Saman

Saman semble parler de tant de sujets qu’il a fini par me perdre. De la brutalité de l’argent et du pouvoir tant sur des plateformes pétrolières, de l’appropriation des terres des paysans, de la corruption de la police et de la justice, des tabous religieux et sexuels, du désir et du patriarcat…

Quant à moi, il m'avait exilée dans cette ville. Et ici, la nuit, il m'a attachée au lit et donné mes deux premières leçons d'amour. Voici ses enseignements: Premièrement. Seul l'homme est autorisé à approcher la femme. Une femme qui court après un homme est à coup sûr une putain. Deuxièmement. La femme offrira son corps à l'homme qui en est digne, et cet homme l'entretiendra avec ses biens propres. C'est ce qu'on appelait le mariage. Plus tard, à l'âge adulte, le mariage m'apparaîtrait comme le comble de l'hypocrisie, de la prostitution qui ne dit pas son nom.
Saman de Ayu Utami, traduction de Élisabeth D. Inandiak
La liberté est-elle possible ici ?

Laila, Yasmin et Tala espèrent encore.

Un livre un peu brouillon qui, à tout vouloir embrasser, disperse son propos

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Dans ce parc, je suis un oiseau. Qui a volé des miles et des miles loin d'un pays qui ne connaît pas les saisons, un oiseau migrateur à la recherche du printemps, là où l'on peut sentir le parfum de l'herbe et des arbres dont jamais nous ne saurons ni le nom, ni l'âge.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Vivre et aimer librement, est-ce possible pour Laila, Yasmin et Tala, trois jeunes Indonésiennes déterminées à prendre leur destin et leur pays en main ? Tout commence par un accident dramatique sur une plate-forme pétrolière. Laila, Yasmin et Saman, un jeune prêtre, se battent pour que les responsables soient jugés. Et soudain, alors que la révolte s'organise, Saman disparaît, victime d'un complot et d'enjeux qui le dépassent. Quant à Laila, lors de la tragédie sur la plate-forme, elle découvre l'amour. Pour être libre, elle part à New York, chez Tala, qui a déjà choisi d'émigrer. Loin de ses repères, Laila va faire face aux doutes et aux obstacles. Pour elle, comme pour Tala et Yasmin, concilier son désir de femme et la dure réalité des hommes s'avère un défi acharné. Un roman puissant, envoûtant, sans tabous religieux, politiques ou sexuels. Les parcours croisés de ces femmes sont autant de visages de jeunes Indonésiennes modernes, imprégnées par leurs traditions mais passionnément éprises de liberté.

Acki

Dieter et Volker partent en weekend retrouver Acki dans ce qui ressemble fortement à une attente de Godot.

Acki de Max Baitinger, traduction de Elisabeth Willenz
Ce roman graphique présente une histoire bien légère mais brille par ses graphismes monochromes. Un album en mouvement avec des trouvailles ingénieuses mais qui pêche malgré tout par son manque de contenu

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Kepepepep !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dietz, la quarantaine, père de famille, est ingénieur et prof de Judo. Un été, il embarque Volker, musicien apathique et cleptomane notoire, dans un road trip direction Leipzig pour rejoindre Acki. Dès le début, le tant attendu week-end de retrouvailles déraille quand leur vieux copain d’enfance demeure introuvable.

Depuis leur chambre d’hôtel, les recherches s’organisent. La visite au musée dérive vers la tournée des bars, le duo insolite vagabonde dans le dédale des rues de Leipzig à la recherche d’Acki, mais ils n’ont pas son adresse actuelle et celui-ci reste aux abonnés absents.

Dans sa nouvelle bande dessinée, Max Baitinger questionne la survivance de l’amitié dans la durée, l’absurdité et la fragilité des choses qui nous lient. Dietz incarne la ténacité de ceux qui s’accrochent au passé, insensible au temps qui passe et change les relations. Le personnage, en voulant réunir le triangle amical original, poursuit une chimère, un doux rêve, qui ne le fera pourtant pas revenir à ses jeunes années.

Acki est porté par des dialogues facétieux et une certaine poésie de l’errance. Le style Baitinger, insiste sur la fluidité des mouvements, la distorsion des corps et la vitesse du monde. Ce livre confirme, s’il le fallait encore, que son auteur appartient à une nouvelle génération allemande qui fait, littéralement, bouger les lignes.

Solo tu

Ouvrir Solo tu c’est comme se retrouver en un instant en Italie. Après un petit séjour dans le monde alcoolisé de la nuit romaine, c’est embrasser la chaleur et le soleil des Pouilles et plonger dans la mer adriatique.

Lorsque, au réveil, il se voit dans le miroir, les poches sous les yeux sont gonflées et violacées. Ses lèvres pleines n'ont plus l'intensité rouge brillant de la jeunesse, prêtes à embrasser n'importe qui, et ses cheveux sont ternes et gras.
À l'aube des années 1980, Gianni a perdu de sa splendeur. Les beaux habits n'arrangent rien. L'odeur de sa sueur alcoolisée ne part pas au lavage. Les parfums aspergés ne masquent plus le désastre qui s'est emparé de son corps. Il serait temps pour lui de quitter la scène.
Solo tu de Philippe Fusaro
Et la cuisine !

Un voyage avec la chemise ouverte et les cheveux au vent, une histoire d’amitié et de rencontres.

Un livre émouvant porté par une écriture délicate

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le Piper Club, via Tagliamento 9, demeure inchangé depuis ses débuts en 1965. D'autres boîtes de nuit ont poussé dans Rome, copié son style ou tenté de le dépasser, mais le Piper reste le Piper. Un roi en son domaine. La file devant le club s'étend le long du trottoir sur des centaines de mètres et ne s'épuise qu'à deux ou trois heures du matin.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Rome, début des années 1980. Le mythique Piper Club, où se sont produits les plus grands chanteurs italiens, n’est plus ce qu’il était. Gianni, un dandy fatigué, devenu, au fil des années, un élément du décor, y traîne son désenchantement. Au point de laisser Carmela, la pétulante compagne du bassiste punk se produisant ce soir-là, lui confier son petit Giacomo le temps du concert, alors qu’il déteste le punk… et n’est pas supposé savoir y faire avec les enfants.
Mais, quand la jeune femme lui propose de les retrouver pour boire un café le lendemain, avant leur départ dans les Pouilles, il ne dit pas non. Et ne décline pas non plus son invitation d’aller les voir en septembre : « il fera bon et la mer sera encore chaude, lui dit-elle. Cela te fera du bien. Avec Giacomo, nous allons te remettre sur pied. » Et se remettre sur pied, il en a bien besoin : ses réveils, dans les brumes de l’alcool, sont de plus en plus difficiles, de même que ses regrets sont lancinants, d’avoir raté un nouveau départ avec Nico, une fille solaire, qu’il n’a pas su aimer.
Le voilà à Polignano a Mare, balcon sur l’Adriatique, dans la lumière éclatante d’un été qui semble ne jamais vouloir finir. Giacomo l’a accueilli en se jetant à son cou, Carmela – qui à Rome avait spontanément accordé sa confiance au fêtard invétéré dont la réputation le précédait – lui ouvre grand les portes de sa maison suspendue sur la mer. Le père du petit garçon a fait ses valises, et les nouveaux colocataires vont bien vite trouver leur place dans le trio indéfectible qu’ils vont former, tissé de complicité, de tendresse et d’une grande pudeur. Ils sont bientôt rejoints par Corrado, le libraire de la petite ville, un merveilleux autodidacte avec qui l’entente est immédiate. Les rires, les cafés du matin, les dîners tardifs, les plongeons dans la grande bleue rythment les journées, le temps s’étire. Et si Gianni finit par rentrer à Rome, pour « régler des affaires », il promet de revenir.
Quand, trois saisons plus tard, il retrouve ses comparses, un vent mauvais s’est levé, et il faudra bien la force de leurs liens pour l’affronter.
Avec une remarquable intelligence de ses personnages et une extrême délicatesse, Philippe Fusaro nous entraîne alors vers un dénouement aussi poignant qu’inattendu, qui nous laisse sur la crête de l’émotion, au diapason de ce lieu âpre et lumineux qu’on rêve de ne jamais quitter.

Si j’étais un arbre

Adressé à un public jeunesse, ce petit livre tente d’embrasser beaucoup de causes. Écologie, inclusivité, activisme, végétarisme, respect des autres et de la nature, transidentité… Pourtant, même si cela peut sembler beaucoup (et parfois en être même caricatural), c’est plutôt réussi.

Je les ai laissées à leur bourrasque familiale et je suis allée chez Cassandre, ma pote Cassandre, qui n'est ni fille ni garçon, mais qui est tout pour moi, et qui me trouve géniale absolument géniale.
Je dis elle, parce qu'elle préfère le féminin. En ce moment. Ça peut changer. Des fois c'est il. Elle n'aime pas iel parce que ça la perturbe assez d'être plusieurs, elle veut un pronom personnel stable le temps qu'elle le porte, quitte à en changer tout le temps. Ça n'est pas toujours facile, la transidentité, même si c'est le truc le plus passionnant que j'aie eu à observer depuis que j'observe.
J'adore observer, si possible, depuis le haut d'un arbre.
J'adore les arbres.
Chez mamie, il y a un noyer fantastique où je passe mes journées d'été. Je lis. J'écris. Je me fais arbre. Ça me va.
Si j’étais un arbre de Catherine Zambon
Alors oui, c’est un peu mignon et les émotions sont un poil exacerbées, mais cela ne correspond-il pas exactement à l’âge de Violette et Cassandre ?

Allez ! Tous à la ZàD avant que la forêt ne disparaisse sous les coups des pelleteuses et des tronçonneuses

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Pla Perré, c'est le lieu où nous devions passer des vacances tranquilles avant que tout n'explose.
Juillet sera à jamais ce mois où la vie sauvage m'a engloutie.
La montagne, c'est là où tout s'est passé.
Tout.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Violette adore se réfugier dans les arbres. Peut-être une manière de fuir l’encombrant amour d’une mère et d’une grand-mère. Son amour à elle, il va tout entier à Cassandre, qui est fille un jour et garçon le lendemain si ça lui chante.

Lorsque débarque un soi-disant grand-père, tout bascule. Et alors, grimper dans les arbres prendra un sens vertigineux. Celui de l’engagement, de la lutte et de l’espoir.

Morvan

Il y a des livres, comme ça, qui vous font les aimer.

Avec des histoires qui vous touchent et vous emportent. Avec des plats qui ont du goût, avec l’odeur du vieux papier peint et tous les parfums des prairies comme ceux des rues sombres aux relents de bières tièdes.

elle savait ce que je faisais. J'ai planté, j'ai amendé, taillé, arrosé. Il devait quand même se demander ce qui lui arrivait, le rosier, d'où venait cette surabondance tout à coup. Mais il était content. Papa aussi était content là-haut, ça, j'en étais sûr.
Je suis resté un moment à le contempler, à vérifier qu'il était bien tuteuré. Je n'ai pas entendu la Duquesita arriver dans mon dos. Elle s'est glissée à mes côtés et nous sommes restés quelques minutes sans rien dire, à regarder ce mor-ceau de bois famélique gris et ridé, fiché dans la terre grasse.
Elle a pris mon bras et m'a dit doucement, comme si c'était un secret :
« Et maintenant, cariño, vois-tu le vol bleu du martin-pêcheur ? »
Morvan de Bénédicte Belpois
Et au milieu, Morvan, Monica et Giovanni… Et la splendide, merveilleuse et invraisemblable Duquesita (impossible de continuer à la voir laide après quelques pages).

Un livre qu’on referme ému et triste de laisser des amis qu’on a connu et aimé (presque inquiets de les abandonner là), après avoir partagé leurs joies et leurs souffrances

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'était dimanche, alors je suis allé me promener, refaire la balade qu'on faisait tous les deux le matin quand il allait bien, qu'il n'avait pas trop bu la veille. Un chemin plat bordé d'herbes jaunes et de déjections canines, parallèle à la route. Chez nous, c'est l'Ardèche des pauvres, celle où l'on ne fait que passer, par hasard, quand l'auto-route encombrée vomit ses hordes de vacanciers assoiffes de soleil qui tentent désespérément d'éviter les bouchons rituels. Itinéraire bis, seconde zone d'un département. Une bourgade éventrée par une nationale surchargée, une poste ouverte deux heures par semaine, des commerces moribonds, une église fermée où même Dieu ne vient plus. Ici, pas de folklore, pas de fromage de chèvre, pas de marché où des post-soixante-huitards attardés vendent de l'encens made in China, pas de pain bio ni de macramés, pas de châtaigniers séculaires. Plus de mines non plus, plus d'usine, plus de travail.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Je ne sais pas pourquoi, mais, à la dernière bouchée avalée sans faim, il s'est brisé quelque chose en moi, une sorte d'amarre qui m'attachait là, à caboter inlassablement contre le crépi moisi de la maison. J'ai senti nettement quelque chose se défaire, qui m'a laissé libre, vacillant, légèrement groggy. Je suis allé dans ma chambre, j'ai fait une valise rapidement sans vraiment réfléchir à quoi emporter. »

Un jeune homme solitaire, surnommé Morvan, décide de tout laisser derrière lui un dimanche de printemps : sa maison ardéchoise, son travail d'ouvrier agricole et ses douloureux souvenirs auprès d'un père alcoolique. Sa route va croiser celle de Monica et de Giovanni, dans une pizzeria au pied du mont Blanc, et sa vie prendra dès lors un tour inattendu, à la faveur de l'amour et de l'amitié. Le trio nous entraîne dans une équipée romanesque entre la France, l'Italie et la Suisse, en passant par l'Espagne imaginaire contée par la Duquesita, une vieille femme qui les marquera à jamais.

Avec ce roman à l'écriture vibrante, porté par des personnages d'une profonde humanité, Bénédicte Belpois explore le mystère des paysages que chacun porte en soi.

Gonzalo et les autres

Si son premier roman, Suiza, m’avait cisaillé, Saint Jacques ne m’avait guère laissé de souvenirs et j’avais donc laissé Gonzalo de côté… Jusqu’à ce que, bienheureusement, on m’en loue la qualité. Et merci !

J'ai voulu rencontrer d'autres femmes ensuite, pour tenter d'oublier, de guérir, mais je cherche toujours une part de Bonnie dans mes nouvelles conquêtes. J'ai des séquelles insurmontables, des lésions chéloïdes sur le cœur qui le rendent encore plus dur à s'émouvoir, je fais de l'arythmie d'amour. Je finirai seul, Gonzalo, je ne sais pas aimer. Quand la solitude sera trop corrosive, que je me sentirai trop ankylosé, j'irai parfois à Cáceres me promener dans les rues et m'enivrer aux terrasses dans la touffeur du soir. Je m'injecterai un rappel d'amour, en m'arrêtant sous les porches, je remonterai vers la rue Roso de Luna et, depuis notre ancienne chambre d'hôtel au velux ouvert sur le ciel, je me souviendrai de tout et j'écrirai comme Neruda les vers les plus tristes de ma vie : « La nuit est pleine d'étoiles, elle n'est pas avec moi. »
Gonzalo et les autres de Bénédicte Belpois
Ce roman choral où les amis, voisins et famille de Gonzalo prennent tour à tour la parole, respire la vie.

Un livre magnifique ou l’amour, tout comme Gonzalo, s’en vient et s’en va

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Aujourd'hui j'ai écrit à la Tía Cayetana.
Elle seule peut faire quelque chose pour moi. Elle ira parler au Père, certainement, elle plaidera ma cause. Elle a toujours trouvé les mots pour l'adoucir et il l'écoute comme un oracle depuis l'enfance.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Gonzalo, fils d’un viticulteur d’un petit village d’Estrémadure, s’enfuit pour éviter le service militaire instauré par les franquistes et le destin médiocre auquel il se croit promis. Mais, après des années passées en France et un amour malheureux, il embrasse de nouveau ses racines et l’immuabilité de la vie rurale.
Il devient alors pour les autres le confident, celui à qui chacun peut livrer les grandeurs et les misères de son existence. Car c’est le portrait d’un village qui se dessine au travers des récits de ces personnages si attachants, un lieu clos où tous se connaissent et où chacun conserve ses secrets. Avec ce roman, Bénédicte Belpois continue de tracer une œuvre singulière au prisme d’une écriture très haute en couleur, sincère et émouvante.

In limbo

In limbo raconte les difficultés d’une jeune immigrée coréenne aux États-Unis. Racisme, difficultés d’intégration et problèmes d’identité. A cela s’ajoute une mère culpabilisante aux injonctions toxiques. Un très bon cocktail pour préparer une dépression et une tentative de suicide.

In limbo de Deb JJ Lee, trad. de Léana Félix
Une histoire intime et sensible. Celle d’un parcours chaotique vers un épanouissement personnel et une relation mère-fille apaisée.Un album monochrome bleu pétrole très réussi avec un grain d’image qui apporte beaucoup douceur à cette autobiographie qui en manque cruellement

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je peux changer mon apparence.
Enfin, dans ma tête.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La famille de Deborah (Jung-Jin) a émigré de Corée du Sud aux États-Unis. Depuis ce jour, elle se sent différente. Comme si un monde la séparait des autres.

Enfant, elle a eu du mal à s'adapter. Elle n'arrivait pas à parler anglais. Des années plus tard, c'est tout l'inverse. Elle ne parle plus coréen. Elle tente de s'intégrer, mais rien ne va. Ses professeurs n'arrivent pas à prononcer son nom coréen. Son visage n'est pas comme celui des autres. Surtout ses yeux. Elle voudrait tout changer et être « normale ».

Aujourd'hui, Deb est au lycée, et tout est encore plus difficile. Ses amitiés changent, évoluent, se brisent. Elle n'arrive plus à suivre en cours. Les disputes avec sa mère dégénèrent. Elle est coincée dans les limbes, prisonnière du vide, sans le moindre refuge. Sa santé mentale s'effondre. Confrontée à une telle souffrance, elle tente de se suicider.

Mais Deb est forte. Elle veut guérir. Elle essaye. Chaque jour est une bataille. Pas à pas, elle tente de reconstruire son monde, grâce à l'art et à la psychothérapie. C'est en prenant soin de sa santé mentale, émotionnelle et physique qu'elle va renouer avec son héritage coréen. Un travail qui l'aidera à comprendre qui elle est.

Le liftier des anges

Ce liftier emporte tout près du ciel de la poésie. Juste là où elle embrasse la prose avec passion.

Le jour se lève, timide comme un érotisme adolescent. Le rouge et le gris sont les couleurs des premières et des dernières amours. À la fin, cependant, il reste parfois un peu de mauve ou le violet des mélanges amicaux. Ou encore le pourpre d'un reste de passion si le cœur vous en dit. Bref, le jour se lève et il est le seul à connaître son emploi du temps.
Je n'ai pas beaucoup dormi. Pour quoi faire, puisque je n'ai pas senti passer la nuit. J'ai relu mes notes, convaincu d'avoir écrit sur l'eau. Et tout ce que je voulais stimulant et léger a coulé comme un pavé dans une mare. Une mare dont je ne vois pas le fond. Vous avez déjà vu un moineau sur un fil ? Je suis le moineau sans le fil.
Mais ce soir on joue.
Le liftier des anges de Raoul Pastor
Raoul Pastor raconte sa vie, ses amitiés et le théâtre. Instants exaltés ou l’angoisse touche la jouissance, la scène et le partage, la mise en scène et les doutes.

Un théâtre où le « je » se confond avec lui.
Josette, Léon et Robert. Fallait-il être sourd pour ne pas les entendre. Aveugle au point de ne rien voir.
Mes amis sont tous plus intelligents que moi.
C'est ma lucidité et ma fierté.Et vient la fin, avec nostalgie, regrets et souvenirs lumineux

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Jaune et ocre pâle ou blanc. On ne distingue pas le ciel de l'air. On respire sous daltonisme.
Le silence est immobile.
La mer, pourtant si proche, se venge de son absence.
Les vieux, sous leurs bérets, ont quitté les trottoirs et leurs chaises pour se mettre à l'abri dans l'ombre de leurs femmes et des volets clos.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un quart de siècle de direction théâtrale a ceci d’agréable qu’il laisse peu de place à la tiédeur : il y a ceux, nombreux, qui vous haïssent, et il y a les autres, chez qui vous avez laissé un souvenir, une bribe d’émotion, une trace quelconque, et qui éprouvent un sentiment qui va du respect à l’amitié. Ou quelque part entre les deux.

« Ce splendide récit où se mêlent tant de choses essentielles étreint la gorge et l’estomac. L’amitié, l’amour, le travail, la ville, les gens. Ce sentiment double de la plénitude et de l’incomplétude d’une vie. L’auteur a l’art de raconter ce qu’il a connu, souffert, aimé. Il atteint le rêve de l’écrivain, mettre en scène sa réalité, avec vigueur et la distance nécessaire. »

Felice Graziano

La bonne mère

Un roman qui se vit comme ce qu’il se raconte. Tout en émotions. Et pas des petites joies timides ou des chagrins d’enfance vite consolés d’un bisou magique, non ! C’est la vie qui s’envole comme elle s’écrase, qui tourbillonne et qui explose !

Elle continue en boucle pendant un bon quart d'heure. La fille de son père, celle-là, quand elle veut. À se demander ce que c'est mon problème, pourquoi je suis jalouse, pourquoi je l'ai haï avant même de le connaître, son girafon. Ses yeux sont rouges et elle a les deux mains appuyées sur le bas-ventre. Et pourquoi je suis venue, hein, pourquoi ça finit toujours comme ça ? Pourquoi on peut pas avoir une conversation normale comme une fille et une mère normales ?
Mon train est demain, faut serrer les dents. Vérifier qu'elle a à manger dans le frigo. Qu'elle mange. La laisser se vider de sa haine sans piper mot. Parce que avec elle, que je parle ou que je me taise, que je vienne ou que je parte, je finis toujours par être la mauvaise mère.
La bonne mère de Mathilda di Matteo
Et c’est magnifique, touchant, révoltant, tordant (de rire comme de douleur) et déchirant.

Un vrai trésor du Sud de la France, bien loin des culs pincés germanopratins, un livre avec des épices et du soleil. Mais attention, quand il pleut, c’est à torrents, avec de la grêle, et des congères dans un brouillard glacial

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je me doutais bien, avec sa Grande École et ses grands airs, qu'elle allait nous ramener un petit Parisien. Elle me sort :
- Il est pas de Paris, maman, mais de banlieue parisienne.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Huit cents kilomètres séparent Clara de sa mère, Véro, depuis qu'elle a quitté Marseille. Ce week-end, elle lui présente Raphaël. Un girafon, pense Véro en le voyant. Il l'agace avec son pedigree bourgeois, ses mots compliqués et sa bouche fermée comme une huître. Elle n'aurait jamais dû laisser Clara monter à Paris.
Mère et fille se cherchent, se fuient, se heurtent sans jamais oublier de s'aimer. Comment être une bonne mère quand notre enfant nous échappe ? Comment être une bonne fille quand on a honte de celle qui nous a tout donné ? Comment s'affranchir sans trahir ?
La Bonne Mère est l'histoire d'un amour féroce. Un roman ultra-contemporain sur la violence dont on hérite et sur ce qu'on reproduit malgré soi. Avec une ironie mordante, Mathilda di Matteo nous entraîne dans un tourbillon d'émotions, entre Marseille et Paris.

Le grand Bob

Le grand Bob, c’est l’exploration de l’âme d’un homme par un ami. Bob s’est suicidé sans laisser de message avec l’espoir (vain) que sa mort passe pour un accident.

Sa lèvre inférieure se gonflait comme si elle allait pleurer. Je lui ai saisi le coude.
 ─ Vous finirez par ne plus y penser, lui ai-je dit sans trop y croire.
Certaines images de Bob lui reviendraient probablement plus d'une fois et lui gâteraient des moments qui auraient pu être agréables.
Ce n'est qu'à l'instant où j'allais la quitter qu'elle s'est décidée à vider le fond de son sac, corrigeant d'un sourire ironique ce que sa phrase pouvait avoir de sentimental.
 ─ S'il s'était montré tel qu'il était, au lieu de toujours faire le clown, j'aurais pu en être amoureuse.
Cette phrase-là m'a frappé. Elle me revient souvent à la mémoire quand je je pense à Bob Dandurand. Au fond, l'attitude d'Adeline n'est pas sans certaines analogie avec mes propres réactions.
Le grand Bob de Georges Simenon
Mais qui était-il vraiment ? Et pourquoi a-t-il mis fin à ses jours ?Qu'est-ce qui m'a poussé à retourner chez Adeline ?
Vu avec mes yeux de médecin, c'est un petit corps ni beau, ni laid, plutôt mal portant, qui manque de globules rouges, et la peau est pâle et molle, trop transparente, la taille étroite, les côtes saillantes, le bassin plus large qu'il n'est d'habitude à son âge. Elle a des seins en poires, sombres au bout, dont la consistance me fait penser à un pis de chèvre.
Elle ne se met guère en frais pour moi et fait plutôt mal l'amour, pour l'excellente raison qu'elle n'y prend qu'un plaisir modéré. Elle est plus occupée, pendant ce temps-là, à m'observer qu'à coopérer et je la soupçonne d'agir de même avec tous ses partenaires.
Pourquoi accepte-t-elle ? Pourquoi n'a-t-elle pas eu un instant d'hésitation ni la première fois, ni les deux autres ? Je me suis posé cette question-là aussi. Il y a le fait, bien sûr, que c'est une sensation plutôt agréable. Je n'en suis pas moins persuadé que, ce qui l'intéresse avant tout, c'est d'acquérir, ne fut-ce que pour quelques minutes, une incontestable importance.Un roman exploratoire sensible qui date pourtant d’une autre époque où l’on retrouve Simenon dans ses travers les plus déplaisants lorsqu’il parle du corps des femmes. Comment pouvait-il comprendre aussi finement l’humain tout en étant aussi fièrement nauséabond ? Une époque misogyne… Seulement ?

Tous les romans durs de Simenon
81. Le grand Bob
80. Crime impuni 82. L’horloger d’Everton
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je n'étais pas à Tilly ce dimanche-là, car profitant de ce que les enfants étaient chez leur grand-mère, nous avions accepté, ma femme et moi, une invitation à passer le week-end chez des amis qui possèdent une propriété en bordure de la forêt de Rambouillet. La journée avait été chaude et lourd avec des menaces d'orage et même quelques grosses gouttes de pluie vers la fin de l'après-midi.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Pourquoi Robert, dit le Grand Bob, a-t-il choisi de disparaître en se noyant au cours d'une partie de pêche ? Ami de Bob et de sa femme Lulu, le docteur Coindreau cherche dans le passé de cet homme au tempérament plutôt boute-en-train des éléments qui puissent élucider ce mystère.
Issu d'une famille honorable, Bob a jadis abandonné ses études de droit pour vivre avec la légère et gentille Lulu, chapelière à Paris. Leur vie a été modeste mais heureuse. Alors ?
Alors, Coindreau finira par comprendre le destin de deux êtres qui s'aimaient, et qui n'ont pas voulu être indignes l'un de l'autre...
Une fois encore, le romancier du Petit Homme d'Arkhangelsk, créateur de Maigret, nous fait pénétrer dans le quotidien d'existences ordinaires, dont il sait comme personne exprimer l'humanité, et parfois la grandeur.