Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Tiré du roman éponyme de Sandrine Collette, cette vague explore les dilemmes insolubles, la culpabilité et la force des liens familiaux.
Le tout dans une insoutenable tension post-apocalyptique.Juste après la vague de Dominique Monféry, d’après le roman de Sandrine ColletteLe traitement du scénario et les dessins de Dominique Monféry sont parfaits. Le trait est fin, soutenu par des aquarelles au service de l’histoire avec des planches d’une grande beauté.C’est beau et bien et, en plus, porteur de messages forts
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Coucou mes belles !
C'est moi que voilà !
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Une vague géante déferle sur le monde et engloutit tout sur son passage. Le monde que connaissait Louie et sa famille a disparu, mais eux ont survécu. Du haut de leur colline devenue îlot, leur quotidien est étrangement tranquille et bien réglé : maman prépare le café, les enfants se lèvent grâce à la délicieuse odeur des tartines grillées, papa récolte les œufs frais du matin tandis que la mer, elle, monte chaque jour un peu plus.
Les parents n'ont d'autres choix que de faire face à la montée des eaux. Seulement, il n'y a pas assez de place dans la barque. Quels enfants laisser derrière ? Sera-t-il possible de revenir les chercher ? Seront-ils capables de survivre jusque-là ?
Grandeur et décadence selon Simenon… c’est évidement glauque.Les quatre jours du pauvre homme de Georges SimenonAu décès de sa femme un homme se dit qu’il n’a que trop attendu et laisse toute moralité pour, lui aussi, réussir. Et qu’importent les moyens pour y parvenir.Deux jours pour réussir…
… Et deux jours de trop.
Un roman dur pur jus. Du Simenon de petits avides et cupides. Ceux qui ont eu faim et que rien n’arrêtera
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Son regard errant quelque part sur le blanc des murs et du plafond, elle questionnait d'une voix sans accent, comme un récitatif :
‒ M. Maghin est toujours content de ton travail ?
Il ne s'y attendait pas. Plus exactement la voix mettait un certain temps à l'atteindre, parce qu'il était déjà dans son brouillard. Cependant, tant qu'il était près d'elle, à l'hôpital, il restait sur ses gardes. Juste un instant de flottement, un froncement imperceptible des sourcils, et il avait reconnu un de ses pièges.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Désemparé à la mort de sa femme, sans emploi et à bout de ressources, François Lecoin va céder à la tentation du chantage. Un chantage qu'il a l'occasion d'exercer contre son propre frère, le brillant avocat en quête d'une carrière politique.
Ainsi s'ouvre pour lui une nouvelle vie, quitte à exercer le pire des métiers : celui qui fait commerce du scandale, de la calomnie et de la diffamation. Jusqu'au moment où ses manœuvres se retourneront contre lui.
C'est l'histoire d'une déchéance morale que nous raconte Georges Simenon dans ce sombre roman, centré sur quatre journées décisives dans la vie de François Lecoin - personnage peu reluisant dont le titre nous rappelle néanmoins ce qu'il est d'abord, et peut-être avant tout : un pauvre homme.
Brigitte est aussi fascinante que surréaliste. Capable de trésors comme son Portrait de l’artiste en déshabillé de soie ou Les hommes préfèrent les hommes comme d’autres productions plus obscures.Les fruits confits de Brigitte FontaineEt ici, c’est plutôt brumeux. Dans le premier texte, ressemblant fort à journal de pensées, Fantaisie dissèque la grande Zonzon.
La vieille prodige de Brigitte FontainePuis dans la vieille prodige, Zonzon change de style et de rythme pour continuer sur le grand naufrage de la vieillesse.
Deux textes hallucinés qui m’ont hélas laissé délaissé
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) L'Ange Exterminateur nommé Corona coiffe la planète d'un métal de bronze apparent. Le je, le moi est haïssable, d'accord, pourtant je l'aime un peu et il va jouer à se confier, jouer aux murs qui protègent de la peste, du noir nazisme, de la grande faucheuse. Ce je-ne-sais quoi n'est pas prêt pour la grande aventure, ce moi a des choses à faire et les fera.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Dans « sa carapace de confiserie à deux étages », petit nom qu’elle donne à son appartement au cœur de l’île Saint-Louis, à Paris, Brigitte Fontaine livre un texte aussi puissant que poétique sur la vieillesse et la sensation d’être confinée dans son propre corps. Lire La Vieille prodige, c’est plonger dans l’univers fantasque et dans l’intimité de cette artiste performeuse aux multiples facettes.
Lucky-Luke, Blake et Mortimer, Asterix… Tous ces héros sont bien malmenés pour des petits sous, souvent piètrement gagnés.Corto Maltese : le jour d’avant de Martin Quenehen, dessins de Bastien Vivès, d’après l’oeuvre de Hugo PrattCe Corto vieilli et post moderne m’a semblé tellement hors contexte qu’il aurait pu s’appeler Obelix au Pacifique qu’il ne m’aurait pas beaucoup plus surpris.
Oui, le dessin reste peut-être intéressant (un poil bâclé) et plein de mouvement. Mais avec ce scénario qui brasse de l’air il ne reste plus que du vent
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Nouvelle vague de chaleur en plein automne...
... de bien mauvais augure pour la saison des feux.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) De passage à Sydney en 2022, Corto tente d’aider Marcus, un ami pirate alors en pleine addiction narcotique. Et quoi de mieux pour le sortir de ce marasme qu’une nouvelle aventure ? Celle-ci leur est proposée par l’avocate d’un groupe d’eco-warriors dont l’une des membres a été arrêtée dans les îles Tuvalu, en plein océan Pacifique. D’origine chinoise, elle risque d’être remise aux autorités de son pays et a soufflé à son avocate le nom de Corto Maltese, comme son ultime chance de liberté... Avec Marcus aux commandes d’un hydravion en sale état, Corto et sa commanditaire s’envolent pour ces îles, premières victimes du dérèglement climatique qui provoque la montée du niveau des mers.
Il y a des livres, comme ça, qui vous font les aimer.
Avec des histoires qui vous touchent et vous emportent. Avec des plats qui ont du goût, avec l’odeur du vieux papier peint et tous les parfums des prairies comme ceux des rues sombres aux relents de bières tièdes. Morvan de Bénédicte BelpoisEt au milieu, Morvan, Monica et Giovanni… Et la splendide, merveilleuse et invraisemblable Duquesita (impossible de continuer à la voir laide après quelques pages).
Un livre qu’on referme ému et triste de laisser des amis qu’on a connu et aimé (presque inquiets de les abandonner là), après avoir partagé leurs joies et leurs souffrances
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) C'était dimanche, alors je suis allé me promener, refaire la balade qu'on faisait tous les deux le matin quand il allait bien, qu'il n'avait pas trop bu la veille. Un chemin plat bordé d'herbes jaunes et de déjections canines, parallèle à la route. Chez nous, c'est l'Ardèche des pauvres, celle où l'on ne fait que passer, par hasard, quand l'auto-route encombrée vomit ses hordes de vacanciers assoiffes de soleil qui tentent désespérément d'éviter les bouchons rituels. Itinéraire bis, seconde zone d'un département. Une bourgade éventrée par une nationale surchargée, une poste ouverte deux heures par semaine, des commerces moribonds, une église fermée où même Dieu ne vient plus. Ici, pas de folklore, pas de fromage de chèvre, pas de marché où des post-soixante-huitards attardés vendent de l'encens made in China, pas de pain bio ni de macramés, pas de châtaigniers séculaires. Plus de mines non plus, plus d'usine, plus de travail.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Je ne sais pas pourquoi, mais, à la dernière bouchée avalée sans faim, il s'est brisé quelque chose en moi, une sorte d'amarre qui m'attachait là, à caboter inlassablement contre le crépi moisi de la maison. J'ai senti nettement quelque chose se défaire, qui m'a laissé libre, vacillant, légèrement groggy. Je suis allé dans ma chambre, j'ai fait une valise rapidement sans vraiment réfléchir à quoi emporter. »
Un jeune homme solitaire, surnommé Morvan, décide de tout laisser derrière lui un dimanche de printemps : sa maison ardéchoise, son travail d'ouvrier agricole et ses douloureux souvenirs auprès d'un père alcoolique. Sa route va croiser celle de Monica et de Giovanni, dans une pizzeria au pied du mont Blanc, et sa vie prendra dès lors un tour inattendu, à la faveur de l'amour et de l'amitié. Le trio nous entraîne dans une équipée romanesque entre la France, l'Italie et la Suisse, en passant par l'Espagne imaginaire contée par la Duquesita, une vieille femme qui les marquera à jamais.
Avec ce roman à l'écriture vibrante, porté par des personnages d'une profonde humanité, Bénédicte Belpois explore le mystère des paysages que chacun porte en soi.
Cette fragilité est pleine d’une puissance magnifique.La fragilité des hommes de Zabus, dessins de Nicoby, couleurs de Pierre Jeanneau, Laurence et Salomé OryCet album sensible touche au cœur des hommes et de leur foutue virilité comme le chante Marguerite.
Un bijou de théâtre de la vie dans village un peu… Mouais avec des hommes appuyés au zinc et bien en peine avec leurs émotions
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Cette histoire commence ici, chez moi. Ici où rien ne se passe, ici où personne ne parierait que les événements à venir auront bel et bien lieu.
Et pourtant...
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Cette histoire se passe là où rien ne se passe... à Mouais, une petite ville que les jeunes ont quitté pour travailler ailleurs et où les vieux sont morts. Ceux qui y restent ont simplement oublié de partir. Mais Fanny débarque en ville... La comédienne compte bien glaner les histoires de chacun pour en composer un spectacle de rue.
Sauf qu'à Mouais, on ne parle pas d'intime, et encore moins les hommes. Et certainement pas François. Son mètre quatre-vingt-quinze vouté sur une quarantaine bien tassée et son incapacité à terminer une phrase, François est pourtant chargé d'accompagner l'étrange projet. A moins que, justement, il ait lui aussi des secrets qui ne demandent qu'à s'échapper ?
Entre comédie douce-amère à manière des frères Coen et récit à l'âpreté proche de Ken Loach, Zabus et Nicoby raconte la désindustrialisation et la difficulté masculine à communiquer.
La Suisse aux airs si lisses cache vigoureusement sous le tapis tous les mouvements qui la secouent. Ici, ne dépassent que les montagnes enneigées au dessus de paysages dignes des maquettes de trains électriques des vitrines des jouets Weber.Le siècle de Jeanne : une famille suisse dans les remous du 19e siècle de Éric Burnand, illustrations de Fanny VaucherPourtant l’histoire de la Suisse moderne fut mouvementée et les droits des femmes, des ouvriers et des paysans acquis lors de luttes fratricides.
Et si aujourd’hui encore Une Suisse au noir démontre le nombre de progrès qui restent à accomplir, cette magnifique série : Le siècle de Jeanne, Le siècle d’Emma et La révolte des cigarières raconte les grandes avancées sociales des deux derniers siècles avec un grand talent
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Quoi ?!
Vous m'avez caché ça pendant 20 ans ?
Mais alors... Qui sont mes vrais parents ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Cette bande dessinée nous embarque dans les temps fort du 19e siècle helvétique : les révoltes paysannes de 1802, la famine de 1816, la guerre civile de 1847 et, enfin, la révolution industrielle suisse des années 1870. Petit pays au cœur de l'Europe, la Suisse a une histoire bien moins tranquille qu'il n'y paraît en surface !
« J'ai grandi dans une famille paysanne qui a cru aux promesses de la révolution vaudoise. J'ai fondé une famille en terre catholique, connu les troubles de la guerre civile et la famine, jusqu'à l'émigration forcée à l'autre bout du monde... Je suis Jeanne, née à l'orée du 19e siècle dans le Pays de Vaud. »
Que ne nous apprend-on pas l’histoire ainsi à l’école ? Misère !Le siècle d’Emma : une famille suisse dans les turbulences du XXe siècle de Éric Burnand, illustrations de Fanny VaucherCe siècle d’Emma, c’est l’histoire sociale Suisse récente vue au travers d’une femme. Le regard est au niveau des gens, des préoccupations populaires, féminines, ouvrières. C’est la vie au long des années 1900 avec les luttes féministes, syndicales et politiques. Peu ou pas de grands noms pour plus de réalités.Une belle humanisation de l’histoire au féminin, une grande réussite tant pour le graphisme et les couleurs que la narration et le contenu
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Moi, c'est Emma. Je suis née avec le XXe siècle à Granges, au pied du Jura. Une bourgade suisse de 10 000 habitants, presque tous horlogers.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) On dit souvent de l’histoire suisse qu’elle est ennuyeuse, sans conflits ni événements marquants. La vie (fictive) d’Emma démontre le contraire: née dans une petite bourgade horlogère au pied du Jura, Emma est soudain précipitée dans les soubresauts du XXème siècle.
En 1918, elle perd son fiancé dans les affrontements de la grève générale.
En 1937, elle se brouille avec son frère devenu pro nazi.
En 1956, son neveu, qu’elle a adopté, lui fait découvrir la face sombre de l’immigration italienne.
En 1975, sa petite-fille la confronte à la contestation féministe et antinucléaire.
Et en 1989, Emma fait une découverte stupéfiante lors du scandale des fiches.
Déclinée en cinq temps, dessinée en plusieurs centaines de cases, l’histoire d’Emma, fictive, mais très vraisemblable, nous immerge dans les conflits, les tensions et les questionnements du XXe siècle.
Une histoire de marins, de codes d’honneur, de frères et d’une sale histoire du temps de leurs parents. Mais avec un mort.Les rescapés du Télémaque de Georges SimenonUn roman dur plutôt polar avec un des deux frères qui enquête pour tenter d’innocenter l’autre. L’occasion de soulever le voile sur un drame passé.
Un roman à l’ancienne qui se lit facilement sans pour autant marquer par la finesse de ses portraits ou la profondeur de son intrigue
Adapté pour la télévision britanique en 1966 par Rudolph Cartier dans la série Thirteen Against Fate, épisode 9 The Survivors
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Les mêmes causes produisent les mêmes effets et l'arrivée d'un bateau dans un port est précédée d'un certain nombre d'allées et venues invariables, le bateau fût-il, comme dans le cas présent, un chalutier de Fécamp armé à la pêche au hareng.
Cela ne vaudrait donc pas la peine d'en parler si un détail, cette fois, n'avait été différent.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) À peine le Centaure, chalutier de Fécamp, est-il arrivé au port que son capitaine, Pierre Canut, est arrêté. Il aurait tué, dix jours plus tôt, juste avant de prendre la mer, un vieil homme retrouvé à son domicile la gorge tranchée. Ce serait une vengeance. La victime, rescapée vingt ans plus tôt des suites d'un naufrage au large du Brésil, aurait été sur la même barque de fortune que le père de Pierre Canut. Les secouristes avaient retrouvé ce dernier mort avec le poignet entaillé par ses camarades qui avaient commencé à le manger...
Il y a plusieurs types de romans durs de Simenon et celui-ci est plutôt du genre laborieux. Un homme sec, intransigeant, avide de pouvoir et aimant le faire respecter se retrouve devant les conséquences de son inflexibilité.Le bourgmestre de Furnes de Georges SimenonLa sale histoire d’un homme seul oscillant entre dilemmes intimes et prestance publique
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Cinq heures moins deux. Joris Terlinck, qui avait levé la tête pour regarder l'heure à son chronomètre qu'il posait toujours sur le bureau, avait juste le temps devant lui.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Dans la très ancienne ville de Furnes, dans une Flandre tiraillée entre le progrès et les souvenirs du Moyen Âge, le bourgmestre s'impose par son autorité et sa froideur extrême. C'est un personnage que le doute n'effleure pas, un monstre ordinaire cloîtrant chez lui sa fille handicapée, un homme qui refuse la moindre charité. L'avait-on aidé lui ? Lui avait-on fait le moindre cadeau ? Jamais. À son tour, il regarde ses semblables comme on regarde quelque chose, n'importe quoi, un mur ou la pluie qui tombe, semant tout autour de lui la peur et les larmes. Ce même homme pourtant, un jour, se met à changer doucement. Plus personne ne le reconnaît... Que s'est-il passé ?