Eurotrash

Dans ce road trip surréaliste avec un sac en plastique plein de billets de mille, Christian et sa mère parcourent la Suisse avec l’intention de tout donner.

Les autoroutes suisses se trouvaient depuis cinquante ans dans un état de réparation permanent, il y avait toujours quelque part un rétrécissement de la chaussée, on voyait ici et là quelques petits cônes en plastique orange, il y avait un engin de chantier en apparence abandonné et une bétonnière qui n'avait pas servi depuis des années. On installait tout cela à cet endroit, puis, sous le couvert de la nuit, on le transportait ailleurs afin de suggérer qu'on travaillait ou du moins qu'on faisait quelque chose. Sur la petite section d'autoroute entre le tunnel de Milchbuck et l'aéroport de Zurich, par exemple, cela faisait quarante-quatre ans qu'on travaillait, on commençait sur une des voies, puis on passait à l'autre, et alors on réinstallait les petits cônes et on continuait prétendument à creuser, à interdire l'accès, à rebétonner, c'était comme ça depuis des décennies, comme ça depuis près d'un demi-siècle.
Eurotrash de Christian Kracht, traduction de Corinna Gepner
L’occasion de tirer le portrait du pays et de ses habitants en même temps que celui d’une vielle dame alcoolique et d’une famille à la richesse pas très propre… La Suisse, quoi.Nous reprimes notre place à l'arrière du taxi et le chauffeur démarra. J'avais toujours eu Genève en exécration, cette ville protestante abominable, mensongère, glaciale, pleine de frimeurs, de vantards et de pinailleurs. Nous l'avions surnommée Calvingrad. Je préférais cent mille fois Zurich.Un périple très drôle, piquant, triste et tendre, joyeusement désespéré. Et si cette autofiction a de petits airs de Mars de Fritz Zorn dans les débuts, l’humour et l’autodérision rendent ces deux voyageurs fort attendrissants

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Et donc j'ai dû retourner quelques jours à Zurich. Ma mère voulait me parler de toute urgence. Elle avait appelé, m'avait prié de venir sans délai, cet échange téléphonique avait été très angoissant. Et sous l'effet de la nervosité, je m'étais senti si mal durant tout ce week-end prolongé que j'avais souffert d'une forte constipation. Par ailleurs, il faut que je dise qu'il y a un quart de siècle j'avais écrit une histoire que, pour une raison qui ne me revient malheureusement pas, j'avais intitulée Faserland. Elle s'achève à Zurich, pour ainsi dire au beau milieu du lac, de façon plutôt traumatisante.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Comment résister à une vieille dame qui implore votre visite ? En bon fils, Christian se rend à Zurich, ville qu’il exècre, afin de rejoindre le luxueux domicile de son octogénaire de mère, particulièrement acariâtre et portée sur l’alcool.

Accueilli par une salve de reproches, il décide, à son propre étonnement, de l’embarquer pour un road trip à travers la Suisse. La dernière occasion pour ces deux cœurs accidentés de revenir sur une histoire familiale atypique, faite de culpabilité et de honte héritées. Le sarcasme en bandoulière, Christian et Frau Kracht se livrent un combat sans merci pour peut-être, enfin, se trouver.