L’ami d’enfance de Maigret

Maigret n’est pas tendre avec ce copain d’enfance, pourtant, bien malgré lui, il est attendri par ce looser vieillissant, ce vieux comique qui ne fait rire plus que lui, mythomane désespéré qui tente d’y croire encore.

Comme cela arrive souvent, le trou, dans la gorge, paraissait disproportionné d'avec le calibre d'une balle. Elle avait beaucoup saigné et pourtant son visage ne trahissait que de l'étonnement.
Pour autant qu'il en pouvait juger, la femme était petite, boulotte et douce, une de ces femmes qui font penser à des plats mijotés, à des confitures amoureusement mises en pot.
Le regard de Maigret cherchait quelque chose alentour.
L’ami d’enfance de Maigret de Georges Simenon

Un Simenon bien amusant pour cette histoire de femme aux multiples amants, quasi tous persuadés d’être seul à lui apporter leur soutien en échange d’un moment de tendresse hebdomadaire. Un polar qui en raconte sûrement plus qu’il n’y parait sur la vision des femmes de l’auteur (et de l’époque).

Au fond, Maigret le soupçonnait d'être un inquiet. Son rôle de comique n'était qu'une façade pour se défendre contre une vérité pitoyable.
C'était un raté, le raté type, et, ce qui était plus grave, plus pénible, un raté vieillissant.
Était-ce par pitié que Maigret ne l'avait pas arrêté? Ou bien parce que Florentin avait accumulé trop de preuves contre lui, alors qu'il était intelligent ?

Et l’histoire ? Un vieux copain d’enfance (pas si copain que ça, d’ailleurs) venant demander de l’aide au commissaire. Il raconte à Maigret qu’il était caché dans la penderie alors que sa maîtresse était tuée dans la pièce d’à côté. Mais rien ne colle, rien ne va, et Maigret doute et rumine de fort mauvaise humeur

 - Vous me rejoignez à la Brasserie Dauphine, mes enfants?
Ce n'est qu'après coup qu'il jugea cruel ce rendez-vous donné à voix haute à ses collaborateurs devant deux hommes qu'on allait enfermer.
Cinq minutes plus tard, au comptoir du petit restaurant familier, dont une partie formait bistrot, il commandait :
 - Une bière... Dans le plus grand verre que vous ayez...
En trente-cinq ans, il n'avait pas rencontré un seul de ses condisciples du lycée Banville.
Il avait fallu qu'il tombe sur Florentin !

Tous les Maigret
97. L’ami d’enfance de Maigret
96. Maigret hésite 98. Maigret et le tueur
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La mouche tourna trois fois autour de sa tête et vint se poser sur la page du rapport qu'il était en train d'annoter, tout en haut, dans le coin gauche.
Maigret immobilisa sa main qui tenait le crayon et la regarda avec une curiosité amusée. Ce jeu-là durait depuis près d'une demi-heure et c'était toujours la même mouche. Il aurait juré qu'il la reconnaissait. D'ailleurs, il n'y avait que celle-là dans le bureau.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
C'est sans réel plaisir que Maigret voit resurgir Léon Florentin, son ancien condisciple au lycée Banville, à Moulins, qu'il n'a jamais particulièrement estimé. Quant à l'affaire qu'il lui apporte, elle n'est guère ragoûtante non plus : l'assassinat d'une certaine Joséphine Papet, maîtresse de Florentin et de plusieurs autres messieurs d'âge mûr, qui lui procuraient de quoi vivre

La patience de Maigret

Chose rare dans les Maigret, celui-ci est une suite, continuation de Maigret se défend. Certes, il peut tout à fait se lire indépendamment, pourtant de nombreux passages font référence au tome précédent.

 - Je suis à peu près certain que vous n'avez pas tué Manuel.
 - Alors, de quoi me soupçonnez-vous?
 - Vous le savez mieux que moi, mon petit. Je ne suis pas pressé. Cela viendra en son temps.
Il appelait Janvier, les deux inspecteurs qui se montraient mal à l'aise dans cette chambre à coucher blanche et jaune.
 - A vous, mes enfants.
Comme pour se préparer au combat, Aline allumait une cigarette et en exhalait la fumée avec une moue dédaigneuse.
La patience de Maigret de Georges Simenon

L’histoire d’un vieux commissaire enquêtant sur le meurtre d’un vieux brigand – Manuel Palmari – avec lequel des liens (à la Titi et Grosminet) s’étaient tissés au fil des années.

Il avait bien déjeuné. Il gardait dans la bouche la saveur du marc. La chaleur, si elle donnait envie de sommeiller, était agréable, le soleil plein de gaieté.
Manuel aussi aimait les bons repas, le marc, et cette demi-somnolence des beaux jours d'été.
Il devait être à présent, sous un drap rugueux, dans un des tiroirs métalliques de l'institut médico-légal.

L’occasion pour Maigret de se repencher sur une affaire jamais résolue et qui traîne depuis vingt ans.

 - Voyez-vous, il y a crapules et crapules. A certaines, je peux serrer la main, comme par exemple Palmari. Vous êtes, vous, de la pire espèce, celle qu'on ne peut regarder en face sans avoir envie de frapper ou de cracher. Et le commissaire se contenait réellement.
 - Allez-y! Je suis sûr que mon avocat en sera enchanté.
Dans quelques minutes, on vous conduira au Dépôt et, cet après-midi sans doute, ou la nuit prochaine, ou demain, nous reprendrons cette conversation.

Et comme à son habitude, Maigret ne pense pas, il s’imprègne et laisse apparaître la vérité d’elle même, au risque de se retrouver avec un cadavre supplémentaire

Tous les Maigret
92. La patience de Maigret
91. Maigret se défend 93. Maigret et l’affaire Nahour
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La journée avait commencé comme un souvenir d'enfance, éblouissante et savoureuse. Sans raison, parce que la vie était bonne, les yeux de Maigret riaient tandis qu'il prenait son petit déjeuner, et il n'y avait pas moins de gaieté dans les yeux de Mme Maigret assise en face de lui.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Depuis longtemps Maigret surveillait le vieux Palmari, qu'il soupçonnait de diriger un gang de voleurs de bijoux, et sa maîtresse Aline, son seul contact avec l'extérieur depuis qu'il avait perdu l'usage de ses jambes. Et voilà que Palmari est assassiné.

Maigret va s'intéresser au représentant Fernand Barillard, ami de la victime et amant d'Aline, à sa femme Mina et au vieux père sourd-muet de celle-ci, Jef Claes. Quels liens et quels conflits ont pu se nouer entre ces personnages? Deux jours d'enquête suffiront au commissaire pour couronner des années de patience. Sans qu'il parvienne toutefois à empêcher un second meurtre...

Maigret

Les Maigret, il y en a des bons et des autres. C’est plutôt un autre. Une nouvelle, en fait.

Maigret haussa les épaules, enfonça ses mains dans ses poches et s'éloigna sans répondre. Il venait de passer une des plus sales journées de sa vie. Des heures durant, dans son coin, il s'était senti vieux et mou, sans ressort, sans idée.
Le décalage s'était produit. Une petite flamme avait jailli. Mais il fallait en profiter tout de suite.
 - On verra bien, nom de Dieu! grogna-t-il pour achever de se donner confiance.
Les autres jours, à cette heure-là, il lisait son journal, sous la lampe, les jambes allongées vers les bûches.
Maigret de Georges Simenon

Pourtant, il y a plusieurs éléments amusants, à commencer par le titre de ce Maigret intitulé Maigret. Oui, simplement !

Il s'essuya la bouche du revers de la main, tapota la table avec une pièce de monnaie pour appeler le garçon.
 - Laissez ça ! C'est ma tournée.
 - Si tu veux. On boira la mienne quand ce sera fini. Au revoir, Lucas.
 - Au revoir, patron.
La main de Lucas s'attarda une seconde dans la main rugueuse de Maigret
 - Prenez garde quand même, dites!
Et Maigret, debout, de prononcer à voix haute : 
 - J'ai horreur des couillons!
Il s'éloigna tout seul, à pied. Il avait le temps, puisqu'il ne savait même pas où il allait.

Mais aussi parce que cette nouvelle écrite en 1934 (au tout début, donc) se passe après la retraite du commissaire.

Et le voilà forcé de quitter ses campagnes pour aider son neveu (policier, lui aussi) coincé dans une sombre affaire de meurtre.

Tous les Maigret
19. Maigret
18. L’écluse n°1 20-36. Les nouvelles enquêtes de Maigret (nouvelles)
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Avant d'ouvrir les yeux, Maigret fronça les sourcils, comme s'il se fût méfié de cette voix qui venait lui crier tout au fond de son sommeil :
- Mon oncle !...
Les paupières toujours closes, il soupira, tâtonna le drap de lit et comprit qu'il ne rêvait pas, qu'il se passait quelque chose puisque sa main n'avait pas rencontré, là où il eût dû être, le corps chaud de Mme Maigret.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Avant d'ouvrir les yeux, Maigret fronça les sourcils, comme s'il se fût méfié de cette voix qui venait lui crier tout au fond de son sommeil :
- Mon oncle ! ...
Les paupières toujours closes, il soupira, tâtonna le drap de lit et comprit qu'il ne rêvait pas, qu'il se passait quelque chose puisque sa main n'avait pas rencontré, là où il eût dû être, le corps chaud de Mme Maigret. Il ouvrit enfin les yeux. La nuit était claire. Mme Maigret, debout près de la fenêtre à petits carreaux, écartait le rideau cependant qu'en bas quelqu'un secouait la porte et que le bruit se répercutait dans toute la maison.
- Mon oncle ! C'est moi...

Maigret chez le ministre

Appelé au secours en toute discrétion par un ministre pris dans un traquenard, Maigret va devoir se mêler des jeux de pouvoirs au milieu des journalistes et sous la pression de l’impatiente opinion publique.

Il n'osait pas, tout de suite, poser ces questions-là. Il avait devant lui un homme effondré et il sentait que ce n'était pas par faiblesse. En le regardant, Maigret était pénétré d'un sentiment complexe, fait d'écœurement et de colère, de découragement aussi.
Une fois dans sa vie, il s'était trouvé dans une situation similaire, encore que moins dramatique, et c'était venu aussi d'une affaire politique. Il n'y était pour rien. Il avait agi exactement comme il devait le faire, s'était conduit, non seulement en honnête homme, mais selon son strict devoir de fonctionnaire.
Il n'en avait pas moins eu tort aux yeux de tous ou de presque tous. Il avait dû passer devant un conseil de discipline et, comme tout était contre lui, on avait été obligé de lui donner tort.
C'est à cette époque-là qu'il avait quitté momentanément la P.J. et s'était vu exilé pendant un an à la Brigade mobile de Luçon, en Vendée, justement, le département que Point représentait à la Chambre.
Maigret chez le ministre de Georges Simenon

Et il aime pas ça, le Jules ! Mais voilà, il va bien falloir qu’il s’y coltine !

Une main toucha doucement son épaule en même temps qu'une voix soufflait à son oreille :
 - Maigret ! Il est sept heures.
L'odeur de la tasse de café que sa femme tenait à la main lui montait aux narines. Ses sens et son cerveau se mettaient à fonctionner un peu à la façon d'un orchestre quand, dans la fosse, les musiciens essaient leurs instruments. Il n'y avait pas encore coordination. Sept heures, donc un jour différent des autres, car il se levait d'habitude à huit. Sans ouvrir les paupières, il découvrait qu'il y avait du soleil, alors que la journée de la veille avait été brumeuse.

Un bon Maigret, sans mort (tiens, c’est plutôt rare) dans lequel on apprend que le réveil du commissaire, c’est Madame et son café

Tous les Maigret
74. Maigret chez le ministre
73. Maigret et la jeune morte 75. Maigret et le corps sans tête
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le rapport de feu Calame
Comme toujours quand il rentrait chez lui le soir, au même endroit du trottoir, un peu après le bec de gaz, Maigret leva la tête vers les fenêtres éclairées de son appartement. Il ne s'en rendait plus compte. Peut-être, si on lui avait demandé à brûle-pourpoint s'il y avait de la lumière ou non, aurait-il hésité à répondre. De même, par une sorte de manie, entre le second et le troisième étage, commençait-il à déboutonner son pardessus pour prendre la clef dans la poche de son pantalon alors qu'invariablement la porte s'ouvrait dès qu'il posait le pied sur le paillasson.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le commissaire Maigret est ici confronté à une sombre affaire politique - un monde qu'il n'a jamais aimé. Un sanatorium pour enfants s'est écroulé par suite d'un glissement de terrain, causant des dizaines de morts. Peu de temps après le drame, la rumeur court qu'un rapport technique avait nettement mis en garde les pouvoirs publics contre le danger. Ce rapport a été remis à Auguste Point, nouveau ministre des Travaux publics, mais le document lui a été volé la nuit suivante. Ses adversaires politiques l'accusent déjà de l'avoir fait disparaître afin de protéger les responsables du désastre. Il fait officieusement appel à Maigret pour retrouver le rapport. Parlementaires corrompus, presse de chantage, cynisme des puissants...

Le commissaire explore de sinistres coulisses. Ce tableau de mœurs n'a pas vieilli, et le drame d'Auguste Point - un homme intègre, dévoué à son pays, légèrement naïf et piégé - rappellera aux lecteurs des affaires plus récentes

Maigret et le tueur

Encore un excellent Maigret ! Décidément les derniers écrits me semblent tellement plus riches que les premiers !
Dans cette enquête on retrouve l’amour de de l’auteur pour Paris et ses canaux, ses péniches, ses quartiers et ses petites ruelles.

Maigret n'avait pas encore vu la sœur du mort, que la famille appelait Minou, et qui, paraît-il, avait de curieuses fréquentations.
Les trains de péniche glissaient lentement sur la Seine grise et les remorqueurs baissaient leur cheminée au moment de passer sous le pont Saint-Michel.
Maigret et le tueur de Georges Simenon

Une enquête avec un petit twist qui débouche sur un tueur fort attachant ?!? Car oui, Maigret ne juge généralement pas, il laisse ce soin à la justice.

Ils avaient beau avoir une voiture depuis un an - que Maigret n'avait jamais conduite -, Mme Maigret préférait s'en servir le moins possible dans Paris. Ils l'utilisaient surtout, le samedi soir ou le dimanche matin, pour gagner Meung-sur-Loire où ils avaient leur petite maison.
Quand je prendrai ma retraite...
Parfois on pouvait croire que Maigret, pressé de la prendre, comptait les jours. D'autres fois, on sentait chez lui une certaine panique à la perspective de quitter le Quai des Orfèvres.
Jusqu'à trois mois plus tôt, l'heure de la retraite, pour les commissaires, était de soixante-cinq ans et il en avait soixante-trois.

Un roman qui m’a pas mal fait rire (jaune) aujourd’hui, alors que toute la France revendique la conservation des acquis sociaux sur les retraites. A deux ans de la retraite, Maigret apprend qu’il va écoper de trois ans de malus. Bim ! (Et personne ne moufte ?)

Un nouveau décret venait de tout changer et de porter cette retraite à soixante-huit ans...
Dans certaines rues, le brouillard était plus épais que dans d'autres et les voitures roulaient lentement, une auréole autour de leurs phares.

Un polar avec des voleurs de tableaux, un psychopathe au couteau, une famille richissime, une serveuse amoureuse, Madame Maigret (qui conduit la voiture !), des sandwiches et des bières…

Tous les Maigret
98. Maigret et le tueur
97. L’ami d’enfance de Maigret 99. Maigret et le marchand de vin
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Pour la première fois depuis qu'ils dînaient chaque mois chez les Pardon, Maigret devait conserver de cette soirée boulevard Voltaire un souvenir presque pénible.
Cela avait commencé boulevard Richard-Lenoir. Sa femme avait commandé un taxi par téléphone, car il pleuvait, depuis trois jours, comme, selon la radio, il n'avait pas plu depuis trente-cinq ans. L'eau tombait par rafales, glacée, vous fouettant le visage et les mains, collant les vêtements mouillés au corps.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Antoine Batille a-t-il payé de sa vie - sept coups de couteau - sa curieuse habitude d'enregistrer au magnétophone les conversations d'inconnus? De fait, l'écoute de la dernière bande livre très vite à la police une équipe de voleurs de tableaux.
Mais pourquoi l'assassin n'a-t-il pas dérobé cet enregistrement compromettant? Et quel est l'inconnu qui téléphone à Maigret, indigné que les journaux accusent les trafiquants de ce meurtre?
C'est chez lui, boulevard Richard-Lenoir, que le commissaire Maigret entendra la confession de l'assassin. Une confession à la fois pathétique et dérisoire, qui lui révèle le drame de toute une vie...

Maigret et son mort

Un excellent mort que voilà ! Avec presque du suspense, des coups de feu, des rebondissements et même… des sentiments.

 - Allons voir le vieux singe! soupira Maigret, qui n'avait jamais pu sentir le juge Coméliau.
Il savait fort bien que celui-ci l'accueillerait par une phrase glacée qui constituerait à ses yeux le plus cinglant des reproches :
« Je vous attendais, monsieur le commissaire... »
Il aurait été capable de dire:
« J'ai failli attendre... »
Maigret s'en moquait éperdument.
Depuis deux heures et demie du matin, Maigret vivait avec son mort.
Maigret et son mort de Georges Simenon

Et tout le monde est là ! Maigret et Madame, Moers de l’identité judiciaire, les éternels Lucas, Janvier, Lapointe, Torrence, un juge toujours impatient et des criminels bien méchants, des indics, des barmans, des hôtels miteux aux patrons louches, des petits brigands et des danseuses… Et bien sûr, des nuits blanches à la bière et sandwichs.

Il hésita en montant dans la voiture. Est-ce qu'il n'avait pas dormi la nuit précédente ? N'avait-il pas eu trois jours et trois nuits pour se reposer pendant sa fameuse bronchite ? Moers avait-il le temps de dormir?
 - Où est-ce que nous trouverons quelque chose d'ouvert? questionna-t-il.
Il avait faim, tout à coup. Faim et soif. L'image d'un verre de bière bien fraîche, à la mousse argentée, lui faisait monter l'eau à la bouche.
 - En dehors des boîtes de nuit, je ne vois guère que La Coupole, ou les petits bistrots des Halles.
Il le savait. Pourquoi avait-il posé la question? 
 - A La Coupole.

Un polar bien équilibré avec, une fois n’est pas coutume, une fin touchante

Tous les Maigret
54. Maigret et son mort
53. Les vacances de Maigret 55. La première enquête de Maigret
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
- Pardon, madame...
Après des minutes de patients efforts, Maigret parvenait enfin à interrompre sa visiteuse...
- Vous me dites à présent que votre fille vous empoisonne lentement...
- C'est la vérité...
- Tout à l'heure, vous m'avez affirmé avec non moins de force que c'était votre beau-fils qui s'arrangeait pour croiser la femme de chambre dans les couloirs et pour verser du poison soit dans votre café, soit dans une de vos nombreuses tisanes...
- C'est la vérité...
- Néanmoins... - il consulta ou feignit de consulter les notes qu'il avait prises au cours de l'entretien, lequel durait depuis plus d'une heure - vous m'avez appris en commençant que votre fille et son mari se haïssent...
- C'est toujours la vérité, monsieur le commissaire.
- Et ils sont d'accord pour vous supprimer ?
- Mais non! Justement... Ils essayent de m'empoisonner séparément, comprenez-vous ?...
- Et votre nièce Rita ?
- Séparément aussi...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
- Pardon, madame...
Après des minutes de patients efforts, Maigret parvenait enfin à interrompre sa visiteuse...
- Vous me dites à présent que votre fille vous empoisonne lentement...
- C'est la vérité...
- Tout à l'heure, vous m'avez affirmé avec non moins de force que c'était votre beau-fils qui s'arrangeait pour croiser la femme de chambre dans les couloirs et pour verser du poison soit dans votre café, soit dans une de vos nombreuses tisanes...
- C'est la vérité...
- Néanmoins... - il consulta ou feignit de consulter les notes qu'il avait prises au cours de l'entretien, lequel durait depuis plus d'une heure - vous m'avez appris en commençant que votre fille et son mari se haïssent...
- C'est toujours la vérité, monsieur le commissaire.
- Et ils sont d'accord pour vous supprimer ?
- Mais non ! Justement... Ils essayent de m'empoisonner séparément, comprenez-vous ?...
- Et votre nièce Rita ?
- Séparément aussi...

Maigret et l’homme du banc

Tiens, voilà une enquête où l’on ne croise que des innocents (enfin… presque). Maigret et ses collaborateurs interrogent, fouinent, cherchent, mais aucun coupable crédible ne semble apparaître.

Tandis qu'il montait dans la voiture, les deux femmes le regardaient par-dessus les layettes et les lainages blancs et roses.
 - Où allons-nous, patron ? 
Il était onze heures du matin.
 - Arrête au premier bistrot.
 - Vous en avez un à côté du magasin.
Une pudeur l'empêchait d'entrer dans celui-là, sous les yeux de Léone.
 - Tourne le coin de la rue.
Il voulait téléphoner à M. Kaplan, chercher dans le Bottin l'adresse exacte de M. Saimbron, quai de la Mégisserie.
Par la même occasion, puisqu'il avait commencé sa journée par un calvados, il en but un autre au comptoir.
Maigret et l’homme du banc de Georges Simenon

Simenon ne va quand même pas nous faire le coup du coupable surprise qu’il sort de sa manche juste à la fin et bim ?

Maigret alla tisonner le poêle, bourra une pipe et, pendant près d'une heure, se plongea dans de la besogne administrative, annotant des pièces, en signant d'autres, donnant quelques coups de téléphone sans intérêt.
 - Je peux entrer, patron?
C'était Santoni, tiré à quatre épingles selon son habitude, et, comme toujours aussi, répandant une odeur de coiffeur qui faisait dire à ses collègues :
 - Tu sens la putain! 
Santoni était frétillant.
 - Je crois que j'ai découvert une piste. 
Maigret, sans s'émouvoir, le regarda de ses gros yeux troubles.

Mais non, ça tient la route, cet homme du banc est un bon Maigret, un poil atypique, mais d’une brillante et surprenante construction !

Tous les Maigret
69. Maigret et l’homme du banc
68. Le revolver de Maigret 70. Maigret a peur
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Les souliers jaunes
Pour Maigret, la date était facile à retenir, à cause de l'anniversaire de sa belle-sœur, le 19 octobre. Et c'était un lundi, il devait s'en souvenir aussi, parce qu'il est admis au Quai des Orfèvres que les gens se font rarement assassiner le lundi. Enfin, c'était la première enquête, cette année-là, à avoir un goût d'hiver.
Il avait plu tout le dimanche, une pluie froide et fine, les toits et les pavés étaient d'un noir luisant, et un brouillard jaunâtre semblait s'insinuer par les interstices des fenêtres, à tel point que Mme Maigret avait dit :
- Il faudra que je pense à faire placer des bourrelets.
Depuis cinq ans au moins, chaque automne, Maigret promettait d'en poser le prochain dimanche.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Comment Louis Thouret, marié, habitant Juvisy et magasinier de son état, a-t-il pu finir tué d'un coup de couteau dans une impasse proche du boulevard Saint-Martin ? C'est en se posant cette question que Maigret va découvrir une existence étrange, la double vie d'un homme très ordinaire.
Depuis longtemps, Thouret était pour sa femme un inconnu. Depuis longtemps, il n'était plus magasinier. Depuis longtemps, il mentait, mû par une crainte dérisoire et plus forte que tout. À quelle déchéance progressive ce mensonge initial a pu conduire le défunt, c'est ce que Maigret comprendra peu à peu, en explorant une de ces vies à la fois ordinaires et mystérieuses qu'excelle à camper Georges Simenon

Le charretier de la Providence

Ces Maigret écrits dans les années 30 permettent de bien se rendre compte de l’époque. Car entre deux guerres, toutes les péniches n’étaient pas à moteur et nombre d’entre elles étaient tirées par des chevaux le long des chemins de halage.

Depuis une heure qu'il était là, le commissaire n'avait songé qu'à se familiariser avec un monde qu'il découvrait soudain et sur lequel il n'avait en arrivant que des notions fausses ou confuses.
L'éclusier lui avait dit :
 - Il n'y avait presque rien dans le bief : deux moteurs avalants, un moteur montant, qui a éclusé l'après-midi, une vidange et deux Panama. Puis le chaudron est arrivé avec ses quatre bateaux...
Et Maigret apprenait qu'un chaudron est un remorqueur, qu'un Panama est un bateau qui n'a ni moteur ni chevaux à bord et qui loue un charretier avec ses bêtes pour un parcours déterminé, ce qui constitue de la navigation au long jour.
Le charretier de « la Providence » de Georges Simenon

Cette enquête est la deuxième de Maigret et ces premiers livres ne font pas vraiment partie de mes préférés. L’écriture y est moins fluide, les personnages moins clairs. Une histoire de jeune femme retrouvée étranglée dans un canal glauque et sombre.

Deux écluses encore! Rien! Maigret devait suivre les éclusiers sur les portes, car, à mesure qu'il avançait, le trafic était plus intense. A Vésigneul, trois bateaux attendaient leur tour. A Pogny, ils étaient cinq.
Du bruit, non! grogna le préposé à cette dernière écluse. Mais je voudrais bien savoir qui a eu le culot de se servir de mon vélo...
Le commissaire s'épongea en entrevoyant enfin un semblant de but. Il avait le souffle court et chaud. Il venait de parcourir cinquante kilomètres sans même boire un verre de bière.
 - Où est votre bicyclette?
 - Tu ouvriras les vannes, François? cria l'éclusier à un charretier.

Un Maigret toutefois intéressant pour qui souhaite découvrir des termes tels que Panama, charretier, cabestan, un système de trématage ou savoir qu’il y avait une écurie sur les péniches

Tous les Maigret
2. Le charretier de La Providence
1. Pietr-le-Letton 3. Monsieur Gallet, décédé
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'écluse 14
Des faits le plus minutieusement reconstitués, il ne se dégageait rien, sinon que la découverte des deux charretiers de Dizy était pour ainsi dire impossible.
Le dimanche - c'était le 4 avril -, la pluie s'était mise à tomber à verse dès trois heures de l'après-midi.
A ce moment, il y avait dans le port, au-dessus de l'écluse 14, qui fait la jonction entre la Marne et le canal latéral, deux péniches à moteur avalantes, un bateau en déchargement et une vidange.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Des faits le plus minutieusement reconstitués, il ne dégageait rien, sinon que la découverte des deux charretiers de Dizy était pour ainsi dire impossible.
Le dimanche - c'était le 4 avril -, la pluie s'était mise à tomber à verse dès trois heures de l'après-midi.
A ce moment, il y avait dans le port, au-dessus de l'écluse 14, qui fait la jonction entre la Marne et le canal latéral, deux péniches à moteur avalantes, un bateau de déchargement et une vidange.
Un peu avant sept heures, alors que commençait le crépuscule, un bateau-citerne, I'Eco-III, s'était annoncé et avait pénétré dans le sas

Maigret et l’indicateur

Après plus d’une quarantaine de Maigret, je remarque de plus en plus différentes périodes d’écriture et les derniers opus (dont celui-ci) me semblent vraiment meilleurs !

Il était un peu ému quand même, comme chaque fois qu'il quittait sa femme pour plus d'un jour.
Sur le trottoir, il leva la tête et il savait d'avance qu'il l'apercevrait à la fenêtre.
Heureusement, car elle lui montrait la mallette bleue qu'il avait oubliée et ils se retrouvèrent à mi-chemin dans l'escalier.
Maigret et l’indicateur de Georges Simenon

Simenon à moins besoin d’en faire, les intrigues sont moins tortueuses, l’action plus lente et les personnages ont plus de corps.

Il commençait à tomber de larges gouttes d'eau qui formaient des disques noirs sur le trottoir.
Il atteignit la place Dauphine où deux de ses collègues prenaient des pastis. Il fut tenté un instant, puis il se reprit.
 - Le plus grand verre de bière que vous ayez... dit-il au patron.

Certes, si l’inspecteur boit toujours, c’est avec plus de modération, mais sa pipe n’a que rarement le temps de refroidir

Tous les Maigret
102. Maigret et l’indicateur
101. Maigret et l’homme tout seul 103. Maigret et Monsieur Charles
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Quand le téléphone sonna et que Maigret manifesta son déplaisir par un grognement, il n'avait pas la moindre idée de l'heure qu'il pouvait être. Il ne pensa pas à regarder le réveille-matin. Il sortait d'un sommeil lourd et ressentait encore un poids sur la poitrine.
Pieds nus, d'une démarche de somnambule, il se dirigea vers l'appareil.
- Allô...
Il ne se rendait pas compte que ce n'était pas lui mais sa femme qui avait allumé une des lampes de chevet.
- C'est vous, patron?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
C'est commode, un indicateur qui vous téléphone, et vous désigne nommément l'assassin que vous cherchez... C'est commode, mais cela n'efface pas toutes les questions. D'abord, pourquoi la Puce - c'est le surnom de ce petit homme, ancien chasseur de cabaret, guère pris au sérieux dans le monde des truands - est-il pressé de coffrer Manuel Mori ? Le fait que ce dernier soit depuis trois ans l'amant de Line Marcia, l'épouse de la victime, est-il une des causes de l'assassinat ? Les uns et les autres ont-ils quelque chose à voir avec le «gang des châteaux", spécialisé dans le pillage de propriétés isolées ?
Aidé de l'inspecteur Louis, le commissaire Maigret promène sa pipe et son chapeau entre les Halles et Montmartre, plus que jamais convaincu que, pour élucider une affaire, il faut d'abord comprendre les êtres qu'elle met aux prises

L’écluse N°1

Le dernier Maigret avant la quille ! Et après, c’est fini (enfin… pas tout à fait)

Certes, de nombreuses enquêtes paraîtront après, mais Simenon n’ayant pas écrit ses livres dans l’ordre chronologique, voilà déjà l’heure de poser sa plaque et de partir à Meung-sur-Loire pour une retraite bien méritée. Et voilà pourquoi ce livre écrit en 1933 annonce la fin alors que la dernière enquête sera écrite en 1972. Pourtant, Madame Maigret est déjà dans les cartons !

C'était prodigieux de vie, ce paysage lumineux découpé par les fenêtres. Vues d'en haut, les péniches paraissaient plus lourdes, comme enlisées dans une eau trop dense. Debout dans son bachot, un marinier passait au goudron la coque grise de son bateau qui émergeait de deux mètres. Et il y avait des chiens, des poules dans une cage en treillage, et la jeune fille blonde qui astiquait les cuivres du pont. Des gens allaient et venaient sur les portes de l'écluse et les bateaux qui sortaient en aval semblaient hésiter avant de se laisser glisser au fil de la Seine.
L’écluse N°1 de Georges Simenon

Une enquête glauque dans un endroit qui aurait pu être sympa, en Haute-Marne, juste à côté de Paris au milieu des écluses.

Mais voilà, on s’y retrouve chez un odieux tyran domestique, qui loge sa maîtresse à l’étage, qui insulte sa femme et n’a de respect pour personne. Un riche parvenu à la force de ses bras, bien malheureux au milieu de ses possessions et qui ne vit qu’en écrasant ceux qui l’entourent.

Ducrau fronça les sourcils, regarda à nouveau son compagnon et, cette fois, avec autant d'admiration que de curiosité. 
« Que pensez-vous de ma femme ? Est-ce que vous trouvez que je la rends malheureuse?
 - Ma foi, non! Vous ou un autre ! C'est une de ces créatures qui sont toujours effacées et tristes, quel que soit leur sort. »
Maigret eût pu marquer un point, car Ducrau en restait ahuri.
« Elle est morne, bête et vulgaire, soupira-t-il. Comme sa mère que je loge dans une des petites maisons voisines et qui a passé sa vie à pleurer!

Une écluse N°1 pénible et laborieuse

Tous les Maigret
18. L’écluse n°1
17. Liberty Bar 19. Maigret
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Quand on observe des poissons à travers une couche d'eau qui interdit entre eux et nous tout contact, on les voit rester longtemps immobiles, sans raison, puis, d'un frémissement de nageoires, aller un peu plus loin pour n'y rien faire qu'attendre à nouveau.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Après une soirée trop arrosée, le vieux Gassin, en regagnant son bateau, tombe à l'eau et est aussitôt agrippé par un deuxième homme en passe de se noyer. Ce dernier n'est autre que Ducrau, le patron de Gassin. On les repêche et on s'aperçoit que Ducrau a reçu un coup de couteau dans le dos avant de se retrouver dans le canal. On parvient à le sauver et il demande l'intervention de la police, ce qui déclenche l'enquête de Maigret…