Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Comment dire ? Un chef d’œuvre absolu ou une invraisemblable nullité ? Franchement, je ne sais pas vraiment. Pas plus que pour La fontaine de Marcel Duchamp, je ne saurais me positionner. Pour autant, je me suis bien marré !
Animan de Anouk Ricard
Et donc… N’est-ce pas là l’essentiel ?
Alors, fi de l’académisme et youpi pour l’audace et la fraîcheur ! Une bande dessinée pour retrouver l’âme et la légèreté de l’enfance
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Qui est Animan
C'est un homme comme les autres.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Les histoires ne racontent pas seulement des enquêtes mais aussi la vie d’Animan, sa rencontre et ses combats avec son ennemi juré, Objecto. Le livre est ponctué de peintures, comme dans certains des albums précédents d'Anouk.
Dans son deuxième roman, Pauline Gonthier nous parle d’hommes et de politique. Et de Léa aussi, ouf !Parthenia de Pauline GonthierDes hommes solitaires, frustrés, masculinistes, un peu paumés. Mais aussi des hommes ambitieux, avides et prêts à tout. Et Léa qui peine à se situer.
Et qui va peut-être devoir faire un pas de côté.
Une plongée dans dans les coulisses politiques droitardes et leurs nouveaux outils : les incels et leurs frustrations alimentant les réseaux sociaux mascus : désinformation, fake news, manipulations, coups tordus… tout est permis, seule la victoire est belle
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Un lit king size aux draps clairs encastré dans une bibliothèque noire. Une lumière vive et mordante qui magnifie les contrastes. Dans le cadre de la porte-fenêtre entrouverte sur un minuscule balcon, une silhouette de femme. Dans l'ombre, immobile et vêtu ─ costume marine, chemise bleu ciel ─, un corps allongé. Immobile, ce corps, mais non inerte : la poitrine se soulève, si l'on regarde bien, et des narines s'échappe un léger sifflement. Les poings de l'homme ─ il s'agit d'un homme ─ sont liés. Sa bouche, bâillonnée ; ses yeux, couverts d'un bandeau noir.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Depuis sa rupture, Baptiste n’a plus goût à rien, si ce n’est scroller nuit et jour sur les forums à la recherche de conseils en séduction, en attendant que son père le vire de chez lui.
Jeune attachée parlementaire, Léa dédie toute son énergie à son patron, dont les idées réactionnaires attirent de plus en plus d’électeurs.
Baptiste et Léa n’ont rien en commun, si ce n’est Parthenia. Parthenia, c’est leur soupape, leur sanctuaire virtuel : une cité gréco-romaine idéale où sens du devoir et discipline règnent en valeurs maîtresses. Mais du jeu en ligne à l’échiquier politique il n’y a qu’un pas, et dans l’obscurité de chambres de garçons solitaires, la fronde s’organise. Les pions sont en place, la partie peut commencer.
Pauline Gonthier brosse le portrait incisif d’un malaise civilisationnel. Quand la haine misogyne se diffuse sous les traits du divertissement, la guerre des sexes ne laisse personne indemne.
F.X. Toole a bossé dans le monde de la boxe et ça se ressent immédiatement. En 5 nouvelles il nous dresse le panorama d’un sport gangréné par l’argent et où la violence est omniprésente.Million dollar baby de F. X. Toole, traduction de Bernard CohenEt si la nouvelle qui donne son titre au recueil ainsi qu’au film d’Eastwood est bouleversante, les autres textes qui l’accompagnent ne sont pas en reste de puissance.
Un livre d’une grande humanité avec des hommes et des femmes souvent dépassés par les événements dans un monde brutal. Bousculés et brutalisés ils tentent, coups après coups, de se relever
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) J'arrête le sang.
Entre deux rounds, j'empêche le sang de couler pour que les boxeurs puissent continuer à combattre.
Certains gars perdent leurs moyens dès qu'ils saignent. C'était le cas de Sonny Liston, qu'il repose en paix. C'était un dur, et pourtant il s'effondrait à la vue de son propre sang.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La boxe n'a rien de naturel, murmurait la voix. Comprends-moi bien là-dessus, petit. Tout ce que tu fais en boxe, c'est le contraire de ce que tu ferais dans la vie. Par exemple, tu veux aller à gauche ? Eh bien tu ne bouges pas ton pied gauche, tu pousses sur tes orteils droits. Comme ça. Et pour bouger à droite, pareil. Au lieu de fuir la douleur, ce qui est la réaction naturelle, en boxe tu vas la chercher, tu comprends ?
Plongée unique dans un monde difficile à comprendre pour le profane, mais qui a fasciné Jack London, Ernest Hemingway ou encore Joyce Carol Oates, Million Dollar Babya été porté à l'écran par Clint Eastwood et a remporté quatre Oscars.
Si les dents de la mer font partie de l’imaginaire collectif (de ma génération, certes) grâce au film de Spielberg, je n’avais jamais plongé dans le livre qui l’avait inspiré. Et ce fut une très bonne surprise de constater que l’adaptation était globalement plutôt fidèle. Les dents de la mer de Peter Benchley, traduction de Alexis NolentA l’exception pourtant de deux pans de l’histoire qui ne se déroulent pas vraiment dans l’eau, mais plutôt dans un lit ou à l’abri des regards…
Une très bonne surprise, un page-turner qui ne se laisse pas poser avant de l’avoir complètement dévoré
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le grand poisson avançait en silence dans les eaux nocturnes, propulsé par les courts battements de sa queue en forme de croissant. Sa bouche à peine ouverte, juste assez pour permettre à l'eau de passer par ses branchies. Rien d'autre ne bougeait : une correction de sa trajectoire apparemment erratique, de temps en temps, en baissant ou levant légèrement une de ses nageoires pectorales - comme un oiseau change de direction en inclinant une aile ou l'autre. Ses yeux étaient aveugles dans le noir, et ses autres sens ne transmettaient rien de particulier à son petit cerveau primitif.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Une nuit, le corps mutilé d'une jeune femme s'échoue sur la côte d'Amity, petite cité balnéaire du Massachusetts. Martin Brody, le chef de la police, en est convaincu : un requin rôde dans les parages. Et maintenant qu'il a goûté à la chair humaine, il ne s'arrêtera plus. L'accès aux plages doit être interdit, mais le maire et une partie de la population s'y opposent. En pleine saison estivale, c'est l'économie de la ville qui en dépend. Lorsque deux nouveaux cadavres sont découverts, un pêcheur local est chargé de traquer le requin. Il en sera la quatrième victime. Le temps est venu, pour Brody, de prendre les choses en main. Une lutte à mort s'engage alors, qui n'aura que deux issues possibles : l'anéantissement du requin, ou celui de l'équipage.
Mais que lui est-il arrivé, à cette (très belle) artiste blonde ? Sans trop en dire, on peut quand même avancer que c’est une histoire plutôt loufoque, une aventure fantastique contemporaine et plein d’humour.Ce qui est arrivé à la célèbre actrice blonde de Stephane CarlierIl y a comme un glitch dans la matrice, dirait-on…
Et la célèbre artiste blonde aura bien du mal à corriger le bug.
Un petit livre vite avalé, sans autres prétentions que de proposer un bon moment. Et en se tenant à ça, c’est plutôt une réussite
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Au réveil, il lui faut sans doute un instant pour se rappeler qui elle est, où elle se trouve, quel monde l'entoure. Que ressent-elle alors au chaud de ses draps ? Ses pensées s'organisent-elles joyeusement autour de son nom, de sa blondeur, de sa célébrité ou, au contraire, lui arrive-t-il de vouloir s'alléger de ce qui lui apparaît comme un fardeau
et vivre, ne serait-ce qu'une journée, une autre vie que la sienne ? Personne ne le sait, personne d'autre qu'elle - aucun journaliste, à ma connaissance, ne lui ayant demandé « Que ressentez-vous au réveil quand vous réalisez que vous êtes qui vous êtes ? ».
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Elle avait lu des centaines de scénarios dans sa vie, aucun ne racontait une histoire aussi folle que ce qui lui arrivait.
Ce matin-là, la plus célèbre actrice française a le sentiment que quelque chose lui échappe. Chez elle, son employée de maison l'évite. Dans la rue, on ne se retourne pas sur son passage... Et si c'était plus qu'une impression - le début d'une aventure prodigieuse ?
Dans ce road trip surréaliste avec un sac en plastique plein de billets de mille, Christian et sa mère parcourent la Suisse avec l’intention de tout donner.Eurotrash de Christian Kracht, traduction de Corinna GepnerL’occasion de tirer le portrait du pays et de ses habitants en même temps que celui d’une vielle dame alcoolique et d’une famille à la richesse pas très propre… La Suisse, quoi.Un périple très drôle, piquant, triste et tendre, joyeusement désespéré. Et si cette autofiction a de petits airs de Mars de Fritz Zorn dans les débuts, l’humour et l’autodérision rendent ces deux voyageurs fort attendrissants
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Et donc j'ai dû retourner quelques jours à Zurich. Ma mère voulait me parler de toute urgence. Elle avait appelé, m'avait prié de venir sans délai, cet échange téléphonique avait été très angoissant. Et sous l'effet de la nervosité, je m'étais senti si mal durant tout ce week-end prolongé que j'avais souffert d'une forte constipation. Par ailleurs, il faut que je dise qu'il y a un quart de siècle j'avais écrit une histoire que, pour une raison qui ne me revient malheureusement pas, j'avais intitulée Faserland. Elle s'achève à Zurich, pour ainsi dire au beau milieu du lac, de façon plutôt traumatisante.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Comment résister à une vieille dame qui implore votre visite ? En bon fils, Christian se rend à Zurich, ville qu’il exècre, afin de rejoindre le luxueux domicile de son octogénaire de mère, particulièrement acariâtre et portée sur l’alcool.
Accueilli par une salve de reproches, il décide, à son propre étonnement, de l’embarquer pour un road trip à travers la Suisse. La dernière occasion pour ces deux cœurs accidentés de revenir sur une histoire familiale atypique, faite de culpabilité et de honte héritées. Le sarcasme en bandoulière, Christian et Frau Kracht se livrent un combat sans merci pour peut-être, enfin, se trouver.
Avec un style magnifique, Départ raconte la chute d’un homme. Travail, famille, confiance en soi, capacité à se projeter… il ne reste rien, un homme déchu.Départ de Claire GenouxUn homme cassé.
Un petit livre où la forme épouse le fond avec beaucoup de tendresse
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Regina me laisse mes caleçons, quelques chemises,
lorsqu'elle dit
dehors
tu habites plus ici,
un matin elle me met à la porte, je buvais mon café sur la table, des toasts et du beurre, pour les petits des céréales, je fumais ma cigarette et ouste.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Trois femmes dans la vie d'un homme en chute libre
Un homme installé dans un quotidien un peu gris mais sans histoire se retrouve chassé de chez lui par son épouse, confronté au prévisible éloignement de ses enfants devenus grands, et propulsé dans l'âpre réalité du travail sur un chantier après la perte de son emploi de bureau. Dès lors, le protagoniste navigue entre la méditation sur son passé et la difficile reconstruction de sa vie. Subissant les événements, notamment avec les femmes, son épouse et sa cheffe de chantier, il échoue à s'engager auprès de la figure potentiellement rédemptrice qui croise son chemin. Partant d'une situation ordinaire d'incertitude, c'est tout l'art de Claire Genoux de nous conduire de cet ordinaire vers l'envoûtement ; et cela au moyen d'une langue tantôt rugueuse, tantôt poétique, éminemment sensuelle, toujours dans une recherche parfaite d'équilibre entre le sens et le style.
Mais qui est Gustave ?
Un crocodile, oui, certes !
Mais qui est vraiment Gustave ?Gustave de Marlo KarlenC’est l’histoire d’un départ à Barcelone avec Salomé… Mais Gustave ne supporterait pas le voyage… Et partir, c’est aussi quitter !
Une histoire aussi chou que surréaliste et aussi tendre que le sourire de Gustave
Un livre avec un cadeau à la finUne toute petite lecture d’une grande poésie
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Depuis le hublot, les moutons sur l'eau dessinent des nuages.
Un ciel qu'on regarde la tête en bas.
Salomé a oublié sa main sur la mienne, sa tête sur mon épaule. Ses cheveux sentent le shampoing qu'on a laissé à la douane.
Ma bouche se contracte sur mes dents, je crois que c'est de la joie.
Si un jour je l'oublie, au moins ce sera écrit.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Gustave raconte l’histoire d’un départ. Avec son amoureuse Salomé, le narrateur prend la grande décision de quitter Genève pour Barcelone. L’occasion pour le narrateur de se séparer de son crocodile de compagnie, Gustave, qui le suit depuis l’adolescence. C’est un crocodile peureux, maladroit, qui ne supporte pas le monde dans le tram et le changement de température dans les magasins. Ensemble, ils aiment quand le soleil ramollit au-dessus du Rhône, quand le temps coule sans qu’on cherche à l’occuper, quand ils ne font rien d’autre que rêvasser.
Il faut s’accrocher un peu pour cette lecture. Non pas que le livre tombe des mains, mais il me semble impossible de ne pas sortir bouleversé par cette histoire de naissance sous X et d’adoption.T’es pas ma mère de Prune BergePourtant, si ce tout petit roman épistolaire pêche probablement, c’est par la violence de son implacable piège émotionnel.
Dès les premières pages, impossible de ne pas se laisser emporter par une déferlante mélo qui ne s’apaisera pas avant d’avoir refermé la couverture.
Parfait, brillant, impressionnant… Mais too much
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Ma fille,
Sans doute n'ai-je pas le droit de t'appeler ainsi. Mais tu existes, je viens de l'apprendre, tu as vingt ans. Je ne sais pas encore si j'écris cette lettre pour toi, pour moi, ou comme pour tisser des fils entre deux océans.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Adoptée à la naissance. Stéphanie a vingt ans quand elle reçoit une lettre de sa mère, qui a accouché sous X.
En lisant le récit des circonstances de sa conception et de sa naissance, la jeune femme, qui se croyait en rupture de lignage, découvre qu'elle doit compter à présent avec une autre mère et qu'il lui faudra concilier deux familles, avec leurs territoires génétiques et leurs pays dans la peau. Mais deux mères, cela demande « deux mers » à traverser, afin de pouvoir soi même mettre au monde un enfant sur une rive qui porte un nom.
Dans ce texte épistolaire sur le thème de l'adoption, la simplicité de l'écriture nourrit une émotion dont la force ne prétend qu'à celle du témoignage.
Voilà un journal bien plus intéressant par son contenu (presque un docu-fiction sans avoir peur des anachronismes…) et ce qu’il raconte de la bourgeoisie du 19e au travers du regard d’une femme de ménage, que par son rythme, ses longueurs ou ses promesses vaguement émoustillantes.Le journal d’une femme de chambre de Octave MirbeauCondition de la femme, exploitation, hypocrisie, mépris de classe, droit de cuissage, religion de façade, complaisance du clergé et des autorités… Tout y est décrit et semble sinon plausible, tellement vraisemblable !
Un excellent ouvrage pour qui veut soulever un peu le tapis et découvrir toutes les saletés que l’argent et le statut social peuvent permettre, le tout raconté avec beaucoup d’humour et d’autodérision… et bien des longueurs
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Aujourd'hui, 14 septembre, à trois heures de l'après-midi, par un temps doux, gris et pluvieux, je suis entrée dans ma nouvelle place. C'est la douzième en deux ans. Bien entendu, je ne parle pas des places que j'ai faites durant les années précédentes. Il me serait impossible de les compter. Ah ! je puis me vanter que j'en ai vu des intérieurs et des visages, et de sales âmes... Et ça n'est pas fini... A la façon, vraiment extraordinaire, vertigineuse, dont j'ai roulé, ici et là, successivement, de maisons en bureaux et de bureaux en maisons, du Bois de Boulogne à la Bastille, de l'Observatoire à Montmartre, des Ternes aux Gobelins, partout, sans pouvoir jamais me fixer nulle part, faut-il que les maîtres soient difficiles à servir maintenant !... C'est à ne pas croire.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La bourgeoisie vue par le petit trou de la serrure et l'œil de ses domestiques, qui ne valent pas mieux qu'elle. Si les maîtres sont des pantins, Célestine, la femme de chambre, est une catin, d'ailleurs assez gentille, et Joseph, le jardinier cocher, une fripouille antisémite. Ajoutez à cela quelques épices 1900, les étreintes passionnées de Célestine avec un jeune tuberculeux, un viol, un vieillard fétichiste (la fameuse scène des bottines si bien enlevée dans le film de Bunuel), et vous avez le chef-d'œuvre de notre terrible Octave, « un personnage extraordinaire, disait Léautaud, d'une fougue, d'une hardiesse, d'un anarchisme littéraire et artistique unique à cette époque. »