La neige était sale

La neige était sale m’a semblé être curieux roman dur. Comme si Simenon, en cours d’écriture avait décidé d’en faire une autre histoire.

Frank n'a pas peur. Il ne s'agit pas de peur. C'est infiniment plus subtil. C'est un jeu qu'il a inventé, comme, enfant, il inventait des jeux qu'il était seul à comprendre. Cela se passait le plus souvent le matin, dans son lit, pendant que Mme Porse préparait le petit déjeuner, et, de préférence, quand il y avait du soleil. Les yeux fermés, il pensait, par exemple :
 - Mouche !
Puis il écartait à moitié les paupières, en ne regardant qu'une portion déterminée de la tapisserie. S'il y avait une mouche, il avait gagné. Maintenant, il aurait pu dire :
- Destin !
La neige était sale de Georges Simenon
Dans ce livre en deux parties, on suit d’abord un odieux petit malfrat vivant dans une maison close tenue par sa mère durant l’occupation. Puis, l’histoire bascule avec son arrestation pour un interminable interrogatoire musclé dans une école.

Roman sur l’occupation, les maison closes, les profiteurs de guerre, les interrogatoires et la torture ? Ou plutôt celui d’un jeune homme sans repère qui finit par se comprendre (trop tard ?). Difficile à dire tant ce roman multifacettes peut désorienter par le soin que porte Simenon à ne pas écrire ce qu’il raconte

Adapté au cinéma en 1953 par Luis Saslavsky
Tous les romans durs de Simenon
63. La neige était sale
62. La jument perdue 64. Pedigree (à lire)
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Sans un événement fortuit, le geste de Frank Friedmaier, cette nuit-là, n'aurait eu qu'une importance relative. Frank, évidemment, n'avait pas prévu que son voisin Gerhardt Holst passerait dans la rue. Or le fait que Holst était passé et l'avait reconnu changeait tout. Mais cela aussi, et tout ce qui devait s'ensuivre, Frank l'accepta.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Frank aurait pu être un héros. S'il est devenu cet être abject, c'est qu'on ne lui a rien appris que l'argent facile.
Le lecteur attentif ne s'y trompera pas, pourtant: Frank ne tient pas à l'argent. II tient à prouver aux autres, et à se prouver à lui-même, qu'il n'a peur de rien, que rien ne saurait le faire reculer. Et c'est parce qu'il se voulait invulnérable et qu'il s'est senti touché par l'amour, c'est pour se punir d'une faiblesse et non point par sadisme qu'il inflige à celle qu'il aime et à son propre cœur le plus cruel, le plus humiliant des supplices.
Peut-être les autres ne s'en sont-ils pas avisés, celle qu'il aime ne s'y trompe pas...