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L’enfer c’est les autres ! Ce huis-clos de Simenon semble pourtant se dérouler au paradis, sur une petite île, quasi déserte, des Galapagos. Un paradis jusqu’à l’arrivée de la Comtesse von Kleber.Ceux de la soif de Georges SimenonUn roman qui laisse la tension s’installer crescendo avec la chaleur. Puis le manque d’eau finira de faire tourner la tête de l’exubérante comtesse
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Lequel des deux hommes était arrivé le premier en cet endroit ? Et pourquoi choisir cet endroit-là plutôt qu'un autre ? En quoi était-il différent du terrain environnant ? On n'aurait pu le dire, et pourtant, pour ce qui était du terrain, la brousse y était moins dense qu'alentour et on sentait que c'était là qu'il fallait faire halte, et non ailleurs.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Frantz Müller et Rita sont venus se réfugier dans la solitude d'une île perdue des Galapagos. Mais la civilisation ne tarde pas à les rattraper, avec son cortège de conflits et de crises...
Simenon excelle dans ce récit où des personnages tourmentés cherchent vainement dans l'exotisme la solution de leurs troubles intérieurs.
C’était déjà toujours aussi con, même si le tome deux est rétrospectivement encore plus réussi (oui, j’avais lu Estampillage : détourné en dérision avant ce premier tome paru en 2022).Estampillage : détournement de fonds de Benjamin Le BoucherDu grand n’importe quoi pour le plaisir du bonheur d’en rire
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) « Le pouls est très faible », dit Régis, qui n'avait pas terminé ses études d'architecte
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Pardon Gutenberg, pardon l’Histoire, l’Art, la gravure, les graveurs, les gens qui ont servi de modèle, pardon les arbres, l’imprimerie, pardon les livres, pardon Jack Lang, pardon l’édition, pardon la famille et pardon à vous. On n’a pas pu résister à ce détournement de fonds, c’était délicieusement trop con.
La nuit, je deviens fou chantait Salvatore Adamo. À la mort de sa femme d’un cancer, Druillet crée la nuit. Un cri de haine et de colère, une fuite en avant vers la mort à la recherche de shoote dans le dépôt bleu.La nuit de Philippe DruilletDes bandes rivales, unies pour le shoote dans une guerre totale, apocalyptique.
… Un jour… Moi aussi… Je crèverais tripes au vent
Mais en attendant ombre shoote
La mort je baise !!
Un chef d’oeuvre dans la colère, une prière hallucinée, un cri d’amour venu des enfers
Alors, certes, les chagrins y verront des dialogues d’une pauvreté consternante, un scénario confus et tout aussi misérable, un dessin plus approximatif que d’autres productions de Druillet, mais quelle rage ! Un chef d’oeuvre, vous dis-je !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Au cœur de la ville morte vers le grand futur sifflaient les motos de la nuit, la nuit seulement., tout bougeait enfin, mais au matin quand disparaissait la lune molle devenue folle, éclatée, quand le jour terrible naissait tout retournait au tombeau...
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) En 1975, Philippe Druillet perd sa femme Nicole, victime d'un cancer foudroyant. Il exorcise sa peine dans un album au pessimisme assumé, pointant l'absence totale d'échappatoire à l'issue finale. S'ouvrant sur une préface laissant éructer la rage de l'auteur, La Nuit nous décrit un monde en proie aux gangs de motards anarchiques ou autres barbares déglingués et accros à la dope, se dirigeant tous, au cours d'une bataille sanglante pour le « shoot » ultime, vers une fin inéluctable. Les planches grandioses s'y succèdent comme de véritables tableaux dressant le portrait d'une humanité en perdition, folle, désespérée et nihiliste.
Explosive, fantastique, sombre, violente, baroque, outrancière : les adjectifs ne manquent pas pour décrire l’œuvre géniale de Druillet, mais s'il est un album qui se distingue parmi tous ses univers, c'est bien celui-ci. Probablement le plus noir mais aussi le plus fascinant, La Nuit est de ceux que l'on n'oublie pas. À nouveau disponible avec sa couverture originale, cette réédition lui rend hommage.
Les peuples premiers du Canada (et ce n’est pas le seul pays), ont été victimes d’atrocités, d’acculturation, de vols d’enfants, liquidations, pensionnats, viols… la liste est longue. Michel Jean réussi avec Qimmik à donner vie aux victimes. Ce ne sont plus des centaines ou des milliers ou plus encore, mais c’est Saullu et Ulaajuk, deux jeunes amoureux Innu, leurs chiens, leurs difficultés, le grand Nord hostile, la faim, les ours, la passion de vie.Qimmik de Michel JeanEt l’état fédéral, la police…
Un récit entrecroisé avec une enquête pour le meurtre de vieux policiers.
Un livre magnifique malgré un rapprochement qui pourrait sembler un peu trop évident entre les deux parties mais qui évite toutefois de sombrer dans un mélo trop convenu.
Un livre trouvé dans la magnifique petite librairie-café Le vent se lève lors d’un passage à Saint-Ursanne avec un délicieux jus de gingembre-citron bio
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le ciel, le roc, l'océan. Sous une lumière obscène, face à l'Arctique, mer de glace. Terre nue. Pays sans arbre. Entre te ressac et le silence, le vent, le vent du nord, règne sans partage. Son souffle glacial soulève les flots, emporte dans son sillage des tourbillons de neige qui courent sur la terre comme sur l'eau. La toundra gronde.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Vingt chiens.
Vingt cœurs fidèles et courageux
me ramènent chez moi, sur la côte.
Le bruit de leurs pas résonnent dans
l’air froid et bat la cadence.
C’est la musique des Inuit.
Dans les années 1960, au Nunavik, la jeune Saullu rencontre Ulaajuk, un mystérieux Inuk du Nord. Fascinée par sa douceur et son insouciance, elle décide de le suivre. Avec l’aide de leurs chiens de traîneaux, les Qimmiit, le jeune couple parcourt le territoire encore sauvage. Leur quotidien est fait de chasse, de pêche, de moments de plénitude et de rencontres mémorables. Ils sont heureux et libres. Mais, plus au sud, les autorités obligent les Inuit à se sédentariser et à se regrouper dans des communautés.
Quelques décennies plus tard, Eve Beaulieu, une jeune avocate montréalaise est chargée de défendre Uqittuq Ainalik, un vieil Inuk accusé des meurtres de paisibles retraités. L’homme reste mutique et Eve peine à comprendre ce qui pourrait avoir déclenché une telle folie meurtrière. Cela a-t-il un lien avec le fait que les victimes étaient d’anciens policiers, en poste au Nunavik dans les années 1960 ?
Cette recherche de la vérité entraînera la jeune avocate plus loin qu’elle ne l’imaginait, l’obligeant à s’interroger sur ses propres origines.
Touchant cet avocat, solitaire et alcoolique depuis que sa femme l’a quitté. Reclus mutique dans un hôtel particulier en compagnie de sa fille, d’une cuisinière et d’une bonne qui change régulièrement.Les inconnus dans la maison de Georges Simenon Ermite autrefois brillant, négligeant hygiène et société, le voilà secoué par le meurtre d’un inconnu dans sa maison et les frasques de sa fille.
Un polar judiciaire explorant les relations humaines dans une petite ville
Adapté en 1942 par Henri Decoin avec Raimu, Juliette Faber et Gabrielle Fontan
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Allô ! Rogissart ?
Le procureur de la République était debout, en chemise, près du lit d'où émergeait le regard étonné de sa femme. Il avait froid, surtout aux pieds, car il s'était levé si soudainement qu'il n'avait pas trouvé ses pantoufles.
- Qui est à l'appareil ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Hector Loursat boit. Sa femme l'a quitté. Il ne plaide plus. Seule sa fille Nicole, qu'il n'aime pas, partage encore avec lui des repas pris sans un mot dans leur grande maison vide. Dix-huit ans que cela dure, à ne rien faire, retiré du monde.
Un soir, pourtant, tout bascule. Découvrir sous son toit un homme tué d'une balle dans le cou tire l'avocat d'une longue peur de vivre. La mort le réveille. Il est seul. Sa fille est une inconnue. Il la croyait sans âme, il découvre une force. Il la croyait docile, c'est une révoltée. Un mystère qui s'ouvre sur un meurtre et toute une ville qui attend. Une ville de notables. De frileux. Une bonne société qui louvoie, qui accuse. Qui aimerait tant pouvoir être hors du coup...
Simenon est quand même un auteur bien intriguant. Il est capable de voir très finement l’âme humaine, les couples, les désirs comme les frustrations, de voir toute la douleur d’une femme délaissée et, en même temps, de poser des descriptions d’une goujaterie hallucinante. Un vrai gros rustre sexiste qui objective toutes les parties des femmes (trop molles, maigres, grosses, fades…) et qui pourtant, à le lire, semble les comprendre…La vérité sur Bébé Donge de Georges SimenonQuelle putain d’époque, quand même… Et c’est pas si vieux ! Bébé tente de tuer son mari à l’arsenic, l’occasion pour le survivant d’analyser son couple dans une introspection pleine de remords
Un roman adapté au cinéma en 1952 par Henri Decoin, avec Jean Gabin et Danielle Darrieux
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) N'arrive-t-il pas qu'un moucheron peine visible agite davantage la surface d'une mare que la chute d'un gros caillou ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Après dix ans de mariage, Bébé Donge verse de l'arsenic dans le café de son mari. François Donge en réchappe, mais remet en question leurs années de vie commune en cherchant les causes de la faillite de leur couple : une jeune fille trop romantique, un voyage de noces décevant, une incompréhension qui grandit dans l'ombre et le silence, des maîtresses...
Voilà un des romans dur de Simenon des plus balzacien. Une petite ville, des petites gens, de l’argent, des jalousies, des amours tristes ou impossibles…Le voyageur de la Toussaint de Georges SimenonA la Rochelle un héritage vient rebattre les cartes des petits puissants de la ville. Le jeune héritier saura-t-il faire face ?
Un très bon Simenon à l’ambiance fausse et aux conseils appuyés
Un roman adapté au cinéma en 1943 par Louis Daquin
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Gilles Mauvoisin regardait sans voir et il avait les yeux rouges, la peau gercée de quelqu'un qui a beaucoup pleuré. Pourtant, il n'avait pas pleuré.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Quand un héritage est en jeu, les bonnes âmes montrent soudain leur noirceur.
Un jeune homme et sa tante, d'abord opposés, s'allient contre ceux qui les prennent pour de naïves victimes. L'histoire se passe à La Rochelle, et c'est un puissant tableau de la vie de province, des haines familiales, des jalousies, des infamies que l'on voit trop souvent se perpétrer pour des questions d'argent dans la bourgeoisie aisée. Mais là, les faibles triomphent des forts.
Le détournement est un humour qui me fait bien rigoler, et ici, c’est vraiment bien réussi ! Estampillage : détourné en dérision de Benjamin Le BoucherAlors, certes, il y a bien plus qu’une simple inspiration des hilarantes productions du Penseur Étoile (format, calembours…), mais difficile de dire qui a commencé quand on retombe sur certaines productions de Cavanna dans Hara-Kiri (et ce n’était probablement de loin pas le premier)
La grande encyclopédie bête et méchante de François Cavanna (1981)Une bonne marrade donc, avec quelques cartes collector. Oui, ce sont des cartes postales pour envoyer à ses amis (et aux autres)
Et comme je constate qu’il s’agit d’un tome 2, je m’en vais illico visiter les excellentes éditions Lapin pour tenter d’obtenir le premier tome
Et on peut retrouver le poinçon de Benjamin le Boucher sur Insta @estampillage
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je vous l'avais bien dit que ça allait péter !
Nul n'est prophète en Pompéi
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Passé maître dans les jeux de mots, l’absurde et l’abscons, Benjamin Le Boucher s’évade à nouveau dans les archives des estampes, en détournant les jeux et contes de notre enfance, des scènes de vie du Moyen-Âge, d’un ours férue de livre, sans oublier les querelles de village.
S’y glisse insidieusement un soupçon d’humour noir, liant la vie à l’incongruité et le rire à la mort. Alors installez-vous confortablement et en avant la musique !
Il fait chaud sur l’Aquitaine qui remonte du Congo vers Bordeaux. Et un voyage qui commence mal, ne finit que rarement bien. Le navire gite et prend l’eau, les annamites en troisième classe meurent sous l’œil vaguement concerné de l’équipage (c’était l’époque coloniale, et ça se sent salement bien à 45° sans mauvais jeu de mots), les premières classes s’échauffent… Il y a des voyages où semble planer une sombre malédiction. 45° à l’ombre de Georges SimenonEt les problèmes s’enchaînent en espérant impatiemment que les côtes françaises apparaissent.
Un roman où la sauce peine à prendre et l’ennui des passagers tend à gagner les lecteurs
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le steward, de son doigt replié, frappa trois ou quatre petits coups, approcha l'oreille de la porte de la cabine et, après quelques instants d'attente, murmura doucement :
- Il est quatre heures et demie.
Dans la cabine du Dr Donadieu, le ventilateur ronronnait, le hublot était ouvert, mais le docteur, couché nu sur les draps, n'en était pas moins moite des pieds à la tête.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Le docteur Donadieu, médecin de bord, observe les passagers de l'Aquitaine qui s'agitent sous le soleil africain: Lachaux, qui prédit toujours les pires catastrophes, Bassot, le fou enfermé dans sa cabine, la coquette madame Dassonville, Huret, injustement accusé de vol... Les drames se nouent, les passions s'exacerbent et le mercure continue à monter.
Voilà un livre qui porte absolument bien son titre !Les vivants de Ambre ChalumeauAlors, certes, les grincheux pourraient trouver ça un peu convenu, feel-good, adulescent… Mais c’est frais, vivant (oui, vraiment le titre est très bon !), coloré et bien souvent très drôle (quel sens des métaphores !).En s’emparant de sujets difficiles comme la maladie et le coma d’un jeune ou le viol , Ambre réussi à écrire un livre plein de lumières, de couleurs et de contrastes… comme la vie
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Tout arrive d'un coup, la sueur glacée, le brouhaha autour, les jambes qui faiblissent. Ce pote qu'on devine du coin de l'œil en train d'alerter son voisin et qui, premier de la fête à avoir remarqué qu'on flanche, devient sans le savoir le premier au courant de notre drame.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Elle demande de répéter.
On demande toujours de répéter, alors qu’en fait on a très bien entendu.
Quelque part dans notre crâne, un globule blanc se lève et pète du coude la vitre à ne casser qu’en cas d’urgence, celle qu’on pensait ne jamais avoir à briser : on sait qu’on devrait déclencher un protocole spécial pour accueillir la nouvelle, sauf que personne n’a été briefé, les stagiaires sont incapables, en plus on est samedi soir les bureaux sont déserts, y’a bien les anciens qui sauraient quoi faire, les vieux neurones du fond là, paniqués en permanence, ils nous ont dit qu’un jour ça pouvait arriver mais on les écoute plus ils radotent tellement, et maintenant qu’on a besoin d’eux putain ils sont où ?
Et aussi simplement que ça, une nuit comme les autres devient un Début. »
Histoire du passage à l’âge adulte, histoire d’émotions contraires, Les Vivants est un premier roman à la sincérité désarmante où le drame et la comédie nous illuminent à chaque page.