Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Un homme a élevé son fils seul. Un soir, le fils n’est pas rentré.L’horloger d’Everton de Georges SimenonSimenon raconte un père dans la détresse, de n’avoir rien vu venir, désemparé de ne pouvoir aider, démuni face à l’irréparable.
Avec une grande empathie, Simenon tente de décrire le désarroi et l’amour inconditionnel d’un parent
Adapté au cinéma par Bertrand Tavernier en 1974 (L’horloger de Saint Paul) avec Philippe Noiret et Jean Rochefort
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Jusque minuit, voire jusqu'à une heure du matin, il suivit la routine de tous les soirs, ou plus exactement des samedis, qui étaient un peu différents des autres jours.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La fugue, la délinquance, le meurtre : en quelques jours, pour une amourette avec une fille de son âge, Ben Galloway, à seize ans, a commis l'irréparable. C'est dans la prison d'Indianapolis que son père, Dave, modeste horloger d'un village de l'Etat de New York, le retrouve. Mais le garçon se mure dans un silence hostile que n'entameront ni le procès, ni la condamnation à la prison perpétuelle. Comment ce fils qu'il a élevé seul a-t-il pu devenir à ce point un étranger ? Qu'adviendra-t-il de l'enfant qui naîtra de la brève union de Ben et de Lilian ?
Un roman poignant aux résonances dramatiquement actuelles, dont s'est inspiré Bertrand Tavernier pour son film L’Horloger de Saint-Paul.
La prison est un roman dur qui entre directement dans l’action, sans (presque) laisser la météo ou l’ambiance imprégner le déroulement futur. C’est plutôt rare chez Simenon et cela lui donne une puissance que bien d’autres n’ont pas.La prison de Georges SimenonLe glauque et le pesant vont arriver pourtant bien rapidement.
Et si la fin ne m’a pas vraiment convaincu, le rythme et les personnages libèrent cette prison pour en faire un petit roman bien enlevé
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Combien de mois, d’années, faut-il pour faire d’un enfant un adolescent, d’un adolescent un homme ? À quel moment peut-on affirmer que cette mutation a eu lieu ? Il n’existe pas, comme pour les études, de proclamation solennelle, pas de distribution de prix, pas de diplôme. Alain Poitaud, à trente-deux ans, ne mit que quelques heures, peut-être quelques minutes, pour cesser d’être l’homme qu’il avait été jusqu’alors et pour en devenir un autre.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La police annonce à Alain Poitaud que Jacqueline, sa femme, vient de tirer sur sa propre sœur, Adrienne, et l'a tuée. Pourquoi ? Alain et Jacqueline, mariés depuis sept ans et parents d'un petit garçon qui est élevé dans leur maison de campagne, mènent une vie trépidante : elle, en tant que journaliste, lui, à la tête d'un magazine illustré à gros succès. Leur vie, très mondaine, ne leur laisse guère d'intimité, sans que, apparemment, leur entente en souffre.
La vie d’un homme explose en un instant. Incapable de faire face, ruiné et se sentant trahi, il fuit, quitte femme et enfants et se dit que lui aussi, « il a le droit ».L’homme qui regardait passer les trains de Georges SimenonEt il ne va pas se gêner. Mais trouvera-t-il pour autant le bonheur ou sombrera-t-il ?
Avec Simenon, inutile de préciser que la descente ne sera pas joyeuse
Adapté pour le cinéma en 1953 par Harold French, avec Claude Rains et Marius Goring sour le titre The Man Who Watched the Trains go by
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) En ce qui concerne personnellement Kees Popinga, on doit admettre qu'à huit heures du soir il était encore temps, puisque, aussi bien, son destin n'était pas fixé. Mais temps de quoi ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Kees Popinga est fondé de pouvoir chez un marchand hollandais de fourniture de bateaux à Groningue avec une femme et deux enfants il s'est peu à peu enfoncé dans l'ennui. Un soir son patron lui apprend que son entreprise va déposer son bilan pour faillite frauduleuse. Se voyant ruiné, Kees Popinga voit son petit univers s'effondrer.
Il y a des titres qui font honte aujourd’hui. Pourtant, ils sont les témoins d’une époque (pas si lointaine !) et leur remplacement n’effacera pas l’histoire.Le nègre de Georges SimenonDerrière ce sale intitulé se trame une histoire de meurtre pour capter un héritage qui risque d’être compromise par un garde barrière bien décidé à prendre une revanche sur la vie.
Une descente dans les tréfonds de la rancœur qui relègue le sort de ce malheureux juste arrivé en train de l’Oubangi en arrière-plan
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Un jour je leur montrerai...
Depuis combien d'années se répétait-il ça dans sa tête, quelquefois entre ses dents, surtout le soir, quand son teint devenait violacé et ses gros yeux humides ? Peut-être le pensait-il déjà sur les bancs de l'école, à Versins-Haut, lorsque les Van Straeten, les fermiers, Ferdinand et Emma à la voix criarde, chez qui l'Assistance publique l'avait placé, le traitaient de fainéant et de propre à rien.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Théo n'a pas été choyé par la vie. Il est borgne de naissance, enfant de l'Assistance publique, et aujourd'hui sa femme l'a abandonné. Modeste chef de halte sur la ligne Paris-Calais, il est hanté par un désir : « Un jour, je leur montrerai. » Montrer quoi, et à qui ? Il ne le sait pas lui-même. Le cadavre d'un Noir vient d'être découvert près de la ligne du chemin de fer. Tous s'accordent à dire que, devant descendre à Versins et n'ayant pas remarqué l'arrêt, l'homme a sauté en marche après le départ du train. Mais Théo en sait plus que les autres...
Découvert avec beaucoup de plaisir l’année passée, je me suis dit que j’allais guigner du côté des premiers romans de Erwan Larher. Et grand bien m’en a fait !Qu’avez-vous fait de moi ? de Erwan LarherCe premier roman est une sorte de thriller conspirationniste avec un antihéros assez particulier pris dans un engrenage qui le dépasse totalement.
C’est écrit avec des mots (oui, Erwan a des mots (ou un dictionnaire avec beaucoup de pages, qu’en sais-je)) et on y trouve quelques raretés qui m’ont plusieurs fois coincé… Que peut bien faire Nogret lorsqu’il s’amuït ? J’ai dû chercher un peu, je l’avoue.
Un scénario un peu cucul mais fort sympa avec style littéraire plutôt soutenu (un poil frimeur), un premier roman fort enlevé. Très sympa !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Comme la pratique en plein air du badminton, qui ne tolère pas de conditions météorologiques approximatives, mon petit déjeuner ne supporte pas l'à-peu-près.
Que la minuterie ne mette pas la cafetière en marche à l'heure prévue, que la chaîne stéréo ne se déclenche pas simultanément, que j'aie omis de mettre une brique de lait au frais et la mauvaise humeur prend, soudaine, calcinant l'enchevêtrement fragile de ma garrigue intérieure ; je n'enrayerai le sinistre que plusieurs heures plus tard, pour peu que rien ne soit venu l'attiser entre-temps. Mon bol de café chaud m'attend, les enceintes éructent du gros son, environnement familier, je maîtrise mon retour quotidien à la surface du monde, démiurge détendu, quand survient l'incident.
Plus de clopes.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Je suis une bombe...
Fragmenté de frustrations.
Vous m’avez gavé de savoirs, vous m’avez infiltré de connaissances, puis vous m’avez jeté sur votre marché du travail, lesté de bagages mais sans rien ni personne pour me guider, avec en guise de boussole un impératif sans cesse instillé par vos médiatiques nervis : réussir.
Je me suis perdu, il va de soi.
Je ne me suis même peut-être jamais trouvé.
Maintenu en dehors de votre monde – à la lisière tout d’abord, puis imperceptiblement de plus en plus loin à la périphérie –, je me suis mis à le haïr. Vous avez fait de moi un rebelle au lieu d’un petit soldat.
Je voulais bien jouer le jeu mais tous les rôles étaient déjà distribués. Alors je m’en suis écrit un.
S’il n’y a plus de révolutions, j’en inventerai.
Je suis une bombe...
Fragmenté de frustrations.
Et j’ai rencontré des artificiers. »
Léopold Fleury
Entre fantasme et réalité, Léopold découvre un abîme où il va basculer. Pris dans un engrenage infernal, il décide de livrer un combat héroïque. Mais comment démêler le vrai du faux sans laisser de corps au bord du chemin, ni plaider coupable ?...
Dans cette curieuse chambre bleue, Simenon nous présente un futur condamné (il semble en tout cas avoir bien peu de chance de s’en sortir) fort attachant et qui parait tout à fait innocent des suspicions qui planent sur lui.La chambre bleue de Georges SimenonUn auteur par contre toujours aussi misogyne, fidèle à son époque et qui se lâche un peu plus que d’habitude sur les scènes explicites.
Un roman à la construction virtuose qui se dévoile en même temps que son protagoniste s’enfonce
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) ─ Je t'ai fait mal ?
─ Non.
─ Tu m'en veux ?
─ Non.
C'était vrai. A ce moment-là, tout était vrai, puisqu'il vivait la scène à l'état brut, sans se poser de questions, sans essayer de comprendre, sans soupçonner qu'il y aurait un jour quelque chose à comprendre. Non seulement tout était vrai, mais tout était réel : lui, la chambre, Andrée qui restait étendue sur le lit dévasté, nue, les cuisses écartées, avec la tache sombre du sexe d'où sourdait un filet de sperme.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Tony Falcone et Andrée Despierre, qui s'étaient perdus de vue depuis la fin de leur enfance, sont devenus amants un soir de septembre. Au cours des mois suivants, ils se retrouvent huit fois dans la " chambre bleue " à l'Hôtel des Voyageurs, tenu par le frère de Tony. Un jour, il s'en faut de peu que le mari d'Andrée ne surprenne, par hasard, les amants.
Le dessin de Toppi se prête admirablement bien au polar américain. Des mâchoires carrées, un noir-blanc d’une franchise impeccable, les villes, les marais et les mouvements (et les coups) sont francs et tendus juste à souhait.Traces de sang : une enquête de Nick Rider de Gino D’Antonio, dessin de Sergio Toppi, traduction de Salvatore BiddauPour l’histoire, pas de surprise. Du polar très classique, des poursuites, des gentils qui ne le sont pas forcément, des flics aux gros bras et des guns qui crachent de la poudre et du plomb.
Rien de nouveau, un bon gros classique mais plutôt bien fait, plaisant
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Mais arrête !...
Toutes ces années Levasseur nous a donné de quoi subvenir à nos besoins. Il mérite au moins notre gratitude, tu ne crois pas ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Jacky Duvall n’a pas eu une vie facile, mais ce qui l’attend semble être bien pire. Seule au monde et fuyant tout le monde, elle cherche refuge à New York de la furie du brutal Levasseur et de ses sbires. Mais pourquoi la recherche, ce qui se cache derrière le voyage aventureux d’une jeune fille des marais de la Louisiane à la Grande Pomme ?
Une tragédie inimaginable, mûrie depuis longtemps dans l’isolement qui enveloppe les terres inhospitalières des Cajuns et la dégradation familiale… Une tragédie sur laquelle Nick Raider ne pourra faire la lumière que grâce à l’aide de la combattante Sarah Himmelman et des coéquipiers habituels : Marvin, Jimmy et tous les « anges en uniforme » du District Central !
Diverses circonstances vont interroger le juge Lhomond, fiévreux, sur les questions de preuves et de culpabilité.Les témoins de Georges SimenonL’accusé qui risque la peine de mort sur un faisceau de présomptions sans preuves réelles. Mais aussi chez lui, dans son propre couple avec sa femme malade et ce flacon de strychnine qu’il vient de casser…
Coupables ? Selon le point de vue, tout le monde ne risquerait-il pas d’être accusé ?
Un roman un peu longuet, mais pas dénué d’interrogations intéressantes
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Il n'y avait pas cinq minutes qu'il s'était levé pour redresser, dans la cheminée, une bûche qui avait roulé des chenets en émettant une gerbe d'étincelles et, de s'être penché sur les flammes, il en gardait la peau du visage chaude.
Profitant de ce qu'il était debout, il était allé sur la pointe des pieds jusqu'à la porte toujours ouverte entre sa chambre et la chambre de sa femme.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Épouse d'un magistrat, Laurence Lhomond est malade et garde la chambre depuis cinq ans. Ses crises, d'origine cardiaque, varient en nombre et en intensité suivant que son mari est plus ou moins absorbé par sa profession. Du moins, c'est ce que remarque Xavier Lhomond, qui finit par se demander si sa femme ne le fait pas exprès. La veille du jour où il doit présider la cour d'assises dans un procès où est inculpé un homme qu'on accuse du meurtre de sa femme, Lhomond voudrait, le soir, chez lui, revoir le dossier. Son épouse l'appelle, pressentant une crise.
N’ayant découvert Pierre Lemaitre qu’après son prix Goncourt, je ne connais pas du tout sa partie polars. Mais voilà qu’il m’a donné forte envie d’y jeter un oeil !Le serpent majuscule de Pierre Lemaitre, dessins de Dominique Monféry d’après le roman de Pierre LemaitreCar dans cet album, tout est très visuel ! Pas trop de textes, tout passe par l’image et c’est vraiment réussi !Une bande dessinée haute en couleurs, bien gore, avec du sang et de la viande
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Pweek !
Pweek !
Allez, Ludo, faut pas traîner, on va être en retard.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Mathilde est une tueuse à gages septuagénaire. Henri, son ancien camarade dans la Résistance pour qui elle exécute les missions, tente de la protéger. Mais, imprévisible, les accès de violences de Mathilde et son manque de discrétion inquiètent ses véritables commanditaires qui décident de l'éliminer avant qu'elle ne devienne incontrôlable.
Un western sur une colline au Canada, maudite par l’avidité de ses occupants et de ceux qui en convoitent l’or ou le pétrole. Carcajou de El Diablo, dessins de Djilian Deroche, couleurs de Djilian Deroche et Marion ChancerelDans cette belle édition soignée, les planches plutôt naïves au trait marqué, oscillent entre de superbes créations et d’autres parfois plus brouillonnes ou moins abouties. Une bande dessinée bien aussi sale et violente que l’histoire qu’elle raconte. Les hommes sont bien tous pourris, veules et avides lorsqu’un peu d’or scintille sous leurs yeux
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) C'est ici ?
Oui, c'est l'endroit.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Alberta, Canada, 1895, par - 21 degrés Celsius.
Jay Foxton règne en despote sur la petite ville de Sinnergulch dont il détient la plupart des terrains et commerces.
À quelques miles de là sur une colline dominant la ville, vit un ermite farouche, Gus Carcajou, qui en exploite a minima les réserves d'or pour acheter sa gnôle.
Mais le terrain regorge d'un autre type d'or, noir celui-là, et Foxton est prêt à tout pour s'emparer de l'énorme magot qui lui échappe encore...