Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
En suivant deux enfants – l’une en arctique et l’autre dans l’océan indien, Climat illustre deux exemples très concrets du dérèglement climatique.
Climat : un monde fragile, un combat héroïque pour la survie de Eoin Colfer et Andrew Donkin, dessins de Giovanni Rigano
C’est très pédagogique et parlant, les conséquences du réchauffement sont visibles, concrètes et mettent déjà en danger des populations et des écosystèmes.
Alors, certes, je ne suis pas forcément le bon public et cet album se destine plutôt à des enfants, voir des ados. Et alors là… oui ! C’est bien fait et très parlant
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Ici
Ce n'est pas le bruit des vagues qui me réveille.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Deux enfants. Deux continents. Une crise climatique.
En plein coeur de la rudesse de l'arctique, Yuki et son chien sont poursuivis par un grolaire affamé : un croisement entre un grizzly et un ours polaire, dont les territoires ont fusionné. Son existence est une des conséquences du réchauffement climatique. Et il est très, très dangereux...
La maison de Sami a été détruite par un cyclone il y a quelques années. Désormais, son grand-père et lui peinent à pêcher quoi que ce soit lors de leurs sorties en mer. S'il parvient à retrouver le couteau porte-bonheur de sa mère, perdu au fond de l'océan sournois, peut-être pourra-t-il changer leur destin ?
Très belle bande dessinée aux graphismes naïfs et enfantins mis en valeurs par des aquarelles qui rendent ces images du bayou et de la Louisiane très vivantes. Swamp : un été dans le bayou par Johann G. Louis
Au travers d’une rencontre d’enfants, Louis raconte la pauvreté, les inégalité, le racisme, la ségrégation, le Ku Klux Klan, les « disparitions », les marais et les hypocrisies religieuses. Mais aussi – et surtout – tous leur contraires, à commencer par l’amitié ou l’humanisme
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Blackwater blues done called me to pack m things and go...
'Cause my house fell down and I can't lie there no more
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Louisiane, fin des années 1930.
En ce début d'été, il ne se passe jamais rien à Sunny Point, petite ville perdue au fin fond du bayou. Si bien que lorsque le bus arrive en ville, c'est toujours la promesse d'un bon divertissement ! Quand deux jeunes amis, Otis et Red, assistent à l'arrivée de Shelley, une petite fille pleine de secrets, ils sont loin de se douter qu'ils vont vivre un été inoubliable et fondateur.
Mais en enquêtant sur le meurtre d'un homme noir par d'inquiétants hommes à capuche, Otis et Red s'éveillent à la réalité de la ségrégation raciale.
Un grand récit romanesque qui fleure bon la littérature américaine (Mark Twain, Harper Lee, Truman Capote) signé Johann G. Louis (La Petite Dernière)
Adèle Faugère démontre avec ce tout petit livre que parfois, point trop n’en faut. Pas besoin de 500 pages pour en faire un bijou.
J’ai 8 ans et je m’appelle Jean Rochefort de Adèle Fugère
L’histoire de Rosalie avec des moustaches, Rosalie qui ne va pas très bien, Simon qui est cool et bien sûr… Jean le magnifique !
Un conte un peu décalé et étrange comme une poésie enfantine
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je m'appelle Rosalie. Rosalie Pierredoux. J'ai 8 ans. J'habite Saint-Lunaire. C'est en Bretagne. J'habite Saint-Lunaire avec mes parents. Ils sont cool, mes parents. Ils ne me grondent pas trop. Je suis en CE2. Mon école c'est l'école Grenier-Hussenot. C'est à Saint-Lunaire. Aussi. Je suis dans la classe de Jean-Pierre. Jean-Pierre, c'est mon maître. Il est « sensass » ! Vous ne savez pas ce que ça veut dire « sensass » ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Le lendemain matin, je me suis levé. Je devais aller à l'école. Mais j'avais un truc qui me chatouillait au-dessus de la bouche. J'ai touché. Ca piquait un peu. Mais c'était doux aussi. Je suis allé dans la salle de bain. Je suis monté sur le rehausseur pour voir dans la glace. Et je me suis vu. Avec une moustache. J'ai souri. Je n'avais plus l'air de ce que j'étais. Je me suis dit : « Jean, ça te va bien. »
Rosalie Pierredoux, 8 ans, sent toute la tristesse du monde peser sur ses épaules. Un matin, sans prévenir, Jean Rochefort et sa moustache vont changer son regard
C’est la vie d’un enfant. C’est triste parfois (sa maman est morte) et c’est drôle aussi, souvent.
J’irai pas en enfer de Jean-Louis Fournier
Par petites touches de deux ou trois pages, Jean-Louis raconte son enfance, la magie divine, la vie du village, l’école, les voisins et la famille… parfois aussi des bêtises.
C’est plein d’un délicieux humour enfantin plein de candeur, c’est parfois un peu long aussi
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je vous dis un Notre Père et dix Je vous salue Marie et vous la faites rentrer.
D'accord?
Je récite mon Notre Père, mes dix Je vous salue Marie et j'attends.
Elle ne rentre pas.
J'augmente la mise. Deux dizaines de chapelet. Je récite mes deux dizaines. Rien. Elle ne rentre pas.
Je suis en sueur. Je me retourne dans mon lit. J'ai peur.
J'augmente encore la mise. Cinq dizaines. C'est long, cinq dizaines, ça fait cinquante Je vous salue Marie. Je les récite. Elle ne rentre pas.
Maman, je veux pas que tu sois morte.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Il a mis la Sainte Vierge dans les W.-C. de l'institution Saint-Joseph.
Il regarde les dames toutes nues dans les livres.
Et, surtout, il a fait à Dieu une promesse qu'il va certainement ne pas tenir.
Le petit Jean-Louis a toutes les bonnes raisons pour aller cuire dans les marmites de l'enfer. Pourtant, quelquefois, il va au ciel. Quand Alfred Cortot lui joue Chopin, quand Luis Mariano lui chante La Belle de Cadix...
Après ses démêlés avec un père alcoolique (Il a jamais tué personne, mon papa), ses démêlés avec le Père éternel
Les droits de l’enfance, en fin de compte, sont une notion passablement récente. Sévices, exploitation, viol, enfermement, punitions corporelles… toutes ces violences étaient courantes et acceptées jusqu’à peu.
L’enragé de Sorj Chalandon
À la fin des années 30, tous les enfants s’échappèrent de la maison de correction de Belle-Île-en-mer (un bagne, donc !) et tous furent rattrapés… tous sauf un.
Sorj Chalandon imagine et raconte son histoire, la violence, l’injustice, la haine, la vengeance et la colère.
Un livre prenant, rude et choquant. Dans cet enfer et au travers de cette évasion, il interroge la possibilité d’un après. Comment vivre avec ?
Magnifique
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Tous sont tête basse, le nez dans leur écuelle à chien. Ils bouffent, ils lapent, ils saucent leur pâtée sans un bruit. Interdit à table, le bruit. Le réfectoire doit être silencieux.
- Silencieux, c'est compris ? a balancé Chautemps pour impressionner les nouveaux.
Sauf à la récréation, la moindre parole est punie.
Le surveillant-chef empêche même les regards.
- Je lis dans vos yeux, bandits.
Cet ancien sous-officier marche entre les tables, boudiné dans son uniforme bleu.
- J'y vois les sales tours que vous préparez.
Sa casquette de gardien au milieu de nos crânes rasés. Moysan, Trousselot, Carrier, L'Abeille, Petit Malo, même Soudars le caïd, tous ont la tête dans les épaules. Notre troupe de vauriens semble une armée vaincue.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Je n’ai pas le droit aux sentiments. Les sentiments c’est un océan, tu t’y noies. Pour survivre ici, il faut être en granit. Pas une plainte, pas une larme, pas un cri et aucun regret. Même lorsque tu as peur, même lorsque tu as faim, même lorsque tu as froid, même au seuil de la nuit cellulaire, lorsque l’obscurité dessine le souvenir de ta mère dans un recoin. Rester droit, sec, nuque raide. N’avoir que des poings au bout de tes bras. Tant pis pour les coups, les punitions, les insultes. S’évader les yeux ouverts et marcher victorieux dans le sang des autres, mon tapis rouge. Toujours préférer le loup à l’agneau. »
Dans la nuit du 27 août 1934, cinquante-six gamins se révoltent et s’échappent de la colonie pénitentiaire pour mineurs de Belle-Île-en-Mer. Voici ouverte la chasse aux enfants. Tous sont capturés. Tous ? Non : aux premières lueurs de l’aube, un évadé manque à l’appel. Voici son histoire…
Clairement, le plus gros défaut de cette histoire, c’est qu’elle n’est pas finie. Car, c’est une jolie petite merveille.
Jumelle, tome 1 : Inséparables de Florence Dupré la Tour
Florence explore son enfance et sa relation avec sa sœur jumelle, Béné. Une relation fusionnelle faite de rapprochements, de jalousies, de désirs, de rôles à tenir, de fantasmes, de déceptions et de retrouvailles… Tout y passe et tout semble tellement juste que c’en devient troublant.
Un dessin naïf aux sublimes aquarelles pour une introspection d’une grande profondeur.
Et je viens de voir le titre et la couverture du deuxième tome… il me fend déjà le coeur
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je suis si seule...
Qui parmi la multitude saura me comprendre ?
M'aimer sans condition.
Me tendre toujours la main.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La quête de l'être aimé peut parfois prendre toute une vie. Florence, elle, aura connu sa plus grande histoire d'amour dès sa naissance : celle qu'elle a vécu avec sa jumelle, Bénédicte.
Flo et Béné vont faire l'expérience du bonheur le plus pur, mais aussi, corollaire de toute relation fusionnelle, de la souffrance.
Florence arrivera-t-elle à trouver sa place dans ce couple gémellaire ? Comment construira-t-elle son identité, sa singularité ? Et les autres, les « touseul », comment font-ils pour survivre ?
Quelle hargne, quelle violence ! Combien de frustrations, de douleurs, de blessures pour arriver là ?
Tu aimeras ce que tu as tué de Kevin Lambert
Kevin Lambert écrit des romans hypnotiques, hallucinatoires. Des textes portés par la rage.
Et Tu aimeras ce que tu as tué porte suffisamment de violence pour détruire Chicoutimi et tous ses enfants. Enfin, tous ceux qui ne sont pas encore morts. L’histoire d’une jeunesse homosexuelle au Québec avec des morts, tout plein. Une écriture qui ne reprend jamais son souffle, un cri ininterrompu.
J’en reste sans voix, et même pas vraiment capable de comprendre ce que j’ai aimé tant tout ça est rude. Et pourtant, c’est génial !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Dans la classe, la professeure entre. Elle porte une canne et son autorité fêlée, on rit d'elle dans son dos, la vieille sorcière, on est en deuxième année du primaire. Elle s'appelle madame Marcelle. On se fait des grimaces, des attrapes, des mauvais coups, sauf quand elle nous regarde; là, on s'applique fort sur notre feuille. Le local d'arts plastiques rend toujours surexcité, je sais pas si c'est la couleur des murs ou les dessins des autres classes qui sont exposés un peu partout et qu'on regarde avec intérêt, surtout pour les trouver laids, surtout le nom de ceux qui les ont faits, leur faire savoir, à la récréation, qu'ils ont aucun talent.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Faldistoire s'ennuie tellement à l'école qu'il a juré la perte de sa ville.
Bel édifice de pelouses et de béton, Chicoutimi cultive derrière ses murs l'hypocrisie et les vices de ses habitants. Quand la petite Sylvie meurt dans un accident de déneigeuse, une série d'actions en chaîne fait tomber le vernis de la normalité. Une nouvelle réalité émerge : celle des enfants morts qui reviennent en vie pour hanter la ville et prendre leur revanche.
Faldistoire donne le signal de la révolte. Dans les cahiers d'écoliers comme dans la forme des nuages, il lit les signes qui annoncent la fin de Chicoutimi. Entre coups de poing et coups de bassin, il prend la tête de la conjuration. Sa ville sera l'épicentre de l'apocalypse.
Dans un style punk étrangement poétique,
Kevin Lambert dévoile les fantômes d'une société urbaine, où la différence est considérée comme une menace à l'ordre établi.
« Ce que nous portons en nous est trop grand et le monde trop petit. La destruction est notre manière de bâtir. »
Quelle misère, voilà que je me suis retrouvé à pleurer à chaudes larmes avec cette fille d’elle-même. Un texte d’une absolue beauté sur la (re)naissance d’une femme trans.
La fille d’elle-même de Gabrielle Boulianne-Tremblay
Un livre qui commence alors qu’elle est toute petite et que son entourage, sa famille ne voient en elle qu’un petit garçon. Ce livre témoigne du chemin, des difficultés, des violences, des rejets et des incompréhensions dont sont victimes les personnes trans.
Au risque de me répéter, voilà un livre sublime et parfois d’une grande violence. Il raconte la quête de soi avec beaucoup de tendresse pour cette petite fille qui ne se comprenait pas et de toutes les épreuves à traverser pour devenir une femme, pour devenir elle-même
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) L'école en briques rouges me fait penser à un immense cœur qui bat au milieu du village. Aujourd'hui, c'est la rentrée. C'est la première fois que j'en verrai l'intérieur. L'école est ceinturée de ces peupliers protecteurs qui ondulent sous le vent dans un mouvement hypnotique. Mon groupe s'enfonce dans la cour de récréation. Déjà, je cherche les lieux où je pourrai fuir.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Dans un village à la lisière d’une forêt de conifères, une petite fille se sent différente ; tout le monde croit qu’elle est un garçon. Souliers toujours trop petits, coupe champignon, elle se fait traiter de fille manquée, fume des cigarettes pour ne plus grandir et traîne pendant toute son adolescence un garçon mort dans son portefeuille, jusqu’à ce qu’elle se donne naissance en quittant la terre à l’origine de sa tristesse.
Épopée identitaire, quête tant amoureuse que sociale, La fille d’elle-même s’insère dans la littérature de la transidentité, une lignée qui va des Métamorphoses d’Ovide à Orlando de Virginia Woolf, mais offre ici le paysage québécois avec son fleuve salé qui avale le mal et la douleur des filles rêvant de mettre le feu.
Bastien Vivès est très joueur, il aime s’amuser avec le feu, avec des allumettes dans une station essence.
Bastien Vivès, tome 2 : La famille de Bastien Vivès
Ici, il joue avec les interdits, les limites et tabous de la famille et met dans la bouches des un-e et des autres des mots qu’on attendrait pas. Trop cash, trop crus, déplacés ou même parfois inadéquats voir carrément merdiques.
Et c’est parfois très drôle et quelques fois… moins.
De l’humour qui se lâche et ne plait forcément pas à toutes et tous
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Turlut
Papa, c'est quoi une turlutte ?
Mmmh... Où est-ce que tu as entendu ça ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « C'est un album très fantasmé, un peu comme si on jouait au papa et à la maman. N'ayant pas eu de soeur, je rêve secrètement d'avoir une fille, afin de pouvoir la voir grandir et de voir comment tout ça s'imbrique au fur et à mesure… mystère. J'espère que les gens se marreront bien. Moi, en tout cas je me suis bien amusé à dessiner ces strips pendant plus de deux ou trois ans. »
Célestine est née après la mort de ses parents. Élevée par une tante et un oncle lointains, elle va très vite devenir une sublime jeune fille avec la tête bien faite et qui saura bien se débrouiller pour arriver là où elle le souhaite.
Célestine de Sophie Wouters
Un conte sur les périls qui guettent les jeunes filles. Le loup n’est pas toujours caché au fond des bois
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) - La Célestine avait tout de suite commencé par faire fort!
La journaliste, les pieds dans la paille, s'approcha encore un peu plus de Marcel avec son microphone.
- Naître après le décès de ses parents... Vous n'allez quand même pas m'dire que c'est la façon d'faire du commun des mortels! marmonna-t-il, assis à califourchon sur son petit tabouret, en tirant plus fort sur les mamelles de la vache qui s'était mise à beugler.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Années soixante, quelque part dans la France profonde. Célestine, orpheline dès sa naissance, est élevée par de lointains parents qui n'avaient jamais voulu d'enfants.
Dix-sept ans plus tard, l'adolescente se retrouve devant la cour d'assises des mineurs. Mais que s'est-il donc passé pour que la ravissante et douce Célestine, dont l'avenir était plus que prometteur, soit jugée pour un crime dont tout semble l'accuser ?