L’amulette

Du sang, des morts, du surnaturel… tout est réuni pour un bon McDowell.

Un craquement gratifiant retentit lorsque la pointe du pic à glace transperça le crâne. Thelma retira alors ses mains du manche et les croisa au-dessus de l'amulette.
James fut parcouru d'une douleur effroyable, qui commençait à peine à s'intensifier lorsqu'il mourut. Elle avait enfoncé le pic à glace jusqu'à la garde.
Le corps de son mari se tordit au niveau de la taille et glissa du matelas. Un mince flot de sang jaillissait de son oreille en faisant des bulles. Thelma se pencha pour essayer de le hisser de nouveau sur le lit, mais dérapa sur l'eau renversée. Ses jambes partirent en arrière et elle tomba face contre sol. Les bords irréguliers du verre brisé se plantèrent dans sa gorge,
tranchant sa jugulaire. Le sang remplit sa bouche si vite qu'elle n'eut pas le temps de crier avant de mourir, elle aussi.
L’amulette de Michael McDowell, trad. de Laurent Vannini
Une histoire de vengeance aveugle en Alabama suite à un bête accident de fusil qui explose au moment du tir, emportant la moitié du visage du pauvre Dean. Une histoire en pleine guerre du Vietnam, théoriquement un peu après la fin de la ségrégation (mais est-elle même vraiment terminée ?).

Un roman bien gore, bien comme il faut

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
En mars 1965, Fort Rucca ─ dans le coin sud-est de l'Alabama ─ était une zone populeuse et animée.
Les nouvelles recrues de l'armée y faisaient leurs classes et étaient, en outre, formées au pilotage et à la maintenance des hélicoptères. On savait désormais quelle terrible guerre se livrait dans la jungle du Vietnam, et à quel point nos soldats étaient mal préparés à ce feuillage tropical recelant des pistes de ravitaillement invisibles depuis les airs, où pouvaient se déplacer des milliers d'hommes et des convois entiers de machines et d'armes. Les premiers vétérans étaient revenus et ─ les difficultés du terrain ennemi à l'esprit ─ formaient frénétiquement toujours plus de conscrits.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Alabama, 1980. Alors que Dean Howell fait ses classes avant d'être envoyé au Vietnam, un accident le laisse dans un état végétatif. Sa femme Sarah voit alors sa morne vie devenir un enfer : après de longues journées à l'usine, elle doit s'occuper de son mari léthargique, tout en supportant son odieuse belle-mère, Jo, qui accuse la ville entière du sort de son fils. Lorsque celle-ci offre une étrange amulette à l'homme qu'elle tient pour responsable, se met en branle une implacable danse macabre.

Et tandis que meurtres inexplicables et morts accidentelles s’enchaînent, Sarah doit faire face à l'impossible réalité : cette amulette joue peut-être un rôle dans cette hécatombe et elle doit à tout prix mettre la main dessus.

Personne n’aime Simon

Il faut un peu s’accrocher pour suivre Simon. Ici, tout le monde parle en même temps : Simon, sa sœur, Santiag, l’Étranger, le vénérable Maître, le sergent Chochotte, des chats et même quelques poules… et j’en oublie ! Oui il faut suivre, d’autant que ça va vite !

Lorsque je suis entré chez Quentin ce soir, ce connard était posé sur son canapé miteux. Il a tenté de se lever mais je lui ai hurlé de rester assis. Je lui ai hurlé qu'il n'était qu'un connard. Je lui ai hurlé de ne plus jamais s'approcher de ma sœur. Que s'il recommençait, je le tuerais de mes propres mains.
Ses yeux étaient écarquillés. La terreur se lisait sur son visage. Il ne bougeait plus. Même quand j'ai eu fini de gueuler, il n'a pas bougé. Je me suis approché sans un bruit, toujours aucun mouvement. Je l'ai touché du bout du pied, rien.
Je l'ai secoué et il s'est renversé sur lui-même. Ce connard était mort de peur. Véritablement mort de peur! Ma malédiction est-elle véritablement aussi puissante ?
Quoi qu'il en soit, ma mission est terminée. J'ai la certitude qu'il n'emmerdera plus jamais Charlotte. Ni personne d'autre d'ailleurs. Mais il faut que je reste discret quelque temps. Ça ne sent pas bon cette histoire. Pas bon du tout.
Personne n’aime Simon de Philippe Battaglia
Simon nous emporte dans un conte fantasque fantastique avec des morts et du sang et… des notes de bas de pages pour rigoler un peu.

C’est drôle, foutraque et surprenant. Et c’est plutôt réussi

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Demain, je sortirai. Demain je quitterai cet endroit répugnant. Lorsque je prendrai l'allée qui me mènera au grillage, puis au trottoir, ce serait bien que le bâtiment, dans mon dos, brûle. Pour que plus jamais personne ne doive y pénétrer. Ce serait bien que le personnel brûle avec la bâtisse. Pour que plus jamais il ne puisse faire de mal. Ce serait bien que les autres enfants brûlent eux aussi. Pour que le monde du dehors ne connaisse pas leur cruauté.
Le monde du dehors.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans cet ouvrage insolite, superbement illustré par Ludovic Chappex, Philippe Battaglia nous régale d'une fable fantastique aux allures de roman graphique. Son humour caustique embrasse avec tendresse les bienfaits de l'anthropomorphisme, évoque l'abandon, l'amour fraternel et la rage à travers le destin d'un jeune homme haï de tous. Rebut de la société, Simon ne connaît la bienveillance que par ses félidés et sa sœur.

Lorsque cette dernière se trouve aux prises d'une organisation secrète au fin fond des bayous, Simon se voit obligé d'affronter le monde extérieur. Notre antihéros parviendra-t-il à lever le voile sur les desseins maléfiques du Vénérable Maître de la Prince Hall Lodge n°50 et à sauver le monde absurde qui s'embrase autour de lui ?

La dernière maison juste avant la forêt

Bienvenue dans une maison grand-guignolesque où le vaudou permet bien des extravagances.

La dernière maison juste avant la forêt de Régis Loisel et Jean-Blaise Djian, Dessins de Loisel et couleurs de Bruno Tatti
Un Loisel-Djian (pas vraiment pour les enfants) loufoque et burlesque, peuplé de créatures monstrueuses sous la domination de Mamacumba.

Mais quand le pouvoir tient à un bâton de rouge à lèvres, celui-ci peut s’avérer bien fragile

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Mais ça va pas la tête !
Quel con ce mec !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Mamacumba, règne d'une main de fer sur son manoir, la dernière maison juste avant la forêt, grâce à ses mystérieux pouvoirs vaudous. Elle y vit entourée de son mari, le colonel, qu'elle a transformé en statue, de ses domestiques, créatures qu'elle a façonnées de ses mains, et de ses « demoiselles », de terrifiantes plantes carnivores, avides de chair humaine. Son fils Pierrot, à qui elle a jeté un sort, et qui se pense irrésistible malgré son physique terriblement disgracieux, vient les visiter pour l'anniversaire du colonel. Mais la fête va être troublée par l'entrée en scène d'un étrange cadeau : Mimi, une charmante prostituée, qui ne laisse vraiment personne indifférent.

Nos rives partagées

À l’instar des femmes qui regardent les hommes qui regardent les femmes (selon Nancy Huston), les humains regardent les animaux qui les regardent. De quoi faire une histoire plutôt amusante…

Nos rives partagées de Zabus, dessins de Nicoby et couleurs de Philippe Ory
Et pourtant, si ces regards croisés tentent de plonger dans l’intime, la maladie, la mort ou la sexualité (par exemple), cette bande dessinée au dessin clair et aéré reste en surface de ses personnages.

Alors oui, c’est joli, sensible, mais je suis finalement resté comme la grenouille à me dire que finalement, il n’y avait rien à expliquer… Et, c’est peut-être très bien comme ça

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le monde commence au pied de mon nénuphar.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Ils sont six que rien ne rapproche.
Simon est prof et il doute. Son métier doit-il se résumer à inscrire des notes sur des bulletins ? Diane cherche à se reconstruire après une opération, à se sentir femme sans se sentir regardée. Nicole agite sa retraite à militer, même si sa fille ne veut plus lui parler. Vieux et usé, Pierre s'emmerde chez lui. Jill est une ado. Elle hésite entre garçons et filles... et elle envie Hugo qui, lui sait, mais sans succès.
Rien ne les rapproche sauf le rivage partagé avec une faune intriguée, qui observe ces gens empêtrés dans leurs drames, grands ou petits mais si typiquement humains.
Chronique sensible, "Nos rives partagées" narre des existences pas si ordinaires et qui ressemblent aux nôtres. Car même quand le tragique rôde, la vie peut être belle.

Horizons obliques

Pour les amateurs de bandes dessinées aux cités architecturales, voilà une très belle découverte venue des États-Unis (complétée d’ailleurs par un petit dialogue entre François Schuiten et Richard Blake). Le dessin et les couleurs sont splendides.

Horizons obliques de Richard Blake
Une histoire d’univers parallèles et d’intelligences artificielles un peu confuse qui donne l’impression un travail scénaristiquement un poil inabouti.Pour autant, la poésie picturale et un choix de dialogues plutôt minimaliste permet à cet album de s’en sortir élégamment

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
En l'an 4040, une équipe composée de scientifiques et d'explorateurs découvrit un portail donnant sur une étrange dimension parallèle.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Il y a plusieurs années, Jacob et Elena Armlen, un couple d'explorateurs, se sont retrouvés piégés dans une étrange dimension parallèle aux paysages insaisissables, à l'architecture changeante, peuplée d'entités malicieuses, laissant derrière eux leur fille en bas âge, Adley. Bien des années plus tard, Adley a grandi mais n'a jamais oublié ses parents. Dotée d'un pouvoir de clairvoyance et accompagnée de Staden, un robot à la sensibilité très humaine, elle se lance à leur recherche.

D’or et d’oreillers

En tout premier, ce qui émerveille, ce sont les dessins, la mise en page et les couleurs, magnifique !

D’or et d’oreillers de Mayalen Goust, d’après le roman de Flore Vesco
L’histoire ensuite, sympa, un peu féministe et lutte des classe. Et pourtant, l’histoire semble bien classique et patriarcale : un richissime jeune homme qui cherche une épouse et qui, pour ce faire, fait passer une test aux candidates une nuit dans son château sur dix matelas.

Qu’est-ce que ça cache ? Et qui donc s’y cache ?

Une vraie merveille

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Ma fille, approchez, je voudrais vous conter une histoire. Voyons... par où commencer ? Oui, bien sûr, par un beau jeune homme, riche, noble, valeureux, qui voulait prendre femme. Pour choisir son épouse, il avait imaginé que les prétendantes passeraient la nuit dans un lit fort haut fait d'un empilement de dix matelas.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Lord Handerson, un riche héritier, a conçu un test pour choisir au mieux sa future épouse. Chaque candidate est invitée à passer une nuit à Blenkinsop Castle, seule, dans une chambre au centre de laquelle se trouve un lit d'une hauteur invraisemblable. Pour l'heure, les prétendantes, toutes filles de bonne famille, ont été renvoyées chez elles au petit matin, sans aucune explication. Mais voici que Lord Handerson propose à Sadima de passer l'épreuve. Robuste et vaillante, simple femme de chambre, Sadima n'a pourtant rien d'une princesse. Et pour cause, l'histoire que va vivre cette dernière, si elle s'apparente bien à de l'amour, est loin d'être un conte de fées...

Le chant de la femme parfaite

Le dessin est certes très classique, mais bien maitrisé. Sans grande fantaisie, cette bd est visuellement plutôt réussie.

Le chant de la femme parfaite de Makyo, illustrations de Bruno Cannucciari
Pour le scénario, ma foi, c’est assez semblable, une histoire un peu fantastique, un peu sf et un peu romantique. Assez chou sans être mièvre.

Une histoire de traumas et de résilience, de maladie et de guérison

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Afghanistan
Yaaaaaaan !
Amène-toi !....
Viens voir !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un ancien cryptologue de l'armée déconsidéré après une erreur ayant coûté la vie à des soldats en Afghanistan continue seul ses recherches scientifiques sur le spectre électromagnétique. Lorsque sa femme le quitte, une période difficile débute pour lui, entre crises et hallucinations. Jusqu'au jour où il rencontre une femme, sosie de son ex-compagne, possédant un pouvoir de guérison...

Tsunami

Tsunami raconte une touchante histoire, celle d’un jeune homme à la recherche de sa sœur disparue en Indonésie, quelque temps après le grand tsunami de 2004.

Tsunami de Stéphane Piatzszek et dessins de Jean-Denis Pendanx
Une quête dans un cadre idyllique qui flirte avec le fantastique et les fantômes des disparus.C’est tendre et beau, parfois drôle, d’autres fois triste. Une quête pleine d’émotions aux aquarelles magnifiques

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je ne sentais pas la puanteur des motos déglinguées qui envahissaient le centre-ville.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Comment retrouver sa grande soeur... quand elle a disparu il y a dix ans ?
quand elle a disparu en Indonésie, juste après le tsunami ?
quand elle a disparu alors qu'elle soignait des populations meurtries et affamées ?

Comment retrouver sa grande soeur...
quand on n'a jamais mis un pied hors de l'hexagone ?
quand on tombe par mégarde amoureux d'une adorable Papoue en cavale ?
quand ladite jeune femme connaît le vaudou et les morts qui marchent ?

Comment retrouver sa grande soeur
quand on découvre qu'elle vit loin, très loin, tout au bout d'une île... tout au bout du monde et peut-être plus loin encore ?

La nuit

La nuit, je deviens fou chantait Salvatore Adamo. À la mort de sa femme d’un cancer, Druillet crée la nuit. Un cri de haine et de colère, une fuite en avant vers la mort à la recherche de shoote dans le dépôt bleu.

La nuit de Philippe Druillet
Des bandes rivales, unies pour le shoote dans une guerre totale, apocalyptique.

… Un jour… Moi aussi… Je crèverais tripes au vent
Mais en attendant ombre shoote
La mort je baise !!

Un chef d’oeuvre dans la colère, une prière hallucinée, un cri d’amour venu des enfers

Alors, certes, les chagrins y verront des dialogues d’une pauvreté consternante, un scénario confus et tout aussi misérable, un dessin plus approximatif que d’autres productions de Druillet, mais quelle rage ! Un chef d’oeuvre, vous dis-je !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Au cœur de la ville morte vers le grand futur sifflaient les motos de la nuit, la nuit seulement., tout bougeait enfin, mais au matin quand disparaissait la lune molle devenue folle, éclatée, quand le jour terrible naissait tout retournait au tombeau...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
En 1975, Philippe Druillet perd sa femme Nicole, victime d'un cancer foudroyant. Il exorcise sa peine dans un album au pessimisme assumé, pointant l'absence totale d'échappatoire à l'issue finale. S'ouvrant sur une préface laissant éructer la rage de l'auteur, La Nuit nous décrit un monde en proie aux gangs de motards anarchiques ou autres barbares déglingués et accros à la dope, se dirigeant tous, au cours d'une bataille sanglante pour le « shoot » ultime, vers une fin inéluctable. Les planches grandioses s'y succèdent comme de véritables tableaux dressant le portrait d'une humanité en perdition, folle, désespérée et nihiliste.

Explosive, fantastique, sombre, violente, baroque, outrancière : les adjectifs ne manquent pas pour décrire l’œuvre géniale de Druillet, mais s'il est un album qui se distingue parmi tous ses univers, c'est bien celui-ci. Probablement le plus noir mais aussi le plus fascinant, La Nuit est de ceux que l'on n'oublie pas. À nouveau disponible avec sa couverture originale, cette réédition lui rend hommage.

L’arpenteur

Un gros flash que cet arpenteur !

L’arpenteur de Viktor Hachmang
Et si l’histoire de cette bande dessinée de sf dystopique a des airs de déjà vu, le traitement graphique est très original et bourré de talent. Du fluo à toutes les pages, certes, mais avec de nombreux traitements différents, des pleines pages graphiques, des cases hallucinées, des aplats et des dégradés… Chaque planche est originale pour créer un sombre tableau pétant de couleurs

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Trois semaines...
Tu te dis que ça doit faire trois semaines...
Trois semaines sous cette chaleur abominable.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans un futur lointain, l'humanité a trouvé refuge sur une planète artificielle, tandis que la Terre est abandonnée et réduite à l'état de décharge.

Geo, un simple éboueur de l'espace, s'échoue accidentellement sur cette planète hostile. Livré à lui-même, il découvre un exemplaire de La Tempête de Shakespeare.

Fasciné, il s'en inspire pour guider son exploration. Et si ce monde qu'il croyait inhospitalier cachait une vérité différente ?

Puisant son inspiration dans les plus belles pages de Métal Hurlant et le meilleur de l'imaginaire SF, V. Hachmang nous invite à un voyage graphique éblouissant.