Les Pitard

De nombreux Simenon se passent sur mer ou le long les canaux qui semble avoir été fasciné par ce monde. Les Pitard, c’est l’histoire d’un marin, son bateau et sa femme. La grosse mer et un naufrage. Naufrage d’un couple, d’un bateau ou des deux ?

Le signal du jour qui allait naître, ce fut, à bord du Tonnerre-de-Dieu, la distribution de café noir dans les quarts en fer-blanc, sauf pour les officiers à qui un Campois fantomatique apporta des bols.
 - Sors une bouteille de rhum et sers une tournée générale, dit Lannec en épiant d'un œil maussade le ciel qui pâlissait.
Il faisait plus froid que la nuit, un froid humide et pénétrant et tout le monde avait les yeux rougis par la fatigue. La mer ne s'apaisait pas, au contraire, et à mesure que la grisaille de l'aube permettait d'en voir davantage du Françoise, les visages se renfrognaient.
Le spectacle du chalutier désemparé était sinistre. Amputé de sa cheminée et de sa cabine, il n'avait plus physionomie de bateau et d'ailleurs, depuis longtemps, il ne réagissait plus en bateau.
Les Pitard de Georges Simenon
Un roman fascinant par sa montée en puissance et le déchaînement au paroxysme de la tension.

Une violente tourmente en pleine mer

Tous les romans durs de Simenon
13. Les Pitard
12. Les clients d’Avrenos 14. 45° à l’ombre
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le Journal de Rouen publiait à la rubrique « Mouvement du Port » : « Sortis : Le Tonnerre-de-Dieu, commandant Lannec, pour Hambourg, avec 500 tonnes de divers... »


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Ne fais pas trop le malin. Quelqu'un qui sait ce qu'il dit t'annonce que le Tonnerre de Dieu n'arrivera pas à bon port. Ce quelqu'un a bien l'honneur de te saluer et de dire le bonjour à Mathilde. »
Qui a bien pu écrire ces lignes couchées sur une feuille de mauvais papier qu'Émile vient de trouver dans sa cabine ? Qui ose lui gâcher son plaisir alors qu'il vient tout juste d'acheter son cargo après des années de labeur ? Et pourquoi mentionner Mathilde, son épouse ? Comment expliquer qu'Émile se sente à ce point surveillé alors que rien ne va comme prévu ?... Un farceur sûrement... Oui, c'est cela, un farceur... Mais de la farce au drame, il n'y a parfois qu'un pas...

La cage de verre

Émile n’aime pas les gens et les fuit autant que possible. Il a épousé une veuve, pas trop belle et discrète qu’il évite – autant que possible – de toucher. Au boulot, idem. Correcteur dans une imprimerie, il s’enferme dans sa cage de verre pour travailler seul.

Des bribes de passé, comme ça, au hasard des pensées d'une femme âgée. Le père écoutait, à califourchon sur sa chaise à fond de paille.
 - Cela ne t'use pas de vivre à Paris? Il y a longtemps que je n'y suis pas allée mais il paraît que la vie est devenue infernale... Et toutes ces bagarres avec la police!... Ton quartier est tranquille, au moins?
 - Oui.
Il fallut manger de la tarte aux abricots. Émile n'en avait pas envie. Il fit ce sacrifice. Quand ils partirent, il n'en pouvait plus et il se promettait, comme il l'avait fait précédemment, de ne plus revenir.
Le soleil baignait la cour aux murs d'un jaune clair et pourtant il se sentait imprégné de grisaille. C'était comme s'il respirait la poussière d'un passé qu'il n'aimait pas.
Qu'est-ce qu'il aimait, en définitive ? Il aurait eu de la peine à répondre. Jeanne ? C'était pratique de vivre avec elle. Il s'y était habitué. Il serait ennuyé si elle mourait.
La cage de verre de Georges Simenon
Mais la vie va se charger de lui jeter bien des encombrants sur son chemin. À commencer par sa sœur et son beau-frère volage en pleine crise, puis, sa jeune voisine, insouciante et… fort envahissante.

Une plongée un peu glauque et pourtant fascinante dans les méandres émotionnelles fort perturbées d’un misanthrope apathique

Tous les romans durs de Simenon
115. La cage de verre
114. Le riche homme 116. La disparition d’Odile
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le bruit saccadé de la machine à écrire le réveilla et il vit, comme d'habitude, les draps pâles du lit de sa femme de l'autre côté de la table de nuit.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Emile Virieu est correcteur d'imprimerie à Paris. Il est venu d'Etampes, après son baccalauréat, a exercé quelques emplois médiocres et a fini par trouver dans la cage de verre, où il est enfermé avec ses jeux d'épreuves à longueur de journée, le lieu clos qui lui procure la sécurité dans l'éloignement de ses semblables.

Pour échapper à la vie d'hôtel, il a épousé, sans véritable amour, une jeune veuve de trois ans son aînée qu'il a connue comme dactylo à l'imprimerie. Après le mariage, Jeanne travaille à domicile en devenant traductrice pour une maison d'édition.

La monotonie de cette vie calme et plate, sans autres événements qu'un voyage de vacances en Italie et l'achat d'un jeune chien, est interrompue par l'ébranlement du ménage de Géraldine, sœur d'Emile, fixée depuis longtemps à Paris. Son mari, Fernand Lamarck, est un homme débrouillard et exubérant. Un jour, il s'éprend d'une jeune fille qu'il entend épouser après un divorce auquel Géraldine, mère de famille responsable, n'entend pas souscrire.

Les autres

Plus une nouvelle qu’un roman, les autres dissèque les liens familiaux à l’occasion du suicide du grand oncle avec, en point de mire, l’héritage. Un décès opportunément accompagné du retour du fils prodigue.

Son regard a toujours l'air de vous faire une confidence, d'établir, dès le premier abord, un lien entre elle et vous.
Son corps est souple, délicatement charnu et, de la voir se mouvoir dans la rue, on ne peut s'empêcher de l'imaginer dans sa chambre à coucher. Jusqu'à ses cheveux noirs, rebelles, dont une mèche retombe sans cesse sur sa joue pleine, qui sont les cheveux les plus voluptueux que je connaisse.
Je l'ai désirée aussi. Tout le monde l'a désirée. Et ce que ma mère appelle sa folie, son instabilité, ses frayeurs subites, cette façon qu'elle a de se replier soudain sur elle-même comme une bête qui flaire un danger, ajoute encore à son attrait.
On voudrait lui faire un rempart contre le monde, protéger des autres et d'elle-même. C'est le genre de femme qu'on aurait envie d'enfermer avec précaution, comme une chose précieuse, dans l'atmosphère raffinée d'un harem.
Les autres de Georges Simenon
Une nouvelle racontée – une fois n’est pas coutume – par un des protagoniste (un des trois frères en vue pour le partage), dans un journal pour un récit détaché, sans surprises ni envolées et pourtant d’une grande acuité

Tous les romans durs de Simenon
99. Les autres
98. Le train 100. La porte
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'oncle Antoine est mort mardi, la veille de la Toussaint, vers onze heure du soir vraisemblablement. La même nuit Colette a tenté de se jeter par la fenêtre À peu près dans le même temps, on apprenait qu'Édouard était revenu et que plusieurs personnes l'avaient aperçu en ville.
Tout cela a créé des remous dans la famille qu'on a vue hier, à l'enterrement, pour la première fois au complet depuis des années. Ce soir, dimanche, il pleut à nouveau.
Des rafales secouent les volets, font vibrer les vitres et l'eau coule intarissablement dans la gouttière qui descend à un mètre de ma fenêtre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Deux événements survenus en même temps déterminent Blaise Huet à en relater les péripéties, tout en les rattachant à l'histoire de sa famille : d'une part, la mort de son oncle Antoine, juriste éminent, âgé de 72 ans, qui s'est empoisonné la nuit précédant la Toussaint ; d'autre part, le retour inopiné de son cousin Edouard, disparu depuis des années.

Antoine et Julie

Un roman dur affligeant, plein de fatalisme. Aucun espoir pour les alcooliques, et tant pis pour ceux qui les aiment.

Il vivait un peu à la façon d'un poisson rouge dans un bocal, et son regard devenait celui d'un poisson rouge. Il tournait en rond, lui aussi, s'appliquait à faire chaque jour les mêmes gestes, sans passion, sans y croire, parce que, paraît-il, c'est la vie. Quand l'effet d'un verre était passé, c'était l'heure d'un autre, qui le remettait automatiquement dans l'état voulu.
Peut-être était-ce la réponse à une au moins de ses questions, la raison pour laquelle tant de gens ne se suicident pas un moment vient, si on sait s'y prendre, où ce n'est plus nécessaire.
Julie était là. Il était marié à Julie. Elle était devenue son témoin, un témoin muet, qui le regardait vivre en évitant d'intervenir.
Antoine et Julie de Georges Simenon
Antoine, prestidigitateur alcoolique et Julie, malade du cœur dans un couple usé. Elle encore amoureuse et lui prisonnier de ses propres barreaux.

Un roman qui peine à démarrer mais qui installe à coup de cognacs et de marcs un climat glauque et oppressant aux verres pleins de culpabilité

Tous les romans durs de Simenon
77. Antoine et Julie
76. La mort de Belle 78. L’escalier de fer
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le déclic, cette fois-ci, se produisit quand, sans raison particulière, sans y attacher autrement d'importance, il intercala le numéro de la montre magique entre les anneaux du fakir et le dé voyageur. II ne l'avait pas inscrit au programme, mais il avait l'habitude, même pour une soirée peu importante comme celle-ci, de préparer quelques tours de supplément, de façon à pouvoir effectuer des changements selon les réactions du public.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Antoine et Julie se sont mariés aux alentours de la quarantaine. Leurs premières années de mariage n'ont pas été sans nuages : la mère de Julie n'aimait guère son gendre dont elle méprisait la profession de prestidigitateur et qu'elle accusait d'avoir épousé Julie pour son argent. La belle-mère morte, les époux vivraient heureux, n'était le penchant d'Antoine pour la boisson. De temps à autre, sa représentation terminée, il s'attarde seul dans de petits cafés. Une nuit, en rentrant, Antoine trouve le médecin au chevet de sa femme...

Feux rouges

Monsieur se sent brimé, diminué par son épouse qui, elle, réussi fort bien sa vie professionnelle. Et lors d’un voyage en voiture alors qu’ils vont chercher leurs enfants, dans un geste d’affirmation fort maladroit de monsieur… tout dérape. N’est pas macho qui veut !

Il sortit de l'auto dont il referma la portière en évitant de regarder sa femme et s'efforça de marcher d'un pas ferme vers la porte du bar. Quand il se retourna, sur le seuil, elle n'avait pas bougé et il voyait son profil laiteux à travers la vitre.
Il entra. Des visages se tournèrent vers lui, que la fumée déformait comme des miroirs de foire et, lorsqu'il posa la main sur le comptoir, il sentit celui-ci gluant d'alcool.
Feux rouges de Georges Simenon
Et comme dans de très nombreux Simenon… L’alcool, beaucoup ! Cette fois-ci, du Rye (oui, c’est la période étasunienne), et cela m’a un peu rappelé Maigret voyage, mais l’ivresse était tout aussi délirante dans Betty que j’ai lu voilà deux jours.

Les temps changent-ils ? S’il vivait encore aujourd’hui, parsèmerait-il ses ouvrages d’autant de drogues diverses ? Cocaïne, héroïne, MDMA, crack, Fentanil, GHB, Oxycodone, kétamine, 4-MMC, méthamphétamine…

Un roman adapté par Cédric Kahn avec Jean-Pierre Darroussin, Carole Bouquet et Vincent Deniard

Tous les romans durs de Simenon
79. Feux rouges
78. L’escalier de fer 80. Crime impuni
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il appelait ça entrer dans le tunnel, une expression à lui, pour son usage personnel, qu'il n'employait avec personne, à plus forte raison pas avec sa femme. II savait exactement ce que cela voulait dire, en quoi consistait d'être dans le tunnel, mais, chose curieuse, quand il y était, il se refusait à le reconnaître, sauf par intermittence, pendant quelques secondes, et toujours trop tard. Quant à déterminer le moment précis où il y entrait, il avait essayé, souvent, après coup, sans y parvenir.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Steve, qui souffre de la réussite professionnelle de sa femme, de son attitude protectrice et, surtout, d'une incapacité à «sortir des rails », demande parfois à l'alcool de mettre un peu de fantaisie dans son existence. C'est ce qui se produit, le jour où ils vont rechercher leurs enfants au camp de vacances. Mais bientôt une altercation s'élève entre eux et sa femme décide de rejoindre leurs enfants par le bus. Steve dispose d'une nuit de liberté qu'il passe à boire.

Betty

C’est une question qui me revient sans cesse en lisant Simenon aujourd’hui. Était-il raciste, sexiste, antisémite, colonialiste… ? Et à la fin, je retombe toujours sur la même réponse : c’était un témoin incroyablement doué de son époque.
Finalement, qui était-il importe moins que ce qu’il a écrit. Témoin d’une époque raciste, colonialiste, antisémite, patriarcale et sexiste.

Elle avait fini par y croire, était entrée, pleine de bonne volonté, d'enthousiasme, dans la peau de son nouveau personnage.
Tout cela était une erreur. Pas seulement à cause de son passé.
C'était une erreur parce que Guy et elle ne cherchaient pas la même chose. Il disait, fier et protecteur :
 - Tu es ma femme!
Est-ce que cela ne suffisait pas ? Sa femme! La mère de ses enfants! Celle à qui il revenait chaque soir pour lui raconter ses ennuis et ses espoirs.
Betty de Georges Simenon
Et ainsi, ce séducteur insatiable qui enchaînait pathologiquement les aventures comme les prostituées réussi à créer ce portrait d’une femme brisée à la dérive avec une grande sensibilité et beaucoup de finesse

Un roman adapté au cinéma par Claude Chabrol en 1992 avec Marie Trintignant dans le rôle titre

Tous les romans durs de Simenon
97. Betty
96. L’ours en peluche 98. Le train
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
- Vous désirez manger quelque chose ?
Elle fit non de la tête. Il lui semblait que la voix qu'elle entendait n'avait pas un son naturel, comme si on avait parlé derrière une vitre.
- Remarquez que quand je dis manger quelque chose, cela veut dire du lapin, car, comme vous pouvez le voir autour de vous, aujourd'hui c'est le jour du lapin. Tant pis si vous n'aimez pas ça. Lorsque c'est le jour de la morue, il n'y a que de la morue...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Après trois jours d'errance et d'alcool, épuisée et à bout de nerfs, Betty a l'air d'une bête blessée. Comment est-elle arrivée dans ce restaurant-boîte de nuit des environs de Paris, triste refuge d'une faune bourgeoise et cossue ? Pourquoi Laure, une habituée de l'endroit, recueille-t-elle cette fille à la dérive ? Entre la bourgeoise vieillissante et déchue et l'étrange créature, naissent de mystérieuses relations d'hostilité et de secrète affection. Lentement, Betty reprend ses esprits et révèle à sa bienfaitrice l'enchaînement d'échecs et de vices qui l'a détruite.
Laure ignore encore la vraie nature de Betty. Est-elle une mal-aimée ou un être foncièrement pervers ? C'est alors qu'un homme entre en scène et la vérité, peu à peu, apparaît, imprévisible et fatale.

Le chat

C’est affreux, cette histoire. Il n’y a rien qui va et pourtant, je suis sûr que nous connaissons tous un couple pareil. Oh, bien sûr, peut-être pas aussi pire (… regardons bien), mais un vieux couple, attachés par leur haine de l’un pour l’autre. Ensemble. Et le jour où l’un s’en va, c’est sa meilleure maladie qui meurt. Quelle horreur, quel enfer.

Est-ce que, en son absence, elle osait battre le chat ? Il en doutait, car elle en avait trop peur. Elle en aurait certainement été soulagée. Elle avait fait mieux. Elle l'avait tué. Et ce n'était pas seulement à Joseph qu'elle s'en prenait de la sorte, c'était à lui, Émile, dont elle n'aimait pas davantage la présence et l'odeur que celles de l'animal. Elle avait attendu l'occasion pendant des années. Elle n'avait pas eu la patience d'attendre un an, deux ans peut-être, que le chat meure de sa mort naturelle. Bouin buvait, mais se sentait l'esprit froid, il était convaincu qu'il voyait les choses plus clairement, plus objectivement que jamais. C'était une garce. Il n'y avait qu'à voir, sur les photographies, la dégaine de son premier mari, le fameux premier violon de l'Opéra, pour savoir que c'était un mou qui s'était laissé berner pendant plus de trente ans.
Le chat de Georges Simenon
Ne me rappelant que vaguement de l’adaptation avec Gabin et Signoret, j’ai découvert une histoire qui m’a fait frémir. Quelle misère.

Un tout grand Simenon, sans polar, sans artifice

Adapté en 1971 par Pierre Granier-Deferre avec Jean Gabin et Simone Signoret

Tous les romans durs de Simenon
108. Le chat
107. La mort d’Auguste 109. Le déménagement
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
II avait lâché le journal, qui s'était d'abord déployé sur ses genoux puis qui avait glissé lentement avant d'atterrir sur le parquet ciré. On aurait cru qu'il venait de s'endormir si, de temps en temps, une mince fente ne s'était dessinée entre ses paupières.
Est-ce que sa femme était dupe ? Elle tricotait, dans son fauteuil bas, de l'autre côté du foyer. Elle n'avait jamais l'air de l'observer, mais il savait depuis longtemps que rien ne lui échappait, pas même le tressaillement à peine perceptible d'un de ses muscles.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Emile, ancien ouvrier au naturel bourru, est un homme sans détour. Marguerite, à l'opposé, est une femme délicate, d'une douceur affectée, sournoise et avare. Elle provient d'une famille de propriétaires, dont on démolit les nombreux immeubles dans le quartier. Ils étaient voisins, tous deux veufs, et se sont mariés, lui à 65 ans, elle à 63, peut-être par peur de la solitude. Leur incompatibilité de tempérament ne tarde pas à se muer en sourde hostilité. Joseph, le chat d'Emile que Marguerite n'a jamais accepté, disparaît.

La vérité sur Bébé Donge

Simenon est quand même un auteur bien intriguant. Il est capable de voir très finement l’âme humaine, les couples, les désirs comme les frustrations, de voir toute la douleur d’une femme délaissée et, en même temps, de poser des descriptions d’une goujaterie hallucinante. Un vrai gros rustre sexiste qui objective toutes les parties des femmes (trop molles, maigres, grosses, fades…) et qui pourtant, à le lire, semble les comprendre…

Les jambes amenèrent l'image des bas de soie ultras-fins que Bébé s'obstinait à porter, fût-ce à la campagne. Et cette femme qui, depuis des mois, n'avait pas eu l'occasion de se dévêtir devant un homme, portait du linge plus raffiné qu'une grande coquette !
Voilà ce qu'il pensa d'abord, simplement, en homme pratique, comme on constate une évidence. Il n'en était ni outré, ni chagrin. Il n'était pas avare.
Sa seconde pensée, amenée par la première, par un souvenir de nudité, fut que Bébé pouvait être gracieuse, jolie de visage, elle n'en avait pas moins un corps fade, sans élan, sans consistance, et sa peau était d'une pâleur peu engageante.
 - Un morceau de sucre, maman ?...
La vérité sur Bébé Donge de Georges Simenon
Quelle putain d’époque, quand même… Et c’est pas si vieux !
Mme Flament, parbleu! Il avait oublié l'odeur de sa secrétaire, Mme Flament, une rousse bien en chair, l'œil vif, la lèvre humide, le corsage rempli, les reins cambrés, mais qui transpirait abondamment.
N'était-ce pas à cause d'elle que, tout au début...Bébé tente de tuer son mari à l’arsenic, l’occasion pour le survivant d’analyser son couple dans une introspection pleine de remords

Un roman adapté au cinéma en 1952 par Henri Decoin, avec Jean Gabin et Danielle Darrieux

Tous les romans durs de Simenon
47. La vérité sur bébé Donge
46. Oncle Charles s’est enfermé 48. La veuve Couderc
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
N'arrive-t-il pas qu'un moucheron peine visible agite davantage la surface d'une mare que la chute d'un gros caillou ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Après dix ans de mariage, Bébé Donge verse de l'arsenic dans le café de son mari. François Donge en réchappe, mais remet en question leurs années de vie commune en cherchant les causes de la faillite de leur couple : une jeune fille trop romantique, un voyage de noces décevant, une incompréhension qui grandit dans l'ombre et le silence, des maîtresses...

Le confessionnal

Un couple malade sous les yeux de leur fils.

 - Tu es là, André ? 
La voix de son père, au bas de l'escalier. 
 - Oui, papa.
 - Tu descends ?
 - Dans un moment. Je me change. 
Il lui semblait qu'une sorte de mystère s'était glissé dans la villa en même temps que le crépuscule. Il avait hâte qu'on ferme les volets, hâte de se trouver comme à l'abri dans l'atmosphère de tous les jours, avec les lampes allumées.
Le confessionnal de Georges Simenon
Dans ce confessionnal, la chambre du fils – principalement, père et mère viennent plaider leur cause sans même trop savoir comment. Une valse hésitante et gênée devant un ado solitaire qui ne rêve que de s’échapper de ce qui ne le concerne pas et partir retrouver Francine, manger des glaces et préparer son bac.

Un roman fin à l’ambiance lourde

Tous les romans durs de Simenon
106. Le confessionnal
105. Le train de Venise 107. La mort d’Auguste
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
- Qu'est-ce que tu prends ?
- Et toi ?
Il n'hésita que quelques secondes, mais pourquoi aurait-il joué un rôle, pourquoi ne se serait-il pas montré tel qu'il était, avec ses véritables goûts ?
- Un frappé au chocolat.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À la suite des retrouvailles de deux anciens compagnons d'études, le dentiste Bar et le médecin Boisdieu, l'un pratiquant à Cannes et l'autre à Nice, leurs enfants ont sympathisé : André, nature solitaire, qui vit replié sur lui-même, trouve en Francine une jeune fille pure, très spontanée, issue d'un foyer uni, ce qui n'est pas du sien. Un jour, à Nice, en compagnie de Francine, il voit sa mère sortir d'une maison et regagner sa voiture. Une petite enquête lui apprend qu'elle y avait un rendez-vous galant.

Ceinture

Des personnages attachants, une intrigue rondement menée et la boucle est bouclée ! Oui, les jeux de mots sont faciles ici. La lecture aussi, mais sans y voir un défaut, au contraire : c’est fluide et les pages se tournent avec impatience.

Ce soir-là dans la salle de réunion, Maxime lui demande de l'eau et tend son verre sans quitter l'ordinateur des yeux. Elle attrape la bouteille et la maintient en l'air, au-dessus du gobelet, sans faire couler. Il finit par lever les yeux pour comprendre ce qui la retient. Leurs regards se croisent et le temps se suspend. Tout à coup, les tableaux de chiffres, les recommandations stratégiques et les budgets prévisionnels sont balayés comme si un vent violent avait ouvert la fenêtre. Joseph ne se rend compte de rien. L'espace entre eux est devenu dense, brusquement chargé de la puissance de leur désir commun. Il a suffi d'une seconde. Le plus dur est fait, pense Lauren. Maintenant, tout le reste ne sera que logistique.
Ceinture de Céline Robert
Une très bonne ceinture qui enserre cinq protagonistes plus où moins volages dans la ronde de leurs désirs

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Jean est assis sur le canapé en velours gris, devant la fenêtre. Le soir est tombé et le salon est éclairé par de petites lampes qui nimbent d'une lumière tamisée le tapis persan et les cartes anciennes aux murs. Les enceintes en bois, encastrées dans la bibliothèque où des centaines de livres s'entassent chaotiquement, diffusent le Porgy and Bess de George Gershwin. Est-on vraiment obligés de vivre dans un putain de Woody Allen ? se demande Lauren


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Elle ne ressent rien de particulier en sa présence, si ce n’est une envie irrépressible de lui plaire. Elle se sent exister dans son regard sans nuance.»

À quarante ans, Lauren trompe son mari pour la première fois, sans la moindre culpabilité. Maxime, son amant, est un séducteur sans vergogne. Nadia, sa femme, brillante avocate en burn-out, est troublée par Emma, leur baby-sitter, elle-même tombée sous le charme de son professeur, Jean, respectable universitaire tiraillé entre son attirance pour son élève et l’amour qu’il porte à sa femme, Lauren.

Tous sont liés par le désir dans une boucle impossible.

Avec humour et précision, Céline Robert entraîne ses personnages dans une danse finement menée et signe un grand roman sur l’amour et la séduction.