Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Au travers de brefs chapitres passant d’une protagoniste à l’autre, les petits courages proposent des portraits de femmes en difficulté. Des esquisses légères comme des aquarelles pour des situations qui ne le sont pas vraiment.
Les petits courages de Sabrina Delarue
Des pastels quand-même un peu clairets
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je m'entends dire : hoho !
Ma voix est comme absorbée par les bruits de la rue.
Ils sont en train d'élaguer les arbres.
Hoho!
Il ne se retourne pas.
Il continue sa marche, de ce petit pas régulier que je connais bien. Je l'observe souvent quand il part de la maison, depuis cette fenêtre.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Il y a Louise, mère constamment débordée, qui a peur de ne pas être à la hauteur. Et Maria, qui se relève, avec sa dignité habituelle, de la maladie. Il y a aussi Iris, qui se demande comment trouver l’amour quand on est infirmière de nuit. Et puis Carmen, qui cherche sa place auprès de ses parents, avec toute la puissance de sa douceur. Enfin il y a Amira, étudiante qui fuit une brillante carrière en enchaînant petits boulots et missions d’intérim.
Cinq femmes, cinq destins reliés par un lien invisible : le roman L’Art de la joie de Goliarda Sapienza.
Dans Les Petits Courages, Sabrina Delarue explore avec humour et tendresse les métamorphoses silencieuses et les luttes intimes qui transforment une vie.
Avec humour et tendresse, Emmanuelle Pol explore les relations parents-enfants, la maternité et le corps. Mères et filles se dévoilent ici, tendres, parfois ridicules, attentives ou dépassées. Et les pères ne sont pas forcément très loin.
Les bracelets d’amour de Emmanuelle Pol
Neuf nouvelles autour de cette relation, c’est autant de portraits dressés avec plein d’humour, comme neuf sucreries aux parfums acidulés
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Un cri perçant déchire l'air. La mère a détaché le nourrisson de ses bras pour le déposer dans son relax : ce n'est visiblement pas du goût de l'enfant, qui manifeste sa colère par des vagissements stridents dont l'intensité va crescendo. On peut voir son minuscule visage crispé de fureur virer à l'écarlate, les traits déformés par la violence de ses pleurs, les sourcils gonflés au-dessus de ses yeux exorbités, les narines frémissant de colère impuissante et la bouche ouverte comme un four, large trou noir où la langue oscille en suspension au rythme de l'air expulsé.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La maternité n'est pas une mince affaire.
Emmanuelle Pol s'amuse à en explorer les marges, les franges sombres, à travers neuf histoires qui rendent compte de la complexité de ces étranges relations qui unissent parents et enfants, pour le meilleur ou pour le pire. Ici, pas de tendres portraits de famille, mais une exploration au scalpel des liens du sang.
Grâce à une écriture incisive et une subtile ironie, Emmanuelle Pol maltraite avec intelligence bon nombre de clichés autour de l'enfance et de la filiation
Quelle déception, zut ! Alors qu’il y a tellement de talent !
Cette reprise mot-à-mot des vidéos que je regardais sur Insta n’apporte rien. Rien que le texte. Pourtant, les originales bénéficient de la voix, de l’image, du ton, des filtres image et son qui donnent toute la puissance à ses créations. Ici, elles semblent amputées, démembrées et seule ma mémoire m’a permis de reconstruire ces petites saynètes (au demeurant excellentes).
Les caractères de Lison Daniel
Alors, oui, si vous êtes rétifs à toute sorte de réseaux sociaux, que vous ne tolérez que l’écrit… pourquoi pas. Cela peut être une archive intéressante face à la volatilité du web. Mais alors, tentez a minima de jeter une oreille sur France-Inter, vous serez, j’en suis sûr, absolument conquis.
Chère Lison Daniel, re-zut, c’est un peu gâché ici.
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Gaëtan
(un cours de théâtre)
Ok, merci, ça suffit, on arrête le massacre. Attends, Maxence, reconvoque-toi s'il te plaît.
« Je demeurrrais longtemps errrrrant dans Césarrrrée »... Y'a rien qui t'interroge sur la rythmique ? Ceux qui ont suivi le module Racine avec moi, rien? Ouiii merci ! « Je demeurais / longtemps / errant / dans Césarée » : 4/2/2/4, merci Samia, je commençais à avoir peur là, sincèrement.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Isabelle, grande bourgeoise confinée à Saint-Lu, appelle ses enfants pour se plaindre de Xav’, son mari, entre deux chapitres de La recherche. Franck, caviste intègre et sans filtre, refuse de vendre un Saint-Emilion à un client qui voulait « impressionner beau-papa ». Mélanie, cagole du Midi, alpague des touristes parisiennes qui ont eu le malheur de s’installer sur son banc. Et qu’adviendra-t-il des amours d’Adélaïde et Livio, son épicier italien ?
Tous ces personnages sont écrits, pensés et joués par Lison Daniel sur sa page Instagram « Les caractères », qui connaît un immense succès lors du premier confinement. Chacun a son vocabulaire, sa diction et son histoire qu’on suit de sketch en sketch. On rit aux éclats devant ces archétypes, on s’attache à eux et, parfois, on s’y reconnaît. L’humour moqueur de Lison Daniel est plein d’une tendresse qui n’est pas sans rappeler Riad Sattouf et La vie secrète des jeunes.
Follement douée, elle fait vivre dans ce recueil ses douze protagonistes phares et frappe par la justesse sociologique de son regard. Tout semble plus vrai que nature. Plus qu’une satire, c’est un portrait vif et ludique de la France d’aujourd’hui qui se dessine en creux : une France fragmentée de la diversité régionale, culturelle et sociale. Un livre à mettre entre toutes les mains
A la manière des impressionnistes, Amanda Sthers présente un tableau de Naples par petites touches de couleurs.
Le café suspendu de Amanda Sthers
Installé dans un café, un écrivain raconte ses souvenirs. Sept histoires qui font parler la vie napolitaine, les ruelles, la Camorra, l’amour, les petits métiers, le bruit, la ville, la mer, le bagout, la petite noblesse déchue, les femmes fatales, l’âme de Naples et les parfums du café.
Un livre un peu décousu avec une représentation qui m’a semblé très authentique de cette ville incroyable
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Si vous fermez les yeux, vous entendrez les linges qui dansent au vent comme autant d'étendards, les mâts clinquants des bateaux, les voix qui rient ou crient au loin, la mer Tyrrhénienne qui s'en va et revient, quelques Vespa agiles, et tout ce chœur improvisé vous dira qu'un chemin est gravé sous les semelles de ceux qui foulent les pavés napolitains.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Lorsqu'on commande un café à Naples, on peut en régler un second indiqué sur l'ardoise du bar comme un café sospeso : un café suspendu, offert à qui entrera sans avoir les moyens d'en payer une tasse. Voici un récit fait de sept histoires que j'ai recueillies par bribes au café Nube pendant les quarante dernières années, toutes sont liées par ce fil invisible. »
Un Français, installé à Naples après une déception amoureuse, vit au-dessus d'un café où il passe une grande partie de son temps. Il y observe la ronde envoûtante de clients qui se croisent ou se manquent, se cachent ou se cherchent, s'aiment et se quittent. Le lecteur voit ainsi se tisser des histoires pleines d'humanité, de fantaisie, de mystères, de croyances et de légendes. Toutes nous rappellent le sens du partage et de la générosité.
Le talent de conteuse d'Amanda Sthers fait merveille, alliant grâce poétique, peinture des sentiments et évocation d'une ville à l'atmosphère unique
Amusantes, ces nouvelles. Enfin, pas vraiment des nouvelles en fait. Plutôt des introductions, des présentations sur des « couples » avec des grandes différences d’âge. Elles sont très jeunes et eux, beaucoup moins.
Les messieurs de Claire Castillon
Ils sont souvent pathétiques, veules, fuyants, excités, culpabilisés, frimeurs ou complexés. Elles sont naïves ou intrigantes, sincères, manipulatrices, gaies ou désabusées… parfois tous le sont tout en même temps.
Des textes un peu courts pour apporter une réflexion, des coup d’oeil amusés
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) J'avais mûri mon projet de longue date. Mais quand j'ai invité Jean-Paul à dîner, j'ai été surprise qu'il accepte avec autant de facilité. Il m'a seulement dit :
─ Précisez-moi une chose... Vous vivez encore chez vos parents, n'est-ce pas ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Corse en pendentif, santiags bleues et Mazda à toit ouvrant, à midi, Jean-Lou, lunettes noires, classe absolue, m'attendra devant le collège. »
Lycéennes effrontées ou fiancées romantiques, les jeunes filles de Claire Castillon ont un trait commun : les hommes dont elles tombent amoureuses sont plus âgés, voire bien plus âgés qu'elles. Sont-elles intrigantes ou ingénues ? Naïves ou rouées ? Les deux, sans doute. Mais ne nous y trompons pas : la cible que visent ces 21 nouvelles, ce sont avant tout ces «messieurs». Leur légèreté est pathétique. Leur veulerie, inébranlable. À quelques exceptions près.
Suite de variations sur un thème classique, Les Messieurs sont autant de contes cruels, de brèves comédies. S'y dessinent les intermittences du désir masculin et les espoirs déçus des filles. Des histoires d'abandon, d'innocence et d'effroi comme seule en connaît l'adolescence, ce moment de fragilité extrême que Claire Castillon décrit admirablement
Curieux ce bouquin ! Au début, difficile de savoir où il va…
Kérozène de Adeline Dieudonné
Et à la fin, difficile de savoir où on est allé dans ce livre sans unité de temps, de lieu ni même d’action… à peine un prétexte de station service
Pourtant, c’est réussi, comme une galerie de portraits tous plus étranges, flippants, intrigants et décalés. Adeline se dispense même d’une pseudo justification de fin avec une grande scène finale… Et à posteriori, cela ne manque même pas
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Une station-service le long de l’autoroute, une nuit d’été. Sous la lumière crue des néons, dans les odeurs d’essence et d’asphalte, quelques tables en plastique jaune délavé.
23h12. Ils sont quinze à se croiser, si on compte le cheval et le cadavre planqué à l’arrière d’un gros Hummer noir. Une minute encore, et tout bascule…
Adeline Dieudonné se joue des codes avec une irrésistible audace. Kérozène est drôle comme une comédie, tendu comme un thriller, mordant comme le réel
Shaun Bythell est libraire d’occasion en Écosse et voit passer toutes sortes de lecteurs… Ceux qui viennent acheter et ceux qui désirent vendre des livres. Plein d’humour il nous les détaille.
Petit traité du lecteur : un libraire raconte ce que le vôtre pense (peut-être) tout bas de Shaun Bythell
Car si chaque client est différent, leur libraire appartient au type des classificateurs. Et donc, à l’instar de Linné (mais avec beaucoup plus d’humour, ouf!), il nous propose ici sa classification des clients des librairies (qui ressemblent d’ailleurs fort à ceux des bibliothèques).
Et vous ? Quel client êtes-vous ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Quand on flâne entre les rayons, on oublie souvent que le libraire est là qui nous observe. Et quand l'un deux épingle nos bizarreries et nos manies d'une plume malicieuse, il peut en faire un joyeux jeu des sept familles, caustique et cocasse. Vous reconnaîtrez-vous dans un des lecteurs de ce savoureux recueil de portraits et d'anecdotes ?
Le soir de réveillon, toutes ses femmes sont là, mais Vittorio ne vient pas. Les femmes de de Caterina Bonvicini
Le livre, donnant la voix à chacune, dresse des portraits teintés de jalousies et de rancœurs, de regrets et d’incompréhensions.
Une construction sympa et bien menée qui, hélas tend à s’épuiser rapidement…
… pour un rebondissement final bienvenu mais qui m’a semblé un peu bricolé
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Milan. Le soir de Noël. La mère, la soeur, la femme, l'ex-femme, l'amante et les deux filles de Vittorio attendent en vain cet écrivain à la carrière déclinante. Une enquête pour disparition est ouverte. Au fil des mois, un nouvel équilibre vient régir les rapports entre ces femmes. Chacune des protagonistes narre son histoire avec l'absent
Chick-lit, pop-lit ou feel-good… difficile de coller une étiquette très claire sur ce portrait en miroir de deux femmes sur une terrasse. Deux femmes dont on suit les pensées, les envies, les frustrations, les bonheurs, les errances, les jalousies et les échecs…
Déjeuner en paix de Charlotte Gabris
C’est en tout cas absolument drôle, facile à lire et plus profond qu’une simple blagounette
Un brillant premier roman à la construction remarquable !
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Paris, une terrasse de café ensoleillée.
C'est l'heure du déjeuner, les gens font la queue. Les salades sont immangeables, une tasse de thé coûte huit euros, le personnel est abject. Mais les gens font la queue.
Une jeune provinciale est attablée, seule. À ses côtés, une Parisienne attend son amoureux qui tarde à la rejoindre.
Deux femmes qui n'ont a priori rien en commun. Si ce n'est que l'une et l'autre se regardent, se jaugent, se moquent.
Peut-on parler fort, ne jamais sourire, et porter un panier en osier avec autant d'assurance et d'aplomb ? se demande la première. Peut-on boire un verre de vin en trinquant... avec soi-même, et sembler heureuse malgré tout ? se demande la seconde.
Mais sont-elles si différentes ? Et qui sont-elles pour se juger si durement ?
Charlotte Gabris s'amuse ici de la rivalité féminine avec malice.
Et si nous essayions, nous aussi, de déjeuner en paix ?
C’est drôle et envolé et ça parle de destins de femmes
Culottées : des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent de Pénélope Bagieu
Plus encore, ça parle de femmes qui ont pris leurs destins en main et se sont affranchies de leurs maris, du « qu’en-dira-t-on », de la pression sociale, des lois ou de leurs propres barrières
On retrouve la femme à barbe, une sirène, une créatrice de trolls, Joséphine Baker et… Quinze femmes qui ont inventé leurs destinées
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Clémentine Delait
Femme à barbe
1865 - 1939
Clémentine est une petite fille très costaude.
Voilà qui est bien commode, pour donner un coup de main à ses parents fermiers vosgiens.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Guerrière apache ou sirène hollywoodienne, gardienne de phare ou créatrice de trolls, gynécologue ou impératrice, les Culottées ont fait voler en éclats les préjugés.
Quinze portraits de femmes qui ont inventé leur destin