Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Ce roman dur fait partie des confessions. Un homme, sentant la fin venir raconte sa vie, pourquoi, aujourd’hui, il en est arrivé là. L’homme au petit chien de Georges SimenonComme bien souvent, on retrouve la sensation que Simenon s’y dévoile, coincé entre ses peurs, ses fiertés et ses fausses modesties. Que ce soit en clair ou en miroir.
Cette fois-ci, un homme rongé par la jalousie. Et peut-être pire encore, l’envie. L’humiliation de ne pas avoir « été ». Juste avoir traversé la vie, piteusement
L’homme au petit chien, adaptation de François Boyer et Jean-Marie Degèsves avec Gilles Ségal
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Est-ce que l'incident de dimanche a l'importance que je suis tenté de lui attribuer ? On ne peut même pas, sans exagération, parler d'incident. Une rencontre fortuite, dans la rue.
Un couple inconnu dans la foule parisienne.
Un échange de regards.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Pour les gens de son quartier, M. Félix est un célibataire de cinquante ans, à l'air prématurément vieilli, le plus tranquille des hommes. Pour d'autres, qui le voient passer à heure fixe en compagnie d'un drôle de caniche, il est l'homme au petit chien...
C’est la vie, les emmerdes, les bonheurs, le fric qui manque, le travail (beaucoup, tout le temps), les craintes, le climat qui se réchauffe, les copains, les collègues, les employés, les arbres, les cultures, la famille… C’est la vie d’un paysan (agrumiculteur) qui fait du bio en France.Journal d’un paysan de Jean-Noël FalcouAlors, oui, le journal a forcément un petit côté répétitif, mais pourtant, il n’y a pas un seul jour pareil ! Car Jean-Noël Falcou a tout l’air d’un hyperactif et bosser avec lui ne doit pas être de tout repos (pas du tout, même !), et il ne s’en cache pas. Mais il aime la terre, les arbres et la vie. Et pour cela, il ne compte pas.
Un magnifique journal, vivant et passionné
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Dimanche 20 février 2022
Depuis 8 h 20 ce matin, c'est le printemps par ici. Il y avait bien quelques indices précurseurs, pour ceux qui se soucient de la fin de la floraison des amandiers, ou des rosiers centifolia qui débourrent malgré la sécheresse hivernale. Des indices oui, mais le printemps ce n'est pas ça. C'est une odeur changeante de la terre, une assurance imprévue du soleil, les rougequeues qui ne se sentent plus à leur place dans une vibration nouvelle connue de tous. Les saisons font mentir le calendrier.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Chaque soir, pendant un an, un paysan témoigne en quelques lignes de son activité du jour. Ses textes nous donnent accès à l'intimité rugueuse d'un métier fondamental devenu méconnu. On y trouve, entre autres, des bigaradiers, du désherbage, des souvenirs d'enfance, des oiseaux, des coups de gueule, des alambics... On y découvre de l'intérieur, dans l'oeil d'un naturaliste, des champs, une filière, un pays.
Ce journal rend compte d'un engagement corps et âme dans une vocation. Il est aussi une ode à la matière ─ naturelle, transformée, vivante, spirituelle.
Dans ce délicieux essai anarcho-jouissif, Lydie prend la parole pour revendiquer le droit à la paresse pour toutes et tous. Une paresse créative ! Elle invite à repenser le monde économique de ces Messieurs-les-apologistes-du-travail-des-autres et à la célébration du niente.
Depuis toujours nous aimons les dimanches de Lydie Salvayre
C’est très court, poétique, drôle et terriblement vivant.
Et en plus… ma foi… à bien la lire… voilà qui pourrait faire penser !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Depuis toujours nous aimons les dimanches.
Depuis toujours nous aimons nous réveiller sans l'horrible sonnerie du matin qui fait chuter nos rêves et les ampute à vif.
Nous aimons rester longuement les yeux fermés dans la pénombre et enlisés dans la douceur des draps. Nous aimons nous déplier lentement, lentement nous ouvrir,
nous déployer,
nous répandre.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Depuis toujours nous aimons les dimanches.
Depuis toujours nous aimons nous réveiller sans l’horrible sonnerie du matin qui fait chuter nos rêves et les ampute à vif.
Depuis toujours nous aimons lanterner, buller, extravaguer dans un parfait insouci du temps.
Depuis toujours nous aimons faire niente,
ou juste ce qui nous plaît, comme il nous plaît et quand cela nous plaît. »
En réponse aux bien-pensants et aux apologistes exaltés de la valeur travail, Lydie Salvayre invite avec verve et tendresse à s’affranchir de la méchanceté des corvées et des peines. Une défense joyeuse de l’art de paresser qui possède entre autres vertus celle de nous ouvrir à cette chose merveilleuse autant que redoutable qu’est la pensée.
Mais quelle maladie touche les auteurs après leurs grandes créations ? Pourquoi ce besoin de combler ce vide en parlant d’eux ?
Cela me fait penser à ces pensées de Haruki Murakami (qui, lui non plus) n’a pas évité ce travers
Écrire un roman n’est pas très difficile. Écrire un roman magnifique n’est pas non plus si difficile, je ne prétends pas que c’est simple, mais ce n’est pas non plus impossible. Ce qui est particulièrement ardu, en revanche, c’est d’écrire des romans encore et encore. Tout le monde n’en est pas capable. Comme je l’ai déjà dit, il faut disposer d’une capacité particulière, qui est certainement un peu différente du simple « talent ». Profession romancier de Haruki Murakami
Olivier Bourdeaut n’y déroge pas. Mais, il faut bien le reconnaître, il est un bien drôle de bonhomme bien drôle Développement personnel de Olivier Bourdeaut
Et dans ces souvenirs autobiographiques, Olivier Bourdeaut se dépeint – avec beaucoup d’humour et d’autodérision – sous les traits d’une sorte de looser dilettante au bagout bien assuré attendant (par quelle grâce ?) de réaliser son Grand-Oeuvre
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Benirrás m'a-t-on glissé à l'oreille comme s'il s'agissait d'une formule magique.
Benirrás ai-je entendu, avec la même intonation que B.B. susurrant Almería à l'oreille de Gainsbourg. Benirrás, un code secret.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « J'ai la chance de gagner ma vie en racontant des histoires. Du moins jusqu'à présent. Car j'ai un problème, un problème de taille : je n'ai plus d'imagination. Je ne comprends pas pourquoi, je ne sais pas comment cela est arrivé mais j'ai beau froncer les sourcils, serrer mes petits poings, rien ne vient. Alors j'ai décidé de parler de moi.
Selon des chercheurs de Harvard, nous passerions soixante pour cent de notre temps à parler de nous. Parler de soi stimulerait les mêmes zones du cerveau que la cocaïne, le sexe ou un bon plat. Et si Harvard dit que ça fait du bien, je n'ai aucune raison d'en douter. Après tout, Mark Zuckerberg en est diplômé et il a toujours su, mieux que tout le monde, ce qui est bon pour l'humanité... »
Avec une franchise pleine d'autodérision, Olivier Bourdeaut revient sur son enfance compliquée, sa courte et chaotique scolarité et le périlleux apprentissage du métier d'écrivain. L'auteur d'En attendant Bojangles se dévoile, et sa vulnérabilité nous touche.
Mi nouvelle, mi album et vraie réussite, cette rature est très loin d’en être une. Cette histoire sublimée par les dessins envoutants et oniriques de Lucille Clerc nous emporte dans les tourments d’un père.
Rature de Philippe Claudel et illustrations de Lucille Clerc
Un pêcheur taiseux. De ceux qui ne savent pas dire autrement qu’avec leurs actes.
Et la mer, violente, impitoyable et généreuse.
Mais comment dire certaines choses quand on a pas appris à parler… A son fils, sa femme… ?
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) C'est toujours la même chose quand on s'approche. Quand on s'approche vraiment d'elle. On est attiré. Aspiré.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Le Rature est toujours le premier bateau à quitter le port, et le dernier à y rentrer. Celui qui en est le patron est maladroit avec les mots, mais il sait que sur son fileyeur, il est à son exacte place, opérant les gestes millénaires, retirant du ventre immense de la mer de quoi nourrir les hommes, sous les nuages gris, les soleils et les étoiles. Le jour où il a emmené son fils pour la première fois, il s'en souvient comme dans un rêve. Son fils, grand désormais, et qui aurait dû être marin pêcheur, comme lui, et comme son père avant lui. Et pourtant, le fils est parti un jour. Avec la rage et la colère.
Cela fait combien de temps déjà ? Faut-il donc qu'il compte les semaines, les mois et les années, à s'en faire mal ? Et faut-il espérer son retour ?
Lucille Clerc a exploré toutes les nuances déployées par le texte de Philippe Claudel pour lui faire écho et l'accompagner à travers dessins, gravures, photos... Comment traduire le froid, le manque, la tristesse mais aussi l'amour, la force des liens, la transmission, la joie de la complicité. Ses illustrations incarnent magnifiquement toute la sensibilité du récit.
Voilà une vie heureuse pleine de délicatesse. Oui, même si l’histoire est bien différente, les émotions m’ont semblé bien similaires à ce roman précédent. David réécrirait-il toujours selon le même pattern1 ou aurait-il un message qu’il ne cesserait de vouloir transmettre ?
La vie heureuse de David Foenkinos
Une histoire en trois période. Et si la première ma semblé longuette et la dernière un peu mélo, la deuxième m’a franchement bien amusé.
Allons David, il est temps de renaître et de laisser enfin exploser cette vie heureuse qui n’ose l’être !
1 Merci encore pour les deux trois bonnes blagues des notes de bas de page
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Éric Kherson appréhendait toujours de prendre l'avion. II dormait en général assez mal la veille du voyage, se laissant dériver vers les pires scénarios possibles, imaginant tout ce qu'il laisserait derrière lui après sa mort violente dans un crash.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Jamais aucune époque n’a autant été marquée par le désir de changer de vie. Nous voulons tous, à un moment de notre existence, être un autre. »
Je ressors un peu mal à l’aise avec cette bande dessinée. Certes, la nouvelle de Melville est malaisante et cette gène est fort bien rendue ici. C’est parfait.
Bartleby le scribe : une histoire de Wall Street de Jose Luis Munuera, couleurs de Sedyas de Herman Melville
Mais c’est plutôt les images qui m’ont dérouté. Car si les fonds, la ville, les murs, les bureaux et tous les décors sont très léchés avec un ressenti d’aquarelles magnifiques, les personnages de premier plan sont par contre plutôt décevants… comme si d’autres mains avaient effectué le travail.
C’est donc un peu mitigé que je ressors de cet album qui m’avait marqué alors que je le feuilletais. Bartleby, un album sympa aux seconds plans éblouissants !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) La plupart des hommes servent l'état non pas en tant qu'humains...
...Mais comme des machines avec leur corps.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Wall Street, à New York. Le jeune Bartleby est engagé dans une étude notariale pour copier des actes juridiques. Consciencieux et efficace, il abat un travail colossal sans jamais se plaindre.
Pourtant, un jour, son supérieur lui confie un travail qu’il décline. Désormais, Bartleby cessera non seulement d’obéir aux ordres, mais il refusera aussi de quitter les lieux...
José Luis Munuera (Merlin, Fraternity...) s’empare de la nouvelle d’Herman Melville dans une adaptation magistrale, proposant une réflexion stimulante sur l’obéissance et la résistance passive.
Amusant petit livre d’humour rigolo sur les métiers de la BD, des plus foufous aux plus concrets.
Les métiers cachés de la bande dessinée de Jean-Luc Coudray, dessins de Emmanuel Reuzé
Amusant aussi de retrouver – à l’heure de la grande controverse de l’expo de Bastien Vivès à Angoulème – un petit Titeuf tout nu avec un gros zizi. Cela pose-t-il problème ? Certes, le dessin est guère réaliste mais le zizi est quand même bien gros, non ?
Un petit moment bien sympa en trois parties. Les vrais-faux métiers, quelques hommages aux grands auteurs de la bande dessinée à la papa et finalement les faux-vrais métiers. Et même si j’aurais bien aimé y retrouver des personnages de comics, mangas ou d’autres plus contemporains, je n’ai pas boudé ces instants drôles
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Une réflexion générale sur la bande dessinée par J.-L. Coudray illustrée par E. Reuzé et accompagnée de photos anciennes légendées et détournées
Pour payer ses études, Guy va travailler à l’usine. Une papeterie (celle qui fabrique le papier sur des rouleaux de plusieurs tonnes, pas celle qui vend des stylos et des enveloppes) gigantesque, éprouvante, chaude, humide et exigeante. L’apprentissage du métier d’ouvrier et de la fatigue.
Chroniques de jeunesse de Guy Delisle
Un dessin remarquable en noir et blanc avec quelques aplats de jaune qui colle remarquablement bien avec l’usine, son architecture et sa mécanique. Des points de vues qui expriment parfaitement le gigantisme des installations qui s’impose au petit nouveau.
Pourtant, même si elle semble fidèle, l’histoire reste superficielle. La relation avec le père est bien vite balayée et celles avec les ami.e.s à peine esquissée. Certes, le sujet n’était pas là.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Dans sa jeunesse, l'auteur, alors étudiant, a travaillé trois étés dans une usine à papier. Il raconte cette expérience, brossant avec humour et tendresse un portrait du monde du travail et questionnant les relations qu'il entretient avec son père, lui-même salarié dans l'usine en tant qu'ingénieur industriel
Procédure, burn-out, brainstorming, salaires, interventions de formateurs, win-win, big-data ou sabirs incompréhensibles mêlés d’anglicismes et d’abréviations… Julia de Funès décortique les entreprises, leurs biais, la vie qui les anime et leurs méthodes managériales sous un angle philosophique.
Socrate au pays des process de Julia de Funès
Et cela donne des portraits drôles, absurdes, édifiants, consternants ou surprenants… mais rarement efficaces et sensés
Ou sont les humains qui les composent, leur libre-arbitre et l’expression de leur bon-sens ? Est-ce efficace ou sensé ?
Et moi ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Durant quelques années, j'ai été chasseuse de têtes : j'étais censée évaluer des candidats expérimentés qui occupaient des fonctions complexes et techniques, auxquelles je ne pouvais, du haut de mes vingt-deux ans, rien comprendre. Je me suis aussitôt retrouvée confrontée au non-sens absolu. Comment évaluer ce que je ne connaissais pas ? Comment juger des compétences nécessaires à des métiers dont j'ignorais tout ?
C'est la philosophie qui m'a pour ainsi dire sauvée : mes études de philo m'ont enseigné à dynamiter mes préjugés et à rechercher le sens de ce qui est. C'est désormais ce que je m'emploie à faire, à la demande des entreprises, avec leurs collaborateurs. Je vous invite donc à un voyage philosophique, au ton volontairement léger, dans le monde des affaires