Paroles d’évangile

Brigitte Fontaine a des fulgurances, des éclats, des éclairs et parfois, un peu moins.


Les motivations du désespoir
Le désespoir n'a pas de politesse, n'en déplaise aux fabricants et marchands. Il est malpoli. C'est pourquoi entre autres il est si mal vu.
Et au fait, matter of fact, facteur, lettres maîtrisées ou recommandées, missives, épîtres. En fait quelles sont les motivations de la naissance et de la mort ?
Et du reste ? S'il en reste.
Vous avez une heure.
C'est peu pour cette vaste question mais cela peut se résumer à ceci : Si on vous le demande, vous direz que vous n'en savez rien.
Paroles d’évangile de Brigitte Fontaine
Cette fois-ci, c’était un peu moins.

Reste quelques pages magiques, paragraphes génialement inspirés et débordements magnifiques

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'Explication de texte est un crime contre l'humanité.
Les expliqueurs et les expliqueuses de textes devraient tous être passés par les armes, châtrés, défenestrés, roués vifs et suicidés dans le dos.
Les petits enfants qui subissent les explications de textes sont à tout jamais dégoûtés, acculturés, dévoyés, émasculés ou excisées et ovarectomisées.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Les papes font des bulles, Brigitte Fontaine aussi : un recueil déjanté de visions sur notre époque.

Messieurs-dames, prenez place si vous en trouvez.
Cet ouvrage de dame est consacré à l'intronisation des nouveaux temps modernes, de la nouvelle condition humaine, à la vie entre la naissance et la mort, à l'autre également, aux tics cliniques programmés plouc-chics, à l'éthique, au fantôme des idéologies antiques, au fric et à ses envoûtements, bref toutes ces sortes de choses auxquelles on ne comprend rien. Cet ouvrage est donc consacré à rien.

Il est brodé à la main par une michetonneuse planétaire jamais devenue adulte, par une vulgaire lumpen SDF, une femme de lettres bretonne fière de l'être.
On l'appelle Bridinette mais en vrai elle s'appelle Brigitte et c'est une créature vénale appartenant à la Mafia des trafiquants de Vérité ; mais comme il n'y en a pas, elle n'a pas un rond.

Cet ouvrage n'est pas un manifeste terroriste.

À table !

Quand l’obsession, le manque, la jalousie, le désir et la dépendance sombrent dans la folie.

Chaque jour, elle dresse la table d'une couleur différente. Elle achète une nappe, des serviettes, deux belles assiettes plates, deux assiettes à desserts et deux autres blanches à fond creux pour le velouté. Elle aime ce moment où elle ouvre son portefeuille pour célébrer la beauté de ces repas qu'elle pourrait, aujourd'hui ou demain, partager avec lui. Elle est gosse. Elle est belle. Elle relève les deux manches et parle au cuivre des casseroles pour l'éblouir, lui, l'amant. Elle fera tout elle-même : la confiture pour les desserts, les sorbets, la terrine de poisson gras, la crème, le yaourt, le beurre clarifié.
À table ! de Tiffany Tavernier
À table ! monte gentiment en puissance pour plonger en enfer. Celui d’une maîtresse folle d’un homme adultère. Une femme prête à assaisonner dangereusement les plats d’un amant volage

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'est étrange, ça la gratte. Là, au bout de l'orteil, sur la peau douce comme celle des bébés. Elle frotte. Elle pose même ses lèvres puis un peu ses dents. Elle n'aime pas cette sensation. Elle ne la comprend pas. Il l'a quittée il y a environ une demi-heure et elle vient de se coucher. Trente minutes sur le drap roulé en boule avant de trouver le courage d'éteindre la lumière puis, là, pof, ce picotement à l'extrémité du corps. Elle ne sera donc jamais tranquille ? Là-haut, à l'étage, la vieille ne bouge pas. Rien ne la gratte, elle, pourtant, elle est en train de pourrir.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Marie rencontre Eli, un jour banal dans un lieu banal. Plus elle l'aime, plus elle s'enfonce là où le sexe et l'attente règnent en maîtres : chair archaïque, jouissance. Cela pourrait en rester là, mais dans cette obsession-peau, Marie décide de tuer son amant. En cinq repas. La nuit venue, dans sa cuisine, elle plonge ses mains dans les beurres et les pâtes. Face à la somptuosité des mets, Eli est dérouté : est-ce le goût de cette farce sublime qui rend soudain Marie plus attirante ? Ou cette façon bien à elle de l'amener plus loin qu'il n'étaient jamais allés ensemble ? Jeux de la bouche et de la mort : Marie ira-t-elle jusqu'au bout ? Dans ce récite mené au fil du couteau, Tiffany tavernier lève un pan de l'imaginaire féminin qu'on n'a jamais fini de découvrir, entre l'attirance et l'effroi. L'écriture est à l'image de l'ogresse qui se révèle ici à travers la cuisine : concise et crue.

Alyte

Après être passé (un peu péniblement, je l’avoue) sur la gamme chromatique, j’ai réussi à entrer dans cet album qui m’a rapidement emporté. Une histoire où la vie côtoie la mort dans un cycle qui pourrait sembler naturel… s’il n’y avait léthalyte, la route et ses voitures.

Alyte de Jérémie Moreau
Un conte qui remet un peu les pieds sur terre en rappelant la dure réalité des chaînes alimentaires et l’emprise toujours grandissante de l’humain sur son environnement.

Et pourtant, aussi brutale et implacable soit elle, Jérémie Moreau arrive à mettre beaucoup de poésie (un poil mièvre) à cette démonstration

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il est temps de retrouver Lymphore, mes enfants.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Soudain, un vacarme vrombissant déchire le crépuscule. Lorsque revient le silence, un crapaud gît sur le bitume. Regroupant ses dernières forces, il porte son chapelet d'oeufs jusqu'aux eaux salvatrices de l'étang - et du seul oeuf indemne éclot un têtard orphelin : Alyte est un survivant. A peine né, et déjà il faut se battre ! échapper aux oiseaux, aux ours et autres dieux du monde de la rivière. Heureusement, un saumon lui montre comment se servir des courants et déjouer les pièges. Ce saumon s'appelle Iode, c'est son premier ami. Plus tard, Alyte rencontrera un chevreau et un aigle ; un hibou, et enfin Axon, le plus vieil arbre de la forêt. Chacun d'eux lui parlera du monde à sa façon, l'éveillant à ses beautés. Et bientôt viendra le temps pour Alyte de prendre soin, à son tour, d'un nouveau chapelet d'oeufs. Il lui faudra alors, comme son père avant lui, franchir la léthalyte. Cette ligne droite qui traverse la forêt et gronde à l'approche des animaux. Cette ligne noire qui les fauche sans raison, face à laquelle le minuscule Alyte n'a presque rien à opposer, sinon son immense soif de vie. Après Le Discours de la panthère, Jérémie Moreau continue son exploration du sauvage qui vit à nos côtés, aussi proche qu'invisible. Parmi la multitude de drames qui s'y jouent, il choisit de mettre en scène le plus redoutable : celui de la confrontation avec un monde humain absurde et aveugle, sa violence mortifère, sans but et sans égards. Avec Alyte, un Jérémie Moreau toujours plus virtuose invite son lecteur à changer son rapport au vivant et entrer, comme ce valeureux crapaud, en résistance.

Indésirable

Sam n’est ni homme ni femme, ou alors et femme et homme. Et lorsqu’iel s’installe dans un petit village de France… ça passe difficilement.

La main à la pâte
Les clés. Ce n'est pas grand-chose, des clés. On en manipule tous les jours, on n'y fait même plus attention, sauf à les perdre ou les oublier. Or les clés que maître Boisrond vient de pousser vers elui sur son immense bureau, Sam ne les considérera jamais comme de simples morceaux de métal dentelés.
Iel n'oubliera jamais ce moment.
Durant le court trajet entre l'étude et la Maison du Disparu, Sam peine à démêler le lacis de sensations qui læ parcourt.
La main à plat sur le mur, iel fait le tour du bâtiment. Puis, d'un geste solennel, ouvre la porte d'entrée. Entre. Chez elui.
Referme la porte.
 ─ Bonjour, la maison.
Indésirable de Erwan Larher
Une histoire pleine de retournements, de renversements… Mais surtout, une écriture géniale qui permet enfin à la langue française de s’adresser à celleux qui ne se retrouvent pas dans une vision par trop binaire.

Un roman qui se lit d’une traite mais qui pêche toutefois par une fin qui m’a semblé inutilement tarabiscotée, comme si l’auteur n’avait, au dernier moment, pas assumé son intention première

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'érotisme des vieilles pierres
Paysage bucolique à tendance bocagère, relief vallonné, revêtement routier récent ─ à l'oreille, probablement un béton bitumineux drainant. Comme sur la plupart des voies carrossables hors agglomération, la vitesse maximale autorisée insulte la puissance, la tenue de route et les équipements de sécurité des automobiles récentes. Ces vingt dernières minutes, Sam a failli se faire flagrant délinquer deux fois par des radars mobiles de type Vitronic PoliScan F1 HP. Et maintenant que le moindre quidam à penchants délateurs peut prêter serment pour moucharder ses semblables, rien ne dit qu'un radar embarqué, dont sont friands les collecteurs de taxes, n'ait pas croisé sa trajectoire infractionnelle.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quand Sam Zabriski s'installe à Saint-Airy, dans la maison dite «du Disparu», le destin de ce village rural au riche passé historique bascule.
Ici, on se méfie un peu des étrangers. Ici, on décatit très bien entre-soi. Ici, on a des certitudes, dont celle que l'humanité se compose d'hommes et de femmes. Or impossible de deviner à quel genre appartient Sam, par ailleurs énigmatique quant à son passé. L'incertitude et l'inconnu dérangent, les passion s'exaltent, les tensions s'aiguisent. Après quelques escarmouches, la guerre est bientôt déclarée. Personne n'en sortira indemne.
Roman noir, roman politique, étude de mœurs, Indésirable déroule cinq années de la vie d'un microcosme perturbé par l'arrivée d'un corps étranger. Et forge une langue pour exprimer le dissemblable.

De bouche à bouches

Est-ce à cause des couleurs un peu froides de la couverture ou de son personnage guère attachant ? Cette appétissante histoire ne m’a pas vraiment emporté et je n’ai pas vraiment réussi à en goûter toutes ses alléchantes recettes.

De bouche à bouches de Chantal Pelletier
Une histoire pour les gourmets. Celle d’une femme qui a perdu le goût et ne cesse de tenter de retrouver les saveurs de la vie

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Tu n'aurais pas dû !
Crispé sur son volant, il ressassait ça sur la petite route des crêtes en faisant la gueule au pare-brise.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une jeune photographe égoïste et immature perd le goût à la suite d'un accident. Bouleversée, elle abandonne ce qui faisait jusqu'alors sa vie et se sauve au bout du monde. Arpentant les étals des marchés, elle palpe, inspecte, renifle les délices qui s'offrent à elle et finit par s'initier à la cuisine, et, surtout, au bonheur de nourrir. En emplissant le ventre des autres de plats qu'elle invente et mitonne sans relâche, elle apprend à donner et à recevoir, à désirer et à aimer.
Chantal Pelletier évoque avec audace les plaisirs des sens dans ce roman qui met l'eau à la bouche.

Comtesse

Premier tome de la collection BD-Cul des Requins marteaux, cette Comtesse est absolument charmante.

Comtesse de Aude Picault
Une petite bd à l’allure d’un pulp qui à pourtant la délicatesse d’un fruit tropical juste sucré par le soleil.Un album qui illustre à la perfection que parfois un dessin remplace cent-mille mots

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il est des terres chaudes et humides où je mettrais bien le doigt.
Ferdinand Magellan


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La Comtesse est une jeune femme ignorante des mystères du sexe.
C’est toute fraîche et vierge qu’elle s’apprête à passer sa nuit de noces.
Son mari, vieux, moche et rabougri la laisse au matin écœurée à jamais du plaisir en chambre…
À jamais ? 
C’est sans compter sur la fougue de son personnel de maison !
Dès que son époux quitte le château, le valet, de ses assauts répétés, ramènera bien vite le rouge aux joues de la Comtesse

Touriste de bananes

Paradoxalement, la fatigue est un fréquent moteur de l’action chez Simenon. La fatigue d’un couple, des responsabilités, de la pauvreté… ou même parfois, juste l’ennui.

Donadieu se raidissait. Il s'était raidi toute sa vie, contre sa faiblesse physique quand il était gamin, contre le vertige quand il travaillait au barrage, puis contre le dégoût quand il avait été plongé de force dans le drame qui avait détruit sa famille.
Pourquoi n'y avait-il pas quelqu'un, un seul homme, pour lui parler simplement et pour comprendre son espoir ?
Non ! il n'avait pas de compte en banque et il ne pouvait espérer qu'on lui enverrait de l'argent. Mais il n'espérait pas non plus qu'il allait vivre nu dans un paradis terrestre où il n'aurait qu'à se baisser pour trouver sa nourriture.
Il voulait fuir les hommes et vivre d'une vie simple, labourer peut-être, apprendre comme les indigènes, à capturer les poissons au harpon...
Il possédait encore cinq mille francs. Qu'est-ce qui l'empêcherait d'acheter une petite terre et de la mettre en valeur ?
Touriste de bananes de Georges Simenon
Et Oscar est épuisé, il ne souhaite plus que fuir, seul, sur une île et y vivre de la pêche et de ses récoltes. Y trouverait-il le repos ?

Une suite du Testament Donnadieu qui signe la fin de la désagrégation de cette famille

Tous les romans durs de Simenon
31. Touriste de bananes
30. Le suspect 32. Les trois crimes de mes amis
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il y avait trente-sept jours que le bateau, qui s'appelait l’Île-de-Ré, avait quitté Marseille ; on était parti qu'il gelait et tous les passagers, sauf deux, avaient été malades en sortant de Gibraltar ; après la monotonie des houles de l'Atlantique, on s'était ébroué dans les bals Doudou de la Guadeloupe et le missionnaire des secondes classes lui-même avait revêtu un costume civil pour accompagner la famille Nicou à Panama, les dames avaient acheté des parfums qui y sont meilleur marché que partout, et on avait déjeuné sur le pont en traversant le canal, car c'est la tradition ; on approchait des antipodes ; on avait aperçu de loin les Galapagos, photographié des pélicans et des poissons volants ; Muselli, l'administrateur de première classe qui jouait de la guitare hawaïenne, avait acheté une tête d'Indien réduite à la grosseur d'un poing d'enfant ; on était à l'autre bout du monde, à cisailler patiemment, avec un ronron de machine-outil, l'eau trop lisse et trop brillante du Pacifique qui forçait à porter des verres fumés ; le trait qui, sur la carte, dans le salon des premières, s'allongeait chaque jour, toucherait bientôt aux points minuscules des Marquises ; il y avait trente-sept jours qu'on n'était plus en France, ni nulle part.
Et pourtant c'était dimanche.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Oscar, vingt-cinq ans, fils d'une grande famille laminée par un drame, arrive à Papeete pour, croit-il, s'isoler dans une nature vierge des hypocrisies du monde. Il est un « touriste de bananes », l'un de ces idéalistes méprisés des Blancs locaux et que l'on retrouve un jour desséché dans la jungle.
A Tahiti comme ailleurs, on s'arrange, on s'amuse, on trahit et l'on raille. Des hommes tuent, d'autres meurent. Oscar qui fuyait va croiser son destin. Il se trouve dans une chambre, près d'une femme, au Relais des Méridiens...

Le roman Touriste de bananes prolonge la tragique saga de la famille Donadieu, richissimes armateurs de La Rochelle, entamée dans Le testament Donadieu.

Les anneaux de Bicêtre

Un homme fait un avc et se retrouve hémiplégique à l’hôpital pour de longues semaines de convalescence et de rééducation. L’occasion pour lui de tirer un bilan de sa vie, bien remplie mais de laquelle il semble désormais totalement se dissocier.

Il n'y a rien d'autre ce jour-là. Rien que la mention qu'il a écrite avec application dans l'agenda :
Pourtant, ils vivent!
Il vit aussi. Cette nuit, il n'aura pas Joséfa à côté de son lit, seulement un bouton à portée de la main pour le cas où il serait saisi de panique. Car il est susceptible de panique. Deux fois dans sa vie, il s'est senti en harmonie avec la nature. Deux fois, il s'est presque fondu en elle.
Il en était imprégné. Il en faisait partie.
Les deux fois, il a eu peur !
La première fois, c'était sur les bords de la Loire, dans le décor le plus doux et le plus rassurant qui soit, la seconde dans une Méditerranée de carte postale, lumineuse et limpide.
Sur la Loire, où un homme coiffé d'un chapeau de paille pêchait à la ligne, il a suffi d'un nuage et d'un courant d'air frais. A Porquerolles, rien que de regarder le rivage qui semblait s'éloigner avait suffi pour que sa gorge se serre et qu'il ne pense plus qu'à fuir.
Est-ce cela qu'Hélène a compris jadis ?
 ─ Bonsoir, mon petit René...
Ses camarades, au lycée Guy-de-Maupassant, lui criaient :
 ─ Couillon!
Il a cinquante-quatre ans et en s'endormant, ce soir, il se demandera si on devient jamais une grande personne.
Les anneaux de Bicêtre de Georges Simenon
Alors, oui, c’est bien écrit, je peux même comprendre les bonnes critiques… Mais c’est long, il ne se passe rien, c’est plat, fade.

Certes, c’est possiblement ce que voulait faire passer Simenon, mais à trop bien réussir, il en a fait un livre écrasant d’ennui

Tous les romans durs de Simenon
101. Les anneaux de Bicêtre
100. La porte 102. La chambre bleue
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Huit heures du soir. Pour des millions d'humains, chacun dans sa case, dans le petit monde qu'il s'est créé ou qu'il subit, une journée bien déterminée s'achève, froide et brumeuse, celle du mercredi 3 février.
Pour René Maugras, il n'y a pas d'heure ni de jour et ce n'est que plus tard que la question du temps écoulé le tracassera. Il est encore tout au fond d'un trou aussi obscur que les abysses des océans, sans contact avec l'univers extérieur. Son bras droit, pourtant, à son insu, commence à s'agiter d'une façon spasmodique, cependant que sa joue se gonfle comiquement à chaque expiration.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Introspection et rédemption

René Maugras, un des magnats de la presse parisienne, tombe foudroyé après un déjeuner au Grand Véfour où, chaque mois, il retrouve les amis de ses débuts, tous également devenus des célébrités dans leur domaine. Maugras, paralysé et privé de l'usage de la parole, est hospitalisé à Bicêtre sous la surveillance du grand neurologue Audoire...

Bergelon

Médecin, Bergelon craque et prend la fuite. A cause d’une erreur médicale, d’une famille trop pesante, d’un train-train étouffant, de menaces de mort de la part du mari qui vient de perdre sa femme à cause de lui, d’une vie professionnelle médiocre… Un peu tout ça, un peu rien…

Quelle est la minute exacte à laquelle on s’aperçoit qu’un vêtement est devenu trop étroit ? Pourquoi pas la veille ? Pourquoi pas le lendemain ?

Au centre, un bar était entouré d'hommes qui avaient l'air de parler tous ensemble, tant était puissante la rumeur qui émanait d'un aussi petit groupe. Deux soldats portaient l'uniforme kaki, les bandes molletières et le képi noir des troupes coloniales. Un autre, en bleu, mal habitué à son costume, devait retourner pour la première fois dans sa campagne.
L'air sentait le tabac refroidi et le cassoulet qu'on réchauffe, et dans un réduit on apercevait un garçon malingre, au tablier crasseux, aux cheveux qui lui tombaient dans la figure, occupé à fricoter sur un réchaud ce qu'on lui commandait.
Bergelon de Georges Simenon
Un de ces romans durs où pas grand chose ne se passe, un portrait triste, une vie sans sens ni pourquoi

Tous les romans durs de Simenon
39. Bergelon
38. Malempin 40. Cour d’assises
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il n'était pas besoin d'être médecin pour établir ce diagnostic-là : Bergelon avait la gueule de bois.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À la suite d'une terrible erreur médicale dont il se sent responsable, le docteur Élie Bergelon s'enfuit. Des plages corses à Anvers, il fuit sa femme et ses enfants qui, pense-t-il, le jugent ; il fuit le mari de la malheureuse morte en couches par sa faute, qui a juré de se venger ; il fuit une vie marquée par la médiocrité et l'échec... Mais le petit docteur va apprendre qu'il arrive toujours un moment où il faut faire face et expier, il va apprendre que parfois certaines punitions sont pires que la mort.

L’amulette

Du sang, des morts, du surnaturel… tout est réuni pour un bon McDowell.

Un craquement gratifiant retentit lorsque la pointe du pic à glace transperça le crâne. Thelma retira alors ses mains du manche et les croisa au-dessus de l'amulette.
James fut parcouru d'une douleur effroyable, qui commençait à peine à s'intensifier lorsqu'il mourut. Elle avait enfoncé le pic à glace jusqu'à la garde.
Le corps de son mari se tordit au niveau de la taille et glissa du matelas. Un mince flot de sang jaillissait de son oreille en faisant des bulles. Thelma se pencha pour essayer de le hisser de nouveau sur le lit, mais dérapa sur l'eau renversée. Ses jambes partirent en arrière et elle tomba face contre sol. Les bords irréguliers du verre brisé se plantèrent dans sa gorge,
tranchant sa jugulaire. Le sang remplit sa bouche si vite qu'elle n'eut pas le temps de crier avant de mourir, elle aussi.
L’amulette de Michael McDowell, trad. de Laurent Vannini
Une histoire de vengeance aveugle en Alabama suite à un bête accident de fusil qui explose au moment du tir, emportant la moitié du visage du pauvre Dean. Une histoire en pleine guerre du Vietnam, théoriquement un peu après la fin de la ségrégation (mais est-elle même vraiment terminée ?).

Un roman bien gore, bien comme il faut

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
En mars 1965, Fort Rucca ─ dans le coin sud-est de l'Alabama ─ était une zone populeuse et animée.
Les nouvelles recrues de l'armée y faisaient leurs classes et étaient, en outre, formées au pilotage et à la maintenance des hélicoptères. On savait désormais quelle terrible guerre se livrait dans la jungle du Vietnam, et à quel point nos soldats étaient mal préparés à ce feuillage tropical recelant des pistes de ravitaillement invisibles depuis les airs, où pouvaient se déplacer des milliers d'hommes et des convois entiers de machines et d'armes. Les premiers vétérans étaient revenus et ─ les difficultés du terrain ennemi à l'esprit ─ formaient frénétiquement toujours plus de conscrits.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Alabama, 1980. Alors que Dean Howell fait ses classes avant d'être envoyé au Vietnam, un accident le laisse dans un état végétatif. Sa femme Sarah voit alors sa morne vie devenir un enfer : après de longues journées à l'usine, elle doit s'occuper de son mari léthargique, tout en supportant son odieuse belle-mère, Jo, qui accuse la ville entière du sort de son fils. Lorsque celle-ci offre une étrange amulette à l'homme qu'elle tient pour responsable, se met en branle une implacable danse macabre.

Et tandis que meurtres inexplicables et morts accidentelles s’enchaînent, Sarah doit faire face à l'impossible réalité : cette amulette joue peut-être un rôle dans cette hécatombe et elle doit à tout prix mettre la main dessus.