Les chairs impatientes

Ces chairs impatientes se lisent d’une traite, en un seul souffle et laissent hagard, hébété. Avec des courts chapitres et dans un rythme halluciné, Marion Roucheux nous parle d’une passion adultère qui emporte tout.

Je pense aux filles qui vont me succéder, celles qui le feront jouir après moi et à qui il fera les mêmes choses qu'à moi, avec sa langue, ses doigts, son corps. Ça me rend presque heureuse, je suis excitée à l'idée de savoir qu'il peut prendre du plaisir loin de moi, en pensant à moi. Parce qu'il pense à moi, je le sais, comme je pense à lui quand je suis avec Antoine.
Je l'imagine avec cette fille qui ne me ressemble pas. Mes jambes, mon cou, ma nuque : tout ce qui fait que je suis moi, elle ne l'a pas, ça lui manque, mais il lui fait l'amour, et elle jouit, plusieurs fois, j'aime imaginer qu'il la fait jouir, qu'il jouit lui aussi.
Les chairs impatientes de Marion Roucheux
Pas de réflexion ni de recul. Le désir pur et la jouissance des corps.

Mais… Rien ne dure, n’est-ce pas ?

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Pieds nus dans la neige, je m'allume une cigarette chaque soir depuis que je suis ici. Je n'ai pas le droit de fumer, alors je sors en peignoir sur le balcon. Il a neigé toutes les nuits, le paysage est moulé dans un seul bloc silencieux, on discerne à peine les chalets sombres et leurs volets dentelés, la montagne n'est qu'une masse imposante derrière moi dont je ressens la densité.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Six mois après la naissance de son deuxième enfant, une jeune femme est admise en maison de repos au bord d'un lac de montagne. En retournant skier seule pour la première fois depuis longtemps, elle rencontre un homme qui va réveiller son corps.
Dans une langue poétique et crue, Les chairs impatientes racontent un certain désir féminin dévorant qui ne veut plus renoncer à rien et peut tout renverser sur son passage.

Une vie comme neuve

Voilà une bien curieuse vie comme neuve, qui m’a dérouté, intrigué et perdu sur de fausses pistes tant je ne savais pas où le Georges voulait amener ce guère sympathique Dudon qui, suite à un grave accident, trouve l’opportunité de commencer une toute nouvelle vie.

Tout se joua en un quart de seconde. Il avait dit, avec une fausse désinvolture, en glissant sur les syllabes : 
 ...j'étais seul dans l'auto...
Or ce n'était pas vrai. S'il n'avait pas mis Dudon en garde, celui-ci ne se serait peut-être aperçu de rien. Mais, depuis que Lacroix-Gibet était entré dans la chambre, il guettait ses mots un à un et ceux-là, justement parce que débités trop vite, trop légèrement, firent naître une image dans son esprit. Il n'était pas seul dans son auto. A côté de lui, Dudon en était sûr, très près de lui, se trouvait une femme qui portait un chapeau clair, probablement blanc, et que Dudon n'avait pas revue parmi les gens qui piétinaient autour de lui, tandis qu'il était étendu par terre. 
Il ne protesta pas, ne dit rien. Il eut seulement un sourire à la fois amusé et complice. Ce sourire n'échappa pas au conseiller municipal, qui garda un moment de silence.
Lorsqu'il ouvrit à nouveau la bouche, ce fut pour prononcer
 - Vous voyez ce que je veux dire ?
 - Je vois.
Une vie comme neuve de Georges Simenon

Mais peut-on changer de vie ? Nos anciens démons, nos culpabilités, nos vices et toutes nos petites pourritures peuvent-elles disparaître par enchantement ?

Un roman sur la force destructrice du clérical péché

Tous les romans durs de Simenon
73. Une vie comme neuve
72. Le temps d’Anaïs 74. Les frères Rico
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il s'attendait depuis si longtemps à une catastrophe et à une catastrophe survenant précisément à un moment comme celui-là qu'il fût sans terreur et pour ainsi dire sans surprise. S'il y eut un certain étonnement en lui, c'est qu'après avoir imaginé les événements les plus compliqués il se trouvait devant un fait divers banal, comme on en lit chaque jour dans les journaux.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Maurice Dudon, un étrange personnage qui mène une vie de cloporte, est renversé par une voiture. L'homme qui la conduisait l'installe à ses frais dans une clinique. Confié à Anne-Marie, une charmante infirmière qu'il épouse, il connaît un destin nouveau.

L’aîné des Ferchaux

Très librement inspirée par la réussite et la fortune des frères Tréchot, colons français au Congo, Simenon raconte la fin de vie peu glorieuse de Dieudonné Ferchaux, poursuivi par la justice française pour le meurtre de trois guides indigènes à la dynamite. Une fuite en Amérique du Sud racontée par son secrétaire, Michel Maudet.

Impossible de tirer un coup de revolver sans alerter les Vuolto qui couchaient à l'étage en dessous.
Le poison aurait été le plus facile, mais Maudet n'y connaissait rien. Si le vieux allait råler et souffrir pendant des heures ? Et où se procurer du poison sans donner l'éveil ou sans risquer, après coup, d'être identifié ?
Non, il n'y avait pas à y échapper, il le savait: il fallait tuer salement, avec ses mains, avec un objet quelconque, un couteau ou un marteau.
Et c'était cela, c'était la pensée du geste à faire qui mettait à tout moment son organisme en déroute.
Or, personne ne s'en aperçut. Vingt fois, cinquante fois il fut tenté de boire, et chaque fois il résista, se contenta d'avaler un peu d'eau pour humecter sa gorge sèche.
Comme par hasard, le vieux dicta jusqu'à midi passé. Parfois, tandis qu'il fermait les yeux pour fouiller dans sa mémoire, Michel laissait tomber sur lui un froid regard par lequel il semblait le mesurer.
Et c'était presque cela, en effet, car Michel pensait aux trois nègres et à la cartouche de dynamite.
L’aîné des Ferchaux de Georges Simenon
Un roman glauque et sale, misérable. Deux hommes liés par un pacte tacite qui se délite inexorablement pour ne laisser que rancune et haine larvée dans une interdépendance malsaine

Adapté au cinéma par Jean-Pierre Melville avec Jean-Paul Belmondo, Charles Vanel, Stefania Sandrelli et Michèle Mercier
Tous les romans durs de Simenon
50. L’aîné des Ferchaux
49. Le rapport du gendarme 51. La fenêtre des Rouet
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le train s'ébranlait d'une secousse brutale et Maudet, interrompu dans sa course, était collé, l'espace d'une seconde, contre la cloison du couloir, près de l'accordéon noir d'un soufflet. Alors, la viscosité de cette cloison, qui semblait suer gras et froid par une nuit pluvieuse d'octobre, lui entra dans les doigts, dans la peau, dans la mémoire; elle devait à tout jamais s'associer pour lui à la notion de train de nuit.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dieudonné Ferchaux, vieil homme tyrannique, engage comme secrétaire Michel Maudet, un garçon famélique et avide de vivre. Entre les deux hommes se tissent des liens étroits et ambigus où se mêlent haine et admiration. Traqués par la police, ils fuient à travers l'Amérique du Sud...

Sangliers

Sangliers nous fait passer de l’autre côté du miroir d’une jeune maquilleuse, candide instagrameuse beauté.

Sangliers de Lisa Blumen
Et si les images sont d’un exaspérant rose bonbon elle soulignent parfaitement le propos. Une image lisse, joyeuse aux pastels paradisiaques maquillant une réalité bien moins glam’

Une très belle réussite

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Bonjour, ça va ? Vous pouvez signer ici, comme d'habitude.
Merci !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Nina est maquilleuse professionnelle, mais c'est son activité d'influenceuse beauté qui l'occupe principalement. Son quotidien est rythmé par la création de tutoriels pour les réseaux sociaux. Elle aime son métier, et c'est avec le pseudo NINA MAKEUP qu'elle s'y investit avec ferveur. Mais pour exister dans ce monde du paraître, elle se doit d'être productive et Nina s'enferme dans une routine qui la pousse à la solitude. Son exposition médiatique ne lui apporte que désillusion et elle est victime de harcèlement. Son agent lui met la pression, sa famille ne la comprend pas, un partenariat commercial menace son éthique et le plus angoissant : un inconnu rôde autour de chez elle. La réalité se mélange à l'existence numérique et floute les frontières de la raison, créant la figure d'un sanglier chimérique.

Après une incursion remarquée dans la science-fiction (Avant l'oubli et Astra Nova), Lisa Blumen reprend ses feutres à alcool pour donner cours à un thriller psychologique qui matérialise des réflexions sur la marchandisation de la beauté féminine et le sexisme ordinaire. Le personnage principal lutte contre un ennemi à la fois invisible et omniprésent : la superficialité que l'on attend d'elle. En exposant l'envers du décor, Sangliers met en scène une figure contemporaine on ne peut plus controversée, mais finalement trop peu exploitée dans la fiction, l'influenceur.euse.

L’horloger d’Everton

Un homme a élevé son fils seul. Un soir, le fils n’est pas rentré.

Il se conduisait un peu comme certains malades qui ont si peur de déclencher une crise qu'ils vivent au ralenti, avec des mouvements prudents, ne parlant que d'une voix éteinte. Au fond, il n'avait pas été surpris par la vue des deux policiers. Il n'avait pas cru sérieusement non plus que Ben avait eu un accident. D'ailleurs, s'il s'était agi d'un accident, ils le lui auraient dit tout de suite. Depuis qu'il était revenu la veille dans l'appartement vide, il savait que c'était plus grave et il rentrait les épaules pour donner moins de prise au destin. Peu importait ce qui était arrivé, il lui fallait protéger son fils. Jamais il n'avait senti aussi nettement, aussi charnellement, le lien qui existait entre eux. Ce n'était pas une autre personne qui était en détresse quelque part, Dieu sait où — c'était une partie de lui-même.
L’horloger d’Everton de Georges Simenon
Simenon raconte un père dans la détresse, de n’avoir rien vu venir, désemparé de ne pouvoir aider, démuni face à l’irréparable.

Avec une grande empathie, Simenon tente de décrire le désarroi et l’amour inconditionnel d’un parent

Adapté au cinéma par Bertrand Tavernier en 1974 (L’horloger de Saint Paul) avec Philippe Noiret et Jean Rochefort
Tous les romans durs de Simenon
82. L’horloger d’Everton
81. Le grand Bob 83. La boule noire
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Jusque minuit, voire jusqu'à une heure du matin, il suivit la routine de tous les soirs, ou plus exactement des samedis, qui étaient un peu différents des autres jours.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La fugue, la délinquance, le meurtre : en quelques jours, pour une amourette avec une fille de son âge, Ben Galloway, à seize ans, a commis l'irréparable. C'est dans la prison d'Indianapolis que son père, Dave, modeste horloger d'un village de l'Etat de New York, le retrouve. Mais le garçon se mure dans un silence hostile que n'entameront ni le procès, ni la condamnation à la prison perpétuelle. Comment ce fils qu'il a élevé seul a-t-il pu devenir à ce point un étranger ? Qu'adviendra-t-il de l'enfant qui naîtra de la brève union de Ben et de Lilian ?
Un roman poignant aux résonances dramatiquement actuelles, dont s'est inspiré Bertrand Tavernier pour son film L’Horloger de Saint-Paul.

Karl

C’est beau, tendre, délicat, subtil. Carton plein pour Karl !

Et quelles sont tes autres compétences ? 
Eh bien, en tant que « life companion » je sais faire le café, le ménage, entretenir une maison ou un jardin... 
Faire une lessive en séparant bien les textiles délicats, changer une ampoule, réparer un robinet qui fuit... Cuisiner...
J'ai de multiples recettes dans ma base de données et je peux en télécharger d'autres. La recette préférée de votre père était la tarte au citron meringuée…
OK, OK, Karl... Tu as de nombreuses cordes à ton arc, maintenant je te propose de rester silencieux jusqu'à notre arrivée.
Comme vous voudrez.
Karl de Cyril Bonin
Le dessin (et ses chaudes palettes de couleurs) de Cyril Bonin est tout à fait remarquable, il est immédiatement identifiable et plus encore aujourd’hui où la majorité des bandes dessinées sont réalisées numériquement. Le traitement de l’histoire également. Un déroulement qui prend son temps, un univers poétique, un équilibre fin entre textes et images, entre dit et non-dit.

Une histoire de robot pleine d’humanité

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
J'espère que vous avez été satisfaite de nos services, Mlle Brooks. Votre père avait déjà pris des dispositions et nous nous sommes efforcés de la respecter.
C'était très bien. Merci.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Charles Brooks, riche banquier fantasque, meurt dans un accident de voiture aux circonstances troubles. Sa fille, Magda qui ne l’a pas vu depuis près de dix ans, hérite de sa vaste demeure.
Alors qu’elle ouvre une à une toutes les pièces de la maison elle découvre, glissé dans une housse, un robot bleu acier mis en veille…

C’est Karl, l’androïde-majordome de son père disparu.
Pour Magda, qui préfère les relations humaines aux technologies, Karl n’est qu’un objet froid. Que va-t-il lui révéler quand elle décide de le rallumer… ?

Fables bucoliques autogérées

C’est un genre d’humour que j’affectionne tout particulièrement. En plus, ici, c’est souvent franchement très drôle !

À leur naissance, les baleineaux, les nouveau-nés de la baleine bleue, pèsent environ deux tonnes et demie pour une longueur de sept mètres. 
Ce sont les plus gros bébés de la planète, juste après les hommes blancs cis hétéros qui se sentent opprimés. 

En grandissant, les adultes, et plus précisément les adultes femelles, atteignent en moyenne les 130 tonnes et les 26 mètres de long. 
Cela fait d'eux les plus gros lourds du règne animal, juste après les oncles qui blaguent sur la transidentité ou le véganisme à chaque Noël.

Tous leurs organes sont énormes, comme l'anus, qui peut atteindre les 50 centimètres, et les intestins qui peuvent libérer jusqu'à 200 litres d'excréments.
Ce sont donc les plus gros trous du cul et les plus gros tas de merde existants, juste après les racistes et les fascistes. 
Prooooot !
Fables bucoliques autogérées de Popolitique
Une bande dessinée qui n’est pas sans rappeler le Petit traité d’écologie sauvage d’Alessandro Pignocchi et ses sublimes aquarelles. Certes, ici, pas de dessins au style aussi impressionnant, mais des comptines bien affirmées et un rythme rapide. Un vrai bonheur.

Un album activiste parfois inégal mais dont certaines pages méritent amplement d’être sauvées de l’autodafé par ce pauvre colibri

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Un jour, la catastrophe arriva. Un immense incendie s'était déclaré dans la vieille forêt.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Les Fables bucoliques autogérées invitent à imaginer ce qu'il se produirait si tout ce qui constitue le vivant, les animaux, les plantes, se mettait à réfléchir, parler et se comporter comme les êtres humains.

Des planctons imaginent en quel plastique ou hydrocarbure ils seront transformés. Des loups déconstruisent le mythe du mâle alpha. Des poules se mettent à penser que c'était mieux avant, quand elles étaient de gros dinosaures. Et les fourmis sont bien entendu marxistes et rêvent du grand soir. À travers ces fables, tous ces êtres vivants deviennent enfin des acteurs politiques, au sens large.

La porte

Dans ce huis-clos malsain, un homme imagine, fantasme, jalouse…

 - A ta jalousie?
 - A toi... A moi... Je t'aime et je suis jaloux... Ne m'interromps pas... Ce que je dis est la vérité et elle n'est pas aussi belle que je le voudrais... Même si je ne t'aimais pas, mais que tu sois ma femme, je serais jaloux et je souffrirais... Tu com-prends ça ?
 - Peut-être. Tu as beaucoup souffert avec moi ?
 - Par moments... Ça vient, puis ça passe, et alors je suis parfaitement heureux... J'ai eu envie de dire follement heureux, car il y a des jours, quand je te vois descendre de l'autobus, où je me mettrais à crier de bonheur... Dès l'âge de quatorze ans, j'avais le désir du mariage, d'une femme à moi, d'un petit monde dont je serais...
Il hésitait.
 - Tu vois que ce n'est pas beau!... Un monde dont je serais le centre, dont je serais le maître... Pas tellement pour commander... Pour me sentir le plus fort... Je pensais à une femme qui aurait besoin de moi, qui n'aurait rien d'autre au monde, que je devrais protéger et rendre heureuse...
 - Tu m'as rendue heureuse...
La porte de Georges Simenon
Que se passe-t-il derrière la porte du voisin quand sa femme y pénètre ?

Un homme devient fou et emporte sa femme dans sa folie

Tous les romans durs de Simenon
100. La porte
99. Les autres 101. Les anneaux de Bicêtre
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Comme dans beaucoup de vieilles maisons du quartier, les fenêtres, hautes et étroites, descendaient jusqu'à trente centimètres du plancher et des arabesques en fer forgé supportaient la barre d'appui. C'est à travers ces arabesques que Foy, de sa chaise, suivait plus ou moins consciemment les allées et venues de la rue. Il fronça les sourcils quand il vit la petite auto bleue du Dr Aubonne tourner l'angle de la rue des Francs-Bourgeois, s'engager dans la rue de Turenne et, traversant la chaussée en oblique, s'arrêter derrière le camion de la papeterie Herbiveaux.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un début de juillet. Dans leur appartement de la rue de Turenne, Bernard et Nelly Foy coulent une existence paisible et monotone, lui retrouvant grâce à des prothèses un semblant d'activité qui lui permet de peindre des abat-jour et de vaquer aux menus soins du ménage, elle travaillant au-dehors dans une importante maison de passementerie.

Le beurre de Manako

Si vous avez un petit souci de cholestérol, n’ouvrez surtout pas ce livre. Même la couverture risquerait de vous le faire grimper. Le titre ne trompe pas.

Je vais vous faire un aveu. On a beau me voir comme une croqueuse d'hommes, je ne suis pas de ces femmes vulgaires qui ne pensent qu'à la chose. Disons plutôt que je hais les femmes, tout simplement.
Le beurre de Manako de Asako Yuzuki, trad. de Mathilde Tamae-Bouhon
Car derrière une histoire de tueuse en série manipulatrice, se cache une histoire gastronomique à la française en plein cœur du Japon. Joël Robuchon devrait valider sans hésitation !L'acidité du vinaigre met en valeur l'onctuosité de la sauce au beurre blanc accompagnant l'oursin. La chair tiède fond sur la langue pour former une crème aux saveurs marines et se mêler au flan, dont elle partage la consistance, et où se fait encore sentir le goût du jaune d'œuf.Une enquête menée par une journaliste gourmande et fascinée qui dévoile un pays patriarcal avec toutes les injonctions et inégalités qui pèsent sur les femmes

Délicieux, mais un poil écœurant… doublement

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Les étroites habitations aux façades écrues s'étirent à perte de vue le long des collines en pente douce.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le quotidien de Rika, jeune journaliste ambitieuse mais surmenée, est bouleversé quand elle rencontre Manako, une femme accusée d’avoir assassiné trois de ses amants.

Pleine d’assurance, Manako ne cache pas son amour pour la cuisine somptueuse grâce à laquelle elle a su garder ses hommes. Rika veut à tout prix l’interviewer, et Manako y consent à condition que celle-ci se plie à ses demandes culinaires. Fascinée par ce personnage, Rika accepte. Mais en changeant de régime alimentaire, elle gagne quelques kilos et pour la première fois, subit le regard des autres.

Entre emprise et velléités d’indépendance, Rika va mener son enquête sur le passé trouble de Manako, tout en prenant conscience des injonctions de la société à l’endroit des femmes.

Inspiré d’un fait divers qui a défrayé la chronique, Le beurre de Manako est un roman délicieux saupoudré de tension psychologique et un portrait panoramique du Japon contemporain.

La prison

La prison est un roman dur qui entre directement dans l’action, sans (presque) laisser la météo ou l’ambiance imprégner le déroulement futur. C’est plutôt rare chez Simenon et cela lui donne une puissance que bien d’autres n’ont pas.

Heureusement qu'on frappait à la porte. Ils se levaient tous les trois, le greffier seul restant vissé à sa chaise. Chaton entrait, entre deux gardes qui refermaient la porte au nez des photographes et qui lui retiraient les menottes.
 ─ Vous pouvez attendre dehors.
Ils n'étaient pas à plus de deux mètres l'un de l'autre. Elle portait son tailleur vert pâle, un chemisier à fines broderies et, sur ses cheveux bruns, une curieuse calotte du même tissu que le costume.
 ─ Veuillez vous asseoir.
C'était le juge d'instruction qu'elle avait regardé le premier, puis l'avocat. Enfin, son regard s'était posé sur le visage de son mari.
Il sembla à Alain que plusieurs expressions passaient tour à tour, très vite, dans les yeux de sa femme, d'abord de la surprise, peut-être de le voir les traits durcis, le regard fixe, puis un rien d'ironie, il en était sûr, un rien d'affection aussi, ou de camaraderie..
Elle murmura, avant de saisir le dossier d'une chaise :
 ─ Je m'excuse de t'attirer tous ces ennuis.
Il ne broncha pas, ne trouva rien à dire et s'assit, avec seulement, entre eux, l'avocat qui se tenait en retrait.
La prison de Georges Simenon
Le glauque et le pesant vont arriver pourtant bien rapidement.

Et si la fin ne m’a pas vraiment convaincu, le rythme et les personnages libèrent cette prison pour en faire un petit roman bien enlevé

Tous les romans durs de Simenon
111. La prison
110. La main 112. Il y a encore des noisetiers
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Combien de mois, d’années, faut-il pour faire d’un enfant un adolescent, d’un adolescent un homme ? À quel moment peut-on affirmer que cette mutation a eu lieu ? Il n’existe pas, comme pour les études, de proclamation solennelle, pas de distribution de prix, pas de diplôme. Alain Poitaud, à trente-deux ans, ne mit que quelques heures, peut-être quelques minutes, pour cesser d’être l’homme qu’il avait été jusqu’alors et pour en devenir un autre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La police annonce à Alain Poitaud que Jacqueline, sa femme, vient de tirer sur sa propre sœur, Adrienne, et l'a tuée. Pourquoi ? Alain et Jacqueline, mariés depuis sept ans et parents d'un petit garçon qui est élevé dans leur maison de campagne, mènent une vie trépidante : elle, en tant que journaliste, lui, à la tête d'un magazine illustré à gros succès. Leur vie, très mondaine, ne leur laisse guère d'intimité, sans que, apparemment, leur entente en souffre.