L’horloger d’Everton

Un homme a élevé son fils seul. Un soir, le fils n’est pas rentré.

Il se conduisait un peu comme certains malades qui ont si peur de déclencher une crise qu'ils vivent au ralenti, avec des mouvements prudents, ne parlant que d'une voix éteinte. Au fond, il n'avait pas été surpris par la vue des deux policiers. Il n'avait pas cru sérieusement non plus que Ben avait eu un accident. D'ailleurs, s'il s'était agi d'un accident, ils le lui auraient dit tout de suite. Depuis qu'il était revenu la veille dans l'appartement vide, il savait que c'était plus grave et il rentrait les épaules pour donner moins de prise au destin. Peu importait ce qui était arrivé, il lui fallait protéger son fils. Jamais il n'avait senti aussi nettement, aussi charnellement, le lien qui existait entre eux. Ce n'était pas une autre personne qui était en détresse quelque part, Dieu sait où — c'était une partie de lui-même.
L’horloger d’Everton de Georges Simenon
Simenon raconte un père dans la détresse, de n’avoir rien vu venir, désemparé de ne pouvoir aider, démuni face à l’irréparable.

Avec une grande empathie, Simenon tente de décrire le désarroi et l’amour inconditionnel d’un parent

Adapté au cinéma par Bertrand Tavernier en 1974 (L’horloger de Saint Paul) avec Philippe Noiret et Jean Rochefort
Tous les romans durs de Simenon
82. L’horloger d’Everton
81. Le grand Bob 83. La boule noire
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Jusque minuit, voire jusqu'à une heure du matin, il suivit la routine de tous les soirs, ou plus exactement des samedis, qui étaient un peu différents des autres jours.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La fugue, la délinquance, le meurtre : en quelques jours, pour une amourette avec une fille de son âge, Ben Galloway, à seize ans, a commis l'irréparable. C'est dans la prison d'Indianapolis que son père, Dave, modeste horloger d'un village de l'Etat de New York, le retrouve. Mais le garçon se mure dans un silence hostile que n'entameront ni le procès, ni la condamnation à la prison perpétuelle. Comment ce fils qu'il a élevé seul a-t-il pu devenir à ce point un étranger ? Qu'adviendra-t-il de l'enfant qui naîtra de la brève union de Ben et de Lilian ?
Un roman poignant aux résonances dramatiquement actuelles, dont s'est inspiré Bertrand Tavernier pour son film L’Horloger de Saint-Paul.

La prison

La prison est un roman dur qui entre directement dans l’action, sans (presque) laisser la météo ou l’ambiance imprégner le déroulement futur. C’est plutôt rare chez Simenon et cela lui donne une puissance que bien d’autres n’ont pas.

Heureusement qu'on frappait à la porte. Ils se levaient tous les trois, le greffier seul restant vissé à sa chaise. Chaton entrait, entre deux gardes qui refermaient la porte au nez des photographes et qui lui retiraient les menottes.
 ─ Vous pouvez attendre dehors.
Ils n'étaient pas à plus de deux mètres l'un de l'autre. Elle portait son tailleur vert pâle, un chemisier à fines broderies et, sur ses cheveux bruns, une curieuse calotte du même tissu que le costume.
 ─ Veuillez vous asseoir.
C'était le juge d'instruction qu'elle avait regardé le premier, puis l'avocat. Enfin, son regard s'était posé sur le visage de son mari.
Il sembla à Alain que plusieurs expressions passaient tour à tour, très vite, dans les yeux de sa femme, d'abord de la surprise, peut-être de le voir les traits durcis, le regard fixe, puis un rien d'ironie, il en était sûr, un rien d'affection aussi, ou de camaraderie..
Elle murmura, avant de saisir le dossier d'une chaise :
 ─ Je m'excuse de t'attirer tous ces ennuis.
Il ne broncha pas, ne trouva rien à dire et s'assit, avec seulement, entre eux, l'avocat qui se tenait en retrait.
La prison de Georges Simenon
Le glauque et le pesant vont arriver pourtant bien rapidement.

Et si la fin ne m’a pas vraiment convaincu, le rythme et les personnages libèrent cette prison pour en faire un petit roman bien enlevé

Tous les romans durs de Simenon
111. La prison
110. La main 112. Il y a encore des noisetiers
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Combien de mois, d’années, faut-il pour faire d’un enfant un adolescent, d’un adolescent un homme ? À quel moment peut-on affirmer que cette mutation a eu lieu ? Il n’existe pas, comme pour les études, de proclamation solennelle, pas de distribution de prix, pas de diplôme. Alain Poitaud, à trente-deux ans, ne mit que quelques heures, peut-être quelques minutes, pour cesser d’être l’homme qu’il avait été jusqu’alors et pour en devenir un autre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La police annonce à Alain Poitaud que Jacqueline, sa femme, vient de tirer sur sa propre sœur, Adrienne, et l'a tuée. Pourquoi ? Alain et Jacqueline, mariés depuis sept ans et parents d'un petit garçon qui est élevé dans leur maison de campagne, mènent une vie trépidante : elle, en tant que journaliste, lui, à la tête d'un magazine illustré à gros succès. Leur vie, très mondaine, ne leur laisse guère d'intimité, sans que, apparemment, leur entente en souffre.

L’homme qui regardait passer les trains

La vie d’un homme explose en un instant. Incapable de faire face, ruiné et se sentant trahi, il fuit, quitte femme et enfants et se dit que lui aussi, « il a le droit ».

Je ne parviens pas à comprendre pourquoi Paméla s'est moquée de moi quand je lui ai dit ce que je voulais. Tant pis pour elle ! Je ne pouvais pas m'en aller ainsi. Maintenant, elle doit avoir compris.
Si encore elle avait souri, ou riposté par une phrase ironique! Si même elle s'était fâchée ! Mais non! Après avoir regardé Kees des pieds à la tête, elle était partie d'un rire qui n'en finissait plus, un rire éclatant, hystérique, qui secouait sa gorge et lui donnait encore plus d'attrait.
 ─ Je vous défends de rire! avait-il prononcé sévèrement.
Mais elle n'en repartait que de plus belle, jusqu'à en avoir des larmes aux yeux, et il lui avait saisi les deux poignets.
 ─ Je ne veux plus que vous riiez !
Violemment, il l'avait poussée vers le lit, où elle était tombée.
L’homme qui regardait passer les trains de Georges Simenon
Et il ne va pas se gêner. Mais trouvera-t-il pour autant le bonheur ou sombrera-t-il ?

Avec Simenon, inutile de préciser que la descente ne sera pas joyeuse

Adapté pour le cinéma en 1953 par Harold French, avec Claude Rains et Marius Goring sour le titre The Man Who Watched the Trains go by
Tous les romans durs de Simenon
26. L’homme qui regardait passer les trains
25. Le Cheval blanc 27. Monsieur la Souris
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
En ce qui concerne personnellement Kees Popinga, on doit admettre qu'à huit heures du soir il était encore temps, puisque, aussi bien, son destin n'était pas fixé. Mais temps de quoi ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Kees Popinga est fondé de pouvoir chez un marchand hollandais de fourniture de bateaux à Groningue avec une femme et deux enfants il s'est peu à peu enfoncé dans l'ennui. Un soir son patron lui apprend que son entreprise va déposer son bilan pour faillite frauduleuse. Se voyant ruiné, Kees Popinga voit son petit univers s'effondrer.

Le nègre

Il y a des titres qui font honte aujourd’hui. Pourtant, ils sont les témoins d’une époque (pas si lointaine !) et leur remplacement n’effacera pas l’histoire.

Que serait-il advenu si Théo, par miracle, n'avait pas aperçu le nègre sur la route ?
Nicolas Cadieu jouirait en paix, de moitié avec son frère, d'une des plus grosses fortunes du département.
Seulement, Théo avait vu le nègre. Il n'avait rien dit au brigadier Alfonsi, ni à Gorre, ni enfin à l'inspecteur de la compagnie. Il n'en parlerait à personne et Gédéon, tout malin qu'il soit, ne parviendrait pas à lui tirer les vers du nez.
C'était une affaire entre Cadieu et lui. Pas uniquement un vieux compte à régler avec une crapule, mais un vieux compte à régler avec l'humanité et avec le destin.
« Un jour, je leur montrerai... »
Ils y croyaient si peu, tous tant qu'ils étaient, qu'ils le laissaient dans sa gare sans s'occuper de lui.
Le nègre de Georges Simenon
Derrière ce sale intitulé se trame une histoire de meurtre pour capter un héritage qui risque d’être compromise par un garde barrière bien décidé à prendre une revanche sur la vie.

Une descente dans les tréfonds de la rancœur qui relègue le sort de ce malheureux juste arrivé en train de l’Oubangi en arrière-plan

Tous les romans durs de Simenon
89. Le nègre
88. Le fils 90. Le passage de la ligne
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Un jour je leur montrerai...
Depuis combien d'années se répétait-il ça dans sa tête, quelquefois entre ses dents, surtout le soir, quand son teint devenait violacé et ses gros yeux humides ? Peut-être le pensait-il déjà sur les bancs de l'école, à Versins-Haut, lorsque les Van Straeten, les fermiers, Ferdinand et Emma à la voix criarde, chez qui l'Assistance publique l'avait placé, le traitaient de fainéant et de propre à rien.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Théo n'a pas été choyé par la vie. Il est borgne de naissance, enfant de l'Assistance publique, et aujourd'hui sa femme l'a abandonné. Modeste chef de halte sur la ligne Paris-Calais, il est hanté par un désir : « Un jour, je leur montrerai. » Montrer quoi, et à qui ? Il ne le sait pas lui-même. Le cadavre d'un Noir vient d'être découvert près de la ligne du chemin de fer. Tous s'accordent à dire que, devant descendre à Versins et n'ayant pas remarqué l'arrêt, l'homme a sauté en marche après le départ du train. Mais Théo en sait plus que les autres...

Qu’avez-vous fait de moi ?

Découvert avec beaucoup de plaisir l’année passée, je me suis dit que j’allais guigner du côté des premiers romans de Erwan Larher. Et grand bien m’en a fait !

La petite salle du haut est bondée. Beaucoup de rires très sonores, d'exclamations extasiées, de fumée, on parle de tout et de rien, surtout de rien, faisons semblant de nous amuser, oublions que nos vies sonnent creux, qu'elles ont une fin mais pas de but, aucune utilité pour quiconque, juste un troupeau de mammifères coruscants, au moins aussi décérébrés que ceux composant l'autre partie du troupeau, celle qui admire, celle qui envie, pas l'intelligence et la générosité, pas la capacité à faire le bien ou à faire évoluer l'humanité, non, qui admire et envie la médiatisation de ses semblables privilégiés, voilà le rêve commun, l'idéal, pas être quelqu'un de bon, de digne, non, être connu, même pas reconnu pour un talent quelconque, juste connu, comme ça, dans le vide, sans raison, la médiatisation se suffit à elle-même, pas besoin de légitimation, l'humanité se divise en deux, les inconnus et les connus, quasiment tous les bipèdes qui s'entassent au Select Club ce soir appartenant à cette dernière catégorie.
Qu’avez-vous fait de moi ? de Erwan Larher
Ce premier roman est une sorte de thriller conspirationniste avec un antihéros assez particulier pris dans un engrenage qui le dépasse totalement.

C’est écrit avec des mots (oui, Erwan a des mots (ou un dictionnaire avec beaucoup de pages, qu’en sais-je)) et on y trouve quelques raretés qui m’ont plusieurs fois coincé… Que peut bien faire Nogret lorsqu’il s’amuït ? J’ai dû chercher un peu, je l’avoue.

Un scénario un peu cucul mais fort sympa avec style littéraire plutôt soutenu (un poil frimeur), un premier roman fort enlevé. Très sympa !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Comme la pratique en plein air du badminton, qui ne tolère pas de conditions météorologiques approximatives, mon petit déjeuner ne supporte pas l'à-peu-près.

Que la minuterie ne mette pas la cafetière en marche à l'heure prévue, que la chaîne stéréo ne se déclenche pas simultanément, que j'aie omis de mettre une brique de lait au frais et la mauvaise humeur prend, soudaine, calcinant l'enchevêtrement fragile de ma garrigue intérieure ; je n'enrayerai le sinistre que plusieurs heures plus tard, pour peu que rien ne soit venu l'attiser entre-temps. Mon bol de café chaud m'attend, les enceintes éructent du gros son, environnement familier, je maîtrise mon retour quotidien à la surface du monde, démiurge détendu, quand survient l'incident.

Plus de clopes.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Je suis une bombe...
Fragmenté de frustrations.
Vous m’avez gavé de savoirs, vous m’avez infiltré de connaissances, puis vous m’avez jeté sur votre marché du travail, lesté de bagages mais sans rien ni personne pour me guider, avec en guise de boussole un impératif sans cesse instillé par vos médiatiques nervis : réussir.
Je me suis perdu, il va de soi.
Je ne me suis même peut-être jamais trouvé.
Maintenu en dehors de votre monde – à la lisière tout d’abord, puis imperceptiblement de plus en plus loin à la périphérie –, je me suis mis à le haïr. Vous avez fait de moi un rebelle au lieu d’un petit soldat.
Je voulais bien jouer le jeu mais tous les rôles étaient déjà distribués. Alors je m’en suis écrit un.
S’il n’y a plus de révolutions, j’en inventerai.
Je suis une bombe...
Fragmenté de frustrations.
Et j’ai rencontré des artificiers. »
Léopold Fleury

Entre fantasme et réalité, Léopold découvre un abîme où il va basculer. Pris dans un engrenage infernal, il décide de livrer un combat héroïque. Mais comment démêler le vrai du faux sans laisser de corps au bord du chemin, ni plaider coupable ?...

La chambre bleue

Dans cette curieuse chambre bleue, Simenon nous présente un futur condamné (il semble en tout cas avoir bien peu de chance de s’en sortir) fort attachant et qui parait tout à fait innocent des suspicions qui planent sur lui.

 — Quel air a-t-il ?
 — Je ne sais pas. Il tourne le dos au soleil....
 — Où vas-tu ?
Car il ramassait ses vêtements, son linge, ses chaussures.
 — Il ne faut pas que je reste ici... Du moment qu'il ne nous trouve pas ensemble...
Il ne la regardait plus, ne se préoccupait plus d'elle, de son corps ni de ce qu'elle pouvait dire ou penser. Pris de panique, il jetait un dernier coup d'œil par la fenêtre et se précipitait hors de la chambre.
Si Nicolas était venu à Triant par le train alors que sa femme s'y trouvait, c'était pour une raison sérieuse.
La chambre bleue de Georges Simenon
Un auteur par contre toujours aussi misogyne, fidèle à son époque et qui se lâche un peu plus que d’habitude sur les scènes explicites.

Un roman à la construction virtuose qui se dévoile en même temps que son protagoniste s’enfonce

Tous les romans durs de Simenon
102. La chambre bleue
101. Les anneaux de Bicêtre 103. L’homme au petit chien
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Je t'ai fait mal ?
─ Non.
─ Tu m'en veux ?
─ Non.
C'était vrai. A ce moment-là, tout était vrai, puisqu'il vivait la scène à l'état brut, sans se poser de questions, sans essayer de comprendre, sans soupçonner qu'il y aurait un jour quelque chose à comprendre. Non seulement tout était vrai, mais tout était réel : lui, la chambre, Andrée qui restait étendue sur le lit dévasté, nue, les cuisses écartées, avec la tache sombre du sexe d'où sourdait un filet de sperme.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Tony Falcone et Andrée Despierre, qui s'étaient perdus de vue depuis la fin de leur enfance, sont devenus amants un soir de septembre. Au cours des mois suivants, ils se retrouvent huit fois dans la " chambre bleue " à l'Hôtel des Voyageurs, tenu par le frère de Tony. Un jour, il s'en faut de peu que le mari d'Andrée ne surprenne, par hasard, les amants.

Traces de sang : une enquête de Nick Rider

Le dessin de Toppi se prête admirablement bien au polar américain. Des mâchoires carrées, un noir-blanc d’une franchise impeccable, les villes, les marais et les mouvements (et les coups) sont francs et tendus juste à souhait.

Traces de sang : une enquête de Nick Rider de Gino D’Antonio, dessin de Sergio Toppi, traduction de Salvatore Biddau
Pour l’histoire, pas de surprise. Du polar très classique, des poursuites, des gentils qui ne le sont pas forcément, des flics aux gros bras et des guns qui crachent de la poudre et du plomb.

Rien de nouveau, un bon gros classique mais plutôt bien fait, plaisant

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Mais arrête !...
Toutes ces années Levasseur nous a donné de quoi subvenir à nos besoins. Il mérite au moins notre gratitude, tu ne crois pas ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Jacky Duvall n’a pas eu une vie facile, mais ce qui l’attend semble être bien pire. Seule au monde et fuyant tout le monde, elle cherche refuge à New York de la furie du brutal Levasseur et de ses sbires. Mais pourquoi la recherche, ce qui se cache derrière le voyage aventureux d’une jeune fille des marais de la Louisiane à la Grande Pomme ?
Une tragédie inimaginable, mûrie depuis longtemps dans l’isolement qui enveloppe les terres inhospitalières des Cajuns et la dégradation familiale… Une tragédie sur laquelle Nick Raider ne pourra faire la lumière que grâce à l’aide de la combattante Sarah Himmelman et des coéquipiers habituels : Marvin, Jimmy et tous les « anges en uniforme » du District Central !

Les témoins

Diverses circonstances vont interroger le juge Lhomond, fiévreux, sur les questions de preuves et de culpabilité.

S'il ne l'avait jamais aimée, c'était néanmoins l'être qu'il avait été le plus près d'aimer, non d'amour, mais d'une affection fraternelle.
Ce n'était pas vrai. Il se mentait une fois de plus et cela, elle le sentait avant même qu'il s'en aperçût. Le sentiment qu'il éprouvait pour elle était cette sorte de gêne qu'on éprouve devant un animal qui souffre au bord du trottoir et qu'on est impuissant à aider, qu'on ne peut même pas soulager avec des mots qu'il ne comprendrait pas.
Voilà ce qu'il y avait de tragique ! Il n'existait rien de commun entre eux, aucun lien, sinon d'avoir vécu pendant vingt-quatre ans ensemble dans cette grande maison qui n'avait jamais été un foyer.
Elle ne le lui pardonnerait jamais et elle l'en haïssait.
Par discrétion, il n'avait pas questionné Chouard plus avant, mais la façon dont le docteur la traitait indiquait qu'il ne la croyait pas en danger. Elle gardait la chambre pour ne pas reparaître à la face de la ville qui savait. Elle n'en avait pas moins peur de la solitude et il lui restait son mari.
Les témoins de Georges Simenon
L’accusé qui risque la peine de mort sur un faisceau de présomptions sans preuves réelles. Mais aussi chez lui, dans son propre couple avec sa femme malade et ce flacon de strychnine qu’il vient de casser…

Coupables ? Selon le point de vue, tout le monde ne risquerait-il pas d’être accusé ?

Un roman un peu longuet, mais pas dénué d’interrogations intéressantes

Tous les romans durs de Simenon
84. Les témoins
83. La boule noire 85. Les complices
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il n'y avait pas cinq minutes qu'il s'était levé pour redresser, dans la cheminée, une bûche qui avait roulé des chenets en émettant une gerbe d'étincelles et, de s'être penché sur les flammes, il en gardait la peau du visage chaude.

Profitant de ce qu'il était debout, il était allé sur la pointe des pieds jusqu'à la porte toujours ouverte entre sa chambre et la chambre de sa femme.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Épouse d'un magistrat, Laurence Lhomond est malade et garde la chambre depuis cinq ans. Ses crises, d'origine cardiaque, varient en nombre et en intensité suivant que son mari est plus ou moins absorbé par sa profession. Du moins, c'est ce que remarque Xavier Lhomond, qui finit par se demander si sa femme ne le fait pas exprès. La veille du jour où il doit présider la cour d'assises dans un procès où est inculpé un homme qu'on accuse du meurtre de sa femme, Lhomond voudrait, le soir, chez lui, revoir le dossier. Son épouse l'appelle, pressentant une crise.

Le serpent majuscule

N’ayant découvert Pierre Lemaitre qu’après son prix Goncourt, je ne connais pas du tout sa partie polars. Mais voilà qu’il m’a donné forte envie d’y jeter un oeil !

Le serpent majuscule de Pierre Lemaitre, dessins de Dominique Monféry d’après le roman de Pierre Lemaitre
Car dans cet album, tout est très visuel ! Pas trop de textes, tout passe par l’image et c’est vraiment réussi !Une bande dessinée haute en couleurs, bien gore, avec du sang et de la viande

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Pweek !
Pweek !
Allez, Ludo, faut pas traîner, on va être en retard.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Mathilde est une tueuse à gages septuagénaire. Henri, son ancien camarade dans la Résistance pour qui elle exécute les missions, tente de la protéger. Mais, imprévisible, les accès de violences de Mathilde et son manque de discrétion inquiètent ses véritables commanditaires qui décident de l'éliminer avant qu'elle ne devienne incontrôlable.

Carcajou

Un western sur une colline au Canada, maudite par l’avidité de ses occupants et de ceux qui en convoitent l’or ou le pétrole.

Carcajou de El Diablo, dessins de Djilian Deroche, couleurs de Djilian Deroche et Marion Chancerel
Dans cette belle édition soignée, les planches plutôt naïves au trait marqué, oscillent entre de superbes créations et d’autres parfois plus brouillonnes ou moins abouties. Une bande dessinée bien aussi sale et violente que l’histoire qu’elle raconte. Les hommes sont bien tous pourris, veules et avides lorsqu’un peu d’or scintille sous leurs yeux

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'est ici ?
Oui, c'est l'endroit.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Alberta, Canada, 1895, par - 21 degrés Celsius.

Jay Foxton règne en despote sur la petite ville de Sinnergulch dont il détient la plupart des terrains et commerces.

À quelques miles de là sur une colline dominant la ville, vit un ermite farouche, Gus Carcajou, qui en exploite a minima les réserves d'or pour acheter sa gnôle.

Mais le terrain regorge d'un autre type d'or, noir celui-là, et Foxton est prêt à tout pour s'emparer de l'énorme magot qui lui échappe encore...