Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Albert, Francis et Edouard sont en vacances dans les maisons de leurs parents au bord de mer.
Sous les galets la plage de Pascal Rabaté
Et Albert qui doit entrer à l’école militaire tombe amoureux d’Odette… Mais ce ne sera pas si simple.
Un dessin simple et efficace avec des pastels et des aplats qui rendent parfaitement l’ambiance du sortir de guerre pour une romance compliquée et des petits truands pas trop méchants
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) 18e Brocante de Kertudy
25 Frs pour cette sculpture Baoulé. Un souvenir des colonies à ce prix là, c'est donné.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Station balnéaire de Loctudy, septembre 1963. Albert, Francis et Édouard, issus de familles bourgeoises, comptent profiter des vacances pour vivre de nouvelles expériences. Un soir, alors qu'ils rencontrent une certaine Odette, celle-ci leur demande de participer aux cambriolages des résidences alentour. Follement épris de la jeune femme, Albert est prêt à tout pour lui prouver ses sentiments
Avec une époustouflante (si, si !) première page que seule la bande dessinée peut offrir, Catherine Meurisse nous emporte avec elle au pays de son enfance.
Les grands espaces de Catherine Meurisse
Alors qu’elle est encore toute petite, ces parents déménagent en campagne dans une vielle ferme à moitié détruite. Une ruine, quoi.
Elle raconte la nature, les objets, les gens, les paysans et le Roundup, les fleurs et la poésie des arbres, la magie de la nature, l’émerveillement de l’enfance.
Et c’est très chou !
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) «Les filles, la campagne sera votre chance», ont dit les parents. Catherine Meurisse a donc passé son enfance au grand air. Sous ses yeux, un chantier : une vieille maison à rénover, des arbres à planter, un jardin à créer. Des rêves à cultiver. On laboure, on bouture, on plante un rosier provenant de chez Montaigne, un figuier de chez Rabelais. On observe le tumulte du monde - les mutations de l'agriculture, la périurbanisation du monde rural...
Avec l'humour qu'on lui connaît, Catherine Meurisse compose un poème malicieux dédié à la campagne, où a germé sa vocation de dessinatrice. Les Grands Espaces, comme La Légèreté, son précédent album, l'attestent : la nature et l'art - tout ce qui pousse, tout ce qui vit envers et contre tout - seront une chance
Une très bonne BD noire, avec des truands testostéronés, du sexe, des coups et des gueules cassées, des flingues et des entourloupes. Un graphisme magnifique en noir et blanc rehaussé par du rouge avec un grand talent. Comme un hommage soigné au genre, tant pour le dessin – avec des femmes courbes et des hommes à la mâchoire d’enclume – que pour le scénar un peu ridicule et caricatural.
Noir burlesque de Enrico Marini
Slick vient payer ses dettes à New-York après un séjour en Europe.
Mais voilà, ce n’est que le premier tome. Quelle déception lorsque je suis arrivé à la fin qui n’en était pas une. Il faudra patienter. Dommage !
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Années 1950, États-Unis. Slick travaille pour Rex, un boss de la mafia irlandaise qui tient un cabaret. A la suite d'un vol raté, leur partenariat est annulé et Slick devient un homme à abattre. Pour ne rien arranger, ce loup solitaire est aussi l'ancien amant de Caprice, la fiancée de Rex, et malgré les années, ils sont toujours irrémédiablement attirés l'un par l'autre
Quelles phrases géniales, quelles envolées mémorables ! Chaque début de chapitre est travaillé, ciselé et millimétré, ciblé et percutant ! La première page est à elle seule un chef d’oeuvre !
Ce prochain amour de Nora Benalia
L’histoire d’une femme qui s’est abandonnée à son couple et qui, finalement (trop tardivement ?), a décidé de reprendre sa vie. Mais est-ce possible encore, où sont les hommes et qui sont-ils réellement, quelles sont les règles ?
Une dénonciation (et une démonstration) du patriarcat, de la violence, de la difficulté de sortir des schémas imposés et du manque de couilles de la moitié de la population (qui était pourtant celle qui devrait en avoir)
Un livre avec malgré tout certaines longueurs et une certaine confusion dans la seconde partie à laquelle j’ai moins accroché
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La narratrice a renoncé à son métier, élevé seule ses trois enfants et été menacée de mort par leur père. Refusant de se laisser abattre, poussée par la rage, elle se bat au quotidien, bien décidée à obtenir vengeance
L’histoire d’une adolescente de treize ans dans un collège catholique qui raconte son obsession pour les garçons.
Le goût des garçons de Joy Majdalani
Au début, tout est imaginé, imprécis, interdit mais terriblement attirant et inaccessible. Il faut alors nouer des alliances avec des amies (qui le restent rarement longtemps), subir les trahisons et les effets de groupe, intriguer pour soulever un peu le voile, comploter pour découvrir… tout est permis car seul compte le but à atteindre. Réussir à séduire et à capter le regard, l’attention de celui qui osera.
Fantasmes de bites, de caresses, de langues, de fluides, de désirs, toucher, voir et goûter. C’est frais et ça sonne très juste, c’en est très drôle et touchant. Un livre qui crie : je veux !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le corps des filles
Je vous parle de ces filles qui m'ont donné le goût des garçons.
Au fond de notre classe de 5e, près du radiateur, des fenêtres, somnolent les Dangereuses Soumaya, Ingrid et leur bande.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Elles sont «de bonne famille», «bien élevées». Collégiennes dans un établissement «strict». Elles n'ont que le désir en tête.
La narratrice, qui a treize ans, rêve des garçons, de leur sexe, de faire l'amour avec eux. Elle s'allie à la terrible Bruna, rivale et confidente, qui sait dénicher sur Internet des garçons avec qui s'adonner à des conversations téléphoniques interdites. Bruna lui tend un piège, où elle tombe avec naïveté. Qu'importent les fâcheux qui la traitent de putain ! Il lui faut goûter, goûter aux garçons.
Légendes, ragots, ignorances, peurs, élans, embûches, alliances, traîtrises, téléphone, Internet, tout tourne autour des garçons et de leur corps mystérieux dans un mélange de crainte, de fantasmes et de romantisme. Cru et délicat, dévoilant les candeurs comme les cruautés, voici un premier roman d'une véracité implacable
Brut, violent et au style irréprochable, ce livre est un diamant forgé par les pires excréments possibles. Un père violent et manipulateur se réjouissant de sa propre cruauté et jouissant des douleurs infligées.
Chienne de Marie-Pier Lafontaine
Deux filles à sa merci sous l’oeil complaisant d’une femme victime et complice par défaut, se contentant de la promesse d’absence d’inceste.
Un livre qui n’est pas sans rappeler la violence de Claustria de Régis Jauffret ou du syndrome du varan de Justine Niogret.
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je dissimulais mes désirs dans des textes de fiction, enfant. Deux sœurs en fugue. Pourchassées par un monstre à deux têtes. Elles s'enfuyaient dans de sombres forêts. S'armaient de branches, de bâtons. Aujourd'hui, je ne cache plus mes désirs. Je voudrais que ce texte décime ma famille entière.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Un homme soumet ses deux filles à toutes les brimades et les humiliations. Les tenir en laisse, les forcer à marcher à quatre pattes, les frapper avec des objets, leur promettre d'abuser d'elles, un jour... Sans que la mère s'interpose jamais. Viol suspendu, inceste latent. Personne ne s'étonnera si l'une d'entre elles, devenue adulte, finit par mordre.
Chienne est l'histoire de cette jeune femme en morceaux qui, s'appuyant sur les pouvoirs de la littérature, se bat pour retrouver un corps et une parole
Livre mythique dont la trame inspira Apocalypse Now, j’ai plutôt eu la surprise de lire un conte métaphorique sur les tréfonds de l’âme humaine alors que je m’attendais à n’y trouver qu’une dénonciation de la violence coloniale au Congo.
Le coeur des ténèbres de Joseph Conrad
Certes, la colonisation y est dépeinte pour la saloperie qu’elle était et sert de trame à cette remontée du fleuve. Mais on pourrait presque y lire que Conrad voyait ces ténèbres comme celles qui se trouvent au fond de chacun de nous, que cette jungle n’est que notre âme (notre coeur) lorsque nous plongeons dans nos tréfonds
Aucune considération pratique ne venait interrompre le flot magique des phrases, sauf à voir dans l’espèce de note au bas de la dernière page, gribouillée d’une écriture tremblante et, de toute évidence, beaucoup plus tard, l’exposé d’une méthode. Elle était très simple et, venant après cet appel à toutes les formes d’altruisme, elle vous brûlait, lumineuse et terrifiante, comme un éclair dans un ciel serein: « Exterminez-moi toutes ces brutes ! »
Un livre à nombreuses facettes permettant foule d’interprétations et qui mérite amplement de multiples lectures
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le yawl de croisière Nellie rappela sur son ancre sans un frémissement des voiles et s'immobilisa. La marée était étale, le vent presque tombé et, comme nous devions descendre le fleuve, la seule possibilité était de s'embosser et d'attendre le reflux.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Le cœur des ténèbres s'inspire d'un épisode de la vie de Conrad, en 1890, dans l'État libre du Congo mis en coupe réglée au profit de Léopold II. De cette expérience amère, l'écrivain a tiré un récit enchâssé dont chaque élément, à la façon des poupées russes, dissimule une autre réalité : la Tamise annonce le Congo, le yawl de croisière la Nellie le vapeur cabossé de Marlow, lui-même truchement de Conrad. Ces changements d'identité sont favorisés par les éclairages instables du coucher du soleil ou par le brouillard qui modifie tous les repères et dont émerge Kurtz. Présenté par de nombreux personnages bien avant d'entrer en scène, celui-ci fait voler en éclats toutes les définitions et finit par incarner le cœur énigmatique des ténèbres : le lieu où se rencontrent l'abjection la plus absolue et l'idéalisme le plus haut
Ce qui commence bien gentiment finit dans une débauche de sexe, de foutre et de jouissances.
Les exploits d’un jeune Don Juan de Guillaume Apollinaire
Avec des fluides, du goût, des odeurs, du poil, du ferme et du gras.
Dispensable, même s’il m’a tiré parfois un sourire au coin d’une page
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Les jours d'été étaient revenus, ma mère s'était rendue à la campagne dans une propriété qui nous appartenait depuis peu.
Mon père était resté à la ville pour s'occuper de ses affaires. II regrettait d'avoir acheté cette propriété sur les instances de ma mère :
─ C'est toi qui as voulu cette maison de campagne, disait-il, vas-y si tu veux, mais ne me force pas à y aller. D'ailleurs, tu peux être certaine, ma chère Anna, que je vais la revendre dès que l'occasion s'en présentera.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Le jeune Roger ne rêve que de filles et de femmes, de séduction, d'abandons et d'étreintes, d'odeurs et de formes abondantes... Rapidement déniaisé, l'adolescent embrasse, caresse et séduit tout ce qui porte jupon, ne reculant devant aucun fantasme ni aucune perversion pour assouvir ses désirs et parfaire son apprentissage amoureux.
Un roman d'initiation amoureuse et sexuelle, à la fois drôle et provocant, par l'un des plus grands poètes du XXe siècle
En partant de l’abandon de Rose par sa mère qui lui demande de ne pas la rechercher, Alexia Stresi tisse une histoire aux multiples fils qu’elle démêle avec brio.
Abandon, raison d’état, colonialisme, infanticide, enquête policière, recherche de l’identité ou racisme… autant de facettes qui sembleraient impossibles à réunir en 280 pages sans aboutir à une soupe informe. Et pourtant, le résultat est fluide, cohérent et réussi à toucher au plus près de l’intime.
Batailles de Alexia Stresi
Saloperie de raison d’état et de l’inhumanité des fonctionnaires dociles et obéissants !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Ça s'était arrêté net.
Rose n'y repense pas souvent, le moins possible.
Mais chaque année, à la même saison, une date l'y oblige.
Contrainte de replonger.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Il y a un avant, et un après, dans la vie de Rose.
Tout a basculé quand elle avait vingt-sept ans. Le jour où sa mère a manqué à l'appel. Brigitte n'a laissé que trois phrases en partant, dont une terrible : « Rose chérie, si tu m'aimes autant que je t'aime, ne me cherche pas. » Elle a aussi écrit qu'elle reviendrait très vite. Cela fait dix ans.
Aujourd'hui, Rose va mieux. Mais un fait-divers au scénario glaçant secoue la France, et l'ébranle. Elle comprend qu'elle doit désobéir à sa mère et partir à sa recherche.
Batailles nous entraîne avec virtuosité dans une troublante quête des origines
Un boomer au pays du wokisme des réseaux sociaux, au milieu des haters, fachos, ultras, blessés et des trolls anonymes !
Le voyant d’Étampes de Abel Quentin
Une crucifixion (ne pas parler de lynchage) du bien maladroit Jean Roscoff – historien à la retraite, divorcé et alcoolique tentant de renaître tel un Phénix grâce à une biographie d’un poète noir américain (africain-américain, donc). Une histoire qui pourrait faire penser à La tache de Philip Roth s’il l’avait écrite à l’époque de Twitter.
La dégringolade d’un ancien militant gauchiste ex-touche-pas-à-mon-pote un peu radoteur enchaînant les bourdes dans un univers dont il ne maîtrise plus les codes.
Une cabale très instructive et bien foutue permettant de mieux saisir les nouveaux ressorts des polémiques et la non communicabilité des différents points de vue. Qui crie le plus fort ?
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) « Nous sommes tous des enfants d'immigrés »... Ça veut dire quoi, ça ? Vous pensez vraiment que vous pouvez ressentir le dixième de ce que ressent un immigré ? Vous ne pensez pas qu'il était temps de les laisser parler, les « enfants d'immigrés » ? De ne plus confisquer leur voix ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « J'allais conjurer le sort, le mauvais œil qui me collait le train depuis près de trente ans. Le Voyant d'Etampes serait ma renaissance et le premier jour de ma nouvelle vie. J'allais recaver une dernière fois, me refaire sur un registre plus confidentiel, mais moins dangereux. »
Universitaire alcoolique et fraîchement retraité, Jean Roscoff se lance dans l'écriture d'un livre pour se remettre en selle : Le voyant d'Étampes, essai sur un poète américain méconnu qui se tua au volant dans l'Essonne, au début des années 60.
A priori, pas de quoi déchaîner la critique. Mais si son sujet était piégé ?
Abel Quentin raconte la chute d'un antihéros roman tique et cynique, à l'ère des réseaux sociaux et des dérives identitaires. Et dresse, avec un humour délicieusement acide, le portrait d'une génération