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Tssitssi ne peut pas laisser indifférent. C’est un choc. Et encore, Claire Castillon nous fait grâce du pire et du plus sale. Car c’est sordide.Tssitssi de Claire CastillonHélène rêve comme sur Insta : des beaux sac, de la sape, des 5 étoiles et des grosses tires à la sellerie en cuir.
Candeur adolescente manipulée, abusée
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Ever ou Ilona. Si je veux vivre des relations de haut niveau, qu'on me sorte aux Champs-Élysées ou dîner à l'Oppio, il faut que je change de prénom. T'offres pas un Ophidia à une Hélène qui vit à Meudon. Je préfère un Vuitton en plus.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Hélène a de moins en moins envie de répondre quand on l'appelle Hélène. Ça jure avec l'image qu'elle renvoie. Elle a quand même 1000 followers sur insta, et depuis qu'elle pose en bikini, ça monte. Tssitssi, c'est son pseudo, mystérieux, sifflant, enfantin. Les vieux vont adorer.
À 16 ans, elle rêve de luxe et d'oisiveté. Mais son discours impertinent, porté par une verve féroce, laisse entrevoir peu à peu une blessure, un secret. Loin de l'imaginaire dans lequel elle s'est réfugiée, elle nous apparaît vulnérable, abîmée, bouleversante.
La voix d’une toute jeune fille en Iran aujourd’hui. A seize ans, durant les révoltes qui suivirent la mort de Masha Amini, elle se souvient de son enfance, la place des hommes et celle des femmes, la religion, le voile…Badjens de Delphine MinouiEt cette voix, pleine de force et de candeur est puissante et magnifique. Pas encore résignée, elle se lève crânement, peine de toute son incompréhension face au régime, au sexisme, à l’hypocrisie religieuse et à la violence des hommes.
Un livre qui tire sa force de ce monstrueux décalage entre la voix d’une jeune fille qui découvre la joie de vivre face à la brutalité d’un système-régime-sexe qui piétine toute aspiration des femmes à la liberté
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Chiraz, 24 octobre 2022
T'entends leurs cris ?
Tu les entends t'applaudir alors que t'as encore rien fait ?
Froussarde ! T'es même pas cap.
Même pas capable de grimper sur la benne.
Autour de toi, les cris résonnent : « Boro dokhtaram ! », « Vas-y, ma fille ! »
En plein milieu de l'avenue Zand, les manifestants ont renversé une grosse poubelle en ferraille.
Elle te fait de l'œil.
Tu brûles d'envie de l'escalader.
Tu flippes.
Tu te revois. Petite et peureuse.
Invisible sous ce foulard obligatoire qui pend au bout de ton index transformé en potence.
Tu te revois et tu te dis : Je fais quoi, là ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Bad-jens : mot à mot, mauvais genre.
En persan de tous les jours : espiègle ou effrontée. »
Chiraz, automne 2022. Au coeur de la révolte « Femme, Vie, Liberté », une Iranienne de 16 ans escalade une benne à ordures, prête à brûler son foulard en public. Face aux encouragements de la foule, et tandis que la peur se dissipe peu à peu, le paysage intime de l'adolescente rebelle défile en flash-back : sa naissance indésirée, son père castrateur, son smartphone rempli de tubes frondeurs, ses copines, ses premières amours, son corps assoiffé de liberté, et ce code vestimentaire, fait d'un bout de tissu sur la tête, dont elle rêve de s'affranchir. Et si dans son surnom, Badjens, choisi dès sa naissance par sa mère, se trouvait le secret de son émancipation ? De cette transformation radicale, racontée sous forme de monologue intérieur, Delphine Minoui livre un bouleversant roman d'apprentissage où les mots claquent pour tisser un nouveau langage, à la fois tendre et irrévérencieux, à l'image de cette nouvelle génération en pleine ébullition.
Devant un monde invraisemblablement incohérent qui court (et vite !) à sa perte, en pleine séparation de ses parents et expérience des premiers amours, une jeune femme sombre.Trash anxieuse de Sarah LalondeEt tente pourtant de surnager, crier, agir…
Un cri d’écoanxiété, un appel au secours et à une prise de conscience. Réveillez-vous !
Comme un manifeste, bien plus tout public que les mentions jeunesse ne le laissent supposer.
Une rage rafraîchissante qu’on espérerait mobilisante. Ah, l’espoir…
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) à toi
qui t'apprêtes à marcher sur un chemin parsemé d'embûches
persévère
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) L’empreinte carbone de la planète explose. Les médias sociaux dérapent.
Perdue dans sa fuckaille intérieure , l’adolescente de ce roman atypique se heurte à l’écoanxiété et aux contradictions morales de notre époque. Entêtée, elle avance, elle se dépêtre dans la période de turbulence qu’elle traverse. L’écriture lui sera salutaire.
Oscillant entre l’acidité et la tendresse, la crudité et la sensibilité, la revendication et l’indulgence, mêlant dans une narration éclatée dialogues caustiques, scénarios de sitcom et poésie, la voix de Sarah Lalonde nous écorche et nous console tout à la fois.
Woaw ! Comment faire aussi drôle et aussi fort ?Je me regarderai dans les yeux de Rim BattalRim Battal nous parle du poids des traditions au Maroc, de l’obligation de virginité pour les futures épouses et des mères qui perpétuent ces traditions en devenant elles-même tortionnaires alors qu’elles en furent les victimes.
Un livre magnifique plein de légèreté, d’amour, de violence et d’une fantastique et réjouissante rage de vivre sa vie.
Un livre à offrir et partager sans trop en dire !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Cela n'a pas duré plus de cinq minutes mais j'eus l'impression de passer une journée entière les jambes écartées et nues sur cette table d'examen médical. Les chevilles coincées dans les étriers en métal, livrée à moi-même, je scannais les murs de la petite salle à la recherche d'une image à laquelle me raccrocher, un dessin anatomique, une campagne de prévention du cancer du sein ou du papillomavirus, n'importe quoi qui aurait pu me permettre de me dissocier, un trou de ver pour sortir de mon corps, pour ne plus entendre les murmures de ma tante et de la gynéco dans le bureau attenant.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) À dix-sept ans, à l’âge des romans à l’eau de rose, des serments d’amitié et des poèmes de Rimbaud, une jeune fille fume une cigarette à la fenêtre de sa chambre. Cette transgression déclenche la violente fureur de sa mère – puis, comme un envol effaré, la fugue de la narratrice. Un ultimatum lui est alors posé : elle devra produire un certificat de virginité. L’examen gynécologique forcé sera sa « première fois ». Comment sortir de l’enfance quand tous les adultes nous trahissent ? Comment aimer quand ceux qui nous aiment nous détruisent ? Porté par une écriture puissante qui n’oublie ni l’ardeur ni la drôlerie, le récit de Rim Battal dit les premières fois, le désir, la générosité et la force qui président à la naissance d’une femme et d’une écrivaine.
Juliette à 14 ans – l’âge des premiers émois – et est électrosensible. Suite à l’installation d’une antenne relais, ses parents décident de quitte Bruxelles pour un trou perdu durant l’été, un village dans une zone blanche.
Sexy summer de Mathilde Alet
Une histoire sans vraiment de fil et qui part dans tous les sens, premiers baisers, bande de jeunes, électrosensibilité, surpoids, agression sexuelle, tensions des parents, chaleur de l’été, amitié… difficile d’accrocher
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Quitter Bruxelles. Quitter Bruxelles, changer de boulot, se désabonner de la télé, quitter Bruxelles, partir au vert, prendre le vélo, manger bio, quitter Bruxelles...
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Elle n'a pas vraiment peur, de quoi aurait-elle peur ? Des chiens de garde assoupis, des curieux mal planqués, du mouvement d'un voilage ? Ce ne sont pas les inconnus qui l'effraient, ce sont ceux qui savent. Ici en un sens elle est sauve. Personne ne connaît le poids de l'amour dans son ventre. »
Juliette souffre de la « maladie des ondes ». Raison de son déménagement au coeur d'une zone blanche loin de Bruxelles. Fille de la ville, que va-t-il lui arriver dans ces paysages plats et mornes où la violence couve autant que l'humanité ?
L'étrangeté des campagnes belges forme le décor de ce roman âpre, l'histoire d'une jeune fille dont les rêves enfantins se heurtent à la difficulté de grandir.
Depuis toute petite, Elena doit bouger, vivre dans le mouvement et la vitesse… Mais c’est plutôt pour les garçons, tout ça… non ?
Vénus partielle : (récit de ma sueur) de Véronique Emmenegger
Venus partielle raconte l’enfance, la jeunesse et l’adolescence de Elena et son constant besoin de ressentir son corps, la douleur, le plaisir et l’exultation dans l’effort.
Alors certes, tout cela ne me parle guère… Mais les sportifs et athlètes devraient s’y retrouver.
Et non, les filles, c’est pas que des dessins, des princesses fragiles et des travaux d’aiguille !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) J'aurais voulu être majorette
S'il fallait tel Maât mettre sur une balance les activités typiquement féminines et les sports dits de garçons, il serait difficile de dire lesquels des deux l'emporteraient tant ils sont intimement liés.
- Ma fille est un garçon manqué ! claironnait mon padre, qui essayait d'inventer des preuves d'une éventuelle testostérone pour l'instant invisible à l'œil nu.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « J'ai passé mon enfance à grimper dans les arbres, à envier ma meilleure amie qui frimait sur le vélo de course avec une barre de son frangin, à vouloir des futals plutôt que des jupes, et, cependant, au milieu de cette recherche de masculinité a toujours brillé le désir ultime d'être majorette... »
Dévorée par un besoin constant d'action, rien n'arrête Elena.
À première vue, on pourrait se dire que Florence dessine toujours la même histoire. La sienne, de sa naissance à ses dix-huit ans.
Certes, c’est pas tout faux. Mais c’est bien réducteur. Jumelle, tome 2 : Dépareillées de Florence Dupré la Tour
A chaque opus (il semblerait que celui-ci sonne définitivement la fin de cette trilogie en 5 volumes), Florence change l’axe de son regard, propose d’autres facettes, approfondit d’autres douleurs et d’autres bonheurs.
Alors, certes, l’adolescence n’est que rarement une grosse tranche du paradis, mais pour elle, ce fut l’âge de la séparation, de la rupture, du découpage, cisaillage et tronçonnage. La grosse boucherie de la séparation d’avec sa sœur jumelle, Béné
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Quelques jours avant notre rentrée au collège, notre avion décolla vers une île mystérieuse.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Dans Dépareillées, Florence Dupré la Tour continue de raconter la grande histoire d'amour de sa vie : celle qu'elle a vécue avec sa jumelle. Mais après la fusion parfaite de la petite enfance vient, au moment de l'adolescence, le drame de la séparation.
Florence va vivre le cauchemar annoncé, elle va devoir sortir du « on » pour fabriquer et affronter un « je ». Elle va devoir vivre seule la confusion des sentiments et des attirances sexuelles, et réussir une chose inhabituelle chez le commun des mortels : renaître.
Après Cruelle et Pucelle, Florence Dupré la Tour clôt avec Jumelle son triptyque sur l'enfance. Férocement libre et puissamment drôle, c'est une oeuvre autobiographique majeure.
En partant d’un conte que lui racontait Nishio-san quand elle était toute petite, Amélie Nothomb nous parle – à l’instar de Haruki Murakami et de tant d’autres (une mode ?) – de son métier d’écrivaine.
Psychopompe de Amélie Nothomb
Une Amélie psychopompe qui, l’instant d’un livre fait revivre son passé, ses morts, ses oiseaux et ses traumatismes en nous parlant de son enfance voyageuse de fille de diplomate. Et, ce faisant, nous dévoile son labeur.
Psychopompe, adjectif et nom masculin
(grec psukhopompos, de pompaios, qui conduit)
Conducteur des âmes des morts. (Dans l’Antiquité, ce rôle était joué surtout par Hermès, Charon et Orphée.)
Larousse.fr (en ligne)
Un livre touchant, de chants et d’envol
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le marchand de tissus vit passer un vol de grues blanches. Émerveillé par leur beauté, il pensa qu'il rêverait de découvrir une étoffe d'une splendeur comparable à leur plumage.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Écrire, c'est voler. »
Prenant pour titre un adjectif issu du grec apparu en France au XIXe siècle, ce roman d'Amélie Nothomb évoque ces personnages mythiques accompagnant les défunts jusqu'aux Enfers ou les en ramenant, à l'instar de Charon, de l'Ankou, d'Orphée ou d'Hermès.
Florence continue de grandir et l’innommable chatouille de plus en plus… Mais c’est péché ! Comment manager ça avec tout le poids d’une éducation catholique pleine d’interdits ? Et les garçons sont bien intrigants. Mais que faire avec ? C’est mal ? Pucelle, vol 2 : Confirmée de Florence Dupré la Tour
Un deuxième volume plus sombre mais tout aussi génial au sein d’une famille empêtrée dans un religieux assez fondamentaliste avec un couple de parents bien mal en point.
L’histoire d’une ado en peine qui se retrouve confrontée à son désir, écrasée par la culpabilité et les tabous sans aucun mode d’emploi
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Dans la chaleur de la Guadeloupe, mes treize ans s'épanouissaient sous des latitudes peu désirables : l'âge ingrat.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Florence a quitté l'enfance et aborde les rivages de l'adolescence. À mesure que son corps change, c'est son regard sur son éducation et son rapport aux autres qui évoluent.
Peut-elle faire confiance aux hommes qui l'entourent ? Et que faire de toutes ces pulsions interdites, si désirables et coupables ? À mesure que Florence grandit, ce sont les adultes autour d'elle qui semblent rapetisser.
Esther continue de grandir et, ma foi… commence à me lasser un peu. Les cahiers d’Esther, tome 8 : Histoires de mes 17 ans de Riad Sattouf
Certes, à 17 ans, il y a forcément un peu moins de fraîcheur et d’innocence qu’à 10, mais les ficelles m’ont semblé usée, les clichés éculés, le déroulement prévisible, les cases et les planches déjà trop vues. Avec quand-même quelques pleines pages très réussies !
Et que dire de cette auto-promo posée là ?
Non, pas sûr que je me laisserais tenter par le dernier opus
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je m'appelle Esther et j'ai 16 ans. J'habite toujours à Paris, dans le 17e arrondissement avec ma pure famille d'exception et je songe à arrêter mes études.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Dans ce huitième tome des Cahiers d'Esther, de Riad Sattouf, Esther est en première ! C'est bientôt le bac de français – AKA la condamnation à mort –, et Esther se pose des questions sur son avenir : pourquoi pas arrêter ses études en fait mdr ? Pour devenir libraire ? Vivre au milieu des livres ? Mais ça paie moins qu'Instagrameuse il paraît, c'est chaud... En attendant, elle prépare le BAFA, mais tout ne se passe pas comme prévu non plus...
Toujours accompagnée de son amie d'enfance, Cassandre, sa queen, d'Eva qui organise des grosses teufs sans le dire à ses darons ; et de Léa, en couple avec un dealer (mais " sensible " dans le fond en fait), elle survit au lycée Royal.
C'est alors que Poutine, le dictateur chauve, attaque l'Ukraine, et c'est la guerre. Et si ça nous arrivait ici en France aussi ?