Le meilleur des mondes

Lu il y a fort longtemps, je me suis replongé dans ce classique avec émerveillement !

Ces paroles réveillèrent un écho plaintif dans l'esprit de Bernard. Seul, seul...
 ─ Moi aussi, dit-il, dans une bouffée de confidence. Terriblement seul.
 ─ Vous aussi? - John eut l'air étonné. - Je croyais que Là-Bas... C'est-à-dire que Linda disait toujours que personne n'y était jamais seul.
Bernard rougit, gêné.
 ─ Il faut vous dire, fit-il, bredouillant et détournant les yeux, que je dois être un peu différent de la plupart des gens. Si l'on se trouve avoir été différent, dès la décantation...
Oui, voilà, précisément. Le jeune homme approuva d'un signe de tête. - Si l'on est différent, il est fatal qu'on soit seul. On est traité abominablement. Savez-vous bien qu'ils m'ont tenu à l'écart de tout, absolument ? Quand les autres gamins allaient passer la nuit dans les montagnes vous savez bien, quand on doit voir en rêve ce qu'on a comme animal sacré ils n'ont pas voulu me permettre d'aller avec les autres ; ils n'ont voulu me dire aucun des secrets. N'empêche que je l'ai fait tout seul, ajouta-t-il. Je suis resté sans manger pendant cinq jours, et alors, je suis allé tout seul, une nuit, dans les montagnes, par-là. - Il les désigna du doigt.
Bernard eut un rire protecteur.
 ─ Et vous avez vu quelque chose, en rêve ? demanda-t-il.
L'autre fit un signe de tête affirmatif.
Le meilleur des mondes de Aldous Huxley, traduction de Jules Castier
Tant de dérives totalitaires sont décrites ici, avec le consentement béat d’une population soumise chimiquement pour son plus grand bonheur abruti. Un monde ou l’eugénisme et le conditionnement dès la naissance permet à toutes les classes sociales de rester à leurs place, abreuvées de soma et de sexe.

Impressionnant !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Un bâtiment gris et trapu de trente-quatre étages seulement. Au-dessus de l'entrée principale, les mots : CENTRE D'INCUBATION ET DE CONDITIONNEMENT DE LONDRES-CENTRAL, et, dans un écusson, la devise de l'État mondial : COMMUNAUTÉ, IDENTITÉ, STABILITÉ


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Voici près d'un siècle, dans d'étourdissantes visions, Aldous Huxley imagine une civilisation future jusque dans ses rouages les plus surprenants : un État Mondial, parfaitement hiérarchisé, a cantonné les derniers humains « sauvages » dans des réserves. La culture in vitro des fœtus a engendré le règne des « Alphas », génétiquement déterminés à être l'élite dirigeante. Les castes inférieures, elles, sont conditionnées pour se satisfaire pleinement de leur sort.

Dans cette société où le bonheur est loi, famille, monogamie, sentiments sont bannis. Le meilleur des mondes est possible. Aujourd'hui, il nous paraît même familier...