La piscine municipale : ethnographie sensible d’un commun

Ce petit livre sent bon l’été, la crème solaire et un petit parfum de chlore soutenu vers midi par celui des frites.

La piscine municipale : ethnographie sensible d’un commun de Cornelia Hummel, photos de David Wagnières
Mais qui vient, quand et pour faire quoi ? Cornelia Hummel s’y est intéressée, accompagnée par David Wagnière à l’appareil photo et nous donne ici sa vision de sociologue. Et même un peu plus, tant son regard est tendre et empathique.

Photos de David Wagnières
Un livre comme une plongée dans les souvenirs d’enfance, les glaces à l’eau sur un linge de bain à l’ombre des bouleaux à jouer au UNO avec les copains et les copines du quartier sous le regard des grand-mères feuilletant leur Danielle Steel

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Un grand bassin, un petit bassin, parfois plus ; des arbres, une pelouse ; des vestiaires, une buvette ; des jeux pour enfants, une table de ping-pong. Tout le monde connaît la piscine municipale. Elle est présente dans les imaginaires et les souvenirs, elle évoque les jours d'été et l'insouciance, les longueurs de crawl au petit matin et l'heureuse fatigue des enfants après une journée de baignades. Lieu de mixité sociale et de vivre ensemble, elle se fait pourtant discrète, presque pudique, ses qualités étant rarement dévoilées au grand jour.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Tout le monde la connaît, la piscine municipale : elle est présente dans les imaginaires et les souvenirs d'enfance ; elle s'impose dans la vie de quartier ; elle constitue un support à l'actuel regain de la pratique de la natation. Pourtant, il s'agit d'un lieu banal, parfois méprisé car associé à la culture populaire et aux vacances « sur place ». Elle mène donc une vie discrète, hors des rayons des bibliothèques.

Mais la piscine mérite son livre ! C'est ce constat qui a rassemblé une sociologue et un photographe, qui se sont plongés dans un microcosme au sein duquel te vivre- ensemble s'exerce au quotidien et où se noue, à bas bruit, du lien social. Leur immersion révèle un espace de mixité captivant où les générations se mélangent et où les signes de classement social tombent en même temps que les habits laissés au vestiaire.

À travers un récit mêlant paroles des usagers, photographies et bulles sonores se dévoile le paysage sensible de la piscine : nous suivons les routines et les attachements, au plus près des mouvements de brasse, des sauts et plongeons, des amours adolescentes, des parasols et paréos, des frites et de la crème solaire.

Un violent désir de chaleur humaine

Tania de Montaigne poursuit son analyse du racisme avec une version plus personnelle suite à la réception de messages haineux sur les réseaux sociaux.

Cest pas moi, c'est lui.
C'est pas moi, c'est elle.
La faute de l'Autre.
Tout le monde veut être parfait, un vrai petit ange. N'est-ce pas? C'est le bouc émissaire qui fait tenir debout ce bel édifice de perfection. Il permet à la société de rendre réels les mythes de vertu et de pureté. Tout le monde veut être vertueux. Non? Il y a d'un côté la société saine, angélique, et de l'autre le bouc, élément impur, nuisible, diabolique, coupable. Forcément coupable. Regarde, depuis la nuit des temps les discours, les programmes, les dictatures, les autocrates, tous adossés au bouc émissaire. Le bouc est à lui seul la solution et la cause de tous les problèmes. Il ne demande aucune réflexion, grâce à lui plus besoin de penser. Il est la maladie et le médicament, le poison et le remède, le pharmakon. C'est parce qu'il est là que tout va mal, mais c'est parce qu'il est là qu'on peut affirmer qu'après lui, tout ira bien.
Un violent désir de chaleur humaine de Tania de Montaigne
Elle y soulève quelques évidences, certes, mais qui méritent d’être répétées !
Si l'on admet que ça n'est pas le réseau qui a fait l'Homme mais que c'est bien l'Homme qui a créé et alimente les réseaux, c'est que quelque chose de nous-mêmes doit être réfléchi.
Notre rapport à la violence.Le triste constat d’une société individualiste, rongée par la haine et les injonctions qui font le succès et l’argent des GAFAM et autres TikTok.

Un appel à retrouver notre vitale humanité

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Et puis, j'ai posté une photo de moi un peu floue prise sur un bateau-mouche avec ce commentaire, « Quel plaisir de retrouver les amis ».


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Dégénérée », « Vas faire à bouffer connasse ! », « Vas t'occuper de ton gosse ! » , « T'es pas prête à ce qui va t'arriver », « Regarde ta coupe on dirait un balai à chiotte », « Meurs, t'es pas belle... », « Tu mérites de te faire égorger… »
« Le premier message est arrivé sur mon compte à 23h03. Je me suis dit, ça doit être une erreur. Je n'ai pas senti qu’à ce moment précis j’étais en train de devenir le point de rencontre entre les plus anciennes pulsions humaines, la peur, la haine, le meurtre, la cupidité, d'un côté, et la technologie la plus avant-gardiste de l’autre ».
Quelque chose dans notre civilisation s’est brisé. Il ne s’agit plus d’un malaise ni d’un combat entre le juste et l’injuste, le vrai et le faux, le bien et le mal, le réel et le numérique. Quelque chose de bien plus profond et d’enfoui a explosé à la faveur des réseaux sociaux : la haine, notre haine. On ne compte plus les messages violents, racistes, misogynes, homophobes, qui déferlent sur nos appareils. Et dans nos vies. À la légitime question, que faire ?, on pointe du doigt les objets, ce téléphone que l'on dit smart, ces réseaux que l'on dit sociaux. Mais si l'objet est en cause, est-il vraiment LA cause ? Regarder l'objet sans se regarder soi-même, c'est regarder le doigt sans regarder la lune. « La folie c'est de faire tout le temps la même chose et d'attendre un résultat différent », écrit Einstein. Sommes-nous prêts à vivre différemment ?

Il n’a jamais été trop tard

Dans ces chroniques mensuelles de 2023 et 2024, Lola Lafon parle de guerres, de viol, de violences… Bref, assez tristement : de l’actu. Mais aussi de sujets plus personnels ou plus intemporels comme l’anorexie ou la Shoah.

Janvier, encore
Quand les eaux sales et usées débordent, il est recommandé, pour éviter une aggravation de la situation, de protéger les ouvertures et de localiser l'origine de l'incident.
La besogne est ardue, car les discours fétides qui entachent notre commun viennent de toutes parts: populismes de droite, de gauche, il y a un défaut d'étanchéité avéré entre les différentes familles politiques et le locataire de la maison présidentielle s'en accommode très bien.
Combien de temps avant que ces errances idéologiques, cette eau brunasse dans laquelle on barbote, nous contaminent tous ? Cette gale de l'âme, on l'a vue venir.
Il n’a jamais été trop tard de Lola Lafon
Elle y laisse s’exprimer sa sensibilité, son désir du vivre ensemble. Un recueil sensible et profond, mais pas vraiment gai pour un titre qui semblait pourtant plein d’espoir

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'est ce que nous laissent les disparus, ces évanouis, les manquants, les passés trop vite : un puzzle de mots, qu'on aura partagés. Des confidences, des désaccords, des fous rires, des désirs et des doutes. Cette hérédité fragile nous échoit.
Qu'en fera-t-on ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Ce livre est une histoire en cours. Celle d'un hier si proche et d'un demain qui tremble un peu. Ce présent qui bouscule, malmène, comment l'habiter, dans quel sens s'en saisir ? Comme il est étroit, cet interstice-là, entre hier et demain, dans lequel l'actualité nous regarde. Elle reflète le monde, mais aussi des événements minuscules en nous, des souvenirs, des questions, des inquiétudes. Ces pages ne sont pas le lieu d'un territoire conquis, d'un terrain marqué de certitudes. Ce livre est l'histoire de ce qui nous traverse, une histoire qu'on conjuguerait à tous les singuliers. »
L.L.