Gêne et confusion

Fabienne Radi aime à s’amuser de la dérision dérisoire de nos vies. Mais alors que la définition de la dérision impliquerait mépris et moquerie, Fabienne (qui ne se prénomme pas Isabelle) joue en tendre complice avec nos petits égarements.

Question pour une géomorphologue
À quel moment un tas mou se transforme-t-il en flaque épaisse ?
Gêne et confusion de Fabienne Radi

Et au travers de ces tranches de vies, anecdotes célèbres ou ignorées, histoires de familles et autres petits embarras, elle nous rappelle à la raison. La vie nous offre tant de cadeaux pour peu que nous sachions les voir.

Filles de la campagne
« Je marcherais à travers le désert en mangeant des briquettes de charbon de bois imbibées de Tabasco pendant quarante jours et quarante nuits pour ne plus jamais avoir à écouter quoi que ce soit en rapport avec les Shaggs. »
Cette sentence fleurie a été postée sur internet il y a plusieurs années par un amateur de rock, visiblement perturbé par une expérience auditive douloureuse. À l'inverse, dans une formule plus incisive, et avec une pointe d'ironie mais pas que, Frank Zappa déclarait en son temps : « Les Shaggs sont meilleures que les Beatles. » Un point de vue qui infusera lentement, jusqu'à renverser l'image des Shaggs. Passées de pire groupe du monde à la fin des années 1960 à meilleur pire groupe du monde dans les années 1980, les Shaggs deviennent un groupe culte à partir des années 2000. Ce qui est assez épatant pour une formation qui n'a pas eu plus de six ans d'existence, et dont les membres n'ont jamais eu envie de faire de la musique.

Tour à tour drôle, touchante, amusée, ridicule, émerveillée, intéressée… Fabienne Radi nous parle de nous avec un petit sourire malicieux

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Ma belle-sœur a un chien depuis quelques mois. C'est un bâtard issu d'un croisement improbable; le résultat est aussi incongru qu'intéressant. Un museau pointu de teckel, de longues pattes de lévrier et un thorax puissant de boxer. On dirait que les différentes parties de son anatomie ont grandi séparément.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un avocat essaie de cacher sa langue poilue ; une jeune femme se méprend sur les paroles de sa prof de yoga ; un frère envoie ses condoléances par erreur depuis la Sibérie ; une mère s'acharne sur une tache qui ne part pas ; un homme refuse le cadeau fait par une amie... Les protagonistes de « Gêne et confusion » sont confrontés à des situations plus ou moins embarrassantes, traversent même parfois des moments de honte.

Swiss Trash

Quel enfer, quelle horreur ! La Suisse et les drogues à la fin des années 80. Les années Letten et SIDA. Et la violence en bonus ! Écœurant de réalisme.

Elle est mal. Mal à en crever. Tout son corps est de trop. Les muscles font mal. L'estomac fait mal. La peau fait mal. Les monstres s'agitent, la tête pense trop, explose à force d'être obnubilée par la ligne de brown. Désolation. Marie vit mais n'éprouve que douleur dans le corps. S'en veut d'avoir raté son suicide. Ne songe qu'à mourir. Se reproche sa veulerie. N'a pas le choix. Vivre ou mourir. Comme sa jeune carcasse refuse de mourir, il faut que son Être s'adapte, se force à vivre. Marie se désintoxique pour goûter enfin lucidement à la souffrance de la vie.
Swiss Trash de Dunia Miralles
Une réédition qui permet se replonger dans ces années ou nombreux jeunes sont tombés d’overdose, malades ou sous la violence du trafic. Un milieu ou la vie d’un homme ne vaut guère plus que le prix d’une dose… et celle d’une femme encore moins.

Un tableau insoutenable à la noirceur sanglante, à la sororité salvatrice

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La Chaux-de-Fonds, le 18 février 89
Le rot, épais, s'aplatit comme une morve dégoulinante sur la face de la serveuse. Son visage se referme comme l'anus d'un puceau. Les quatre garçons rigolent. Elle tourne le dos à la tablée. Pas la peine de s'énerver à ces heures tardives.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Après la mort de son compagnon, pour oublier sa culpabilité et son travail à l’usine, le week-end Cathy se déplace en stop, fait le tour des concerts rock et couche avec des garçons au hasard. Dans une autre ville Marie, qui se trouve moche, se saoule pendant que sa copine Gloria saute de lit d’avocat en lit de diplomate, déterminée à faire un beau mariage. Dans un processus de violence et d’autodestruction, diverses rencontres les mènent du sexe à la drogue. Leur route croisera aussi celle de Constance, rebelle mi-fille mi-garçon qui cogne plus fort qu’un homme. L’histoire se déroule sur fond de guerre yougoslave, dans une Suisse où la vie n’a pas l’arôme de son chocolat, à une époque où la scène ouverte de la drogue existait encore.

L’amazone d’Arcachon : ou la chica del Chupa Chups

Une voix suffit-elle pour une histoire d’amour ? Pas sûr.

Mais pour une escapade érotique, certainement. Et lorsque les parfums, les vents et le sable des bords de l’Atlantique, le grain de la peau, et un brin de folie s’emmêlent… mÆL s’envole !

Il me montre le clou de la soirée. Je le lèche, le pourlèche. Mes lèvres se referment sur la sucette, Chupa Chups de mon enfance. Il enfonce sa mèche jusqu'à provoquer des haut-le-cœur. J'aime la sensation. Et je suce avec plus de véhémence. Il n'a aucune retenue, il aime sonder mes profondeurs. Il attrape mes cheveux et les tire en arrière. Suis à sa merci. Il prend les commandes, j'en redemande. Je quémande, il bande dur, je veux que ça dure. J'ouvre les yeux, son regard inquisiteur versus mon abandon. Il est étonné. « Vous êtes une professionnelle ! » No comment. La pompe reste sèche. Lui, dans le contrôle.
 ─ J'ai un avantage sur vous, Sieur de Bordela.
 ─ Ah, oui, lequel ?
 ─ Je vous aime, j'ai donc beaucoup plus de plaisir que vous.
L’amazone d’Arcachon : ou la chica del Chupa Chups de mÆL
Une femme danse avec la passion.

Un petit livre à l’érotisme flamboyant, regorgeant d’invitations poétiques, de musiques, de fantaisies typographiques et parsemé de QR codes (qui ne fonctionnent tristement pas tous) pour un voyage à fleur de peau

Un livre délicieusement sucré à suçoter au bord de mer
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
26 juin 2024, 12h30, Aéroport de Bordeaux

Je me retrouve au milieu du hall des arrivées, ma petite valise à la main. J'y ai enfourné trois tenues : celle de la petite fille bien sage, rose pâle, celle de la femme fatale, rouge passion, et celle de la mondaine, similicuir noir. They say the clothes make the woman, mais pas le moine. If you are what you wear, you'd better dress the part you want.
Enfin !
Je me sens comme une gamine.
Demain c'est mon anniversaire.
Je me suis fait un cadeau d'anniversaire.
J'ose enfin aller au bout de mes fantaisies.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un contact sur Instagram, une voix, une photo...

S'abandonnant à la folie, qui la tient depuis des années, une gamine dans le corps d'une femme ─ féminine et coquine qui plus est ─ va retrouver un homme convoité. Ballottée entre son insoutenable légèreté de l'être et l'étrange objet de son désir, elle exprime sans fard ses ressentis. De l'autofiction à la réalité, elle gomme la frontière entre réel et imagination pour raconter sa vérité. Pour ce faire, elle innove, coupe un patron inédit dans la langue, jongle avec les mots et redessine la mise en page.

Un livre sur le désir amoureux qui ne devrait pour vous laisser indifférent.e.s.

Mesdames, une réflexion osée et libertaire. Messieurs, une mise à nu sexy et audacieuse.

900 km la distance à parcourir pour...

Il y a encore des noisetiers

Typique des derniers romans durs de Simenon, ces noisetiers racontent un homme au moment du bilan de sa vie. Apaisé, enfin, l’homme regarde avec satisfaction son oeuvre : famille, argent, réalisations et quelques regrets quand même… point trop de brillance n’en faut pour celui qui résidait alors en Suisse protestante.

J'ai eu la chance de réaliser dans ma vie à peu près tout ce que j'ai entrepris. Jusqu'ici, j'ai été exempt de la plupart des maux moraux ou physiques qui frappent la plupart des hommes.
Cela signifie-t-il que je voudrais recommencer ?
Ce n'est pas la première fois que j'y pense et chaque fois la réponse a été non. Ni en tout, ni en partie. Pour chaque époque, je trouve, avec le recul, quelque chose de gênant, d'inachevé.
J'ai souvent honte de l'homme que j'ai été à tel ou tel moment.
Il y a encore des noisetiers de Georges Simenon
Mais là, alors que la dernière ligne semblait bien droite et déblayée, tout s’emballe : des tristes nouvelles d’une ex outre-Atlantique, à Paris son fils se marie avec une femme de l’âge de sa fille qui en profite pour annoncer qu’elle est enceinte d’un homme qu’elle ne veut pas revoir…

Et Simenon de lui donner l’occasion de briller enfin dans la famille, vieux sage, patriarche généreux. Un peu mélo, mais sympa.

L’occasion de jeter encore une fois un œil sur la position de la femme dans les années 60. L’époque où les mères célibataires étaient des filles-mères, stigmate honteux

Tous les romans durs de Simenon
112. Il y a encore des noisetiers
111. La prison 113. Novembre
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Étais-je, ce matin-là, plus ou moins heureux que les autres jours ? Je n'en sais rien et le mot bonheur n'a plus beaucoup de sens pour un homme de soixante-quatorze ans.
En tout cas, la date reste dans ma mémoire: le 15 septembre. Un mardi.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le banquier Perret-Latour vit retiré dans son appartement de la place Vendôme, entouré de quelques domestiques et protégé par sa gouvernante. Dans son existence régulière et ordonnée surviennent trois événements qui vont réveiller le passé et rendre sa vitalité au vieil homme.

Toutes les vies

Quelle claque, quelle violence ! Lu en un souffle, je me suis fait exploser par Toutes les vies.

La maison était aussi belle que mon désespoir était grand.
La maison était très belle.
C'était un palace, avec de nombreuses petites
terrasses extérieures, une gigantesque cuisine ouverte en faïence, de somptueuses chambres calmes, une piscine avec vue sur la mer et, au bout du chemin, une plage privée.
J'arrivai la peau sur les os et le visage émacié.
On voyait littéralement sur ma tronche et mon corps les stigmates de la fatigue, de la dépression, de la folie, de l'adultère, du deuil et de la rupture.
J'étais très pâle avec sous l'œil droit ma vallée des larmes qui s'était encore creusée.
J'avais perdu tous mes muscles, j'étais molle, j'avais même perdu mes seins, ils tombaient comme des petits gants de toilette.
J'avais fait un reset, je repartais de zéro.
Toutes les vies de Rebeka Warrior
Une histoire ─ dans l’ordre ─ d’amour, de maladie, de mort et de deuil. Avec des drogues et du zen. Tout ensemble pour un cocktail qui hurle sa douleur. Un livre incroyable qui se permet même parfois d’être drôle, cultivé et touchant.

Un théâtre d’amour grand-guignolesque, un cri de plus de 260 pages écorchées, torrides et glaciales, un tour du monde psychotropique, une machine à baffes d’une sincérité à cœur ouvert

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Pauline et moi étions amoureuses depuis de nombreuses années.
Elle avait vingt-huit ans et moi trente et un quand nous nous sommes rencontrées.
Nous faisions à peu près la même taille et le même poids.
Nous pouvions échanger tous nos vêtements sauf les chaussures.
Elle avait des cheveux longs, châtains, des yeux noirs et de magnifiques petits seins.
Son odeur me rendait folle.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Une nuit, dans notre bicoque sur la plage, j'ai fait un drôle de cauchemar.
La mort contournait la moustiquaire et tentait perfidement de s'introduire dans notre lit.
Elle attendait tapie dans l'ombre que je m'endorme pour s'infiltrer et prendre Pauline.
C'était elle qu'elle voulait.
Elle s'en fichait de moi.
Je lui mettais des bâtons dans les roues.
Ça ne lui plaisait pas.
Je passais la nuit à monter la garde.
La mort était mécontente.
Au petit matin, je m'étais assoupie, elle était venue souffler près de mon visage.
Elle avait murmuré quelque chose, mais je n'avais pas compris quoi.
Elle parlait latin ou suédois.
Juste pour me faire chier. »

Premier roman virtuose, Toutes les vies est le récit d'une histoire d'amour sublime, d'un deuil impossible et d'une quête spirituelle qui sauve.

Les frères Rico

Un roman à l’américaine, un vrai de vrai. Avec des très méchants et des moins méchants. Avec des règlements de compte, la famille, la loyauté, des vendus et des tueurs. Un roman qui, sans surprise, a été adapté au cinéma.

On s'était servi de lui pour retrouver Tony. Il ne s'était jamais fait d'illusions, avait cherché son frère du mieux qu'il pouvait, avait joué le jeu.
Au fond, il avait toujours su que Tony n'accepterait pas de s'en aller et que, d'ailleurs, on ne le laisserait pas partir.
Gino, lui aussi, l'avait compris. Et Gino avait franchi la frontière. C'est encore ce qui étonnait le plus Eddie, lui donnait un sentiment de culpabilité.
 ─ Quelle heure ? demandait Gonzalès.
 ─ A quelle heure les gens se couchent-ils dans ce coin-là?
 ─ Très tôt. Ils se lèvent avec le soleil.
 ─ Mettons onze heures ?
 ─ Ça ira.
 ─ Conduis les hommes sur la route, à deux cents mètres de la maison. Tu prends une autre voiture, bien entendu.
 ─ Oui.
Les frères Rico de Georges Simenon, illustrations de Loustal

Une édition illustrée magnifiquement par Loustal, un vrai bonheur d’en tourner les pages pour tomber sur des pleines pages flamboyantes aux contours noirs intenses

The Brothers Rico de Phil Karlson sorti en 1957

Tous les romans durs de Simenon
74. Les frères Rico
73. Une vie comme neuve 75. Marie qui louche
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Comme tous les autres jours, c'étaient les merles, les premiers, qui l'avaient réveillé. Il ne leur en voulait pas. Au début, cela le mettait en rage, surtout qu'il n'était pas encore habitué au climat et que la chaleur l'empêchait de s'endormir avant deux ou trois heures du matin.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Les trois frères Rico appartiennent à l'Organisation. Quand Tony, le plus jeune, disparaît après un coup manqué et fait savoir qu'il veut reprendre sa liberté, l'Organisation ordonne à Eddie, l'aîné, de retrouver son jeune frère pour lui conseiller de fuir. Mais cette mission est un piège, et quand Eddie s'en rend compte, il est déjà trop tard...
Loustal s'est emparé de ce roman de Mafia très noir, histoire de trahison et de lâcheté, et a restitué, en cinquante illustrations, le décor sombre de Brooklyn comme les paysages lumineux de la Floride.

Les complices

Le hasard faisant, j’ai lu Les complices juste après Les demoiselles de Concarneau et j’ai eu la surprise d’y voir quasiment le même fait divers. En voiture, un homme provoque un accident mortel et prend la fuite. Il tue un enfant dans le précédent, tout un car d’enfants cette fois-ci.

 ─ Cela aurait parfaitement pu m'arriver.
Il n'avait jamais aussi bien menti de sa vie et, jamais non plus, un mensonge ne lui avait tant coûté. Il entendit les pas de son frère dans l'esca-lier, des portes qui s'ouvraient et se refermaient, enfin le bruit d'un moteur qu'on met en marche.
Il était seul dans l'immeuble. Au fond du chantier, la scie métallique vrombissait et, dehors, les Nord-Africains se suivaient toujours en file indienne sur les planches qui reliaient la péniche à la terre.
Edmonde devait être partie aussi, comme les autres. Elle avait bien fait.
Il resta longtemps le front collé à la vitre, regardant vaguement le défilé des débardeurs, puis il porta une cigarette à ses lèvres. Au moment de l'allumer, une sorte de trop-plein lui monta de la poitrine dans la gorge et il éclata en sanglots, toujours debout, les bras ballants, à regarder le canal que l'eau de ses yeux déformait.
Il était seul et n'avait pas besoin de se cacher le visage.
Les complices de Georges Simenon
Mais il n’est pas question de sœurs étouffantes ici, c’est face à lui même que Lambert se retrouve. Lambert et la culpabilité qui commence à le prendre, l’enserrer et l’étouffer à mesure que l’enquête avance.

L’histoire d’un homme seul avec sa conscience face à son crime

Tous les romans durs de Simenon
85. Les complices
84. Les témoins 86. En cas de malheur
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Ce fut brutal, instantané. Et pourtant il resta sans étonnement et sans révolte comme s'il s'y attendait depuis toujours.
D'une seconde à l'autre, dès le moment où le klaxon se mit à hurler derrière lui, il sut que la catastrophe était inéluctable et que c'était sa faute.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Seule Edmonde, sa secrétaire, connaît le terrible secret qui ronge l'industriel Joseph Lambert. Elle était dans la voiture. Elles sait pourquoi Lambert, distrait, a laissé le véhicule rouler au milieu de la chaussée. Et quel drame atroce a résulté d'un moment d'égarement sensuel...
Elle ne dira rien. Quant à Joseph, c'est en vain qu'il cherchera le réconfort auprès de Nicole, sa femme, avec qui il n'a jamais eu de contact réel, ou de la facile Léa, sa maîtresse occasionnelle. Pas plus qu'à son frère, qui dirige avec lui...

Les demoiselles de Concarneau

Jules est heureux, à peu près, enfin… s’il ne se pose pas trop de questions. Certes ses sœurs l’écrasent un peu, mais c’est si confortable.

Jusqu’au jour où il renverse et tue un petit garçon qui traversait la route.

Quand Marthe apporta de la cuisine un plat odorant de homard, Céline, pour qui c'était déjà devenu une habitude, se tourna vers son frère et lui adressa un petit signe. Ou plutôt il n'y avait pas de signe à proprement parler. Elle n'avait qu'à le regarder d'une façon spéciale. Cela voulait dire :
 ─ Tu sais ce que le docteur a dit...
Il soupira. Que pouvait-il faire? Il resta sans manger, l'assiette vide, pendant que les autres se régalaient. C'était le second anniversaire du mariage de Marthe. Les deux sœurs et le frère avaient été invités à dîner dans le petit appartement du quai de l'Aiguillon et les Gloaguen avaient bien fait les choses : fleurs sur la nappe, quatre verres devant chaque couvert, bourgogne qui chambrait près du poêle, champagne sous le robinet de la cuisine... 
Émile était très animé et, bien qu'il n'y eût là que de la famille, il veillait à ce que tous les rites fussent suivis.
Les demoiselles de Concarneau de Georges Simenon
Une histoire de remords, de volonté maladroite de réparer et finalement… (on ne se refait pas) de soumission à ses sœurs.

L’histoire d’un homme ─ bien inconsistant ─ dans les tourments. Le drame d’un faible comme Simenon l’aime à raconter

Tous les romans durs de Simenon
15. Les demoiselles de Concarneau
14. 45° à l’ombre 16. L’évadé
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il y avait trop de tournants, et aussi de montées, des descentes, pas très longues, mais brutales.
Il y avait aussi et surtout la question des cinquante francs qu'il fallait résoudre coûte que coûte avant d'atteindre Concarneau.
Seulement voilà : Jules Guérec n'arrivait pas à penser, du moins à penser cinq minutes durant à la même chose. Des tas d'idées venaient le distraire, tandis qu'il restait immobile sur son siège, les mains au volant, le corps raidi, la tête en avant.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Mentir. Chaque jour. Être surveillé dans ses moindres faits et gestes. Avoir deux sœurs qui lisent dans vos pensées et comptent le moindre centime. Jules Guérec a quarante ans. Il est le frère qui subit. Celui qui cache ses désirs, ses passions. Jusqu'au jour où l'irréparable arrive. Un accident. Le drame. De ces enchaînements de circonstances qui mènent au tragique.

Roman de l'intime et de l'égoïsme, roman d'une ville vouée à la mer et au crachin, Les demoiselles de Concarneau est aussi le portrait d'une époque et d'un milieu, celui de la pêche, où l’œil de Simenon aura su, une nouvelle fois, voir tout ce que l'humanité aimerait tant cacher d'elle-même.

La bonne mère

Un roman qui se vit comme ce qu’il se raconte. Tout en émotions. Et pas des petites joies timides ou des chagrins d’enfance vite consolés d’un bisou magique, non ! C’est la vie qui s’envole comme elle s’écrase, qui tourbillonne et qui explose !

Elle continue en boucle pendant un bon quart d'heure. La fille de son père, celle-là, quand elle veut. À se demander ce que c'est mon problème, pourquoi je suis jalouse, pourquoi je l'ai haï avant même de le connaître, son girafon. Ses yeux sont rouges et elle a les deux mains appuyées sur le bas-ventre. Et pourquoi je suis venue, hein, pourquoi ça finit toujours comme ça ? Pourquoi on peut pas avoir une conversation normale comme une fille et une mère normales ?
Mon train est demain, faut serrer les dents. Vérifier qu'elle a à manger dans le frigo. Qu'elle mange. La laisser se vider de sa haine sans piper mot. Parce que avec elle, que je parle ou que je me taise, que je vienne ou que je parte, je finis toujours par être la mauvaise mère.
La bonne mère de Mathilda di Matteo
Et c’est magnifique, touchant, révoltant, tordant (de rire comme de douleur) et déchirant.

Un vrai trésor du Sud de la France, bien loin des culs pincés germanopratins, un livre avec des épices et du soleil. Mais attention, quand il pleut, c’est à torrents, avec de la grêle, et des congères dans un brouillard glacial

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je me doutais bien, avec sa Grande École et ses grands airs, qu'elle allait nous ramener un petit Parisien. Elle me sort :
- Il est pas de Paris, maman, mais de banlieue parisienne.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Huit cents kilomètres séparent Clara de sa mère, Véro, depuis qu'elle a quitté Marseille. Ce week-end, elle lui présente Raphaël. Un girafon, pense Véro en le voyant. Il l'agace avec son pedigree bourgeois, ses mots compliqués et sa bouche fermée comme une huître. Elle n'aurait jamais dû laisser Clara monter à Paris.
Mère et fille se cherchent, se fuient, se heurtent sans jamais oublier de s'aimer. Comment être une bonne mère quand notre enfant nous échappe ? Comment être une bonne fille quand on a honte de celle qui nous a tout donné ? Comment s'affranchir sans trahir ?
La Bonne Mère est l'histoire d'un amour féroce. Un roman ultra-contemporain sur la violence dont on hérite et sur ce qu'on reproduit malgré soi. Avec une ironie mordante, Mathilda di Matteo nous entraîne dans un tourbillon d'émotions, entre Marseille et Paris.

Dimanche

Est-ce vraiment très moral de projeter de tuer son mari ou son épouse ? Nul besoin de réponse, pourtant, dans nombre de ses romans, Simenon s’amuse de situations où l’on pourrait se dire que… ma foi… le ou la pauvre avait bien des raisons pour.

C’est amoral, certes, mais bon !

Il fallait franchir sans impatience l'accalmie qui suivrait les fêtes, attendre l'arrivée du premier flot de touristes.
Il se sentait parfois fatigué. C'était fatal. Mais il avait conscience d'avoir réalisé ce que peu d'êtres ont le courage de réaliser dix mois, onze mois bientôt de préparation, sous le regard méfiant de Berthe, en dormant chaque nuit dans son lit, sans se trahir une seule fois.
N'était-il pas naturel de regretter qu'il n'y ait pas eu de témoins ?
Dimanche de Georges Simenon
Mais ici, il ne s’arrête pas là et plonge encore plus profondément dans le sordide.

Un roman dur comme une master class !

Tous les romans durs de Simenon
93. Dimanche
92. Strip-tease 94. Le veuf
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il n’avait jamais eu besoin de réveille-matin et depuis un certain temps déjà, les yeux clos, il était conscient du soleil qui se glissait entre les deux minces fentes des volets, quand il entendit enfin une sonnerie étouffée dans la chambre d’en haut.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Emile, fils d'un hôtelier de Champagne, près de Luçon, a 25 ans, il est allé aider des amis de sa famille, les Harnaud, qui ont repris une petite auberge sur la Côte d'Azur. L'affaire ne marche pas très bien, M. Harnaud meurt, et sa veuve, désireuse de retourner à Luçon, accueille plus que favorablement l'union de sa fille Berthe avec Emile. Celui-ci, intelligent et courageux, a fait de La Bastide sa chose personnelle, et la fait prospérer. Il ne va pas tarder à s'apercevoir que c'est Berthe la vraie patronne.