Je ne suis pas celle que je suis : psychanalyse I

Ces deux livres (Je ne suis pas celle que je suis et La dernière séance) sont surprenants. Que je ne les aie pas lus dans le bon sens n’y change pas grand-chose. Pourquoi avoir écrit deux fois la même histoire, mais différemment, mais pas tout à fait ?

Nul besoin d'être un opposant politique sous le régime théocratique de l'Iran pour que votre vie quotidienne soit pavée de tortures psychiques. Vous vivez, dès l'enfance, à l'école, sous l'influence d'une idéologie qui vous inculque l'infériorité du sexe féminin, l'impureté du corps, l'obscénité du désir, le péché du plaisir.
Je ne suis pas celle que je suis : psychanalyse I de Chahdortt Djavann
Si l’histoire de Donya ressemble beaucoup à celle de Chahdortt (enfance en Iran, Isatambul, Paris, études, tentative de suicide, analyse…), elle se défend d’en avoir fait une autobiographie. Et d’ailleurs, quelle version garder ? ─ Je n'arriverai jamais à faire la paix avec les femmes que je suis...
Le psy pensa que la formule résumait parfaitement sa situation.
Elle reprit:
 ─ Plus la vie a été dure avec moi, plus elle m'a rendue cruelle avec moi-même. Je me disais que je devais être plus forte que les autres pour pouvoir endurer le mal qu'ils me faisaient...Mais, passé la surprise, reste deux témoignages bouleversants sur la violence de la théocraties iranienne, son hypocrisie, la condition de femme et sur les blessures qu’une telle violence peut laisser durablement.Que des mensonges... Je les connais par cœur.
...Ils prétendent que les familles iraniennes sont merveilleuses, chaleureuses, solidaires, affectueuses, bonnes, unies, aimantes, bienveillantes... Elles sont surtout despotiques, hypocrites et étouffantes. Il y a une expression populaire qui dit: « On doit se donner des gifles pour avoir les joues roses devant les autres. »
Tout est une question de dissimulation. Vous ne voyez pas? Ils ont un régime corrompu, mafieux, intégriste et totalitaire, et ils prétendent tous être des gens de bien. Ils se vantent encore de l'antique civilisation perse. Ce sont tous des malades mentaux. Des hypocrites. Des collabos. Je les hais.
Elle le paya et rentra à pied chez elle comme une boule de feu.Deux livres d’une femme perdue à la recherche d’elle-même

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Longtemps j'ai cru en Dieu, pas au Dieu de tous les hommes mais au mien, mon protecteur qui veillait sur moi et allait changer, j'en étais sûre, un jour prochain, mon destin. Candidement et à mon insu, alors que je me défendais de toute croyance religieuse et me proclamais athée, au fil des années, un espoir celé s'était blotti dans mon cœur, vain, comme toute illusion, mais qui élevait ma capacité d'endurance.
Ma première grande faiblesse fut de vouloir devenir une héroïne, épique et stoïque, ma deuxième faiblesse fut d'échouer, et la troisième de recommencer, sans cesse; mon opiniâtreté refusait l'abandon d'un tel projet. C'est ainsi que je devins une insubmersible héroïne déchue.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Des vies différentes dans des villes différentes, et une même femme. Deux histoires entrelacées. L'une, picaresque, nous fait voyager en compagnie de l'héroïne, qui traverse mille et une épreuves, de Téhéran au golfe Persique, de Dubaï aux rives du Bosphore. Et l'autre, intime, à Paris, se construit dans le cabinet d'un psy. Pour la première fois une psychanalyse nous est dépeinte, séance par séance, comme un tableau impressionniste. Le rapport au père, à la mère, aux hommes, la prison, la torture, le viol, la prostitution, la solitude, l'exil et la langue française dont il faut s'emparer pour faire le récit d'une vie, pour se réconcilier avec la vie sont les thèmes de ce livre.

La dernière séance : voyage au bout de l’inconscient

C’est en terminant cette dernière séance que je me suis rendu compte qu’il s’agissait de la seconde partie de Je ne suis pas celle que je suis que je vais m’empresser de lire !

 — Je n'en ai rien à foutre, du regard...
Elle s'énerve :
 — Je vous demande si un être humain peut se construire sans que ses échecs le ramènent sans cesse aux traumatismes de son enfance.
 — On peut, dans une certaine mesure, se libérer de l'impact destructif des traumatismes. Panser les blessures, et apprendre à gérer la souffrance, avance
le psy. 
 — Donc la réponse est non, conclut-elle avec sa mauvaise foi habituelle.
Dès qu'elle avançait un peu dans son analyse, dès qu'un début d'apaisement s'esquissait, elle faisait marche arrière. Elle remettait tout en question et refusait l'idée qu'elle pût se libérer de ses souffrances.
La dernière séance : voyage au bout de l’inconscient de Chahdortt Djavann
Ce roman est brillant à plus d’un titre, mais le plus impressionnant, c’est un contraste qu’il met en évidence en opposant une violence anonyme (le régime iranien avec les mollahs, les gardiens de la révolution, le sexisme, mais aussi celle d’une interminable thérapie (avec un psy dont nous ne connaitrons jamais le nom) et, à l’opposé, les ressources de la narratrice, Donya, sa pulsion de vie et l’humanité bienveillante de nombre de ses rencontres, qui elles ont bien des noms.
Dès le premier jour de mon apparition, ma vie était aussi tourmentée que les chutes du Niagara.
Et pour tout vous avouer, je l'emmerde, la réalité. 
Heureusement, le Hasard a voulu que j'aie la sagesse de ma folie ; ou, pour le dire mieux, j'ai une folie qui n'a d'autre but que la quête de la sagesse.
Ma force créatrice vient d'une souffrance originelle et incurable.
Je suis condamnée à créer.
Divine condamnation !
J'oserai la vérité,
même si, vérité, je te hais...
Un roman de force et de courage

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le lendemain de son mariage, Donya décida de s'enfuir.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le lendemain de son mariage, une jeune Iranienne, Donya, décide de s'enfuir.

Deux récits s'entrelacent. L'un relate ses aventures picaresques, tragiques, émouvantes : entre puissance de la volonté, jeux du hasard et fatalité, Téhéran, Isanbul, Sofia et Paris, une femme trace son chemin de liberté. L'autre se déroule en France, dans le cabinet d'un psychanalyste où se dévoilent, dans la douleur ou l'ironie, les secrets les plus intimes - le père, la mère, les hommes, l'enfance, la prison, la torture, le viol, la prostitution, l'exil. Second volet de l'histoire de Donya, commencée dans Je ne suis pas celle que je suis, La Dernière Séance est une ode à la langue française, un combat et un refuge où se construisent à la fois une destinée et un roman.

Je viens d’ailleurs

A l’heure où a lieu un massacre à huis-clos en Iran, cette lecture est encore plus choquante ! Il y a quarante-six ans avait lieu la révolution islamique… rien n’a changé si ce n’est en pire, en plus sanglant.

L'assaut survient avec une rapidité foudroyante. Simultanément, des rafales de pistolets-mitrailleurs et des explosions de grenades retentissent. Une épaisse fumée s'élève de partout ; le gaz lacrymogène se répand et l'atmosphère devient suffocante. Les parents de Sara et Mahsa s'étaient installés avec nous aux abords du campus, en haut de quelques marches. Cette position nous laisse un répit de quelques secondes. La foule, affolée, se débat dans tous les sens, puis éclate, et ceux qui, comme nous, sont placés sur les côtés se mettent à courir. Nous courons de plus en plus vite. La fusillade et les cris redoublent. Égarée dans une masse de manifestants en fuite, je me retrouve toute seule. À gauche, à droite, les gens courent, tombent, se font piétiner.
Je viens d’ailleurs de Chahdortt Djavann
Dans cet impressionnant premier livre, Chahdortt Djavann nous raconte sa jeunesse en Iran, étudiante au moment du retour de l’ayatollah Khomeini, l’installation du régime, de la peur et de la violence

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il trempait sa plume dans l'encre bleue, la retirait lentement, la faisait glisser sur le bord de l'encrier pour l'égoutter, puis il la posait délicatement sur la feuille blanche et la laissait danser de la façon la plus noble, la plus sensuelle et la plus élégante qui fût. Les deux coudes posés sur la table, le menton enfoncé dans la paume des mains, je le dévorais du regard. Mon père n'était pas un écrivain. Mais en l'observant, à cinq ans, sans savoir ni lire ni écrire, je me suis juré qu'un jour je ne ferais qu'écrire.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Il y a des souvenirs plus graves que la vie elle-même. La brûlure se fait sentir après coup. Les dire, les redire, et même peut-être un jour les écrire, ailleurs, autrement, dans une autre langue, permettrait de les conjuguer au passé, des les faire entrer dans un livre, comme une vie vécue autrefois par une narratrice inconnue, anonyme, comme un récit qui se raconte et pourrait être le mien, le vôtre ou celui d'une autre. »

« Je viens d'ailleurs » raconte par fragments vingt ans de la vie d'une jeune Iranienne révoltée par la violence du régime islamique installé par Khomeini en 1979. La voix de la narratrice, claire, juste, tintée de lyrisme persan, nous fait rejoindre, à chaque page, un quotidien souvent insoutenable et jusqu'ici complètement ignoré par l'Occident. Entre fiction et témoignage, ce roman donne à voir, à entendre , à comprendre l'Iran quotidien.

Khomeiny, Sade et moi

Après avoir fui avec ses parents une théocratie autoritaire et misogyne, Abnousse Shalmani se retrouve face aux voiles dans son pays d’accueil, à Paris, en même temps qu’elle y découvre Sade.

J'ai vingt ans. J'ai vingt ans et j'ai déjà connu l'amour avec Louÿs et j'ai découvert combien le sexe pouvait être révolutionnaire avec Sade. J'ai vingt ans et je sais que je vis les plus belles années de ma vie. Il me suffit de penser à Sade, il me suffit de penser au dialogue de Madame de Saint-Ange et d'Eugénie pour savoir que rien n'est perdu. Il me suffit de penser à Juliette pour savoir que la femme a un étendard et qu'elle le porte bien haut. Un jour, Sade sera la seule arme disponible pour casser les ténèbres. La violence de Sade n'est pas violente, elle est née de l'imagination et de la foi. La foi dans l'homme devenu le centre de la pensée et non plus le pantin d'hommes cachés derrière Dieu. Ce qui est violence, ce sont les attentats successifs contre le corps féminin à travers le monde. La violence c'est exciser des petites filles qui aiment la chair et des grandes filles qui aiment la bite. La violence, c'est d'interdire à une petite fille d'apprendre à lire et à une jeune fille de choisir qui elle veut mettre dans son lit. La violence, c'est ce que les barbus font subir aux esprits en les broyant. Un jour, comme la Révolution française a mis ses barbus à la porte, d'autres révolutions éclateront qui réduiront les barbus au silence et célébreront la parole des Hommes.
Khomeiny, Sade et moi de Abnousse Shalmani
Avec cette biographie (ou ce manifeste), elle dénonce la mainmise des religieux sur le corps de femmes.

Et c’est plein de fougue, d’amour et de colère. Ça part dans tous les sens, la famille, les barbus, les corbeaux, l’érotisme et le corps de femmes. C’est plein d’érudition et de politique, c’est anticlérical et porté par la France des lettres et des Lumières.

Magnifique ! Mais depuis sa parution en 2014, les extrémismes religieux continuent de gagner du terrain… Une lecture qui reste tristement d’actualité

« Je désirerais qu’on fût libre de se rire ou de se moquer de tous ; que des hommes, réunis dans un temple quelconque pour invoquer l’Éternel à leur guise, fussent vus comme des comédiens sur un théâtre, au jeu desquels il est permis à chacun d’aller rire. Si vous ne voyez pas les religions sous ce rapport, elles reprendront le sérieux qui les rend importantes (…).
Je ne saurais donc trop le répéter : plus de dieux, Français, plus de dieux, si vous ne voulez pas que leur funeste empire vous replonge bientôt dans toutes les horreurs du despotisme ; mais ce n’est qu’en vous en moquant que vous les détruirez ; tous les dangers qu’ils traînent à leur suite renaîtront aussitôt en foule si vous y mettez de l’humeur ou de l’importance. Ne renversez point leurs idoles en colère : pulvérisez-les en jouant, et l’opinion tombera d’elle-même. »
Donatien Alphonse François de Sade, Français, encore un effort si vous voulez être républicain, in La Philosophie dans le boudoir

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Téhéran, 1983
Si la petite fille que j'étais a éprouvé le désir de se mettre nue dans l'enceinte de son école, ce n'était pas à cause des fortes chaleurs. C'était par provocation. Provocation du même ordre que de jouer à saute-mouton dans la salle de prière de la mosquée de l'école.
C'était physique.
Je ne veux pas porter ce truc ! En plus c'est moche. Non !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
A Téhéran, dans les années 1980, une petite fille de six ans, contrainte de porter le voile, se révolte en se dénudant. Se soumettre aux exigences des « barbus » et autres « corbeaux » lui paraît absurde. Son père l’approuve et, afin de fuir brimades et contraintes, la famille va s’exiler à Paris. Abnousse Shalmani découvre alors que la liberté n’est pas celle qu’elle aurait souhaitée. Sa révolte n’est donc pas finie. Mais cette fois, c’est la littérature française qui va lui fournir des armes. La petite fille, devenue femme, va faire de Sade, de Victor Hugo et de Colette (entre autres) des appuis précieux dans son combat contre l’oppression en général et celle du corps féminin en particulier.
Joyeux pamphlet, ce récit alterne les anecdotes intimes et les événements socio-politiques avec humour et enthousiasme.

Héros anonymes

Quel numéro d’équilibriste que ces Héros anonymes.

Mon père voulait à tout prix faire plaisir à sa panthère qui, tout droit sortie de sa favela, raffolait de ces endroits aristocratiques et commandait un jus d'orange de pomme s'il vous plaît... Elle nous fichait la honte avec son accent de péquenaude mais sa plastique de rêve déviait illico nos oreilles sur ses seins juteux compressés dans un corsage zébré et rehaussés par un soutien-gorge rembourré.
Héros anonymes de Saphia Azzeddine

Car voilà un livre qui paradoxalement brille par son ambiguë absence de traitement. Un délire au premier degré.

Ma plomberie interne se remit à déconner et je pleurai pendant des plombes comme un con devant mon écran d'ordinateur. J'étais le plus grand coulage de l'histoire depuis Jeanne Mas et, plus grave encore, personne ne prédisait son retour.

Un jeune franco-marocain cynique en errance, troll du web sans convictions, un jeune qui bascule sans même se comprendre. Mais comment le raconter ? Comme ça ? L’amok !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
J'aurais bien aimé que ce soit vraiment des Arabes qui pulvérisent les tours jumelles. Ça aurait enfin signifié qu'ils sont de nouveau capables de flirter avec le grandiose.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
"J'aurais bien aimé que ce soit vraiment des Arabes qui pulvérisent les tours jumelles. Ça aurait enfin signifié qu'ils sont de nouveau capables de flirter avec le grandiose. Fini la dérive, bonjour l'audace. Du travail d'Arabes mais de chirurgiens arabes s'il vous plaît. Fiérot, je visionnais en boucle ces images délirantes depuis mon réveil. Très vite le réel détrôna la fiction et je compris tout seul que mon peuple était bien trop étriqué dans son calbute pour foutre un bazar aussi démesuré. Les images n'en perdaient pas pour autant de piquant mais ce jour-là je troquai mon keffieh pour ma casquette des Yankees. Je m'étais réjoui trop vite, aucune performance à signaler du côté des merguez ce 11 septembre 2001."

Dans son nouveau livre, Saphia Azzeddine nous invite à entrer dans la tête d'un " héros anonyme " et à mesurer à quel point c'est effrayant d'être un " lambda " et de se sentir, pourtant, tout-puissant.

Les mots qui fâchent : contre le maccarthysme intellectuel

Incessamment, de nouveaux mots se glissent dans notre langue et bien souvent ceux-ci sont détournés, repris, traduits, malaxés et retournés… Des concepts clairs deviennent obscurs et ce qui semblait lipide vire rapidement à l’incompréhensible et tout prête à la controverse. Tout le monde s’y met, politiques, médias, gauche, droite, populistes, militants et intellectuels et nul ne s’y retrouve plus.

Islam
Juliette Galonnier
L'islam occupe une place croissante dans notre vocabulaire. Des populations auparavant désignées par des catégories nationales, socio-économiques ou légales (Algériens, Maghrébins, travailleurs immigrés, étrangers) sont désormais souvent renvoyées à leur appartenance religieuse réelle ou supposée : on parle de plus en plus de « musulmans ». Cette centralité discursive de l'islam est le fruit de plusieurs évolutions. Une partie de ces populations, en particulier leurs enfants et petits-enfants nés et socialisés en France, investit de plus en plus le référent religieux comme catégorie positive d'identification.
Les mots qui fâchent : contre le maccarthysme intellectuel – Islam de Juliette Galonnier

Petit dictionnaire (la liste des termes est dans les mots clés) pour ne plus s’y perdre, cet essai tente de débroussailler cette jungle en faisant appel à nombre de chercheuses et chercheurs pour des mots qui fâchent la France (Car oui, c’est culturel ! Et cette liste ne serait évidement pas la même en Angleterre ou en Allemagne).

Néoféminisme
Martine Storti
Il y a des termes fourre-tout, ils sont bien pratiques, ils permettent de tout confondre et de se dispenser de la complexité. Néoféminisme en est un. Être en désaccord avec tel ou tel courant féministe ou qui s'autoqualifie ainsi et le critiquer est bien sûr un droit indiscutable. Ce qui l'est moins, ce sont les procédés mis en œuvre : homogénéisation, généralisation, simplification, caricature, indifférence aux nuances, aux différences, aux distinctions.
Les mots qui fâchent : contre le maccarthysme intellectuel – Néoféminisme de Martine Storti

Essentiellement centré autour des racismes et des exclusions avec quelques (trop rares) incursions dans les genres et les sexualités, voilà un excellent petit guide pour ne plus s’y perdre. Avec un petit bémol toutefois pour certains auteurs qui ne peuvent s’empêcher de faire des mots ou ceux dont les partis-pris militants écrasent le sujet.

Un petit livre qui m’a rappelé Génération offensée de Caroline Fourest, bien moins léger que Les mots immigrés, moins international que ceux qu’on trouve dans Le dico des mots extraordinaires, moins poétique que le magnifique Il nous faudrait des mots nouveaux et que Jean Roscoff aurait évidement du lire dans Le voyant d’Étampe

Avec les participations de Nicolas Bancel, Rachid Benzine, Magali Bessone, Pascal Blanchard, Gilles Boëtsch, Ahmed Boubeker, Philippe Corcuff, Claire Cosquer, Juliette Galonnier, Sophie Guérard De Latour, François Héran, Philippe Huneman, Monique Jeudy-Baluni, Memphis Krickeberg, Nicolas Lebourg, Éléonore Lépinard, Françoise Lorcerie, Philippe Marlière, Nonna Mayer, Sarah Mazouz, Laure Murat, Alain Policar, Myriam Revault D’Allonnes, Jacob Rogozinski, Haoues Seniguer, Patrick Simon, Martine Storti, Julien Talpin, Michel Wieviorka, Valentine Zuber

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il est temps de mettre un coup d'arrêt à la dégradation des échanges intellectuels et aux controverses toxiques pour la démocratie qui touchent désormais l'université et le monde de la recherche en France.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
D'antisémitisme à wokisme en passant par identité et laïcité, une liste de mots sujets à controverse selon certains camps politiques dans les milieux intellectuel et universitaire français. Les contributeurs dénoncent le climat délétère qui règnerait dans le monde de la recherche où, selon eux, diatribes et invectives ont remplacé débats et échanges au nom de ce qu'ils nomment bien-pensance

Une maternité rouge

Une histoire complexe trop brièvement racontée tant les problématiques sont tentaculaires. Et pourtant, un dessin superbe ! L’histoire d’une statuette trouvée au Mali et apportée par un jeune migrant jusqu’au Louvre pour la protéger de l’obscurantisme islamiste.

Une maternité rouge de Christian Lax

Pourtant, cette co-édition du Louvre pose bien plus de questions que cette bande dessinée n’évoque. Les questions d’appropriation des biens, de restitutions des objets spoliés, des moyens existants pour permettre aux œuvres de rester dans leurs pays, de la bienveillance condescendante des musées occidentaux ne sont pas traités – ou trop brièvement – pour un sujet aux pareilles ramifications.

… Voilà donc une bande dessinée qui ressemble beaucoup à un livre publicitaire et qui me laisse bien dubitatif

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un jeune chasseur de miel malien, Alou, se dirige vers les ruches sauvages d'un baobab. Circulant en 4x4, armés jusqu'aux dents, des djihadistés foncent sur lui et font exploser l'arbre sacré.
Parmi les débris, Alou découvre, presque intacte, une statuette représentant une femme enceinte. Encouragé par son père, il se rend dans le pays Dogon pour la présenter au sage du village, le hogon, respecté de tous pour sa culture.
Le vieil homme reconnaît aussitôt cette Maternité rouge. Elle est l’œuvre, selon lui, du maître de Tintam, dont une première Maternité se trouve déjà au Louvre, au Pavillon des Sessions.
Pour le vieil homme, la sculpture, en ces temps de barbarie, sera plus en sécurité au Louvre près de sa sœur qu'ici au Mali. Et c'est à Alou, naturellement, que le hogon confie la mission impérative d'emmener la Maternité à Paris.
Pour atteindre son but, le jeune homme, migrant parmi les migrants, ses sœurs et frères d'infortune, devra prendre tous les risques en traversant désert et mer...

Le droit d’emmerder Dieu

Tout est dans le titre de cette plaidoirie de Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo lors du procès des attentats de 2015.

Le droit d’emmerder Dieu de Richard Malka

Une plaidoirie intégralement retranscrite sur la non négociabilité de la liberté d’expression, sur les responsabilités politiques, médiatiques et religieuses. Une langue magnifique, des arguments brillamment mis en place dans un déroulé implacable. Un contre pied ferme contre toute tentative de retourner les responsabilités des attentats. Le droit au blasphème est partie entière des libertés.

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
J'écris mes plaidoiries. Celle-ci plus qu'aucune autre. Le moment venu, il faut s'adapter, improviser selon les circonstances de l'audience, l'heure, l'écoute ; oublier certains passages, en développer d'autres selon l'inspiration de l'instant. Les conditions dans lesquelles j'ai prononcé ces mots devant la cour d'assises spéciale de Paris resteront pour moi inoubliables.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
«C'est à nous, et à nous seuls, qu'il revient de réfléchir, d'analyser et de prendre des risques pour rester libres. Libres de nous engager et d'être ce que nous voulons. C'est à nous, et à personne d'autre, qu'il revient de trouver les mots, de les prononcer, de les écrire avec force, pour couvrir le son des couteaux sous nos gorges.
À nous de rire, de dessiner, d'aimer, de jouir de nos libertés, de vivre la tête haute, face à des fanatiques qui voudraient nous imposer leur monde de névroses et de frustration - en coproduction avec des universitaires gavés de communautarisme anglo-saxon et des intellectuels qui sont les héritiers de ceux qui ont soutenu parmi les pires dictateurs du XXe siècle, de Staline à Pol Pot.»

Ainsi plaide Richard Malka, avocat de Charlie Hebdo, lors du procès des attentats de janvier 2015. Procès intellectuel, procès historique, au cours duquel l'auteur retrace, avec puissance, le cheminement souterrain et idéologique du Mal. Chaque mot pèse. Chaque mot frappe. Ou apporte la douceur, évoquant les noms des disparus, des amis, leurs plumes, leurs pinceaux, leur distance ironique et tendre. Bien plus qu'une plaidoirie, un éloge de la vie libre, joyeuse et éclairée

Éloge de l’irrévérence

Éloge de l’irrévérence de Georges Kiejman et Richard Malka (plaidoirie de Richard Malka)

Superbes plaidoyers sur la liberté d’expression à l’occasion du procès des caricatures en 2007.

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un procès opposant le journal satirique Charlie Hebdo à des associations réclamant sa censure, suite à la publication de caricatures de Mahomet, a eu lieu en 2007. Les avocats de la défense publient leurs plaidoiries dans lesquelles ils prônent la liberté de pensée, ainsi que le droit de se moquer des idées et des religions

Khalil

Dans la même veine que la dernière nuit du Raïs, Yasmina Khadra tente de laisser parler le méchant, l’abominable.

Khalil de Yasmina Khadra
Khalil de Yasmina Khadra

Khalil est un des terroriste du 13 novembre au stade de France. Qui est-il, que ressent-il, pourquoi ?

Un livre tout en interrogation face à l’absurdité du terrorisme islamiste. Dieu nous a-t-il envoyé tuer mon frère, ma soeur ?

Zut pour l’usage du passé simple et d’un peu trop de « littéraire » carrément incongrus dans la bouche de Khalil.

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Vendredi 13 novembre 2015. L'air est encore doux pour un soir d'automne. Tandis que les Bleus électrisent le Stade de France, aux terrasses des brasseries parisiennes on trinque aux retrouvailles et aux rencontres heureuses. Une ceinture d'explosifs autour de la taille, Khalil attend de passer à l'acte. Il fait partie du commando qui s'apprête à ensanglanter la capitale.

Qui est Khalil ? Comment en est-il arrivé là,

Dans ce nouveau roman, Yasmina Khadra nous livre une approche inédite du terrorisme, d'un réalisme et d'une justesse époustouflants, une plongée vertigineuse dans l'esprit d'un kamikaze qu'il suit à la trace, jusque dans ses derniers retranchements, pour nous éveiller à notre époque suspendue entre la fragile lucidité de la conscience et l'insoutenable brutalité de la folie