Le charretier de la Providence

Ces Maigret écrits dans les années 30 permettent de bien se rendre compte de l’époque. Car entre deux guerres, toutes les péniches n’étaient pas à moteur et nombre d’entre elles étaient tirées par des chevaux le long des chemins de halage.

Depuis une heure qu'il était là, le commissaire n'avait songé qu'à se familiariser avec un monde qu'il découvrait soudain et sur lequel il n'avait en arrivant que des notions fausses ou confuses.
L'éclusier lui avait dit :
 - Il n'y avait presque rien dans le bief : deux moteurs avalants, un moteur montant, qui a éclusé l'après-midi, une vidange et deux Panama. Puis le chaudron est arrivé avec ses quatre bateaux...
Et Maigret apprenait qu'un chaudron est un remorqueur, qu'un Panama est un bateau qui n'a ni moteur ni chevaux à bord et qui loue un charretier avec ses bêtes pour un parcours déterminé, ce qui constitue de la navigation au long jour.
Le charretier de « la Providence » de Georges Simenon

Cette enquête est la deuxième de Maigret et ces premiers livres ne font pas vraiment partie de mes préférés. L’écriture y est moins fluide, les personnages moins clairs. Une histoire de jeune femme retrouvée étranglée dans un canal glauque et sombre.

Deux écluses encore! Rien! Maigret devait suivre les éclusiers sur les portes, car, à mesure qu'il avançait, le trafic était plus intense. A Vésigneul, trois bateaux attendaient leur tour. A Pogny, ils étaient cinq.
Du bruit, non! grogna le préposé à cette dernière écluse. Mais je voudrais bien savoir qui a eu le culot de se servir de mon vélo...
Le commissaire s'épongea en entrevoyant enfin un semblant de but. Il avait le souffle court et chaud. Il venait de parcourir cinquante kilomètres sans même boire un verre de bière.
 - Où est votre bicyclette?
 - Tu ouvriras les vannes, François? cria l'éclusier à un charretier.

Un Maigret toutefois intéressant pour qui souhaite découvrir des termes tels que Panama, charretier, cabestan, un système de trématage ou savoir qu’il y avait une écurie sur les péniches

Adapté pour la télévision japonaise en 1978 sous le titre Keishi to Minami jūjisei par Inoue Akira, avec Kinya Aikawa dans le rôle du commissaire Maigret
Tous les Maigret
2. Le charretier de La Providence
1. Pietr-le-Letton 3. Monsieur Gallet, décédé
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'écluse 14
Des faits le plus minutieusement reconstitués, il ne se dégageait rien, sinon que la découverte des deux charretiers de Dizy était pour ainsi dire impossible.
Le dimanche - c'était le 4 avril -, la pluie s'était mise à tomber à verse dès trois heures de l'après-midi.
A ce moment, il y avait dans le port, au-dessus de l'écluse 14, qui fait la jonction entre la Marne et le canal latéral, deux péniches à moteur avalantes, un bateau en déchargement et une vidange.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Des faits le plus minutieusement reconstitués, il ne dégageait rien, sinon que la découverte des deux charretiers de Dizy était pour ainsi dire impossible.
Le dimanche - c'était le 4 avril -, la pluie s'était mise à tomber à verse dès trois heures de l'après-midi.
A ce moment, il y avait dans le port, au-dessus de l'écluse 14, qui fait la jonction entre la Marne et le canal latéral, deux péniches à moteur avalantes, un bateau de déchargement et une vidange.
Un peu avant sept heures, alors que commençait le crépuscule, un bateau-citerne, I'Eco-III, s'était annoncé et avait pénétré dans le sas

Maigret et l’indicateur

Après plus d’une quarantaine de Maigret, je remarque de plus en plus différentes périodes d’écriture et les derniers opus (dont celui-ci) me semblent vraiment meilleurs !

Il était un peu ému quand même, comme chaque fois qu'il quittait sa femme pour plus d'un jour.
Sur le trottoir, il leva la tête et il savait d'avance qu'il l'apercevrait à la fenêtre.
Heureusement, car elle lui montrait la mallette bleue qu'il avait oubliée et ils se retrouvèrent à mi-chemin dans l'escalier.
Maigret et l’indicateur de Georges Simenon

Simenon à moins besoin d’en faire, les intrigues sont moins tortueuses, l’action plus lente et les personnages ont plus de corps.

Il commençait à tomber de larges gouttes d'eau qui formaient des disques noirs sur le trottoir.
Il atteignit la place Dauphine où deux de ses collègues prenaient des pastis. Il fut tenté un instant, puis il se reprit.
 - Le plus grand verre de bière que vous ayez... dit-il au patron.

Certes, si l’inspecteur boit toujours, c’est avec plus de modération, mais sa pipe n’a que rarement le temps de refroidir

Tous les Maigret
102. Maigret et l’indicateur
101. Maigret et l’homme tout seul 103. Maigret et Monsieur Charles
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Quand le téléphone sonna et que Maigret manifesta son déplaisir par un grognement, il n'avait pas la moindre idée de l'heure qu'il pouvait être. Il ne pensa pas à regarder le réveille-matin. Il sortait d'un sommeil lourd et ressentait encore un poids sur la poitrine.
Pieds nus, d'une démarche de somnambule, il se dirigea vers l'appareil.
- Allô...
Il ne se rendait pas compte que ce n'était pas lui mais sa femme qui avait allumé une des lampes de chevet.
- C'est vous, patron?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
C'est commode, un indicateur qui vous téléphone, et vous désigne nommément l'assassin que vous cherchez... C'est commode, mais cela n'efface pas toutes les questions. D'abord, pourquoi la Puce - c'est le surnom de ce petit homme, ancien chasseur de cabaret, guère pris au sérieux dans le monde des truands - est-il pressé de coffrer Manuel Mori ? Le fait que ce dernier soit depuis trois ans l'amant de Line Marcia, l'épouse de la victime, est-il une des causes de l'assassinat ? Les uns et les autres ont-ils quelque chose à voir avec le «gang des châteaux", spécialisé dans le pillage de propriétés isolées ?
Aidé de l'inspecteur Louis, le commissaire Maigret promène sa pipe et son chapeau entre les Halles et Montmartre, plus que jamais convaincu que, pour élucider une affaire, il faut d'abord comprendre les êtres qu'elle met aux prises

L’écluse N°1

Le dernier Maigret avant la quille ! Et après, c’est fini (enfin… pas tout à fait)

Certes, de nombreuses enquêtes paraîtront après, mais Simenon n’ayant pas écrit ses livres dans l’ordre chronologique, voilà déjà l’heure de poser sa plaque et de partir à Meung-sur-Loire pour une retraite bien méritée. Et voilà pourquoi ce livre écrit en 1933 annonce la fin alors que la dernière enquête sera écrite en 1972. Pourtant, Madame Maigret est déjà dans les cartons !

C'était prodigieux de vie, ce paysage lumineux découpé par les fenêtres. Vues d'en haut, les péniches paraissaient plus lourdes, comme enlisées dans une eau trop dense. Debout dans son bachot, un marinier passait au goudron la coque grise de son bateau qui émergeait de deux mètres. Et il y avait des chiens, des poules dans une cage en treillage, et la jeune fille blonde qui astiquait les cuivres du pont. Des gens allaient et venaient sur les portes de l'écluse et les bateaux qui sortaient en aval semblaient hésiter avant de se laisser glisser au fil de la Seine.
L’écluse N°1 de Georges Simenon

Une enquête glauque dans un endroit qui aurait pu être sympa, en Haute-Marne, juste à côté de Paris au milieu des écluses.

Mais voilà, on s’y retrouve chez un odieux tyran domestique, qui loge sa maîtresse à l’étage, qui insulte sa femme et n’a de respect pour personne. Un riche parvenu à la force de ses bras, bien malheureux au milieu de ses possessions et qui ne vit qu’en écrasant ceux qui l’entourent.

Ducrau fronça les sourcils, regarda à nouveau son compagnon et, cette fois, avec autant d'admiration que de curiosité. 
« Que pensez-vous de ma femme ? Est-ce que vous trouvez que je la rends malheureuse?
 - Ma foi, non! Vous ou un autre ! C'est une de ces créatures qui sont toujours effacées et tristes, quel que soit leur sort. »
Maigret eût pu marquer un point, car Ducrau en restait ahuri.
« Elle est morne, bête et vulgaire, soupira-t-il. Comme sa mère que je loge dans une des petites maisons voisines et qui a passé sa vie à pleurer!

Une écluse N°1 pénible et laborieuse

Tous les Maigret
18. L’écluse n°1
17. Liberty Bar 19. Maigret
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Quand on observe des poissons à travers une couche d'eau qui interdit entre eux et nous tout contact, on les voit rester longtemps immobiles, sans raison, puis, d'un frémissement de nageoires, aller un peu plus loin pour n'y rien faire qu'attendre à nouveau.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Après une soirée trop arrosée, le vieux Gassin, en regagnant son bateau, tombe à l'eau et est aussitôt agrippé par un deuxième homme en passe de se noyer. Ce dernier n'est autre que Ducrau, le patron de Gassin. On les repêche et on s'aperçoit que Ducrau a reçu un coup de couteau dans le dos avant de se retrouver dans le canal. On parvient à le sauver et il demande l'intervention de la police, ce qui déclenche l'enquête de Maigret…

Maigret et les témoins récalcitrants

Maigret se retrouve avec un meurtre dans une famille guère collaborative. Propriétaire d’une ancienne biscuiterie florissante dont il ne reste plus que des miettes et des dettes dans une grande maison peu causeuse.

 - Tu n'as pas oublié ton parapluie ?
 - Non.
La porte allait se refermer et Maigret tournait déjà la tête vers l'escalier.
 - Tu ferais mieux de mettre ton écharpe. Sa femme courait la chercher, sans se douter que cette petite phrase-là allait le barbouiller un bon moment et lui inspirer des pensées mélancoliques.
Maigret et les témoins récalcitrants de Georges Simenon

Alors, cambriolage ou meurtre de l’intérieur ?

Au fond - et sa femme devait le soupçonner depuis longtemps - si Maigret, lorsqu'il était plongé dans une enquête, rentrait rarement chez lui pour les repas, c'était moins pour gagner du temps que pour rester comme replié sur lui-même, à la façon d'un dormeur qui, le matin, se recroqueville, entortillé dans les couvertures, pour mieux s'imprégner de sa propre odeur.
C'était l'intimité des autres, en somme, que Maigret reniflait, et maintenant, par exemple, dans la rue, les mains dans les poches de son pardessus, de la pluie sur le visage, il restait plongé dans l'ahurissante atmosphère du quai de la Gare.

Un commissaire qui rêve déjà de retraite, encombré d’un jeune juge d’instruction envahissant pour une enquête à la Maigret. Il cause, flâne, flaire, renifle, se questionne et interroge

Tous les Maigret
81. Maigret et les témoins récalcitrants
80. Les scrupules de Maigret 82. Une confidence de Maigret
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
- Tu n'as pas oublié ton parapluie ?
- Non.
La porte allait se refermer et Maigret tournait déjà la tête vers l'escalier.
- Tu ferais mieux de mettre ton écharpe.
Sa femme courait la chercher, sans se douter que cette petite phrase-là allait le barbouiller un bon moment et lui inspirer des pensées mélancoliques.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Léonard Lachaume, directeur d'une biscuiterie vétuste, est retrouvé assassiné sur son lit, d'une balle en plein cœur. La famille veut faire croire à une affaire de cambriolage qui aurait mal tourné, mais Maigret n'y croit guère. Son enquête s'avère difficile devant le mutisme de l'entourage de Léonard, d'autant plus que le commissaire se retrouve flanqué d'un jeune juge d'instruction plutôt encombrant. Maigret apprend tout de même que la biscuiterie est au bord de la faillite, et que c'est l'argent de Solange Lauchaume, la belle-sœur de Léonard, qui tient l'entreprise à flots...

La folle de Maigret

Maigret fait aussi des erreurs ! Et là, une petite vieille – la folle – va en faire les frais.

Il y avait des moments où sa dureté presque masculine n'était pas tellement antipathique et pouvait passer pour de la franchise. Elle n'était pas belle. Elle n'avait jamais été jolie. L'âge l'épaississait. 
Pourquoi ne revendiquerait-elle pas le même droit que les hommes qui, dans son cas et dans sa position, s'offrent des aventures? Elle ne se cachait pas. Elle recevait chez elle ses amants d'une nuit ou d'une semaine. 
La concierge les voyait entrer et sortir. Les autres locataires devaient être au courant.
La folle de Maigret de Georges Simenon

Dans cet opus qui compte parmi les dernier (mais aussi dans bien d’autres) il est intéressant de voir l’importance du « qu’en dira-t-on » et de son traitement par Simenon. Maigret qui n’ose pas embrasser sa femme sur un banc, mais qui – flegmatique – souligne les injustices faites aux femmes qui sont jugées bien plus sévèrement que les hommes ainsi que nombre de petites hypocrisies.

 - Oui, avoua-t-il. Et j'avais envie, au moins une fois dans ma vie, de m'asseoir sur un banc. 
Il ajouta vivement:
 - Surtout avec toi. - 
Tu n'as pas beaucoup de mémoire.
 - Cela nous est arrivé ?
 - Pendant nos fiançailles, sur un banc de la place des Vosges. C'est même là que tu m'as embrassée pour la première fois.
 - Tu as raison. Je manque de mémoire. Je t'embrasserais volontiers, mais il y a vraiment trop de gens autour de nous.
 - Et ce n'est plus tout à fait de notre âge, n'est-ce pas ?
 Ils ne rentrèrent pas dîner. Ils allèrent manger dans un restaurant qu'ils aimaient et où ils allaient de temps en temps, place des Victoires.

Simenon féministe ?

Tous les Maigret
100. La folle de Maigret
99. Maigret et le marchand de vin 101. Maigret et l’homme tout seul
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'agent Picot se tenait en faction du côté gauche du portail, quai des Orfèvres, tandis que son camarade Latuile se tenait du côté droit. Il était environ dix heures du matin. On était en mai ; le soleil était vibrant et Paris avait des couleurs pastel.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La police n'en finirait pas, si elle devait tout prendre au sérieux. Par exemple, les craintes de cette vieille dame, à l'évidence un peu dérangée, qui prétend être suivie et ajoute que des objets bougent chez elle...
Pourtant, Léontine de Caramé est bel et bien retrouvée assassinée dans son appartement. Maigret doit-il soupçonner Angèle, qui ne fréquentait guère sa vieille tante que dans l'espoir de toucher l'héritage ? Y a-t-il un lien entre cette affaire et le subit départ pour Toulon du Grand Marcel, barman bien connu de la police et amant d'Angèle ? Il n'y avait pas d'argent chez Léontine lorsqu'elle a été tuée.
Mais les tiroirs des vieilles dames renferment parfois des secrets autrement surprenants...

Maigret et le marchand de vin

Les derniers Maigret sont (pour moi) les plus savoureux. Le trait y est plus fin, l’énigme moins dense passe au second plan et les personnages prennent réellement corps.

Mme Blanche paraissait cinquante ans, mais elle en avait certainement une soixantaine. C'était une petite femme boulotte que certains auraient trouvée très distinguée. Elle portait une robe de soie noire sur laquelle tranchaient deux ou trois rangs de perles.
 - Toujours aussi active et aussi discrète ?
Il l'avait connue trente ans plus tôt, quand elle arpentait encore le boulevard de la Madeleine. Elle était jolie et douce, avec toujours un sourire avenant qui lui faisait deux fossettes.
Plus tard, elle était devenue sous-maîtresse dans un appartement de la rue Notre-Dame-de-Lorette où l'on était toujours sûr de rencontrer de jolies femmes.
Maigret et le marchand de vin de Georges Simenon

Ici, c’est du meurtre d’un chef d’entreprise dont il s’agit. Un homme à femme, imbuvable (et pour un marchand de vin, c’est bien triste), féroce et odieux. Et Maigret grippé de chercher – bon gré, mal gré – son assassin.

 - Tu as bien dormi?
 - Magnifiquement. Je serais capable de dormir toute la journée.
 - Tu ne veux pas prendre ta température?
 - Si tu y tiens.
Cette fois, il avait 37°6.
 - C'est nécessaire que tu ailles à ton bureau?
 - Il est préférable que j'y aille, oui.
 - Prends donc une aspirine avant de partir. 
Docilement, il en prit une puis, pour en faire passer le goût, il se versa un tout petit verre de prunelle d'Alsace que leur envoyait sa belle-sœur.
 - Je t'appelle tout de suite un taxi.

L’occasion pour un Simenon anthropologue de Paris de décrire une ville libertine tournant autour d’un petit tyran puant

Tous les Maigret
99. Maigret et le marchand de vin
98. Maigret et le tueur 100. La folle de Maigret
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
- Tu l'as tuée pour la voler, n'est-ce pas ?
- Je ne voulais pas la tuer. La preuve, c'est que je n'avais qu'un revolver d'enfant.
- Tu savais qu'elle avait beaucoup d'argent ?
- Je ne savais pas combien. Elle avait travaillé toute sa vie et, à quatre-vingt-deux ou quatre-vingt-trois ans, elle devait avoir des économies.
- Combien de fois es-tu allé lui demander de l'argent ?
- Je ne sais pas. Plusieurs fois. Quand je venais la voir, elle savait pourquoi j'étais là. C'était ma grand-mère et elle me donnait automatiquement cinq francs. Vous vous rendez compte ? Quand on est chômeur, qu'est-ce qu'on peut faire avec cinq francs ?
Maigret était grave et lourd, un peu triste. C'était l'affaire banale, le crime sordide comme il s'en produit à peu près chaque semaine, le garçon de moins de vingt ans qui s'attaque à une vieille femme seule pour la dépouiller.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Qui a pu assassiner Oscar Chabut, opulent négociant en vins, réputé pour sa férocité en affaires, alors qu'il sortait avec sa secrétaire d'une maison de rendez-vous?

Quel est le personnage insaisissable qui, à chaque stade de l'enquête, met ses pas dans les pas de Maigret, lui écrit, lui téléphone même, pour lui dépeindre Chabut comme une crapule?

La vérité n'échappera pas longtemps au plus célèbre enquêteur que la P.J. ait compté dans ses rangs... Mais ici, comme dans ses dizaines d'enquêtes, c'est moins la vérité des faits qui intéresse Maigret que celle des hommes. C'est la personnalité de Chabut qu'il reconstitue post mortem, à petites touches, au gré des témoignages et des aveux. Et c'est une vérité humaine encore qui le fascinera en écoutant la confession de l'assassin. Vérité toujours confuse, imparfaite, en demi-teintes, qui donne à l'univers romanesque de Georges Simenon son ambiance et sa saveur inimitables

Pietr-le-Letton

Pietr-le-Letton est intéressant à un titre essentiellement, c’est le premier Maigret paru, écrit par Simenon en septembre 1929 à Delfzijl (Pays-Bas), pendant qu’on recalfatait son bateau, l’Ostrogoth. Port que le commissaire visitera dans Un crime en Hollande.

Du moment qu'il y avait un poêle dans le laboratoire, Maigret devait forcément y échouer. Il resta campé là pendant près d'une heure, à fumer des pipes, tandis que Torrence suivait le photographe dans ses allées et venues.
Pietr-le-Letton de Georges Simenon

Une aventure qui sert à présenter les personnages, le commissaire, son épouse, le Quai des Orfèvres et ses sandwichs, ou le poêle que (le pas encore prénommé) Jules prend du plaisir à tisonner.

Chaque race a son odeur, que détestent les autres races. Le commissaire Maigret avait ouvert la fenêtre, fumait sans répit, mais de sourds relents continuaient à l'incommoder. Était-ce l'hôtel du Roi-de-Sicile qui en était imprégné ? Ou la rue ? On recevait déjà des bouffées de cette odeur-là quand le gérant à calotte noire entrouvrait son guichet. Elle s'épaississait à mesure que l'on montait dans la cage d'escalier. Dans la chambre d'Anna Gorskine, elle était compacte. Il est vrai qu'il traînait de la mangeaille partout. Les saucissons, d'un vilain rose, étaient mous, criblés d'ail. Il y avait sur un plat des poissons frits nageant dans une sauce aigre. Des bouts de cigarettes russes. Du thé au fond d'une demi-douzaine de tasses. Et des draps de lit, du linge, qui semblaient être encore moites, des acidités de chambre à coucher jamais aérée.

A noter qu’il s’agit d’un livre des années 30, et que les notions de races sont encore présentes et les stéréotypes bien gênants

Adapté en téléfilm par Jean-Louis Muller avec Jean Richard, diffusé sur l’ORTF 2 en 1972
Tous les Maigret
1. Pietr-le-Letton
  2. Le charretier de La Providence
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
« Âge apparent 32, taille 169 »
C.I.P.C. à Sûreté Paris.
Xvzust Cracovie dimontra m ghks triv psot uv Pietr-le-Letton Brême vs tyz btolem.

Le commissaire Maigret, de la 1re Brigade mobile, leva la tête, eut l'impression que le ronflement du poêle de fonte planté au milieu de son bureau et relié au plafond par un gros tuyau noir faiblissait. Il repoussa le télégramme, se leva pesamment, régla la clef et jeta trois pelletées de charbon dans le foyer.
Après quoi, debout, le dos au feu, il bourra une pipe, tirailla son faux col, qui, quoique très bas, le gênait.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Jumeaux et escroquerie... La police internationale signale l'arrivée à Paris du célèbre escroc Pietr-le-Letton. Maigret le file dès sa descente du rapide L'Etoile-du-Nord. Mais alors que le suspect se rend à l'hôtel Majestic, on découvre dans le train un cadavre qui est son sosie. Tandis que Pietr prend de mystérieux contacts avec un milliardaire américain, M. Mortimer-Levingston, l'enquête sur le meurtre conduit Maigret à Fécamp, où il l'aperçoit, sortant de la villa d'une certaine Mme Swaan...

Maigret et Monsieur Charles

Le dernier Maigret de Simenon. Mais si !

Mme Maigret lui jeta le petit regard anxieux qu'elle avait toujours quand son mari menait une enquête difficile. Elle ne s'étonnait pas de son silence, de son air grognon. On aurait dit qu'une fois à la maison, il ne savait où se mettre, ni quoi faire.
Il mangeait distraitement et il arrivait à sa femme de lui demander en souriant :
 - Tu es là ?
Car il n'y était pas en esprit. Elle se souvenait d'une conversation entre les deux hommes, un soir qu'ils dînaient chez le docteur Pardon.
 - Il y a une chose, disait Pardon, que j'ai de la peine à comprendre. Vous êtes tout le contraire d'un justicier. On dirait même que, quand vous arrêtez un coupable, vous ne le faites qu'à regret. 
 - Cela arrive, oui.
 - Et pourtant vous prenez vos enquêtes à cœur comme si cela vous touchait personnellement...
Et Maigret avait répondu simplement :
 - Parce que c'est chaque fois une expérience humaine que je vis. Quand on vous appelle au chevet d'un malade inconnu, est-ce que vous n'en faites pas une affaire personnelle, vous aussi ?
Maigret et Monsieur Charles de Georges Simenon

Une histoire à mettre dans les grands classiques de Maigret. Un polar « sociologique » qui s’intéresse à un couple bien aisé (Monsieur est notaire et il possède une des études les plus en vue de Paris) mais qui ne se côtoie plus, ne s’aime plus et ne se croise plus que rarement dans un grand appartement. D’ailleurs, monsieur s’absente régulièrement dans les bras de jeunes filles et madame boit à la maison. Madame boit beaucoup !

Et madame débarque dans le bureau du commissaire pour signaler la disparition de Monsieur Sabin-Levesque…

Tous les Maigret
103. Maigret et Monsieur Charles
102. Maigret et l’indicateur
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Maigret jouait, dans un rayon de soleil de mars encore un peu frileux. Il ne jouait pas avec des cubes, comme quand il était enfant, mais avec des pipes.
Il y en avait toujours cinq ou six sur son bureau et, chaque fois qu'il en bourrait une, il la choisissait avec soin selon son humeur.
Son regard était flou, ses épaules tassées. Il venait de décider du reste de sa carrière. Il ne regrettait rien, mais il en gardait une certaine mélancolie.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Voilà longtemps que Nathalie Sabin-Levesque sait à quoi s'en tenir sur les fugues de son mari. Tandis qu'elle sombre peu à peu dans l'alcool, rejetée par l'entourage de ce confortable notaire du faubourg Saint-Germain, Gérard, qui ne l'aime plus, se distrait dans les boîtes de nuit des Champs-Elysées, où les professionnelles le connaissent sous le nom de monsieur Charles. Mais cela fait un mois maintenant que Gérard n'a pas reparu... C'est à l'histoire d'un couple depuis longtemps désuni que Maigret va s'intéresser ici, telle que lui permettent de la reconstituer les témoignages des amis et des domestiques. Et à une femme dont l'ascension sociale aura été payée du prix de la solitude et de la déchéance

Maigret, Lognon et les gangsters

Voilà un Maigret bien sympa, et ça, pour plusieurs raisons.

La première, c’est d’y retrouver le grisâtre Lognon, le Malgracieux ! Et que dire de sa femme, misère !

 - Je vous suis tellement reconnaissante d'être venu! Si vous saviez l'admiration que mon pauvre mari a pour vous !
Ce n'était pas vrai. Lognon le détestait. Lognon détestait tous ceux qui avaient la chance de travailler Quai des Orfèvres, tous les commissaires, tout ce qui avait un grade supérieur au sien. Il détestait ses aînés parce qu'ils étaient ses aînés et les jeunes parce qu'ils étaient jeunes. Il...
 - Asseyez-vous, monsieur le commissaire...
 - Elle était petite, maigre, mal coiffée, vêtue d'une robe de chambre en flanelle d'un vilain mauve. Ses yeux étaient profondément cernés, ses narines pincées, et elle portait sans cesse la main au côté gauche de sa poitrine comme quelqu'un qui souffre du coeur.
Maigret, Lognon et les gangsters de Georges Simenon

C’est aussi un Maigret d’action. Et ça bouge, ça tire, il a des virées de nuit en voiture et des blessés !

 - Je n'ai jamais vu Charlie Cinaglia en chair et en os, car j'ai quitté les Etats-Unis avant qu'il se fasse connaître et je n'ai pas entendu dire qu'il soit venu en Europe.
 - Je pensais que quelqu'un aurait pu vous en parler. Il s'est rendu plusieurs fois chez Pozzo. Or, vous êtes d'origine italienne tous les deux.
 - Je suis d'origine napolitaine, rectifia Luigi.
 - Et Pozzo?
 - Sicilien. C'est un peu comme si vous confondiez les Marseillais et les Corses.

Enfin, c’est une enquête à l’américaine. Avec des vrais gangsters, des italo-américains qui défouraillent et n’ont pas peur des coups. Des professionnels du crime.

 - Rien à me dire?
Pour toute réponse, il reçut une des injures les plus crues de la langue anglaise faisant allusion à la façon dont sa mère l'avait conçu.

Et là, le commissaire que l’on tente de décourager par tous les moyens mais qui, suite à son voyage aux États-Unis ne complexe pas, persiste et embarque !

Tous les Maigret
67. Maigret, Lognon et les gangsters
66. Maigret et la grande perche 68. Le revolver de Maigret
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Où Maigret est contraint de s'occuper de Mme Lognon, de ses infirmités et de ses gangsters.
- Entendu... Entendu... Oui, monsieur... Mais oui... Mais oui... Je vous promets de faire tout mon possible.. C'est cela... Je vous salue... Comment ? Je dis : je vous salue... Il n'y a pas d'offense... Bonjour, monsieur...
Pour la dixième fois, sans doute, il ne les comptait plus, Maigret raccrocha le téléphone, ralluma sa pipe avec un regard de reproche à la pluie longue et froide qui tombait derrière les vitres et, saisissant sa plume, se pencha sur le rapport commencé depuis une heure et qui n'avait pas encore une demi-page.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Surnommé l'inspecteur Malgracieux à cause de son humeur et de son aspect sinistre, Lognon se croit sans cesse persécuté : il est convaincu qu'une vaste conspiration nuit à son avancement. Or, voici que se présente l'affaire de sa vie : une nuit, un corps est jeté d'une voiture sur la chaussée ; aussitôt arrive une autre voiture, dont le conducteur enlève le corps. Lognon qui a assisté à la scène décide d'agir sans en référer à ses chefs, mais bientôt sa femme reçoit la visite d'inquiétants personnages parlant anglais. Effrayé, Lognon raconte tout à Maigret, lequel prend l'affaire en main d'autant que le jour même, Lognon est attaqué, et se retrouve à l'hôpital, sérieusement blessé

Le port des brumes

En ramenant un amnésique qui s’était pris une balle dans la tête (de quoi la perdre, donc), Maigret se retrouve dans le brouillard d’un port de Normandie, à Ouistreham, avec l’espoir de démêler un sacré sac de noeuds…
Mais les marins et les normands ne sont guère causants ni vraiment collaboratifs.

Julie en a profité pour tapoter le bout de son nez de sa houppette. Elle a encore les yeux un peu rouges d'avoir pleuré.
C'est drôle ! Il y a des moments où elle est jolie, où elle paraît très fine. Puis d'autres où, sans qu'on sache pourquoi, on sent la petite paysanne restée fruste.
Le port des brumes de Georges Simenon

Une enquête des débuts, avec plus d’action et des énigmes plus fouillées et complexes que dans les derniers. Un commissaire plus actif aussi et qui se retrouve en bien mauvaise posture.

Le médecin arrivait, un ami de la famille qui regardait le cadavre avec effarement.
« M. Grandmaison s'est suicidé ! dit Maigret avec fermeté. A vous de découvrir de quelle maladie, il est mort. Vous me comprenez ? Moi, je me charge de la police... »

Mais déjà, un Maigret pour qui la découverte vérité semble plus importante que la justice

Tous les Maigret
12. Le port des brumes
11. La guinguette à deux sous 13. L’ombre chinoise
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le chat dans la maison
Quand on avait quitté Paris, vers trois heures, la foule s'agitait encore dans un frileux soleil d'arrière-saison. Puis, vers Mantes, les lampes du compartiment s'étaient allumées. Dès Evreux, tout était noir dehors. Et maintenant, à travers les vitres où ruisselaient des gouttes de buée, on voyait un épais brouillard qui feutrait d'un halo les lumières de la voie.
Bien calé dans son coin, la nuque sur le rebord de la banquette, Maigret, les yeux mi-clos, observait toujours, machinalement, les deux personnages, si différents l'un de l'autre, qu'il avait devant lui.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un petit port, entre Trouville et Cherbourg. Un vieux capitaine amnésique et sa jeune gouvernante. Et puis un meurtre qui va amener Maigret à remuer de sordides et tragiques secrets de famille. Avec un dossier présentant l'oeuvre et l'auteur, et donnant des clés pour aller à l'essentiel et approfondir l'étude de ce classique des romans policiers