulance ! Mais alors, si tu avais vu nos frimes quand on a déballé l'abominable costume !
Enfin, tu m'as compris ? Si tu as tout pigé, pas la peine d'acheter ce livre. Mais s'il te reste des zones obscures dans la comprenette, n'hésite pas.
Quand tu en auras terminé la lecture, j'aime autant te prévenir : tu devras changer de calbar. Car, on a beau dire, mais il s'en passe des choses, en Suisse !

Réglez-lui son compte ! : Les révélations de San Antonio

Voilà bien une grosse merdouille qui ne vaut que pour ce qu’elle est : le premier San Antonio paru.

Sur les femmes, je pourrais vous en écrire si long qu'un rouleau de papier peint ne me suffirait pas. 
Mais je ne suis pas de l'Académie française, et le blablabla psychologique n'est pas mon fort. Je vous assure que chez nous, aux services secrets, nous ne passons pas nos loisirs à lire des romans à la réglisse. Pour nous chanter le couplet sentimental il faut se lever de bonne heure, ça je vous le dis; et il serait plus facile de charmer un ménage de crocodiles avec des boniments de midinette que de nous faire tomber en pâmoison avec des histoires de clair de lune.
Réglez-lui son compte ! : Les révélations de San Antonio de San-Antonio (Frédéric Dard)

Raciste, misogyne, franchouillard, sexiste, mégalo, alcoolique, violent, xénophobe… Voilà de l’humour bien difficile à avaler aujourd’hui.

 — Allez, file, ordonne-t-elle durement à Bruno.
Une pépée me parlerait sur ce ton, moi, je commencerais par la poser à plat ventre sur mes genoux et je lui administrerais une fessée telle qu'elle ne pourrait pas s'asseoir sur autre chose que du duvet pendant douze ans.
Mais ce Bruno est une pauvre cloche et s'il croit savoir s'y prendre avec le beau sexe, il se goure vilain.
En matière de ce que vous pensez, avoir une belle gueugueule, ne suffit pas; un beau gosse sans volonté n'a jamais eu plus de succès auprès d'une femme que le génie de la Bastille. Et si je vous le dis, c'est que je le sais.

Tout ça pour deux petites histoires (réunies dans ce premier volume) plates et inconsistantes au scénario cousu d’un fil aussi blanc que les neiges éternelles de l’Antarctique.

Et pourtant, de ce petit machin un peu merdique va naître une des série policière au langage le plus créatif, truculent et invraisemblable qu’a connu la francophonie… on y devine déjà les prémices

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Si un jour votre grand-mère vous demande le nom du type le plus malin de la Terre, dites-lui sans hésiter une paire de minutes que le gars en question s'appelle San Antonio. Et vous pourrez parier une douzaine de couleuvres contre le dôme des Invalides que vous avez mis dans le mille ; parce que je peux vous garantir que la chose est exacte étant donné que le garçon en question c'est moi.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Ami lecteur, il faut un début à tout. Tu me diras : quand on a lu la Bible, on sait comment ça se passe... Une petite pomme à l'apéro, de chouettes pépées en tenue d'Ève, et toute l'affaire qui capote façon grandiose. D'accord, coco.
Mais il y a genèse et genèse. Numéro 1 et numéro 1. Dans ce que t'as entre les pognes, il y a des hôtesses de l'air et des gros calibres, des pigeons voyageurs et de l'espionnage international. Ça vous a quand même une autre tronche, non ? C'est même plus un début, c'est du patrimoine ! »

Voici le premier titre des aventures du célèbre commissaire, paru pour la toute première fois en 1949.
Signé : l'éditeur, et fier de l'être

La fabrique du suspense

Le livre du magicien, tous mes trucs révélés !

PREMIER TEMPS
Dans la fabrique
J'ai toujours vécu en Normandie. Né à Louviers, j'ai passé les dix premières années de ma vie au Manoir-sur-Seine, un village en bord de fleuve entouré de champs... et d'usines. Le bibliobus, qui passait dans la commune, a été ma première ouverture sur le monde des livres. J'y empruntais des romans de la Bibliothèque verte et des bandes dessinées qui m'ouvraient un univers différent de celui des Astérix, Tintin et Lucky Luke que tous les enfants de ma génération lisaient : Gotlib, Druillet, Philemon, Blueberry... J'y découvrais un humour et une poésie décalés, et une façon nouvelle de raconter des histoires. Je continue de penser que
La fabrique du suspense de Michel Bussi

Après une première partie plutôt autobiographique, Michel Bussi entre dans le vif du sujet : que fait il ? Principalement une sous-branche des polars, les romans à twist. Qu’est-ce, comment ça fonctionne, à quoi faut-il être attentif ? Un petit manuel riche d’exemples tirés de ses propres livres et permettant d’en comprendre les mécanismes.

Comme une chanson populaire...
Je ne dois pas ma notoriété à la critique ; les chroniqueurs littéraires, sauf exception, s'intéressent peu aux romans populaires, et s'ils évoquent un de mes livres, c'est généralement pour commenter le phénomène qu'il engendre, rarement pour en analyser le contenu. On peut voir dans cette attitude un aveu d'incompréhension : à la manière d'un anthropologue qui décrirait une peuplade aux mœurs exotiques, ils montrent à la fois de la condescendance et du respect pour une littérature qui leur est étrangère, ainsi qu'un certain étonnement devant la faveur qu'elle rencontre auprès d'un large publie. Ils sont

Pour l’anecdote, alors qu’il parle de la liberté qu’il laisse aux personnages de ses romans, il nous explique qu’en cas de dilemme entre un effet spectaculaire ou une justification cohérente, il préfère l’effet (quitte à ramer acrobatiquement par la suite pour rattraper les choses).

A ce sujet (attention spoil), il cite justement un point des Nymphéas noirs qui m’avait quelque peu chagriné. Et là, cher Michel, je ne suis pas vraiment d’accord avec vous !

*** Un bon exemple est fourni par Nymphéas noirs, qui raconte une histoire d'amour passionnelle entre Laureng Sérénac et Stéphanie. Pourtant, menacé par le mari de Stéphanie, Laureng fuit lâchement et laisse Stéphanie seule en compagnie de son psychopathe de mari. Si j'avais laissé le choix à mes personnages, ou même tout simplement privilégié leur cohérence psychologique, il est évident que Laureng ne serait jamais parti, aurait trouvé un moyen de coller Jacques-le-mari en prison et de vivre son amour avec Stéphanie... Sauf qu'alors, il n'y aurait plus eu de roman, ni de twist final (Laureng revient sous une autre identité cinquante ans plus tard). Bref, Nymphéas noirs sans le départ de Laureng n'aurait été qu'un banal roman d'amour. Le départ de Laureng n'est là que pour servir le twist qui fait l'originalité du roman : Stéphanie va vieillir seule, et nous raconter ses souvenirs mélancoliques, sans que le lecteur ne se doute qu'elle nous parle de son passé. ***

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
J'ai toujours vécu en Normandie. Né à Louviers, J'ai passe les dix premières années de ma vie au Manoir-sur-Seine, un village en bord de fleuve entouré de champs... et d'usines. Le bibliobus, qui passait dans la commune, a été ma première ouverture sur le monde des livres.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« J'ai accumulé depuis quarante ans un nombre considérable d'histoires, d'embryons de récits, de points de départ intrigants... Tout un stock d'envies que j'ai développées pour mon seul plaisir, persuadé qu'elles ne deviendraient jamais des livres publiés. À ma plus grande surprise, année après année, ces histoires rêvées, ces personnages fantasmés, ces aventures qui me hantent depuis des décennies prennent vie. Ce stock de récits dormant dans ma mémoire est loin, très loin, d'être épuisé. »

Nymphéas noirs

Après avoir lu l’impressionnante adaptation en bande dessinée de Fred Duval et Didier Cassegrain, je me suis quand même (après quelques hésitations) lancé sur l’original signé Michel Bussi.

Stéphanie lui sourit. Ses yeux scintillent. Il a dû rêver, bien entendu. Il devient fou. Il s'emmêle les pinceaux dès sa première enquête normande. Cette femme ne dissimule rien. 
Elle est belle, tout simplement. Elle appartient à un autre.
Normal !
Il bafouille, en reculant :
— Stéphanie, vous... penserez à me préparer la liste des enfants. J'enverrai demain un agent la chercher...
Ils savent tous les deux qu'il n'enverra aucun agent, qu'il reviendra lui-même, et qu'elle l'espère aussi.
Nymphéas noirs de Michel Bussi

Hélas, la magie n’opère pas de la même façon lorsqu’on connait les trucs du prestidigitateur.

Sérénac ne dit pas un mot. Sa main se pose instinctivement dans la touffe soyeuse du chien qui se frotte à lui.
— Vous connaissez Neptune, je suppose, inspecteur ? Tout le monde connait Neptune, à Giverny. Ce chien joyeux qui court après les gosses. Qui n'adore pas Neptune ? Qui n'aimerait pas ce chien innocent ? Moi aussi je l'adore, moi le premier, il m'a accompagné cent fois à la chasse...
En un éclair, le canon du fusil se baisse, à la hauteur des genoux de l'inspecteur Sérénac, à vingt centimètres de la gueule de Neptune. Une dernière fois, le chien observe les deux adultes avec une confiance aveugle. Un bébé souriant à ses parents.
Le coup de feu déchire le silence sous les peupliers.
À bout portant.

Reste un excellent polar à la construction horlogère, chef d’œuvre de chausses-trappes et d’illusionnisme.

Et juste comme ça, cher Michel, je n’arrive toujours pas à croire qu’un flic amoureux se tire parce qu’on tue un chien

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Trois femmes vivaient dans un village.
La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste.
Leur village portait un joli nom de jardin. Giverny.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Tout n'est qu'illusion, surtout quand un jeu de miroirs multiplie les indices et brouille les pistes. Pourtant les meurtres qui troublent la quiétude de Giverny, le village cher à Claude Monet, sont bien réels.
Au cœur de l'intrigue, trois femmes : une fillette de onze ans douée pour la peinture, une institutrice redoutablement séduisante et une vieille femme aux yeux de hibou qui voit et sait tout. Et puis, bien sûr, une passion dévastatrice. Le tout sur fond de rumeur de toiles perdues ou volées, dont les fameux Nymphéas noirs. Perdues ou volées, telles les illusions quand passé et présent se confondent et que jeunesse et mort défient le temps

Nymphéas noirs

Incroyable comme je me suis laisser berner et balader par cette bande dessinée. Magnifique !

Nymphéas noirs de Fred Duval et Didier Cassegrain adapté d’un roman de Michel Bussi

Déjà, le dessin de Didier Cassegrain est très bon, adapté au sujet (un polar) et au genre (Monet à Giverny), des aquarelles superbes dans une mise en page classique, des personnages et des paysages vivants et travaillés, une réussite.

Et le boulot de Fred Duval ! Comment réussir une pareille adaptation ? Chapeau ! Cette histoire de meurtres à différentes époques avec la sensation de ne parfois pas tout comprendre et cette façon de tirailler les perceptions est absolument réussie.

Une grosse BD, un polar convainquant qui me donne envie de lire l’original. Mais maintenant que je sais, aurais-je le même plaisir ? … C’est fait et c’est ici !

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Trois femmes vivaient à Giverny, le village de Normandie où Monet a peint ses légendaires Nymphéas. La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste. Toutes les trois pensaient que le village était une prison, un grand et beau jardin grillagé, un tableau dont il serait impossible de déborder du cadre. Une fois pourtant, pendant treize jours, les grilles du parc s'ouvrirent pour elles... Ces treize journées défilèrent comme une parenthèse qui s'ouvrit par un meurtre, le premier jour, et se termina par un autre, le dernier jour...

Publié en 2011, Les Nymphéas noirs est un roman multiprimé de Michel Bussi qui a su conquérir dans un même élan lecteurs et critiques. Mais est-ce suffisant pour réaliser une bande dessinée exceptionnelle ? Oui, si l'adaptation est écrite par Fred Duval et si les couleurs de cette histoire sont confiées à Didier Cassegrain. Pour la première fois, ce virtuose de la bande dessinée d'action arme son pinceau d'acrylique, donnant toute son ambition picturale à cette intrigue située dans la capitale de l'impressionnisme. Avec Fred Duval et Didier Cassegrain, Michel Bussi trouve son incarnation graphique

Fatale

Une bonne histoire bien noire, avec une femme fatale et mystérieuse dans une petite ville du bord de mer avec ses petits bourgeois, sa petite noblesse, ses jalousies, petits secrets et scandales étouffés. Que cherche-t-elle à remuer ?

Fatale de Max Cabanes, Doug Headline adapté du roman de Jean-Patrick Manchette

Des thèmes classiques très bien mis en scène et en images

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
- C'est comme d'habitude, non ? Ce sont toujours les histoires de cul qui apparaissent les premières... Puis viennent les questions d'intérêt... Et enfin les vieux crimes.

Tu as vu d'autres villes, ma douce, et tu en verras d'autres...

Elle s'appelle Aimée Joubert. Ou peut-être pas. Elle s'installe à Bléville. Ça aurait pu être ailleurs. Cette ville portuaire a-t-elle quelque chose de spécial ? Non, justement, c'est une ville comme les autres. Confinée dans ses certitudes, rongée par ses doutes. Un vase clos où les notables nagent en eaux troubles. Comme toujours, comme partout. Alors pourquoi Aimée Joubert a-t-elle choisi de remuer la vase ici ?

Parce que lorsque son doigt appuie sur la détente, il est aussi celui du destin. Aimée est venue apporter la tempête. Fatale.

Après La Princesse du sang, Max Cabanes et Doug Headline poursuivent leur travail d'exploration de l'oeuvre de Jean-Patrick Manchette, le maître français de la littérature noire. Avec l'adaptation fidèle et magistrale de Fatale, l'un des romans les plus sombres et les plus marquants de l'écrivain, les deux auteurs donnent une dimension inédite à la bande dessinée contemporaine