Qu’avez-vous fait de moi ?

Découvert avec beaucoup de plaisir l’année passée, je me suis dit que j’allais guigner du côté des premiers romans de Erwan Larher. Et grand bien m’en a fait !

La petite salle du haut est bondée. Beaucoup de rires très sonores, d'exclamations extasiées, de fumée, on parle de tout et de rien, surtout de rien, faisons semblant de nous amuser, oublions que nos vies sonnent creux, qu'elles ont une fin mais pas de but, aucune utilité pour quiconque, juste un troupeau de mammifères coruscants, au moins aussi décérébrés que ceux composant l'autre partie du troupeau, celle qui admire, celle qui envie, pas l'intelligence et la générosité, pas la capacité à faire le bien ou à faire évoluer l'humanité, non, qui admire et envie la médiatisation de ses semblables privilégiés, voilà le rêve commun, l'idéal, pas être quelqu'un de bon, de digne, non, être connu, même pas reconnu pour un talent quelconque, juste connu, comme ça, dans le vide, sans raison, la médiatisation se suffit à elle-même, pas besoin de légitimation, l'humanité se divise en deux, les inconnus et les connus, quasiment tous les bipèdes qui s'entassent au Select Club ce soir appartenant à cette dernière catégorie.
Qu’avez-vous fait de moi ? de Erwan Larher
Ce premier roman est une sorte de thriller conspirationniste avec un antihéros assez particulier pris dans un engrenage qui le dépasse totalement.

C’est écrit avec des mots (oui, Erwan a des mots (ou un dictionnaire avec beaucoup de pages, qu’en sais-je)) et on y trouve quelques raretés qui m’ont plusieurs fois coincé… Que peut bien faire Nogret lorsqu’il s’amuït ? J’ai dû chercher un peu, je l’avoue.

Un scénario un peu cucul mais fort sympa avec style littéraire plutôt soutenu (un poil frimeur), un premier roman fort enlevé. Très sympa !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Comme la pratique en plein air du badminton, qui ne tolère pas de conditions météorologiques approximatives, mon petit déjeuner ne supporte pas l'à-peu-près.

Que la minuterie ne mette pas la cafetière en marche à l'heure prévue, que la chaîne stéréo ne se déclenche pas simultanément, que j'aie omis de mettre une brique de lait au frais et la mauvaise humeur prend, soudaine, calcinant l'enchevêtrement fragile de ma garrigue intérieure ; je n'enrayerai le sinistre que plusieurs heures plus tard, pour peu que rien ne soit venu l'attiser entre-temps. Mon bol de café chaud m'attend, les enceintes éructent du gros son, environnement familier, je maîtrise mon retour quotidien à la surface du monde, démiurge détendu, quand survient l'incident.

Plus de clopes.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Je suis une bombe...
Fragmenté de frustrations.
Vous m’avez gavé de savoirs, vous m’avez infiltré de connaissances, puis vous m’avez jeté sur votre marché du travail, lesté de bagages mais sans rien ni personne pour me guider, avec en guise de boussole un impératif sans cesse instillé par vos médiatiques nervis : réussir.
Je me suis perdu, il va de soi.
Je ne me suis même peut-être jamais trouvé.
Maintenu en dehors de votre monde – à la lisière tout d’abord, puis imperceptiblement de plus en plus loin à la périphérie –, je me suis mis à le haïr. Vous avez fait de moi un rebelle au lieu d’un petit soldat.
Je voulais bien jouer le jeu mais tous les rôles étaient déjà distribués. Alors je m’en suis écrit un.
S’il n’y a plus de révolutions, j’en inventerai.
Je suis une bombe...
Fragmenté de frustrations.
Et j’ai rencontré des artificiers. »
Léopold Fleury

Entre fantasme et réalité, Léopold découvre un abîme où il va basculer. Pris dans un engrenage infernal, il décide de livrer un combat héroïque. Mais comment démêler le vrai du faux sans laisser de corps au bord du chemin, ni plaider coupable ?...

Je ne suis pas celle que je suis : psychanalyse I

Ces deux livres (Je ne suis pas celle que je suis et La dernière séance) sont surprenants. Que je ne les aie pas lus dans le bon sens n’y change pas grand-chose. Pourquoi avoir écrit deux fois la même histoire, mais différemment, mais pas tout à fait ?

Nul besoin d'être un opposant politique sous le régime théocratique de l'Iran pour que votre vie quotidienne soit pavée de tortures psychiques. Vous vivez, dès l'enfance, à l'école, sous l'influence d'une idéologie qui vous inculque l'infériorité du sexe féminin, l'impureté du corps, l'obscénité du désir, le péché du plaisir.
Je ne suis pas celle que je suis : psychanalyse I de Chahdortt Djavann
Si l’histoire de Donya ressemble beaucoup à celle de Chahdortt (enfance en Iran, Isatambul, Paris, études, tentative de suicide, analyse…), elle se défend d’en avoir fait une autobiographie. Et d’ailleurs, quelle version garder ? ─ Je n'arriverai jamais à faire la paix avec les femmes que je suis...
Le psy pensa que la formule résumait parfaitement sa situation.
Elle reprit:
 ─ Plus la vie a été dure avec moi, plus elle m'a rendue cruelle avec moi-même. Je me disais que je devais être plus forte que les autres pour pouvoir endurer le mal qu'ils me faisaient...Mais, passé la surprise, reste deux témoignages bouleversants sur la violence de la théocraties iranienne, son hypocrisie, la condition de femme et sur les blessures qu’une telle violence peut laisser durablement.Que des mensonges... Je les connais par cœur.
...Ils prétendent que les familles iraniennes sont merveilleuses, chaleureuses, solidaires, affectueuses, bonnes, unies, aimantes, bienveillantes... Elles sont surtout despotiques, hypocrites et étouffantes. Il y a une expression populaire qui dit: « On doit se donner des gifles pour avoir les joues roses devant les autres. »
Tout est une question de dissimulation. Vous ne voyez pas? Ils ont un régime corrompu, mafieux, intégriste et totalitaire, et ils prétendent tous être des gens de bien. Ils se vantent encore de l'antique civilisation perse. Ce sont tous des malades mentaux. Des hypocrites. Des collabos. Je les hais.
Elle le paya et rentra à pied chez elle comme une boule de feu.Deux livres d’une femme perdue à la recherche d’elle-même

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Longtemps j'ai cru en Dieu, pas au Dieu de tous les hommes mais au mien, mon protecteur qui veillait sur moi et allait changer, j'en étais sûre, un jour prochain, mon destin. Candidement et à mon insu, alors que je me défendais de toute croyance religieuse et me proclamais athée, au fil des années, un espoir celé s'était blotti dans mon cœur, vain, comme toute illusion, mais qui élevait ma capacité d'endurance.
Ma première grande faiblesse fut de vouloir devenir une héroïne, épique et stoïque, ma deuxième faiblesse fut d'échouer, et la troisième de recommencer, sans cesse; mon opiniâtreté refusait l'abandon d'un tel projet. C'est ainsi que je devins une insubmersible héroïne déchue.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Des vies différentes dans des villes différentes, et une même femme. Deux histoires entrelacées. L'une, picaresque, nous fait voyager en compagnie de l'héroïne, qui traverse mille et une épreuves, de Téhéran au golfe Persique, de Dubaï aux rives du Bosphore. Et l'autre, intime, à Paris, se construit dans le cabinet d'un psy. Pour la première fois une psychanalyse nous est dépeinte, séance par séance, comme un tableau impressionniste. Le rapport au père, à la mère, aux hommes, la prison, la torture, le viol, la prostitution, la solitude, l'exil et la langue française dont il faut s'emparer pour faire le récit d'une vie, pour se réconcilier avec la vie sont les thèmes de ce livre.

La dernière séance : voyage au bout de l’inconscient

C’est en terminant cette dernière séance que je me suis rendu compte qu’il s’agissait de la seconde partie de Je ne suis pas celle que je suis que je vais m’empresser de lire !

 — Je n'en ai rien à foutre, du regard...
Elle s'énerve :
 — Je vous demande si un être humain peut se construire sans que ses échecs le ramènent sans cesse aux traumatismes de son enfance.
 — On peut, dans une certaine mesure, se libérer de l'impact destructif des traumatismes. Panser les blessures, et apprendre à gérer la souffrance, avance
le psy. 
 — Donc la réponse est non, conclut-elle avec sa mauvaise foi habituelle.
Dès qu'elle avançait un peu dans son analyse, dès qu'un début d'apaisement s'esquissait, elle faisait marche arrière. Elle remettait tout en question et refusait l'idée qu'elle pût se libérer de ses souffrances.
La dernière séance : voyage au bout de l’inconscient de Chahdortt Djavann
Ce roman est brillant à plus d’un titre, mais le plus impressionnant, c’est un contraste qu’il met en évidence en opposant une violence anonyme (le régime iranien avec les mollahs, les gardiens de la révolution, le sexisme, mais aussi celle d’une interminable thérapie (avec un psy dont nous ne connaitrons jamais le nom) et, à l’opposé, les ressources de la narratrice, Donya, sa pulsion de vie et l’humanité bienveillante de nombre de ses rencontres, qui elles ont bien des noms.
Dès le premier jour de mon apparition, ma vie était aussi tourmentée que les chutes du Niagara.
Et pour tout vous avouer, je l'emmerde, la réalité. 
Heureusement, le Hasard a voulu que j'aie la sagesse de ma folie ; ou, pour le dire mieux, j'ai une folie qui n'a d'autre but que la quête de la sagesse.
Ma force créatrice vient d'une souffrance originelle et incurable.
Je suis condamnée à créer.
Divine condamnation !
J'oserai la vérité,
même si, vérité, je te hais...
Un roman de force et de courage

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le lendemain de son mariage, Donya décida de s'enfuir.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le lendemain de son mariage, une jeune Iranienne, Donya, décide de s'enfuir.

Deux récits s'entrelacent. L'un relate ses aventures picaresques, tragiques, émouvantes : entre puissance de la volonté, jeux du hasard et fatalité, Téhéran, Isanbul, Sofia et Paris, une femme trace son chemin de liberté. L'autre se déroule en France, dans le cabinet d'un psychanalyste où se dévoilent, dans la douleur ou l'ironie, les secrets les plus intimes - le père, la mère, les hommes, l'enfance, la prison, la torture, le viol, la prostitution, l'exil. Second volet de l'histoire de Donya, commencée dans Je ne suis pas celle que je suis, La Dernière Séance est une ode à la langue française, un combat et un refuge où se construisent à la fois une destinée et un roman.

Troubles fêtes

Trois histoires aux formats très différents et aux images très explicites.

Troubles fêtes de Loisel, textes de Rose Le Guirec
Centaure, sous-bois ou Venise, Loisel partage ses brûlants fantasmes avec les textes non moins torrides de Rose Le Guirec.

Un beau livre d’images tout en courbes et en rondeurs qui m’a laissé malgré tout le sentiment d’un projet rapiécé et inabouti

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Et quand bien même il en viendrait mille autres, plus belles encore, dans un monde moins cruel...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le mythe du centaure, la chaleur des Feux de la Saint Jean et les vertiges du carnaval de Venise revisités par Rose le Guirec et Monsieur Régis Loisel, voilà ce qui attend celles et ceux qui se plongeront dans ces textes et illustrations délicieusement érotiques. A mettre dans toutes les mains averties !

Le jour avant le bonheur

C’est avec un style plutôt minimaliste et presque en retrait que Didier Tronchet au scénario et Christian Durieux au dessin ont choisi d’adapter le roman d’Erri De Luca.

Le jour avant le bonheur de Didier Tronchet, dessins et couleurs de Christian Durieux d’après le roman de Erri De Luca
Et cette absence d’effets visuels permet à toute la poésie du récit de s’épanouir. L’histoire sensible de la jeunesse d’un orphelin à Naples, avec les enfants qui jouent dans la rue et le linge qui pend au-dessus, la mafia qui n’est jamais loin et la scopa sur une table en formica.C’est le temps de la guerre et celui des premières passions pour Erri

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Dans ce vieux quartier du Naples de l'après-guerre, la cour de mon immeuble était constamment plongée dans l'ombre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Nous sommes à Naples, dans l’immédiat après-guerre. Un jeune orphelin, vit sous la protection du concierge, Don Gaetano. Il passe du temps avec lui, pour parler des années de guerre et de la libération de la ville par les Napolitains. Mais Don Gaetano possède un autre don : il lit dans les pensées des gens, et il sait par conséquent que son jeune protégé reste hanté par l’image d’une jeune fille entraperçue un jour derrière une vitre, par hasard, lors d’une partie de football dans la cour de l’immeuble. Quand la jeune fille revient des années plus tard, le narrateur aura plus que jamais besoin de l’aide de Don Gaetano...
Didier Tronchet adapte le roman d’Erri De Luca en une bande dessinée fluide et poétique, tandis que Christian Durieux recrée la cour de l’immeuble en un petit théâtre d’ombres et de lumières qui donne à cette fable une touche de merveilleux, avec un dessin élégant et mélancolique.

Petit traité d’écologie sauvage : intégrale

Ce recueil de trois albums (Petit traité d’écologie sauvage, La cosmologie du futur, Mythopoïèse) ébloui tout d’abord par la qualité de ses aquarelles. C’est magnifique !

Petit traité d’écologie sauvage : intégrale de Alessandro Pignocchi
Puis, vient l’humour et l’absurde (hélas absurde). Animiste et antispéciste, l’humanité reprend sa place sur terre (enfin, presque).Certes, certaines blagues tirent un peu en longueur et au fil des trois albums, le sujet se politise de plus en plus au détriment de la fraicheur et de l’efficacité.

Mais quel bonheur de nous voir scrutés par un anthropologue Jivaro et d’en rire avec les mésanges

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Vous allez être en retard à la réunion du G20, monsieur le président.
J'arrive, j'arrive, je remets un bousier sur ses pattes.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Les plantes et les animaux sont désormais perçus comme des partenaires sociaux ordinaires. Le pouvoir ne fait plus envie à personne, pas même à nos hommes politiques. Autrement dit, l`animisme des Indiens d`Amazonie est devenu la penséedominante.
La culture occidentale moderne, quant à elle, ne subsiste plus que dans quelques petits villages français où un anthropologue jivaro l`étudie et tente avec passion de sauver les dernières fermes d`élevage intensif, les derniers bars PMU et le rituel de la pêche à la ligne.

Le suspect

Dans ce roman, Simenon tente au fil d’une course poursuite, de faire monter le suspense, d’installer une tension. Hélas, il tente seulement.

Parfois, en passant sous un arbre, il recevait une goutte d'eau limpide et glacée, et c'était toujours sur l'œil ou sur le nez. Il y avait des bancs, mais ils étaient mouillés. Les ouvriers de la grue s'arrêtèrent de travailler pour casser la croûte et la marinière leur passa leur café qu'elle avait mis à réchauffer.
L'énergie de Chave se diluait, et sa confiance encore davantage. Il finissait par se demander ce qu'il faisait là et pourquoi, alors qu'il avait sa femme et son fils à Bruxelles, il venait se mêler de ce qui ne le regardait pas.
Le suspect de Georges Simenon
Un suspect à la recherche d’une bombe dans les milieux anarchistes entre la Belgique et la France.

Une molle traque, bien loin de Die Hard et d’une journée en enfer, mais qui a quand même le mérite de survoler les tensions politiques des années précédant la deuxième guerre mondiale

Tous les romans durs de Simenon
30. Le suspect
29. Les sœurs Lacroix 31. Touriste de bananes (à lire)
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il fallait que le concierge fût à cran pour que Chave, malgré l'espace qui les séparait ─ une porte, un escalier, un couloir ─ l'entendit hurler au téléphone :
─ Puisque je vous dis qu'il est sur le plateau !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Comment peut-on passer de l'idée à l'action, de la violence des mots à celle des attentats? Pierre Chave, réfugié à Bruxelles pour échapper à la justice française, apprend que l'un de ses protégés s'apprête, à Paris, à basculer dans l'ombre en faisant exploser une bombe sur des civils. Faisant fi de toute prudence, Pierre passe la frontière. Il est celui que toutes les polices recherchent, un homme qui, par sa fuite des années plus tôt, s'est vu charger de tous les crimes. Il est aussi une conscience qui revient pour empêcher le pire, le militant renié par les siens qui se radicalisent et le terroriste que l'opinion réclame. Il est un père, un mari qui ne s'arrêtera que lorsqu'il tiendra la bombe entre ses mains…

La chambre bleue

Dans cette curieuse chambre bleue, Simenon nous présente un futur condamné (il semble en tout cas avoir bien peu de chance de s’en sortir) fort attachant et qui parait tout à fait innocent des suspicions qui planent sur lui.

 — Quel air a-t-il ?
 — Je ne sais pas. Il tourne le dos au soleil....
 — Où vas-tu ?
Car il ramassait ses vêtements, son linge, ses chaussures.
 — Il ne faut pas que je reste ici... Du moment qu'il ne nous trouve pas ensemble...
Il ne la regardait plus, ne se préoccupait plus d'elle, de son corps ni de ce qu'elle pouvait dire ou penser. Pris de panique, il jetait un dernier coup d'œil par la fenêtre et se précipitait hors de la chambre.
Si Nicolas était venu à Triant par le train alors que sa femme s'y trouvait, c'était pour une raison sérieuse.
La chambre bleue de Georges Simenon
Un auteur par contre toujours aussi misogyne, fidèle à son époque et qui se lâche un peu plus que d’habitude sur les scènes explicites.

Un roman à la construction virtuose qui se dévoile en même temps que son protagoniste s’enfonce

Tous les romans durs de Simenon
102. La chambre bleue
101. Les anneaux de Bicêtre (à lire) 103. L’homme au petit chien (à lire)
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Je t'ai fait mal ?
─ Non.
─ Tu m'en veux ?
─ Non.
C'était vrai. A ce moment-là, tout était vrai, puisqu'il vivait la scène à l'état brut, sans se poser de questions, sans essayer de comprendre, sans soupçonner qu'il y aurait un jour quelque chose à comprendre. Non seulement tout était vrai, mais tout était réel : lui, la chambre, Andrée qui restait étendue sur le lit dévasté, nue, les cuisses écartées, avec la tache sombre du sexe d'où sourdait un filet de sperme.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Tony Falcone et Andrée Despierre, qui s'étaient perdus de vue depuis la fin de leur enfance, sont devenus amants un soir de septembre. Au cours des mois suivants, ils se retrouvent huit fois dans la " chambre bleue " à l'Hôtel des Voyageurs, tenu par le frère de Tony. Un jour, il s'en faut de peu que le mari d'Andrée ne surprenne, par hasard, les amants.

Strip-tease

Simenon n’est que rarement aussi malaisant que lorsqu’il parle du corps des femmes. Et là, ma foi, dans un cabaret où les femmes se dénudent, il peut s’en donner à cœur joie ! Bouarf !

Une fois de plus, elle avait le sentiment d'une injustice.
Car, tel que Léon était aujourd'hui, tel elle aurait voulu l'avoir, mais autrement, par des moyens plus dignes, et pour elle.
Elle avait conscience d'être une vraie femme, une vraie femelle aussi, et, avec elle, il n'aurait pas déchu en tombant amoureux, même au point d'en perdre la clairvoyance et la dignité. C'était le jeu. C'était naturel. Ils auraient formé ─ ils avaient commencé à former ─ un couple dur, passionné, se déchirant pour mieux se reprendre, affrontant leurs orgueils et se matant l'un l'autre.
Il l'avait si bien compris que, parfois, il avait peur d'elle, peur d'être entraîné dans le gouffre où elle lui donnait l'envie de s'enfoncer avec elle.
La haine de Célita pour Florence l'avait-elle refroidi ? Elle savait que non. Elle était sûre d'elle. Elle n'avait plus besoin que de temps pour le détacher d'une compagne vieillie et gênante.
Qu'y avait-il de mal à ça ? N'étaient-ils pas des fauves tous les trois et les fauves se ménagent-ils entre eux ?
Strip-tease de Georges Simenon
Une histoire de jalousie et de convoitise. Rivalités de femmes. Une trame pas forcément mauvaise en soi, des caractères plutôt bien croqués, presque un bon roman (qui tire un peu en longueur) malgré les clichés, mais finalement : pénible.

Et que dire de la fin ?

Tous les romans durs de Simenon
92. Strip-tease
91. Le président (à lire) 93. Dimanche
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Célita fut la première à voir la nouvelle.
A trois heures de l'après-midi, comme les autres jours, elle avait entendu le réveil sonner sur la table de nuit qui séparait les deux lits et, recroquevillée sur elle-même, elle avait laissé à Marie-Lou le soin d'arrêter la sonnerie, puis d'aller ouvrir les persiennes, de retirer les culottes de nylon et les soutiens-gorge qui séchaient à la fenêtre et enfin d'allumer le réchaud à gaz de la cuisine pour préparer le café.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
A trente-deux ans, Célita, strip-teaseuse au Monico, à Cannes voit avec anxiété pâlir son étoile. Son seul espoir : succéder bientôt à Florence, sa patronne, gravement malade, dont elle s'est attaché le mari, Léon, d'une façon qu'elle croit sûre.
Mais tout est compromis le jour où Maud, une débutante de dix-neuf ans, ravissante et faussement ingénue, franchit pour la première fois le seuil du Monico. La clientèle s'enthousiasme, et Léon en fait bientôt la vedette du spectacle.
Comment une rivalité à la fois professionnelle et amoureuse va se muer en un combat désespéré, où même le crime est envisageable pour conjurer la déchéance : c'est ce que nous conte, avec une saisissante vérité psychologique et une apparente impassibilité qui ne fait que souligner le drame, le romancier de Lettre à mon juge, le créateur de Maigret.

Nerona

Difficile dans le climat actuel et en jetant un coup d’œil aux États-Unis ou à voir les montées populistes en Europe de n’y voir qu’une dystopie.

Alors mes adversaires peuvent bien se moquer de mes « vociférations ». Qu'ils montent donc à la tribune pour tourner en dérision, de leurs petites voix fluettes, ma voix grave. Ma voix gronde comme la révolte d'une femme imprégnée de la terre de ses ancêtres !
Juchés sur le tabouret qu'ils cachent derrière leur estrade, ces petits hommes raffinés regardent de haut la fille du peuple qui mange des plats trop relevés pour leurs palais délicats ! Eux préfèrent des menus exotiques. Eux méprisent la fille fière de sa famille, qui manie un parler trop vulgaire pour leurs oreilles cosmopolites. Des générations de cuisinières m'ont appris que l'adversité vous façonne un estomac capable de digérer les pires humiliations.
Nerona de Hélène Frappat
L’histoire de Nerona, une tyran (tyranne ?) populiste, paranoïaque et climato-sceptique et qui se fait appeler Monsieur le Prince… et qui ose tout !
« Panem et circenses » et tout ira bien. Et elle continue, jusqu’au boutiste, sans peur et sans freins. Jalouse et illuminée !
Ne vous laissez pas abattre par la mauvaise foi et la haine environnantes ─ oui, osons le mot : nos ennemis ont de la haine ! Mais pas vous. Pas nous. On ne choisit pas d'être un soldat par haine. On choisit d'être un soldat par amour.Un petit roman amusant, parfois drôle, mais un peu confus (ce qui n’est pas sans charme) et qui m’a laissé sur ma faim

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je m'appelle Nerona.
Je vais vous raconter mon histoire.

Par où commencer ?
Quelle carte piocher dans le Grand Jeu du Destin ?

J'entends encore ma grand-mère me dire :
« Ne réfléchis pas, Nerona, tire une carte ! »
Je nous revois à la table de la cuisine ─ la seule table de la maison ─ , GrandMa étalant son vieux tarot.
Comme tu détestais que j'hésite !
Tu racontais à tout le quartier : « Ma petite Nerona, elle pioche toujours la carte gagnante ! »


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Au cœur de l’Europe, une dictatrice déchaînée, qui exige d’être appelée “le Prince”, règne sur sa nation à coups de décrets. Son nom ? Nerona. Paranoïaque, autoritaire, climatosceptique, égérie de l’efficacité gouvernementale et pourfendeuse de toutes les “déviances”, la fondatrice du feu (Force, Énergie, Union) a tout pour plaire. La preuve : le peuple l’a portée au pouvoir. Viva Nerona !
Après avoir transposé avec brio la tragédie antique à Hollywood, Hélène Frappat invente la sitcom fas­ciste, dans une satire hilarante qui dévoile les coulisses d’une dictature et les rouages du langage populiste. Au programme : trahison, romance souverainiste, astrologie, matricide, combats de migrants télévisés et bien d’autres réjouissances.

Rions ensemble pendant qu’il est trop tard.