Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
L’histoire d’un coup de foudre, brutal, imparable. Celui qui bouleverse et remue les tripes d’un timide tétanisé.
La Vénus au parapluie de Thibaud Gaudry
Dans une écriture pleine de légèreté et de poésie, Thibaud Gaudry nous emporte dans ce tourbillon de joie malheureuse. C’est tendre, drôle et délicat, une passion à Paris.
Alors certes, les grincheux trouveront ça probablement nunuche ou gentillet. Ils auront même peut-être raison. Mais c’est si joliment fait
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Ce matin-là, c'est une humeur qu'il considéra comme guillerette qui l'expulsa de son lit. Quelques entrechats primesautiers le menèrent à la cuisine. Des morceaux de brioche jaillirent du grille-pain comme des fusées un soir de fête nationale. Il remarqua que le café n'avait pas le même goût que la veille.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Il pleut. Elle a un parapluie, il n'en a pas. Un dimanche soir, devant l'enseigne d'un cinéma d'art et d'essai de la capitale, elle l'invite à s'abriter. Et c'est la foudre, soudain, qui s'abat sur lui...
Premier roman trépidant, baroque, La Vénus au parapluie entraîne le lecteur dans une cavalcade amoureuse. Thibaud Gaudry mêle langue poétique et fantaisie. Avec, en toile de fond, un amour profond pour Paris et les vieilles comédies américaines
Histoire d’une passion qui ne veut pas dire son nom. C’est cru, rude, ça part doucement en vrille et difficile de voir vers où le tourbillon se dirige.
Prague de Maude Veilleux
Une autofiction qui goûte très authentique, avec style et rythme ! Pleine de questionnements et qui tente de n’en éviter aucun… ou presque, mais sera-ce le sujet du livre suivant.
Un court roman comme une démonstration de l’adaptation hédonique. Impossible de rester éternellement en haut. Et comment faire ensuite ?
Finalement on y trouve la difficulté de tout embrasser. Et prendre dans ses bras peut aussi signifier qu’il faut laisser tomber ce qui s’y trouvait
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Nous avions commencé à parler de partir à Prague à la blague. Nous étions dans un bar, avions déjà bu pas mal. Je lisais Vérité et amour de Claire Legendre. Il adorait Milan Kundera. J'avais toujours rêvé de Prague sans trop savoir pourquoi. L'idée était venue comme ça. Nous avons payé nos verres, dit au serveur que nous partions en voyage la semaine suivante. Nous sommes sortis, avons traversé la rue jusqu'à son appartement et avons acheté les billets.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Le livre avait beau parler du couple ouvert au début, ce n’était plus tout à fait le sujet.
Le sujet, c’était je-ne-sais-plus-trop-quoi. Le sujet, c’était mon angoisse à ne plus aimer quelqu’un qui m’avait sauvé, qui avait tout pour me plaire, qui m’aimait, que j’aimais. Ne plus aimer quelqu’un que j’aimais et aimer un autre, un imparfait, un inconnu. Ne plus aimer l’homme que je voulais aimer pour toujours.
J’hésite à l’écrire : ne plus aimer l’homme que j’avais voulu aimer pour toujours.
Ils sont deux, portés par une passion, Candy et Mathurin.
Candy de Gagnon Chainey Benjamin
Dans ce petit livre à l’écriture originale, soignée et créative, nous les suivons de Paris au Canada, dans une fuite qui ressemble à une quête (ou serait-ce le contraire ?), un amour fou et aveugle.
Un peu trop fou pour moi tout de même, je me suis perdu
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Mon corps est un chaos qui jamais ne se coagule.
Les nuits me suivent mais ne me ressemblent pas.
Seule en silence au creux de ma loge, je m'assieds devant mon miroir, fébrile et nerveuse. Mon spectacle va bientôt commencer.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Candy, drag queen étoile du cabaret Rocambole, à Villecresnes, en a assez de mourir à la chaîne toutes les nuits. Dansante diva dans sa robe de paillettes, elle rêve de devenir une icône. Une nuit hantée de janvier 198*, Candy prendra la fuite au bras de son amant Mathurin, jeune carabin de l'Université Paris-Descartes. Au détour d'une ruelle, les amoureux tomberont sur une étrange apparition. Ce sera leur premier meurtre. Cette nuit-là, les fugitifs passeront à l'acte. Ils uniront leurs destins de parias dans le sang et mettront le cap sur le paradis. Candy raconte une histoire d'amour, d'aventures et de métamorphoses... Une cavale fantasmagorique contre la montre, la maladie et la mort
C’est peu dire qu’après Une vraie vie, j’étais impatient de lire le roman suivant Adeline Dieudonné. Sa compilation de nouvelles romancée dans Kérozène m’avait moins convaincu, mais là, c’est une réussite !
Reste de Adeline Dieudonné
Face à la mort subite de son amant dans un lac face au chalet de montagne dans lequel ils s’étaient retrouvés, une femme va…
Et tout est là, dans ces trois petits points ! Comment réagir, comment laisser l’autre partir, laisser la passion s’éteindre ?
Comment peut-on accepter ce que notre cerveau n’arrive pas à comprendre ?
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Mardi 5 avril 2022.
M. est là, allongé près de moi. Il est mort.
Il est mort.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Je ne suis pas certaine d'avoir pleinement saisi ce qui m'est arrivé, ni ce qui m'a conduite à agir comme je l'ai fait. Certains matins, tout me semble limpide. À d'autres moments, je me vois comme un monstre, une créature que je ne reconnais pas, qui m'aurait possédée dans un instant de vulnérabilité. Mais je crois que cette image vient du regard des autres.
J'ai fait ce que je pouvais.
Il n'y a pas de morale à cette histoire. Tout ce que je sais, c'est que je vous dois les faits. Je vais donc m'attacher à les relater pour vous, et sans doute aussi pour moi, avec toute la précision dont je suis capable. Ils m'emmèneront sur des territoires obscurs, dans les marécages de ma conscience et, pour quelques secondes encore, contre la peau de M. »
Voilà un livre avec tellement d’entrées qu’il est difficile d’en choisir une. Une histoire de fils illégitime, de filiation, sur la Shoah, sur la guerre ou la jalousie entre deux frères ? La violence ou l’histoire d’une irrésistible passion ?
L’origine de la violence de Fabrice Humbert
Et c’est peut-être là que réside la beauté du titre : la violence nazie de la Shoah, ultime. Mais aussi la violence de la passion, de l’amour, de la jalousie, de la vie, des non-dits et des secrets de famille. La violence qui frappe mais aussi la violence reçue.
Un roman (ou une auto-fiction ?) d’une grande profondeur à la narration brillante, pleine d’humanité et de sensibilité
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) On dit que Satan était l'ange le plus brillant de Dieu. Sa chute, lumineuse, fulgurante, est marquée du double sceau de la grandeur et de la trahison. Et il me semble deviner, dans les méandres de ma mémoire, l'image d'un archange chutant de l'empyrée pour rejoindre les coins sinueux de l'enfer. Ce dessin, peut-être recomposé par le souvenir, d'une bible pour enfants m'a longtemps poursuivi : c'est toujours le fils le plus aimé qui passe du côté du Mal.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Lors d'un voyage scolaire en Allemagne, un jeune professeur découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d'un détenu dont la ressemblance avec son propre père le stupéfie et ne cesse de l'obséder. Ce prisonnier, David Wagner, est en fait son véritable grand-père. Peu à peu se met en place l'autre famille, la branche cachée, celle dont personne chez les Fabre n'évoque l'existence...
Au cours de sa quête, le jeune homme comprend qu'en remontant à l'origine de la violence, c'est sa propre violence qu'on finit par rencontrer...
Tiraillée entre la fidélité à son mari banquier et son attirance pour Henry Miller et June, son prof de danse, un cousin, ses psys, son père, ses fantasmes… Anaïs se cherche, se découvre…
Anaïs Nin : sur la mer des mensonges de Léonie Bischoff
Un dessin magnifique qui exprime bien plus qu’un texte ne l’aurait pu, on découvre une Anaïs double, fragmentée, indécise, perdue, créative, torturée, artiste, culpabilisée, aimante, amante qui se cherche sans jamais parvenir à trouver celle qui se reflète dans son miroir. Mais aussi, une autrice infatigable qui ne cesse d’écrire dans son (ses) journal.
Une bande dessinée fascinante, superbe, onirique et sensuelle
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Biographie romancée de l'écrivaine et diariste de langue française Anaïs Nin. Ayant passé son enfance entre les Etats-Unis et la France, elle cherche une place dans la société patriarcale. Son journal, qu'elle tient depuis ses jeunes années, est son échappatoire. Elle y explore la complexité des sentiments. Edition deluxe avec un cahier graphique en fin d'ouvrage.
A la suite des cahiers préparatoires Baudelaire, voici l’impressionnant résultat. Un chef-d’œuvre aux dessins oniriques et érotiques avec quelques pleines pages époustouflantes ! Une histoire qui a gagné en consistance et cohérence, un dessin qui a pris encore plus de force et de matière et des personnages plus incarnés et vivants dans une époque plus réaliste.
Mademoiselle Baudelaire de Yslaire
Un résultat beaucoup plus sexuel que les cahiers – en tout cas dans la première partie – pour terminer dans une sombre torpeur.
Une histoire racontée par Jeanne Duval, Vénus noire adorée et détestée, muse sulfureuse. Une passion violente ; sous le regard réprobateur de la mère de Charles, l’aigre Madame Aupick.
Jeune modèle, drapée de velours noir, les cheveux défaits Nadar (1820-1910). Photographe [Jeanne Duval] gallica.bnf.fr
Et si quelques pages un peu moins folles ou une typo un peu lassante m’ont chagriné, cette Madame Baudelaire témoigne magnifiquement de la puissance d’un embrasement venimeux qui ne sut s’éteindre
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Madame Aupick,
À vous, je peux le dire qui me demandez qui je suis.
Mais, au risque de paraître orgueilleuse,
aucun lecteur des Fleurs du mal n'oubliera
la Vénus noire de Charles Baudelaire,
la muse immorale, damnée du plus grand des poètes maudits.
Oui, c'est moi, la belle ténébreuse, cette chère
indolente, qui marche en cadence, belle d'abandon,
comme un serpent qui danse...
Deux cents ans après sa naissance, Baudelaire continue de marquer les générations et l'ombre portée de son (oeuvre plane sur celle d'Yslaire depuis ses origines.
C'est Jeanne Duval, la femme que le poète a le plus aimée et le plus maudite, que le dessinateur a choisie comme narratrice pour revisiter la matière sulfureuse et autobiographique des Fleurs du mal. De Jeanne, pourtant, on ne sait presque rien : il reste une photo de Nadar non authentifiée, des portraits dessinés par Baudelaire lui-même, et surtout les poèmes qu'elle lui a inspirés. Jeanne, « c'est l'invisible de toute une époque » qui réapparaît dans la résonance féministe de la nôtre. Stigmatisée comme mulâtresse, surnommée « Vénus noire », elle aimante tous les préjugés d'un siècle misogyne et raciste. Mais c'est avant tout une histoire d'amour, âpre et sensuelle, destructrice et illuminée, dont s'empare Bernard Yslaire. Avec pertinence et maestria, son trait aiguisé ravive le parfum de scandale et la sexualité crue d'une poésie en quête d'absolu. Avec cette Mademoiselle Baudelaire, l'artiste signe ici son chef-d'oeuvre de la maturité.
La vie de Baudelaire vue par sa maîtresse, Jeanne Duval, La Vénus noire.
Cahiers Baudelaire, tome 1 de Yslaire
Une relation tumultueuse, passionnée, colérique, violente, amoureuse, infidèle et explosive. Un Baudelaire épris et inconstant, pourchassé par ses créanciers, harcelé par sa mère, empoisonné par la syphilis, le mercure et l’opium.
Cahiers Baudelaire, tome 2 de Yslaire
Trois cahiers de croquis magnifiques (certains très aboutis et d’autres juste esquissés) dans une mise en page très dynamique et qui permettent de saisir tout le talent de Yslaire, la grâce de son trait, la beauté des gestes et des corps, la tension des instants. Sublime travail dans un écrin agrafé tout pourri et qui aurait bien mérité une édition et une reliure plus soignée.
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) 1.
Quelle nuit encore !...
Tu te souviens combien de bouteilles tu m'as fait boire, Monsieur ?
2.
Vous l'avez vue aussi monsieur Asselineau ?
A vrai dire, j'écoutais l'éloge funèbre de Nadar, et je n'ai guère prêté attention à l'assistance. Sinon que je déplorais le peu de monde...
3.
Vous n'êtes pas sérieux ?
Je comprends votre déception, mais...
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) 1. L'histoire d'amour contrariée entre le poète Charles Baudelaire et sa maîtresse métisse, Jeanne Duval dite la Vénus noire. Cahier numéroté au tirage limité à 2.500 exemplaires
2. Dans une lettre adressée à Caroline Aupick, suite à la mort de son fils Charles Baudelaire, Jeanne Duval décrit sa relation complexe avec le célèbre poète afin de justifier sa demande d'héritage. Suite de l'histoire d'amour contrariée entre l'écrivain et sa maîtresse, surnommée la Vénus noire
3. Suite de l'histoire d'amour contrariée entre le poète Charles Baudelaire et sa maîtresse métisse, Jeanne Duval dite la Vénus noire. Ce numéro présente le troisième et dernier chapitre de Mademoiselle Baudelaire. La présentation des planches en fac-similé permet de comprendre le processus créatif de l'auteur
Adolphe, jeune nobliau à qui tout semble ouvert au printemps de sa vie, tombe amoureux et séduit Ellénore, mariée et de dix ans son aînée. Et maintenant ?
Adolphe de Benjamin Constant
Coincé entre son incapacité à aimer, son devoir, ses principes, ses sentiments, les attentes de la dame, les conventions, la société et son père, le gentil mais pleutre Adolphe louvoie et se perd.
Un livre comme une démonstration brillante, triste et consternante
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je venais de finir à vingt-deux ans mes études à l'université de Gottingue.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Unique roman achevé de Benjamin Constant, Adolphe (1816) raconte l'inexorable décomposition d'une relation amoureuse : sommé de quitter Ellénore au nom de la carrière à laquelle on le destine, le narrateur ne parvient pas plus à rompre qu'à aimer. Les intermittences de ce cœur indécis précipiteront la catastrophe finale. Mais, dans cette tragédie de l'impuissance, l'amante délaissée ne sera pas la seule victime. Car Adolphe est aussi le récit d'une impossible révolte : celle d'un homme broyé par la société. Chef-d’œuvre du roman d'analyse selon certains, témoignage sur le bouleversement des vies sous le Directoire et l'Empire pour d'autres, ce roman est d'abord, comme le suggère Constant, une fable poignante sur notre condition, une "histoire vraie de la misère du cœur humain"
Après le choc de Putain, j’ai directement entamé Folle, livre dans lequel Nelly Arcan annonce son suicide pour ses 30 ans (ce qu’elle réalisera tristement un peu plus tard). Elle y parle d’une déception amoureuse, de ses obsessions pour la « jeunesse-beauté » (duo indissociable selon elle et qu’elle voit s’échapper) et des rôles assignés aux femmes.
Folle de Nelly Arcan
Une fin de relation toxique et chaotique pleine d’aigreur et de regrets.
Des phrases plus courtes, posées, un style plus maîtrisé mais moins déconcertant
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) À Nova rue Saint-Dominique où on s'est vus pour la première fois, on ne pouvait rien au désastre de notre rencontre. Si j'avais su, comme on dit la plupart du temps sans dire ce qui aurait dû être su au juste, et sans comprendre que savoir à l'avance provoque le pire, si on avait pu lire dans les tarots de ma tante par exemple la couleur des cheveux des rivales qui m'attendaient au tournant et si de l'année de ma naissance on avait pu calculer que plus jamais tu ne me sortirais de la tête depuis Nova...
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) «Ensuite j'ai eu peur de tout, j'ai eu peur qu'il soit comme toi, qu'en naissant le bébé ait déjà un passé rempli d'autres femmes. [...] Il me semblait qu'en venant de toi, cet enfant me quitterait.»
Devenant son propre personnage, Nelly Arcan, jeune romancière sulfureuse, écrit une lettre à l'homme qui l'a quittée. Histoire de conquête et d'abandon, de désir et d'humiliation entre une jeune femme québécoise et son amant français, consommateur de cyber-sexe et de coke. Elle s'y révèle amoureuse folle, folle de jalousie, folle de son corps haï, folle de la dictature planétaire de l'image.
Après le succès éblouissant de Putain, Nelly Arcan plonge une nouvelle fois dans la beauté d'un désespoir absolu