Khomeiny, Sade et moi

Après avoir fui avec ses parents une théocratie autoritaire et misogyne, Abnousse Shalmani se retrouve face aux voiles dans son pays d’accueil, à Paris, en même temps qu’elle y découvre Sade.

J'ai vingt ans. J'ai vingt ans et j'ai déjà connu l'amour avec Louÿs et j'ai découvert combien le sexe pouvait être révolutionnaire avec Sade. J'ai vingt ans et je sais que je vis les plus belles années de ma vie. Il me suffit de penser à Sade, il me suffit de penser au dialogue de Madame de Saint-Ange et d'Eugénie pour savoir que rien n'est perdu. Il me suffit de penser à Juliette pour savoir que la femme a un étendard et qu'elle le porte bien haut. Un jour, Sade sera la seule arme disponible pour casser les ténèbres. La violence de Sade n'est pas violente, elle est née de l'imagination et de la foi. La foi dans l'homme devenu le centre de la pensée et non plus le pantin d'hommes cachés derrière Dieu. Ce qui est violence, ce sont les attentats successifs contre le corps féminin à travers le monde. La violence c'est exciser des petites filles qui aiment la chair et des grandes filles qui aiment la bite. La violence, c'est d'interdire à une petite fille d'apprendre à lire et à une jeune fille de choisir qui elle veut mettre dans son lit. La violence, c'est ce que les barbus font subir aux esprits en les broyant. Un jour, comme la Révolution française a mis ses barbus à la porte, d'autres révolutions éclateront qui réduiront les barbus au silence et célébreront la parole des Hommes.
Khomeiny, Sade et moi de Abnousse Shalmani
Avec cette biographie (ou ce manifeste), elle dénonce la mainmise des religieux sur le corps de femmes.

Et c’est plein de fougue, d’amour et de colère. Ça part dans tous les sens, la famille, les barbus, les corbeaux, l’érotisme et le corps de femmes. C’est plein d’érudition et de politique, c’est anticlérical et porté par la France des lettres et des Lumières.

Magnifique ! Mais depuis sa parution en 2014, les extrémismes religieux continuent de gagner du terrain… Une lecture qui reste tristement d’actualité

« Je désirerais qu’on fût libre de se rire ou de se moquer de tous ; que des hommes, réunis dans un temple quelconque pour invoquer l’Éternel à leur guise, fussent vus comme des comédiens sur un théâtre, au jeu desquels il est permis à chacun d’aller rire. Si vous ne voyez pas les religions sous ce rapport, elles reprendront le sérieux qui les rend importantes (…).
Je ne saurais donc trop le répéter : plus de dieux, Français, plus de dieux, si vous ne voulez pas que leur funeste empire vous replonge bientôt dans toutes les horreurs du despotisme ; mais ce n’est qu’en vous en moquant que vous les détruirez ; tous les dangers qu’ils traînent à leur suite renaîtront aussitôt en foule si vous y mettez de l’humeur ou de l’importance. Ne renversez point leurs idoles en colère : pulvérisez-les en jouant, et l’opinion tombera d’elle-même. »
Donatien Alphonse François de Sade, Français, encore un effort si vous voulez être républicain, in La Philosophie dans le boudoir

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Téhéran, 1983
Si la petite fille que j'étais a éprouvé le désir de se mettre nue dans l'enceinte de son école, ce n'était pas à cause des fortes chaleurs. C'était par provocation. Provocation du même ordre que de jouer à saute-mouton dans la salle de prière de la mosquée de l'école.
C'était physique.
Je ne veux pas porter ce truc ! En plus c'est moche. Non !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
A Téhéran, dans les années 1980, une petite fille de six ans, contrainte de porter le voile, se révolte en se dénudant. Se soumettre aux exigences des « barbus » et autres « corbeaux » lui paraît absurde. Son père l’approuve et, afin de fuir brimades et contraintes, la famille va s’exiler à Paris. Abnousse Shalmani découvre alors que la liberté n’est pas celle qu’elle aurait souhaitée. Sa révolte n’est donc pas finie. Mais cette fois, c’est la littérature française qui va lui fournir des armes. La petite fille, devenue femme, va faire de Sade, de Victor Hugo et de Colette (entre autres) des appuis précieux dans son combat contre l’oppression en général et celle du corps féminin en particulier.
Joyeux pamphlet, ce récit alterne les anecdotes intimes et les événements socio-politiques avec humour et enthousiasme.

Badjens

La voix d’une toute jeune fille en Iran aujourd’hui. A seize ans, durant les révoltes qui suivirent la mort de Masha Amini, elle se souvient de son enfance, la place des hommes et celle des femmes, la religion, le voile…

Quand je pense à l'Iran, j'ai du mal à voir une femme, dotée d'un utérus et d'un hymen. Je m'imagine plutôt ce pays, qui a la forme naturelle d'un chat, pissant allègrement en dehors de sa litière. Non par esprit de provocation, mais par instinct de domination. Un mec hypocrite et poilu qu'un jour, peut-être, il faudra finir par castrer.
Je me suis toujours demandé si la cartographie ou encore la langue d'un pays avaient une influence sur sa sociologie.
En persan, ce n'est peut-être pas anodin, il n'y a ni masculin ni féminin.
Comme si les lettres mâles avaient endormi les femelles avec un coton d'éther.
Badjens de Delphine Minoui
Et cette voix, pleine de force et de candeur est puissante et magnifique. Pas encore résignée, elle se lève crânement, peine de toute son incompréhension face au régime, au sexisme, à l’hypocrisie religieuse et à la violence des hommes.

Un livre qui tire sa force de ce monstrueux décalage entre la voix d’une jeune fille qui découvre la joie de vivre face à la brutalité d’un système-régime-sexe qui piétine toute aspiration des femmes à la liberté

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Chiraz, 24 octobre 2022
T'entends leurs cris ?
Tu les entends t'applaudir alors que t'as encore rien fait ?
Froussarde ! T'es même pas cap.
Même pas capable de grimper sur la benne.
Autour de toi, les cris résonnent : « Boro dokhtaram ! », « Vas-y, ma fille ! »
En plein milieu de l'avenue Zand, les manifestants ont renversé une grosse poubelle en ferraille.
Elle te fait de l'œil.
Tu brûles d'envie de l'escalader.
Tu flippes.
Tu te revois. Petite et peureuse.
Invisible sous ce foulard obligatoire qui pend au bout de ton index transformé en potence.
Tu te revois et tu te dis : Je fais quoi, là ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Bad-jens : mot à mot, mauvais genre.
En persan de tous les jours : espiègle ou effrontée. »

Chiraz, automne 2022. Au coeur de la révolte « Femme, Vie, Liberté », une Iranienne de 16 ans escalade une benne à ordures, prête à brûler son foulard en public. Face aux encouragements de la foule, et tandis que la peur se dissipe peu à peu, le paysage intime de l'adolescente rebelle défile en flash-back : sa naissance indésirée, son père castrateur, son smartphone rempli de tubes frondeurs, ses copines, ses premières amours, son corps assoiffé de liberté, et ce code vestimentaire, fait d'un bout de tissu sur la tête, dont elle rêve de s'affranchir. Et si dans son surnom, Badjens, choisi dès sa naissance par sa mère, se trouvait le secret de son émancipation ? De cette transformation radicale, racontée sous forme de monologue intérieur, Delphine Minoui livre un bouleversant roman d'apprentissage où les mots claquent pour tisser un nouveau langage, à la fois tendre et irrévérencieux, à l'image de cette nouvelle génération en pleine ébullition.

Marie qui louche

Simenon déroule ici un roman au féminin avec Marie et Sylvie liées par une bien curieuse amitié-haine-jalousie.

Chaque jour, on allumait les lampes un peu plus tôt et on avait pris l'habitude de fermer les portes ; toutes les deux heures, dans le poêle de fonte qui luisait au milieu de la salle, Marie versait un demi-seau de charbon aux grains durs et brillants qui faisait, en dégringolant, un bruit d'hiver, et les gens qu'on ne connaissait pas entraient en coup de vent, la moustache humide, pour boire au comptoir un petit marc ou un café arrosé.
Marie qui louche de Georges Simenon
Il raconte aussi la condition de la femme dans les années 40-50. Sylvie est pauvre mais belle et ambitieuse. Quant à Marie, tout est dans le titre.

Encore un roman dur bien atypique d’un auteur qui tente de se glisser entre deux femmes

Le 75e roman dur de Simenon

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Tu dors ?
Sylvie ne répondit pas, ne bougea pas, n'eut pas un frémissement. Elle respira seulement un peu fort, pour donner le change, mais il n'y avait pas beaucoup d'espoir que la Marie s'y laissât prendre.
─ Je sais que tu ne dors pas.
La voix de Marie était calme, monotone, vaguement plaintive, comme la voix de certaines femmes qui ont eu des malheurs.
─ Tu le fais exprès de ne pas dormir, continuait-elle dans l'obscurité de la chambre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Sylvie possède des seins magnifiques qui affolent les hommes, une nature gourmande et sensuelle alliée à une paresse invincible et, par-dessus tout, elle hait la pauvreté. Marie, son amie d'enfance, n'est qu'une fille qui louche, envieuse et sournoise, habitée par une âme d'esclave. Ensemble, elles ont fui le quartier misérable des remparts de Rochefort où elles sont nées.

Sylvie est capable de tout pour réussir. Marie la méprise et l'adore, la jalouse et la hait. Mais elle ne peut pas se passer d'elle. La vie les sépare pourtant. Vingt ans plus tard, elles se retrouvent dans la foule des Champs-Elysées qui fête la victoire. Sylvie est devenue la maîtresse d'un vieil homme qui s'apprête à mourir en lui laissant son hôtel de l'avenue Foch. Marie est libre, toujours aussi pauvre, et prête à jouer, comme autrefois, son rôle d'âme damnée.

Le fils

Dans une longue lettre adressée à son fils, un père se raconte.

Pourtant, en dépit d'une sécheresse voulue, on devine, à l'arrière-plan, une vie brillante, souvent insouciante, des réceptions, des bals, des intrigues où se mêlent l'amour et la politique. 
Non seulement ma mère et ses sœurs ont connu cette existence, mais ma mère a tenu, sur une scène dont le décor était celui des dernières cours, un rôle brillant. Pour elle, Édouard VII, Léopold II, l'empereur d'Allemagne, les grands-ducs, n'étaient pas des noms dans les journaux et les manuels, mais des êtres en chair et en os qui ont souvent, pour certains, figuré sur son carnet de bal.
Elle était belle, son portrait au pastel qui se trouve dans mon bureau en fait foi, et, ce qui te surprendra sans doute, elle avait une vitalité débordante, un dynamisme, comme on dit aujourd'hui, qui en faisait le centre de toutes les fêtes. Plus libre d'allures que la plupart des jeunes filles de son monde en ce temps-là, on lui a imputé, sinon des aventures, tout au moins des imprudences qui alimentaient la chronique scandaleuse.
Le fils de Georges Simenon
Mais cette confession qui semble peine d’humilité tire en longueur. A force de circonvolutions et de rajouts biographiques sur sa famille, tout cela lasse et s’enlise pour donner un portrait de vieux sage aux blessures mal cicatrisées.Ils se sont rencontrés à un bal officiel, quelques mois après le fameux duel dont on devait encore parler, et mon père est tombé follement amoureux. 
Vois-tu à quel point on doit se méfier de certaines images ? Cette vieille femme énorme, à la chair malsaine, que tu n'as connue que dans son fauteuil, l'œil fixe, l'esprit absent, était alors une des jeunes femmes les plus vives et les plus spirituelles de Paris, où ses irrévérences faisaient scandale.Certes, la fin est très impressionnante et pourrait rattraper ce livre qui m’a quand même fait bâiller à plus d’une page

Le 88e roman dur de Simenon

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Mon fils,
Est-ce que ces deux mots-là te font sourire ? Suffisent-ils à trahir ma gêne ? Je n'ai pas l'habitude de t'écrire. Au fait, je me rends soudain compte que je ne t'ai plus écrit depuis le temps où, enfant, tu partais en vacances plus tôt que moi avec ta mère et où je t'envoyais de courts billets.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Peu après la mort de son père, Alain Lefrançois décide de se raconter par lettre à son fils, Jean-Paul, au moment où il va devenir un homme. Il lui parle de la vie de ses grands-parents, gens de la haute bourgeoisie, de son métier, qui le satisfait, et de sa vie conjugale, qui n'est qu'une demi-réussite. Au rappel de récentes disputes familiales relatives à la succession, il remonte à la période de ses études de droit à Poitiers, de sa mobilisation, de son mariage ; il évoque ses réactions lorsqu'il apprit qu'il allait être père. Enfin, Lefrançois en arrive, « malgré sa répugnance », à parler de son adolescence et de sa jeunesse. Celle-ci est lourde d'un secret.

Je me regarderai dans les yeux

Woaw ! Comment faire aussi drôle et aussi fort ?

Tout devenait limpide pour moi ce soir-là. Les masques étaient tous tombés d'un coup, leur vernis s'était écaillé. La colère commençait à céder la place à une forme de pitié abattue, de pitié pour des bourreaux qui sont autant victimes que leurs victimes. J'ai su que, désormais, je construirais mon éthique moi-même, selon mes propres critères dès lors que j'aurais les moyens de mon autonomie. J'ai compris qu'un tabou pourrait être ainsi défini : zone d'ombre morale qui bénéficie à une injustice.
Et puis, j'ai juste fumé une clope, moi.
Je me regarderai dans les yeux de Rim Battal
Rim Battal nous parle du poids des traditions au Maroc, de l’obligation de virginité pour les futures épouses et des mères qui perpétuent ces traditions en devenant elles-même tortionnaires alors qu’elles en furent les victimes.

Un livre magnifique plein de légèreté, d’amour, de violence et d’une fantastique et réjouissante rage de vivre sa vie.

Un livre à offrir et partager sans trop en dire !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Cela n'a pas duré plus de cinq minutes mais j'eus l'impression de passer une journée entière les jambes écartées et nues sur cette table d'examen médical. Les chevilles coincées dans les étriers en métal, livrée à moi-même, je scannais les murs de la petite salle à la recherche d'une image à laquelle me raccrocher, un dessin anatomique, une campagne de prévention du cancer du sein ou du papillomavirus, n'importe quoi qui aurait pu me permettre de me dissocier, un trou de ver pour sortir de mon corps, pour ne plus entendre les murmures de ma tante et de la gynéco dans le bureau attenant.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À dix-sept ans, à l’âge des romans à l’eau de rose, des serments d’amitié et des poèmes de Rimbaud, une jeune fille fume une cigarette à la fenêtre de sa chambre. Cette transgression déclenche la violente fureur de sa mère – puis, comme un envol effaré, la fugue de la narratrice. Un ultimatum lui est alors posé : elle devra produire un certificat de virginité. L’examen gynécologique forcé sera sa « première fois ». Comment sortir de l’enfance quand tous les adultes nous trahissent ? Comment aimer quand ceux qui nous aiment nous détruisent ? Porté par une écriture puissante qui n’oublie ni l’ardeur ni la drôlerie, le récit de Rim Battal dit les premières fois, le désir, la générosité et la force qui président à la naissance d’une femme et d’une écrivaine.

Le Coup de Vague

Je me suis souvent posé la question. Simenon était-il raciste, sexiste, antisémite… ? Difficile à dire. Mais en tout cas, c’est un formidable peintre de son époque qui elle l’était. Et donc, forcément, on y retrouve une société odieuse (comme ici), cupide, cynique… ou un langage et des comportements très dérangeant comme dans Le blanc à lunettes. Les peinture fidèles ne sont pas toujours les plus belles.

Et ici, tout est un peu sale, moche… Les secrets pourrissent tout et pourtant, on s’y accroche, et ça coûte cher… aux femmes d’abord.

C'est ainsi qu'ils étaient descendus tous les trois chez Nine, un café du bord de la route, où ils avaient continué à boire. Nine était une sorte de jument moustachue au langage encore plus cru que celui de Jourin, à l'érotisme débordant et vulgaire.
On l'avait saoulée. Puis, comme Jourin voulait la prendre devant les autres et qu'elle s'était débattue, on l'avait attachée sur le lit, les mains et les pieds aux quatre coins.
Jean était ivre aussi. Il avait fait comme les autres, mais c'était Jourin, encore, qui avait eu l'idée, à certain moment, de remplacer l'eau chaude par du vin rouge.
 - Tu te souviens?... Celle-ci, je crois bien qu'on n'aurait pas besoin de l'attacher...
Et Jean comprenait l'invite. L'autre n'était pas assez saoul pour se montrer plus catégorique, mais il n'y aurait eu qu'un signe à faire : ils seraient entrés tous les deux dans la chambre de derrière....
 - Faut que je m'en aille, dit-il.
Le Coup de Vague de Georges Simenon
Des vies tristes aux petits plaisirs gâchés par les compromissions.

Simenon peintre réaliste de la puanteur faisandée

Le 36e roman dur de Simenon

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il n'avait pas le moindre pressentiment. Si, au moment où il se levait et regardait par la fenêtre le ciel encore barbouillé de nuit, on lui avait annoncé qu'un événement capital marquerait pour lui cette journée, il n'aurait sans doute pas haussé les épaules, car il était volontiers crédule. Peut-être aurait-il pensé, en fixant le plancher de ses yeux gonflés de sommeil :
- Sûrement un accident de motocyclette !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Jean a toujours vécu heureux avec ses deux tantes, dans son village de Marsilly, non loin de La Rochelle. Il aime son travail de bouchoteur, sa moto et une partie de billard de temps à autre ; la vie lui semble unie, simple, sans mystère. Mais un incident lui fera découvrir que le village n'est pas aussi serein qu'il le paraît et que ses tantes elles-mêmes cachent des secrets. On l'oblige à partir et, lorsqu'il revient, le village a repris son visage impassible. Curieuse sérénité...

J’ai péché, péché dans le plaisir

S’il m’a été difficile de rentrer dans ce livre (principalement à cause de mon ignorance – et de mon peu de goût pour la poésie), il m’a bouleversé !

En mesurant la distance entre elle et Marie, Forough saisit l'injustice de sa relation au père. Nous guérissons en acceptant l'inéluctable. Peut-être qu'il est déjà trop tard pour Forough. En guérissant de son père, elle aurait encore dû se consoler de sa mère, de ses frères et sœurs, de la société, des intellectuels, de l'Iran. Mais peut-on seulement guérir de son pays natal ?
J’ai péché, péché dans le plaisir de Abnousse Shalmani
Une biographie croisée qui suit Forough Farrokhzad et Marie de Régnier, vies de passions, de poésie et de liberté.

Mais la liberté est dangereuse.

Merci Abnousse Shalmani. Forough, Marie et Cyrus, je vous ai aimé

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Téhéran, avril 1956
Seul un regard peut enhardir un timide. Celui intense de Forough enflamme instantanément le jeune homme planqué derrière la mince rangée de lecteurs, cigarettes en main, journaux en guise d'éventails sous la chaleur printanière de Téhéran, qui se poussent du coude pour attirer le regard de la poète. Forough, craintive, regarde justement au-delà des volutes de fumée et des initiés qui se regroupent dans l'arrière-salle d'une librairie, pour écouter la poète qui, paraît-il, révolutionne la poésie classique et assume le scandale d'une vie libre, et elle se fixe sur le timide se ratatinant sur son siège, comme sur une échappatoire, un horizon. Il prend ce regard pour lui et se sent capable, se promet-il, de lui adresser la parole - c'est la première fois qu'elle le regarde.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Téhéran, 1955. A la suite d’une lecture de ses poèmes, le regard de Forough Farrokhzad (1934-1967), égérie des milieux littéraires iraniens qui n’a que vingt ans, est accroché par celui d’un jeune homme. Elle s’apprête à repousser les avances de Cyrus, ou la Tortue, comme elle le surnomme, et ignore qu’il va bouleverser son existence. Erudit, francophile, Cyrus lui traduit en persan les poèmes de Pierre Louÿs tout en lui racontant la vie du poète et celle de son grand amour, Marie de Régnier.

A travers celle de Marie, Forough entrevoit la vie dont elle aurait rêvé. Grâcieuse, intelligente, perverse, la fille du grand poète José-Maria de Heredia est une des reines de la très libre Belle Epoque, tout Paris se l’arrache. Elle collectionne amants et maîtresses, publie sans cesse et s’amuse dans les salons les plus prestigieux. La poétesse iranienne, elle, mariée à 16 ans à un artiste sans fantaisie, est bridée par sa famille, son militaire de père et les mœurs de son pays. Tout le monde s’épie, tout se sait. Mais Forough ne sait qu’être libre et provoque scandale sur scandale au fil de la parution de ses recueils. Elle célèbre la chair, la vie, l’émancipation et ne se renie pas. Toute son existence, Forough cheminera avec l’histoire de Marie de Régnier et de Pierre Louÿs au cœur, au point de venir à Paris avec Cyrus, sur les traces des deux amants et de leur cohorte d’amis, Claude Debussy, Marcel Proust, Léon Blum, Liane de Pougy et Nathalie Clifford-Barney. Sa mort tragique, à 32 ans, mettra un terme à son œuvre d’une immense intensité, qui en fait sans aucun doute la plus grande poétesse de l’Iran contemporain.

Dans ce roman puissant et subtil, au rythme effréné, Abnousse Shalmani met en regard les vies extraordinaires de ces deux écrivaines qui firent toujours le choix de la passion, amoureuse, poétique ou purement sensuelle, au risque de s’en brûler les doigts. Une ode très contemporaine à la liberté artistique et à celles qui ne renoncent jamais, en Occident comme en Orient.

La femme de trente ans

Séparé en 6 chapitres dont l’unité est quelque peu brinquebalante, cette femme de trente ans dépeint la condition de la femme au 19e. Et ce n’est pas folichon, tant à cette époque, une femme n’existe pas sans mariage.

 - Vous aimez donc bien mon pauvre Victor ? demanda la marquise à sa nièce en l'interrogeant par un de ces savants regards que les vieilles femmes jettent aux jeunes.
 - Hélas ! madame, répondit Julie, ne faut-il pas bien aimer un homme pour l'épouser ?
Cette dernière phrase fut accentuée par un ton de naïveté qui trahissait tout à la fois un cœur pur ou de profonds mystères. Or il était bien difficile à une femme amie de Duclos et du maréchal de Richelieu de ne pas chercher à deviner le secret de ce jeune ménage. La tante et la nièce étaient en ce moment sur le seuil de la porte cochère, occupées à regarder la calèche qui fuyait. Les yeux de la comtesse n'exprimaient pas l'amour comme la marquise le comprenait. La bonne dame était Provençale, et ses passions avaient été vives.
 - Vous vous êtes donc laissée prendre par mon vaurien de neveu ? demanda-t-elle à sa nièce.
La comtesse tressaillit involontairement, car l'accent et le regard de cette vieille coquette semblèrent lui annoncer une connaissance du caractère de Victor plus approfondie peut-être que ne l'était la sienne. Mme d'Aiglemont, inquiète, s'enveloppa donc dans cette dissimulation maladroite, premier refuge des cœurs naïfs et souffrants. Mme de Listomère se contenta des réponses de Julie ;
La femme de trente ans de Honoré de Balzac

Balzac féministe ? Il semblerait qu’il y ait débat. Mais ici, quelle empathie pour Julie. Mal mariée. Enfin… mal, pour qui ? Pour elle, en tous cas ! Pour son grand malheur.

Un mot sur les destinées de M. d’Aiglemont sous la Restauration.
Ne se rencontre-t-il pas beaucoup d’hommes dont la nullité profonde est un secret pour la plupart des gens qui les connaissent ? Un haut rang, une illustre naissance, d’importantes fonctions, un certain vernis de politesse, une grande réserve dans la conduite, ou les prestiges de la fortune sont, pour eux, comme des gardes qui empêchent les critiques de pénétrer jusqu’à leur intime existence. Ces gens ressemblent aux rois, dont la véritable taille, le caractère et les mœurs ne peuvent jamais être ni bien connus ni justement appréciés, parce qu’ils sont vus de trop loin ou trop près.
[…]
Songez maintenant au rôle que doit jouer une femme d’esprit et de sentiment en présence d’un mari de ce genre ; n’apercevez-vous pas des existences pleines de douleurs et de dévouement dont rien ici-bas ne saurait récompenser certains cœurs pleins d’amour et de délicatesse ? Qu’il se rencontre une femme forte dans cette horrible situation, elle en sort par un crime, comme fit Catherine II, néanmoins nommée la Grande.

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Premières fautes
Au commencement du mois d'avril 1813, Il y eut un dimanche dont la matinée promettait un de ces beaux jours où les Parisiens voient pour la première fois de l'année leurs pavés sans boue et leur ciel sans nuages.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un des mythes fondateurs de l'histoire de la condition féminine. Avec La Femme de trente ans, le thème immémorial de l'émancipation des femmes sort de la fable ou de l'illusion comique pour s'insérer dans le contexte de la société libérale issue de la révolution de 1830. La liberté politique, c'est aussi, pour la femme jusque-là enfermée dans ses devoirs d'épouse et de génitrice, le droit à l'indépendance morale et au désir. «À trente ans,» l'héroïne de Balzac découvre que non seulement elle peut encore être aimée mais qu'il ne lui est plus interdit de devenir un être humain à part entière. Au prix de quelles luttes ! Comme l'écrit Pierre Barbéris, «Balzac a découvert la femme de trente ans comme Marx a découvert le prolétariat».
Trente ans, c'est l'âge de la vérité, l'âge où se concentrent toutes les forces vitales avant le déclin, où le besoin de vivre devient impérieux. À trente ans, Julie d'Aiglemont, dont ce roman nous retrace la vie, cède à l'adultère, pour échapper à un mariage décevant... De la jalousie au meurtre, du meurtre à la fuite, cet acte coupable mènera, implacablement, à la ruine de la famille tout entière. La Femme de trente ans, œuvre noire et mystérieuse, est l'un des grands romans de Balzac sur la femme et sa condition.

Bas les voiles !

Que signifie le voile, socialement, culturellement, religieusement ?
Chahdortt Djavann a une vision très claire sur la question. Née en Iran et ayant vécu l’arrivée de l’ayatollah Khomeini elle l’a porté de 13 à 22 ans.

De treize à vingt-trois ans, j'ai été réprimée, condamnée à être une musulmane, une soumise, et emprisonnée sous le noir du voile. De treize à vingt-trois ans. Et je ne laisserai personne dire que ce furent les plus belles années de ma vie.
Bas les voiles ! de Chahdortt Djavann

Elle dénonce dans ce court, mais très pertinent essai, l’aveuglement d’une société démocratique et laïque – la France – qui permet que des jeunes filles mineures se retrouvent obligées de porter le voile.

Et tout d’abord, pourquoi voile-t-on les filles ? Pourquoi que les filles ? Que veut-on montrer en cachant leurs cheveux, leur corps ?

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
J'ai porté dix ans le voile. C'était le voile ou la mort. Je sais de quoi je parle.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
«Mais qu'est-ce que c'est que porter le voile, habiter un corps voilé ? Que signifie être condamnée à l'enfermement dans un corps voilé puisque féminin ? Pourquoi voile-t-on les filles, seulement les filles ? Pourquoi cache-t-on leur corps, leur chevelure ? Qui a le droit d'en parler ?

J'ai porté dix ans le voile. C'était le voile ou la mort. Je sais de quoi je parle.»

Une époque en or

Chloé est gentille, elle essaye. Elle est aussi mère et belle mère… Vivent les familles recomposées (et relire l’excellent Ma belle, de Camille Anseaume). Elle est aussi voisine. Et dans l’immeuble c’est pas la joie à tous les étages.

Le marché venait de fermer. La rue était dégueulasse, des sacs plastique et des papiers gras traînaient partout, balayés par le vent jusqu'à ce qu'un poteau les bloque. Des tourbillons d'emballages abandonnés. Ça m'a déclenché une poussée d'angoisse écologique. Comme si ce sachet de douze Pitch au chocolat qui dansait sur le bitume allait, à lui tout seul, précipiter la perte de la moitié de la biosphère.
J'ai détourné les yeux et j'ai continué d'avancer. Finalement, comme je n'ai aucune volonté, je suis revenue en arrière et j'ai attrapé le sachet du bout des doigts pour aller le fourrer dans une poubelle. J'ai fait un salut imaginaire à la tortue marine que je venais de sauver d'une occlusion intestinale.
Une époque en or de Titiou Lecoq

Un livre souvent drôle et assez bien foutu sur les violences familiales et la difficulté pour l’extérieur d’intervenir… ou trop tard ? Et ce, même avec la meilleure volonté.

Un livre aussi sur les secrets de familles.

Alors, avec tout ça, il faut faire quoi ? Se taire ou parler ?
Mais voilà, Chloé ne sait pas trop la fermer

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Commencer par le début ? Oui, vous avez raison de me le préciser. Peut-être même que je pourrais finir par la fin. Désolée... Non, je ne prends pas les policiers pour des abrutis. Mais je vous avoue que je gère mal les rapports d'autorité.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Chloé Berthoul habite la ville moyenne de Gabarny avec son compagnon, sa belle-fille et son fils. Seule petite folie dans son quotidien, le lundi elle se défoule au BMA, le club des Belles-Mères anonymes. La lassitude la guette, entre deux crises d'angoisse sur le réchauffement climatique. Comment reprendre sa vie en main quand le seul espace de liberté est de changer de fournisseur d'électricité ?

Soudain tout bascule avec la révélation d'un secret de famille. Chloé va devoir jongler entre un trésor perdu, des masculinistes hargneux, un plan pour la fin du monde, une grand-mère machiavélique et un lave-vaisselle qui ne se vide pas tout seul.

Une époque en or est l'histoire d'une famille ordinaire tout à fait géniale. Un roman qui déborde de vie, d'adrénaline et de paniers de linge sale.