Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
M. Hire, homme discret, un peu atypique, renfermé… Suspect idéal ! Pourtant, il semble savoir. Et la bonne, juste en face ? Les fiançailles de M. Hire de Georges SimenonMais il faut un coupable !
Il n’en faut pas beaucoup plus à foule.
Un roman dur qui prend son temps et qui monte imperceptiblement vers l’inéluctable drame
Adapté au cinéma en 1989 par Patrice Leconte avec l’impressionnant Michel Blanc dans le rôle-titre
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) La concierge toussota avant de frapper, articula en regardant le catalogue de La Belle Jardinière qu'elle tenait à la main :
- C'est une lettre pour vous, monsieur Hire.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) A Villejuif, on vient d'assassiner une femme dans un terrain vague. Un seul indice : le sac de la victime a disparu ; la police croit cependant au crime d'un sadique. La concierge de Mr. Hire, rendue méfiante par le comportement singulier de son locataire, signale qu'elle a entrevu chez lui une serviette tachée de sang. Mr. Hire est aussitôt pris en filature. Cet homme au physique disgracieux, au caractère insaisissable, vit d'expédients.
Si ce fils du Yeti est bien moins pathétique que Jean-Claude Tergal, il en devient bien plus touchant, tout en conservant le même humour auto-dépité. Le fils du yéti de Didier Tronchet
Une histoire qui pêche peut-être par un trop grand nombre d’entrées (la voisine, le père, la grand mère, Laurence et Anthony…), pour autant, c’est un portrait avec beaucoup de tendresse maladroite que Didier Tronchet nous dresse ici.
Un livre doux comme le parfum des mandarines avant Noël
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Samedi 25
Vers quatre ou cinq heures du matin, un vacarme effroyable. J'enfile un pantalon à la hâte et file vers la porte. La verrière de la cage d'escalier tombe par pans entiers qui se brisent au contact du sol. Des flammes viennent lécher le plafond, juste au-dessus de moi, au dernier étage. Elles pro- viennent de chez mes voisins du dessus. Je me souviens à cet instant qu'ils sont absents.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « C'est ainsi qu'a commencé cette semaine extravagante. Extravagante à l'échelle d'une vie où il ne s'était finalement rien passé de fracassant. Un peu comme si quelqu'un là-haut s'était souvenu de mon existence, et décidait de me faire payer les arriérés... De me livrer mon lot d'événements, d'un bloc. Et sur huit jours. »
Un incendie nocturne, la mort d'un ami (mais lequel?), l'étrange photo de son père et cet album de Tintin dans lequel il croit se reconnaître... Voilà une semaine agitée pour notre héros, qui tient de sa mère une indécision maladive, et de son père une tendance déraisonnable à la nostalgie...
Avec l'humour et la distance qu'on lui connaît, Didier Tronchet nous livre une réflexion émouvante sur la filiation et la paternité.
Il ne se passe pas grand chose ici. Un meurtre. Un assassin désemparé. Incapable de réagir. Sous le choc, il se terre dans une petite pension en Belgique.Le locataire de Georges Simenon
Peu d’intérêt donc pour ce petit locataire, si ce n’est, une fois encore à la lecture des Simenon d’avant guerre, la sensation que la valeur de la vie à bien évolué depuis. Le meurtre semble moins terrible ou tabou, et la peine de mort en était la sanction. Simple.
Et que dire de l’accroche du livre ? 100 000 femmes ! Et hop, l’éditeur ajoute un zero à la légende comme un argument de vente ? Curieux
Adapté au cinéma par Pierre Granier-Deferre, L’Étoile du Nord en 1982 avec Simone Signoret, Philippe Noiret et Fanny Cottençon
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) — Ferme la fenêtre! geignit Elie en remontant la couverture jusqu'à son menton. Deviens-tu folle ?
— Cela sent le malade, ici! répliqua Sylvie dont le corps nu se dressait entre le lit et la fenêtre grise. Ce que tu as pu transpirer, cette nuit !
Il renifla, rapetissa son corps maigre tandis que la femme pénétrait dans la lumière chaude de la salle de bains et faisait bouillonner l'eau de la baignoire. Pendant quelques minutes, il était inutile de parler, car le vacarme des robinets dominait tous les bruits.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Élie Nagéar doit se cacher après avoir assassiné, pour le voler, un très riche Hollandais dans un train. Il se réfugie dans la pension pour étudiants que tient Mme Baron, la mère de sa maîtresse, à Charleroi. C'est dans la cuisine qu'il passe le plus clair de son temps, à guetter les autres locataires, de plus en plus soupçonneux...
Roman noir météorologique s’il en est, cette maison du canal est froide, humide et moisie, prise dans le gel gris, noir et pluvieux de l’hiver dans les Flandres. Juste à côté d’un canal où passent les péniches. La maison du canal de Georges Simenon
Et là, dans une famille en deuil, entre les deux frères, arrive Edmée, orpheline et capricieuse. Et ce qui devra mal se passer, se passera mal.
Un roman noir pour un hiver glacial au relents de genièvre et de mauvais cigare
Adapté pour la télévision par Alain Berliner en 2003
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Dans le flot de voyageurs qui coulait par saccades vers la sortie, elle était la seule à ne pas se presser. Son sac de voyage à la main, la tête dressée sous le voile de deuil, elle attendit son tour de tendre son billet à l'employé, puis elle fit quelques pas.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) C'est au cœur de la campagne belge, dans la ferme de ses cousins Van Elst, que choisit d'aller vivre Edmée, restée seule à seize ans après la mort de son père. Géré tant bien que mal par Fred, l'aîné des Van Elst, et son cadet Jef, ce domaine grevé d'hypothèques semble destiné à péricliter irrémédiablement.
Orgueilleuse et dominatrice, la jeune fille ne va pas tarder à susciter la passion de Fred, pour lequel elle éprouve une attirance mêlée de dégoût. Plus sensible sous des dehors bourrus, Jef paraît lui aussi fasciné.
Comment sauraient-ils que sont déjà en place tous les mécanismes qui vont les amener vers l'échec et la tragédie ? Le lecteur le découvrira en même temps qu'eux, au fil de ces pages envoûtantes et inquiétantes, plongées dans l'interminable et pluvieux hiver belge.
Un sombre huis clos se déroule depuis de nombreuses années dans la maison des sœurs Lacroix. Une histoire de secret de famille bien glaucasse où tout le monde paye le prix. Fort !Les sœurs Lacroix de Georges Simenon
Tout est clair dès le début, il suffit de regarder tranquillement la haine, l’incompréhension et la jalousie faire leurs chemins.
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) - ... pleine de grâce, le Seigneur est avec vous...
pleine de grâce, le Seigneur est avec vous...
Les mots n'avaient plus de sens, n'étaient plus des mots. Est-ce que Geneviève remuait les lèvres ? Est-ce que sa voix allait rejoindre le sourd murmure qui s'élevait des coins les plus obscurs de l'église ?
Des syllabes semblaient revenir plus souvent que les autres, lourdes de signification cachée.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Les haines familiales s'exacerbent dans la maison des sœurs Lacroix où vivent Poldine et Mathilde avec leurs enfants : Sophie, la fille adultérine de Poldine et du mari de Mathilde, Geneviève et Jacques, les enfants de Mathilde...
L'atmosphère est lourde, malsaine et le drame couve.
Moi qui avait mangé tous les Maigret, commissaire asexué, placide observateur des années 30 à 70 en France… Bonhomme au regard détaché devant la petitesse humaine. Témoin d’une époque patriarcale et bien pensante.En cas de malheur de Georges Simenon
Et là, voilà que l’auteur se lâche dans une sorte de confession à peine déguisée (ou me trompé-je tant ?). Lui, l’homme qui se vantait d’avoir connu plus de dix mille femmes (pour la plus part prostituées), le voilà qui nous propose paroles d’un homme épuisé par sa maîtresse (jeune prostituée qu’il a sauvée du trottoir), les convenances, son travail, son épouse et ses obligations sociales.
Plongée dans la France des années cinquante, gros plan sur les fantasmes et la vision des hommes sur les femmes ! Fascinante, répugnante, hypnotique. Témoignage presque attendrissant d’un homme pris au piège de… de qui ? Fallait-il vous plaindre, Georges ?
Et que dire de l’immonde fin ? Oui, témoignage d’une époque qu’on souhaiterait tant révolue !
Un odieux livre indispensable
En cas de malheur, adapté au cinéma par Claude Autant-Lara, sorti le 17 septembre 1958 avec Brigitte Bardot, Jean Gabin et Edwige Feuillère
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Il y a deux heures à peine, après le déjeuner, dans le salon où nous venions de passer pour prendre le café, je me tenais debout devant la fenêtre, assez près de la vitre pour en sentir l'humidité froide, quand j'ai entendu derrière moi ma femme prononcer :
- Tu comptes sortir cet après-midi?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Les femmes, Lucien Gobillot les connaît : à quarante-cinq ans, et bien que marié, cet avocat à la carrière brillante, due à un mariage ambitieux et à quelques complaisances, multiplie les aventures sans lendemain. Tout change lorsque Yvette accusée d'agression contre un vieil horloger, fait irruption dans son cabinet, prête à le payer de ses charmes. L'avocat parvient à la faire acquitter. Commence alors une histoire amoureuse qui va l'entraîner plus loin qu'il n'eût voulu aller, dans une aventure où surgiront la menace...
Dans les Maigret, Simenon s’attache généralement à ce qui se passe après le drame, quand le commissaire arrive. Dans ses romans durs, il s’intéresse plutôt ce qui se passe avant, à ce qui amène à la rupture, les envies, les frustrations, l’argent, le sexe, le pouvoir, la misère… Chemin sans issue de Georges SimenonIci, c’est un homme rongé par l’alcool et la jalousie qui se débat avant de craquer et se morfondre dans les remords.
Une sombre histoire sous le soleil de la côte d’Azur, bercée par les vagues et le champagne
Librement adapté au cinéma par Jacques Fieschi sous le titre La Californie en 2006.
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Ce n'est qu'après coup, bien sûr, que les heures prennent leur importance. Cette heure-là, sur le moment, avait la couleur du ciel, un ciel gris par- tout, en bas, où couraient des nuages poussés par le vent d'est, en haut où l'on devinait des réserves de pluie pour des jours et des jours encore.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Vladimir, Russe blanc au service d'une richissime et extravagante veuve française dont il est l'amant, ne supporte plus l'amour naïf et puissant unissant son ami de toujours à la jeune fille de sa patronne. Il envie la beauté de ce qui les lie, la simplicité si puissante du temps qu'ils se donnent, la sincérité de leurs joies. Vladimir est ensorcelé. Que valent l'amitié et la raison devant une telle folie ? Vladimir ira bien au-delà de ce dont il se serait cru capable...
Si une histoire se termine bien, c’est qu’elle n’est pas finie. Et avec ce testament Donadieu, Simenon ne nous berce pas vraiment d’illusions. L’histoire de Philippe, trop avide, ambitieux, arriviste prêt à tout pour réussir.Le testament Donadieu de Georges Simenon
Et il réussira ! Et qu’importe les reniements, les mensonges, tromperies et manipulations. Il épousera une fille Donadieu et ce sera la première pierre de son grand oeuvre.
Un roman sombre où les femmes sont des pions que l’on utilise, les amis des ressources à traire, la famille des encombrants à disperser et les promesses de douces paroles laudatives à utiliser sans compter.
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Une ouvreuse traversa le hall, ouvrit à deux battants les portes vitrées, tendit la main pour s'assurer qu'il ne pleuvait plus et rentra en serrant son tricot noir, à boutons, sur sa poitrine. Comme à un signal, la marchande de berlingots, de cacahuètes et de nougats quitta, de son côté, l'abri d'un seuil et s'approcha de son éventaire dressé au bord du trottoir.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Philippe Dargens, fils d'un élégant aventurier, directeur de cinéma, a réussi à s'introduire dans une famille d'armateurs de La Rochelle, les Donadieu.
Pour faire fortune, il ne recule devant rien : il fait la conquête de sa belle-mère qu'un testament éloignait des affaires, il écarte ses beaux-frères...
Il trahit peu à peu tous les idéaux de sa jeunesse et utilise son entourage pour satisfaire ses ambitions.
Le roman d’un effondrement, d’une prise de conscience.
En lui refusant son adhésion au Country Club local, le gérant d’un commerce de la ville se fait remettre à sa place au sein de sa communauté. Il n’est pas des leurs ! La boule noire de Georges SimenonMais qui est-il ? C’est alors qu’il apprend le décès de sa mère, cleptomane et alcoolique.
Un roman bien sombre sur l’hypocrisie sociale… Une triste colère désabusée
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le petit moteur de la tondeuse à gazon communiquait sa trépidation au bras de Higgins et, par son bras, à son corps entier, de sorte qu'il n'avait plus l'impression de vivre au rythme de son propre cœur mais à celui de la machine. Rien que dans la rue, il y en avait trois, plus ou moins pareilles, qui fonctionnaient en même temps, avec le même bruit rageur, parfois des ratés, et, quand l'une d'entre elles s'arrêtait, on en entendait d'autres plus loin dans le quartier.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) L'existence de Walter Higgins ne se distingue en rien de celle de ses voisins. Il vit dans une maison typique de l'élégant quartier de Maple Street. Une satisfaction manque cependant au bonheur de Higgins : son admission au Country Club dont les membres, notables de la cité, semblent s'ingénier à lui interdire l'entrée. Cette année encore, une boule noire a sanctionné le vote.
Il ne se passe pas grand chose, un homme qui descend du bus, ancien prisonnier, criminel, et qui s’installe chez la veuve Couderc… Dans ses paysanneries ou rien ne se passe… La veuve Couderc de Georges Simenon
Sans compter la maréchaussée, la famille, le vieux, les rancœurs, la terre, la maison, l’héritage, les ptits sous bien cachés et Félicie
La tension monte au bord de l’écluse dans une sorte de torpeur malsaine pleine d’envies et de jalousies. D’impossible sérénité.
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Il marchait. Il était seul sur trois kilomètres au moins de route coupée obliquement, tous les dix mètres, par l'ombre d'un tronc d'arbre et, à grandes enjambées, sans pourtant se presser, il allait d'une ombre à l'autre. Comme il était près de midi et que le soleil approchait du zénith, une ombre courte, ridiculement ramassée, la sienne, glissait devant lui.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Lorsque Jean sort de prison, il est hébergé par une veuve de quarante-cinq ans dont il devient l'amant. Ancienne servante, elle avait épousé le fils de ses patrons. Elle doit maintenant se défendre contre l'avidité de ses belles-sœurs et de sa nièce. La veuve Couderc s'attache à Jean avec une jalousie morbide, mais lui ne rêve que d'un bonheur paisible.
Cette histoire simple a la grandeur d'une tragédie dont les héros sont appelés secrètement à être les artisans de leur propre malheur.