Un rendez-vous particulier

En 2022, Martina enchainait les Rendez-vous. En 2025, c’est LE rendez-vous ! Toujours accompagnée par ce cher Monsieur qui propose de trouver la force dans des œuvres d’art.

Nous sommes avec Sixtine devant une légère soupe miso dans laquelle flottent des carrés de tofu sans goût, mais ce n'est pas mauvais. Nous avons également commandé des sashimis et des brochettes de poulet avec du fromage fondu et du riz parce que nous avons faim et que nous sommes trop amorties pour prétendre à des carrières de mannequins ; même chez les seniors elles mesurent 1 mètre 80 et sont maigres avec des liftings, parce que si tu es maigre et âgée, généralement le visage est chiffonné comme celui d'Iggy Pop, sur lui c'est perçu comme sexy, mais une femme qui ressemble à un iguane, ce n'est pas considéré comme socialement acceptable. Le vieux monde était misogyne certes mais le nouveau l'est toujours.
Alors foutu pour foutu, je vais prendre un mochi aussi, merci.
Un rendez-vous particulier de Martina Chyba
L’occasion de rire avec elle de nos paradoxes et de persévérer encore et encore dans cette cinquantaine qui n’est pas tendre, même si elle n’est pas vraiment ferme non plus

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'urologue de mon ami Max est une personne adorable.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À Paris, sur les marches du Sacré-Cœur, j’ai rencontré un homme. Grâce à une erreur sur un site de rencontres. J’ai eu peur que cet inconnu me découpe en rondelles, et que l’on ne retrouve jamais mon corps. Mais j’ai couché avec lui le premier soir et aujourd’hui nous formons un couple. Enfin, nous essayons.

Dans les contes de fées ou les comédies romantiques, les personnages surmontent des obstacles, se rejoignent, cela se termine par un baiser, ils furent heureux et tout et tout. Mais dans la réalité, c’est exactement à ce moment-là que les emmerdements commencent. N’est-ce pas ?

La preuve : un jour, l’homme des marches du Sacré-Cœur me redonne rendez-vous au même endroit et me demande de l’épouser. Je me trouve aspirée dans une histoire faite d’événements follement joyeux, mais aussi infiniment tragiques.

Nous, les quinquas, sommes une génération qui croit qu’elle a toujours 30 ans. Nous vivons en baskets, mais aussi en état de crise. En amour, comme au boulot, nous nous retrouvons parfois sur le marché, alors que nous ne sommes pas encore des légumes. Et terrorisés de finir au compost.

Heureusement, il y a des soirées soupe et des amis. Et pour m’aider, j’ai un psy pas comme les autres. Déjà, il est jeune et beau. Et il ne prescrit pas d’antidépresseurs. Mon thérapeute à moi ne prescrit que des œuvres d’art.

Et vous savez quoi ? Ça marche.

L’héroïne, inspirée du vécu de l’auteure, cumule les rôles et les défis, entre amis, travail, enfants, deuils, années qui passent, soucis de santé et amours compliquées. Avec un seul objectif : rester vivante, toujours. Ce livre, plein d’humour et sans tabous, nous aide à déculpabiliser tout en explorant le pouvoir guérisseur de l’art.

Entre toutes les femmes

Autogenèse se terminait plutôt brillamment et Erwan Larher, très à propos, en a profité.

Mais je n'écris pas ! Je ne veux pas écrire ! Je n'ai pas confiance en les livres et pourtant, Dieu sait que j'aime lire. La parole flotte et s'oublie, comme la vie. Le livre se veut immortel. Il est trop ambitieux, trop frimeur. Il traverse peut-être les époques mais emporte avec lui les mensonges, contre-vérités, absurdités qui y sont imprimés. Croyez-moi, on ne peut pas se fier aux livres.
Entre toutes les femmes de Erwan Larher
Et il a fort bien fait !
Alors, certes, il y a toujours des longueurs et Erwan ne cesse d’en faire des caisses avec ses mots, mais cette Cybèle est magnétique !
J'ai essayé d'être la plus généreuse possible, la plus gentille... non, même pas, je me mens. Je n'ai rien essayé du tout. J'ai fermé les yeux quand le spectacle me déplaisait et j'ai tâché de m'en tirer au meilleur compte possible en chaque situation. J'ai planqué mes miches et sauvé ma peau. J'ai fait le dos rond, des câlins aux orphelins, des bises aux vieillards de l'hospice, « Cybèle a si bon cœur », un sommeil de plomb, celui du juste, conscience tranquille, ce n'est pas ma faute le chaos autour.
Vous comprenez, son existence n'a pas été facile, elle a bien le droit de s'amuser, la pauvre; et puis ces gros seins, ces yeux violets, hein, c'est pas une vie, je voudrais bien vous y voir !Si la lecture du premier Livre n’est pas indispensable, elle m’a semblé bien utile pour pleinement apprécier ce tome dynamique et enlevé avec une héroïne bien plus piquante et attirante que ne le fut l’Arsène

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Ils ont peur.
Au début, ils n'y croyaient pas. Ils ricanaient ouverte-ment. Sur les écrans s'étalait le sentiment de supériorité que leur donnaient des décennies de domination; les articles relayaient leur scepticisme goguenard. Bien que tout juste battu par Arsène Nimale, François Copain, le président de la République sortant, n'en était pas moins braillard. Il est Feuillant, mais les Montagnards, l'autre parti politique du paysage, étaient tout aussi belliqueux. Parce qu'en définitive, ils défendent le même monde. Un monde qu'Arsène Nimale a commencé de chambouler.
Alors ils ont peur.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Sur les ondes, chaque semaine, elle est La Voix, magnétique conteuse adulée par tous les sujets de l'empire. Le reste du temps, Cybèle Ibarruri traverse l'existence avec une insouciante gaîté. Jusqu'à ce qu'un inconnu soit assassiné sous ses yeux alors qu'il lui remet une lettre lui enjoignant de raconter l'épopée d'Arsène Nimale.

Cet homme, lit-elle, faillit changer le cours de l'Histoire quatre siècles plus tôt, juste avant la Grande Catastrophe.

Pourquoi alors n'y a-t-il aucune trace de lui dans les livres ni sur le réseau ? Pourquoi un petit groupe s'active-t-il en cachette de l'impitoyable pouvoir impérial pour écrire son destin et retranscrire son message ? Et surtout, Pourquoi Cybèle a-t-elle l'impression, en s'emparant de l'intrigue, que sa vie bascule ?

Dans une langue riche et inventive, ce récit initiatique haletant aux airs de roman noir et de saga d'anticipation interroge sans concession notre présent.

Je ne suis pas celle que je suis : psychanalyse I

Ces deux livres (Je ne suis pas celle que je suis et La dernière séance) sont surprenants. Que je ne les aie pas lus dans le bon sens n’y change pas grand-chose. Pourquoi avoir écrit deux fois la même histoire, mais différemment, mais pas tout à fait ?

Nul besoin d'être un opposant politique sous le régime théocratique de l'Iran pour que votre vie quotidienne soit pavée de tortures psychiques. Vous vivez, dès l'enfance, à l'école, sous l'influence d'une idéologie qui vous inculque l'infériorité du sexe féminin, l'impureté du corps, l'obscénité du désir, le péché du plaisir.
Je ne suis pas celle que je suis : psychanalyse I de Chahdortt Djavann
Si l’histoire de Donya ressemble beaucoup à celle de Chahdortt (enfance en Iran, Isatambul, Paris, études, tentative de suicide, analyse…), elle se défend d’en avoir fait une autobiographie. Et d’ailleurs, quelle version garder ? ─ Je n'arriverai jamais à faire la paix avec les femmes que je suis...
Le psy pensa que la formule résumait parfaitement sa situation.
Elle reprit:
 ─ Plus la vie a été dure avec moi, plus elle m'a rendue cruelle avec moi-même. Je me disais que je devais être plus forte que les autres pour pouvoir endurer le mal qu'ils me faisaient...Mais, passé la surprise, reste deux témoignages bouleversants sur la violence de la théocraties iranienne, son hypocrisie, la condition de femme et sur les blessures qu’une telle violence peut laisser durablement.Que des mensonges... Je les connais par cœur.
...Ils prétendent que les familles iraniennes sont merveilleuses, chaleureuses, solidaires, affectueuses, bonnes, unies, aimantes, bienveillantes... Elles sont surtout despotiques, hypocrites et étouffantes. Il y a une expression populaire qui dit: « On doit se donner des gifles pour avoir les joues roses devant les autres. »
Tout est une question de dissimulation. Vous ne voyez pas? Ils ont un régime corrompu, mafieux, intégriste et totalitaire, et ils prétendent tous être des gens de bien. Ils se vantent encore de l'antique civilisation perse. Ce sont tous des malades mentaux. Des hypocrites. Des collabos. Je les hais.
Elle le paya et rentra à pied chez elle comme une boule de feu.Deux livres d’une femme perdue à la recherche d’elle-même

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Longtemps j'ai cru en Dieu, pas au Dieu de tous les hommes mais au mien, mon protecteur qui veillait sur moi et allait changer, j'en étais sûre, un jour prochain, mon destin. Candidement et à mon insu, alors que je me défendais de toute croyance religieuse et me proclamais athée, au fil des années, un espoir celé s'était blotti dans mon cœur, vain, comme toute illusion, mais qui élevait ma capacité d'endurance.
Ma première grande faiblesse fut de vouloir devenir une héroïne, épique et stoïque, ma deuxième faiblesse fut d'échouer, et la troisième de recommencer, sans cesse; mon opiniâtreté refusait l'abandon d'un tel projet. C'est ainsi que je devins une insubmersible héroïne déchue.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Des vies différentes dans des villes différentes, et une même femme. Deux histoires entrelacées. L'une, picaresque, nous fait voyager en compagnie de l'héroïne, qui traverse mille et une épreuves, de Téhéran au golfe Persique, de Dubaï aux rives du Bosphore. Et l'autre, intime, à Paris, se construit dans le cabinet d'un psy. Pour la première fois une psychanalyse nous est dépeinte, séance par séance, comme un tableau impressionniste. Le rapport au père, à la mère, aux hommes, la prison, la torture, le viol, la prostitution, la solitude, l'exil et la langue française dont il faut s'emparer pour faire le récit d'une vie, pour se réconcilier avec la vie sont les thèmes de ce livre.

La dernière séance : voyage au bout de l’inconscient

C’est en terminant cette dernière séance que je me suis rendu compte qu’il s’agissait de la seconde partie de Je ne suis pas celle que je suis que je vais m’empresser de lire !

 — Je n'en ai rien à foutre, du regard...
Elle s'énerve :
 — Je vous demande si un être humain peut se construire sans que ses échecs le ramènent sans cesse aux traumatismes de son enfance.
 — On peut, dans une certaine mesure, se libérer de l'impact destructif des traumatismes. Panser les blessures, et apprendre à gérer la souffrance, avance
le psy. 
 — Donc la réponse est non, conclut-elle avec sa mauvaise foi habituelle.
Dès qu'elle avançait un peu dans son analyse, dès qu'un début d'apaisement s'esquissait, elle faisait marche arrière. Elle remettait tout en question et refusait l'idée qu'elle pût se libérer de ses souffrances.
La dernière séance : voyage au bout de l’inconscient de Chahdortt Djavann
Ce roman est brillant à plus d’un titre, mais le plus impressionnant, c’est un contraste qu’il met en évidence en opposant une violence anonyme (le régime iranien avec les mollahs, les gardiens de la révolution, le sexisme, mais aussi celle d’une interminable thérapie (avec un psy dont nous ne connaitrons jamais le nom) et, à l’opposé, les ressources de la narratrice, Donya, sa pulsion de vie et l’humanité bienveillante de nombre de ses rencontres, qui elles ont bien des noms.
Dès le premier jour de mon apparition, ma vie était aussi tourmentée que les chutes du Niagara.
Et pour tout vous avouer, je l'emmerde, la réalité. 
Heureusement, le Hasard a voulu que j'aie la sagesse de ma folie ; ou, pour le dire mieux, j'ai une folie qui n'a d'autre but que la quête de la sagesse.
Ma force créatrice vient d'une souffrance originelle et incurable.
Je suis condamnée à créer.
Divine condamnation !
J'oserai la vérité,
même si, vérité, je te hais...
Un roman de force et de courage

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le lendemain de son mariage, Donya décida de s'enfuir.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le lendemain de son mariage, une jeune Iranienne, Donya, décide de s'enfuir.

Deux récits s'entrelacent. L'un relate ses aventures picaresques, tragiques, émouvantes : entre puissance de la volonté, jeux du hasard et fatalité, Téhéran, Isanbul, Sofia et Paris, une femme trace son chemin de liberté. L'autre se déroule en France, dans le cabinet d'un psychanalyste où se dévoilent, dans la douleur ou l'ironie, les secrets les plus intimes - le père, la mère, les hommes, l'enfance, la prison, la torture, le viol, la prostitution, l'exil. Second volet de l'histoire de Donya, commencée dans Je ne suis pas celle que je suis, La Dernière Séance est une ode à la langue française, un combat et un refuge où se construisent à la fois une destinée et un roman.

Nerona

Difficile dans le climat actuel et en jetant un coup d’œil aux États-Unis ou à voir les montées populistes en Europe de n’y voir qu’une dystopie.

Alors mes adversaires peuvent bien se moquer de mes « vociférations ». Qu'ils montent donc à la tribune pour tourner en dérision, de leurs petites voix fluettes, ma voix grave. Ma voix gronde comme la révolte d'une femme imprégnée de la terre de ses ancêtres !
Juchés sur le tabouret qu'ils cachent derrière leur estrade, ces petits hommes raffinés regardent de haut la fille du peuple qui mange des plats trop relevés pour leurs palais délicats ! Eux préfèrent des menus exotiques. Eux méprisent la fille fière de sa famille, qui manie un parler trop vulgaire pour leurs oreilles cosmopolites. Des générations de cuisinières m'ont appris que l'adversité vous façonne un estomac capable de digérer les pires humiliations.
Nerona de Hélène Frappat
L’histoire de Nerona, une tyran (tyranne ?) populiste, paranoïaque et climato-sceptique et qui se fait appeler Monsieur le Prince… et qui ose tout !
« Panem et circenses » et tout ira bien. Et elle continue, jusqu’au boutiste, sans peur et sans freins. Jalouse et illuminée !
Ne vous laissez pas abattre par la mauvaise foi et la haine environnantes ─ oui, osons le mot : nos ennemis ont de la haine ! Mais pas vous. Pas nous. On ne choisit pas d'être un soldat par haine. On choisit d'être un soldat par amour.Un petit roman amusant, parfois drôle, mais un peu confus (ce qui n’est pas sans charme) et qui m’a laissé sur ma faim

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je m'appelle Nerona.
Je vais vous raconter mon histoire.

Par où commencer ?
Quelle carte piocher dans le Grand Jeu du Destin ?

J'entends encore ma grand-mère me dire :
« Ne réfléchis pas, Nerona, tire une carte ! »
Je nous revois à la table de la cuisine ─ la seule table de la maison ─ , GrandMa étalant son vieux tarot.
Comme tu détestais que j'hésite !
Tu racontais à tout le quartier : « Ma petite Nerona, elle pioche toujours la carte gagnante ! »


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Au cœur de l’Europe, une dictatrice déchaînée, qui exige d’être appelée “le Prince”, règne sur sa nation à coups de décrets. Son nom ? Nerona. Paranoïaque, autoritaire, climatosceptique, égérie de l’efficacité gouvernementale et pourfendeuse de toutes les “déviances”, la fondatrice du feu (Force, Énergie, Union) a tout pour plaire. La preuve : le peuple l’a portée au pouvoir. Viva Nerona !
Après avoir transposé avec brio la tragédie antique à Hollywood, Hélène Frappat invente la sitcom fas­ciste, dans une satire hilarante qui dévoile les coulisses d’une dictature et les rouages du langage populiste. Au programme : trahison, romance souverainiste, astrologie, matricide, combats de migrants télévisés et bien d’autres réjouissances.

Rions ensemble pendant qu’il est trop tard.

Badjens

La voix d’une toute jeune fille en Iran aujourd’hui. A seize ans, durant les révoltes qui suivirent la mort de Masha Amini, elle se souvient de son enfance, la place des hommes et celle des femmes, la religion, le voile…

Quand je pense à l'Iran, j'ai du mal à voir une femme, dotée d'un utérus et d'un hymen. Je m'imagine plutôt ce pays, qui a la forme naturelle d'un chat, pissant allègrement en dehors de sa litière. Non par esprit de provocation, mais par instinct de domination. Un mec hypocrite et poilu qu'un jour, peut-être, il faudra finir par castrer.
Je me suis toujours demandé si la cartographie ou encore la langue d'un pays avaient une influence sur sa sociologie.
En persan, ce n'est peut-être pas anodin, il n'y a ni masculin ni féminin.
Comme si les lettres mâles avaient endormi les femelles avec un coton d'éther.
Badjens de Delphine Minoui
Et cette voix, pleine de force et de candeur est puissante et magnifique. Pas encore résignée, elle se lève crânement, peine de toute son incompréhension face au régime, au sexisme, à l’hypocrisie religieuse et à la violence des hommes.

Un livre qui tire sa force de ce monstrueux décalage entre la voix d’une jeune fille qui découvre la joie de vivre face à la brutalité d’un système-régime-sexe qui piétine toute aspiration des femmes à la liberté

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Chiraz, 24 octobre 2022
T'entends leurs cris ?
Tu les entends t'applaudir alors que t'as encore rien fait ?
Froussarde ! T'es même pas cap.
Même pas capable de grimper sur la benne.
Autour de toi, les cris résonnent : « Boro dokhtaram ! », « Vas-y, ma fille ! »
En plein milieu de l'avenue Zand, les manifestants ont renversé une grosse poubelle en ferraille.
Elle te fait de l'œil.
Tu brûles d'envie de l'escalader.
Tu flippes.
Tu te revois. Petite et peureuse.
Invisible sous ce foulard obligatoire qui pend au bout de ton index transformé en potence.
Tu te revois et tu te dis : Je fais quoi, là ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Bad-jens : mot à mot, mauvais genre.
En persan de tous les jours : espiègle ou effrontée. »

Chiraz, automne 2022. Au coeur de la révolte « Femme, Vie, Liberté », une Iranienne de 16 ans escalade une benne à ordures, prête à brûler son foulard en public. Face aux encouragements de la foule, et tandis que la peur se dissipe peu à peu, le paysage intime de l'adolescente rebelle défile en flash-back : sa naissance indésirée, son père castrateur, son smartphone rempli de tubes frondeurs, ses copines, ses premières amours, son corps assoiffé de liberté, et ce code vestimentaire, fait d'un bout de tissu sur la tête, dont elle rêve de s'affranchir. Et si dans son surnom, Badjens, choisi dès sa naissance par sa mère, se trouvait le secret de son émancipation ? De cette transformation radicale, racontée sous forme de monologue intérieur, Delphine Minoui livre un bouleversant roman d'apprentissage où les mots claquent pour tisser un nouveau langage, à la fois tendre et irrévérencieux, à l'image de cette nouvelle génération en pleine ébullition.

Déshumaine

Ce livre commence comme nombre de romans français actuels : je parle de moi, je me mire et je m’introspecte. Je suis artiste, écorchée vive, ma souffrance est mon encre !
Mais Loulou Robert, à son habitude, va loin, plus loin encore et de façon bien sentie sans crainte du sang, des bleus et de la douleur.

Ma psy me dit sur l'écran de mon ordinateur qu'il faut que je réfléchisse à ce que je pourrais faire d'autre.
 ─ Pardon ?
 ─ D'autre qu'écrire. Imaginez que ça ne revienne pas.
 ─ Si l'écriture ne revient pas, une seule solution s'offre à moi: tuer quelqu'un. Moi ou un autre. Vous voulez vraiment que je réfléchisse ?
Elle ne trouve pas ça drôle.
 ─ Avant d'écrire, vous viviez bien, non ?
 ─ Non, j'étais en gestation. L'écriture m'a fait vivre. M'a fait ressentir toutes ces émotions.
 ─ Donc vous ne ressentez plus rien en ce moment ?
 ─ Je ressens de la violence.
 ─ Comment s'exprime cette violence ?
Déshumaine de Loulou Robert
Alors, viandards, passez votre chemin ! Ou non, ouvrez ce livre et prenez en plein les tripes. C’est jouissif. Pas sûr que cela vous fasse réfléchir, mais elle aura essayé.

Confrontée à la violence subie par les animaux Loulou Robert ne le supporte plus. Alors, prenez garde ! Elle et bébé-loup ne vous manqueront pas

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je suis assise sur une chaise de jardin en bois dans ma cuisine, face à la fenêtre. Le soleil brille. Je coupe des courgettes en deux dans le sens de la longueur, puis en tronçons de six centimètres. Il faudrait que je mette un coussin sous mes fesses. Ma chienne Penny dort sous la table. Elle a la tête posée sur mon pied.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Alors je peux lui dire. Que je suis mariée, qu'à son âge j'étais folle et que je le suis toujours, que je pourrais tuer pour ma chienne, que je pourrais tuer, que j'ai toutes ces images en moi, que j'ai un monstre dans le ventre, un lapin dans la tête, dans une cage, sur un palier, que je suis pleine de colère, que je n'écris plus, que ça me tue à petit feu, que j'aime mon mari, que bientôt son roman va sortir en librairie, que je veux lui faire du mal, que je vais devoir rentrer pour promener Penny, que je suis morte, que je suis bonne à enfermer, que je l'ai déjà été, que j'aimerais qu'il me baise encore, que ça soit beau comme une danse, que je n'ai jamais parlé comme ça, que je veux qu'il me salisse, qu'il me griffe jusqu'au sang, que demain j'irai faire les courses aux halles, que je ne veux plus penser, juste ressentir, agir, comme un animal, que s'il veut partir, qu'il le fasse maintenant. »

La prose nerveuse et crue de Loulou Robert ainsi que son humour à vif disent en creux un monde d'où s'absente une humanité de moins en moins bienveillante. Un roman aussi puissant que troublant.

Jungle : une traversée de l’autisme au féminin

Attention, il ne faut pas voir ici qu’une petite bande dessinée au dessin chou et naïf. Jungle est un vrai bijou de porte d’entrée pour qui veut comprendre un peu l’autisme et sortir des clichés. Alors oui, l’autisme, c’est tout un spectre, mais ici, on parle de Gabi, une jeune femme qui va gentiment comprendre ce qu’elle ne comprend pas (j’interprète peut-être, désolé).

Je pensais que tout le monde faisait semblant. J'avais tort. J'étais la seule à faire semblant.
Jungle : une traversée de l’autisme au féminin de Adélaïde Barat Magan, Justine Langlois et Fanny Modena
Et c’est magnifique, plein d’émotions et de sensibilité, tout en étant très clair et pédagogique.

Une pépite à mettre dans toutes les mains pour ouvrir les yeux

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
À quoi associes-tu le mot « fleurs » ?
Euh, ben... c'est simple...
Les fleurs sont comme les organes des plantes supérieures, souvent appelées phanérogames


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Gabi a 26 ans.

26 années passées à masquer ce qu'elle est et ce qu'elle ressent, à se perdre dans un monde qui lui échappe. Aujourd'hui, elle tient entre ses mains un diagnostic : trouble du spectre de l'autisme.

À travers lui, elle revisite sa vie. Ses luttes et son féminisme, ses joies, ses peurs et les obstacles invisibles qu'elle affronte chaque jour, encore et encore. Gabi est une femme et Gabi est autiste.

Pour elle, la vie est une jungle.

Betty

C’est une question qui me revient sans cesse en lisant Simenon aujourd’hui. Était-il raciste, sexiste, antisémite, colonialiste… ? Et à la fin, je retombe toujours sur la même réponse : c’était un témoin incroyablement doué de son époque.
Finalement, qui était-il importe moins que ce qu’il a écrit. Témoin d’une époque raciste, colonialiste, antisémite, patriarcale et sexiste.

Elle avait fini par y croire, était entrée, pleine de bonne volonté, d'enthousiasme, dans la peau de son nouveau personnage.
Tout cela était une erreur. Pas seulement à cause de son passé.
C'était une erreur parce que Guy et elle ne cherchaient pas la même chose. Il disait, fier et protecteur :
 - Tu es ma femme!
Est-ce que cela ne suffisait pas ? Sa femme! La mère de ses enfants! Celle à qui il revenait chaque soir pour lui raconter ses ennuis et ses espoirs.
Betty de Georges Simenon
Et ainsi, ce séducteur insatiable qui enchaînait pathologiquement les aventures comme les prostituées réussi à créer ce portrait d’une femme brisée à la dérive avec une grande sensibilité et beaucoup de finesse

Un roman adapté au cinéma par Claude Chabrol en 1992 avec Marie Trintignant dans le rôle titre

Tous les romans durs de Simenon
97. Betty
96. L’ours en peluche 98. Le train
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
- Vous désirez manger quelque chose ?
Elle fit non de la tête. Il lui semblait que la voix qu'elle entendait n'avait pas un son naturel, comme si on avait parlé derrière une vitre.
- Remarquez que quand je dis manger quelque chose, cela veut dire du lapin, car, comme vous pouvez le voir autour de vous, aujourd'hui c'est le jour du lapin. Tant pis si vous n'aimez pas ça. Lorsque c'est le jour de la morue, il n'y a que de la morue...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Après trois jours d'errance et d'alcool, épuisée et à bout de nerfs, Betty a l'air d'une bête blessée. Comment est-elle arrivée dans ce restaurant-boîte de nuit des environs de Paris, triste refuge d'une faune bourgeoise et cossue ? Pourquoi Laure, une habituée de l'endroit, recueille-t-elle cette fille à la dérive ? Entre la bourgeoise vieillissante et déchue et l'étrange créature, naissent de mystérieuses relations d'hostilité et de secrète affection. Lentement, Betty reprend ses esprits et révèle à sa bienfaitrice l'enchaînement d'échecs et de vices qui l'a détruite.
Laure ignore encore la vraie nature de Betty. Est-elle une mal-aimée ou un être foncièrement pervers ? C'est alors qu'un homme entre en scène et la vérité, peu à peu, apparaît, imprévisible et fatale.

Cher corps, petit salopard

Parfois, on fait des plans, on prend des résolutions, on se dit que les conneries ça suffit et qu’il est temps de réaligner. Mais après… la vie !

Il se passe quelque chose, je le sens, et ça me rend tarée de ne pas comprendre. Je dois le rejoindre demain pourtant, j'ai tant besoin de lui. Je mets les pieds dans le plat. Parle-moi. Parle-moi.
La seule chose qu'il finit par répondre c'est que, oui, il faut qu'il me parle mais là aujourd'hui il a trop de boulot il n'y arrive pas, il a un coup de blues il se pose des questions et il pense que ce n'est pas une bonne idée que je vienne demain comme prévu.
Quelqu'un aspire mon cœur avec une paille, bruyamment. Mon sang devient très froid.
Cher corps, petit salopard de Zoé Vintimille
L’autrice du génial Il est 14h, j’enlève ma culotte nous propose le journal de l’année de ses 46 ans. Une année qui commence pleine de bonnes résolutions, bien vite enflammées ! Et voilà qu’une belle saloperie vient squatter son sein gauche.

Un petit livre qui m’a forcément rappelé Le mal joli de Emma Becker. Mais si apparemment les similitudes semblent nombreuses (dans la première moitié du livre), j’ai paradoxalement trouvé Zoé Vintimille plus sincèrement intime alors qu’il s’agirait d’un pseudo ?!?

Un journal à l’écriture légère et pimentée et qui aborde sans pathos des sujets plus durs. Le cancer et les nouvelles formes relations homme-femmes à l’heure des réseaux.

… Et vite Zoé, on attend avec impatience votre histoire de méduse

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je viens d'avoir quarante-six ans.
Petite fille, jamais je ne m'étais imaginée à cet âge. À partir de trente ans et jusqu'à soixante, tout ça était extrêmement flou. À vrai dire je suis plutôt à l'aise dans mes pompes et assez fière du chemin parcouru. Mon corps est sympa avec moi, certes la peau se détend et le cul n'est plus aussi ferme, les cervicales se coincent régulièrement mais, jusqu'ici, ça va plutôt bien. Les dix dernières années ont été éprouvantes et je me suis éparpillée, beaucoup de sexe beaucoup de fuite. J'ai besoin de rassembler les morceaux. Je voudrais que quelque chose arrive, tout en lui laissant le temps d'arriver. Un amour, un roman, des personnages de fiction.
Quelque chose est arrivé, mais pas tout à fait comme prévu.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« J'avais décidé de me calmer un peu sur les mecs. Ça faisait partie de mes résolutions de début d'année : je voulais du temps pour écrire, sur d'autres vies que la mienne, et aussi je voulais tomber amoureuse. Vraiment amoureuse. Pour ça, j'étais prête à attendre. Au printemps un homme est arrivé, il avait les cheveux en bataille et des yeux qui riaient. Et c'est là, juste après, que la vie a dû se prendre les pieds dans le tapis, car dans le lot il y avait bien l'amour, mais aussi une sale petite tumeur dans le sein gauche. »

Après Il est 14h, j'enlève ma culotte et Ceci n'est pas un roman érotique, Zoé Vintimille poursuit l'exploration de sa vie de femme et de ses désirs, souvent contradictoires. Elle livre ici le journal de sa quarante-sixième année, de janvier à décembre, avec toute la sincérité, l'ironie et la sensibilité qui la caractérisent.