Les orphelins : une histoire de Billy the Kid

À son habitude, Eric Vuillard s’empare d’un fait ou d’un personnage historique, gratouille un peu la légende et s’intéresse d’un peu de plus près « à qui profite le crime » .

Après la reddition de Lee, et la fin du Sud, Quantrill continua à battre la campagne dans l'espoir de rançonner quelques soldats perdus et de tuer quelques Noirs. Le 10 mai 1865, une embuscade tourna mal. Touché en pleine poitrine par une balle, puis s'étant
pris un coup de baïonnette dans le derrière, il fut transporté à demi mort à l'hôpital de la prison militaire de Louisville. Là, on lui servit à la cuillère sa soupe de fayots et on lui fit boire chaque matin son café dans une vieille boîte de conserve. Un mois plus tard, il fut emporté par la fièvre. Il fut alors jeté dans une tombe anonyme.
On l'oublia.
Les orphelins : une histoire de Billy the Kid de Éric Vuillard
Inutile de chercher bien loin pour les motivations : l’argent, le pouvoir, les terres ! Et des pauvres types qui règlent les basses besognes et qu’on laisse tomber dès que le temps de la respectabilité est arrivé.Il neigea encore et encore. Il n'y avait à . présent plus de route, plus de repère, plus rien. Seulement du blanc. La poésie morte, les volcans éteints. Le Kid et ses compagnons se replièrent dans les collines, la troupe de Garrett avait repris la traque. La neige s'étalait sur leurs barbes incultes, les gros nez froids, comme s'ils avaient reçu la vérité petit à petit dans le visage.
Billy était couvert de neige, et dès qu'il se tournait vers le soleil, il entendait une voix qui lui parlait, douce, perdue. Ses yeux brillaient dans son petit visage de vieillard, il avait faim, il agitait sa tête en ricanant. Le cuir des cartouchières gelait. Charlie marmonnait, les chevaux soufflaient, la bouche tordue par le blizzard.Histoire de la crédulité au service de la cupidité dans les violentes périodes de la création des États-Unis, de l’accaparation des terres, de la guerre de sécession, de la loi du plus fort, du colt et du dollar.

Une écriture magnifique au service des petites crapules (derrière qui se cachent les grosses)

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
À dix-sept ans, il tua son premier homme. C'est alors que sa vie commence. Les circonstances sont incertaines. Il paraît que l'homme s'appelait Cahill et travaillait comme forgeron à Camp Grant. Le lendemain, le juge de paix fut appelé pour enregistrer par écrit la déposition que voici : « Moi, Frank Cahill, convaincu que je vais mourir, je fais ce dernier témoignage. Mon nom est Frank P. Cahill. Je suis né dans le comté et le village de Galway, Irlande ; hier, 17 août 1877, j'ai eu une dispute avec Henry Antrim, qu'on appelle également le Kid, durant laquelle il m'a tiré dessus. Je l'ai traité de maquereau et il m'a appelé fils de pute ; nous nous sommes alors bagarrés, je ne l'ai pas frappé ; je l'ai vu essayer de prendre son arme et j'ai tenté de la saisir, mais je n'ai pas pu et il m'a tiré dans le ventre. »


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Soudain, le vide se fit en lui. Son petit corps se contracta tout entier, il trembla ; et, à cette minute, il sut qu’il serait toujours seul. Une terrible angoisse lui remonta par le bas du ventre. Il aperçut à contre-jour la gueule de Cahill, la mort lui parut proche, toute proche ! Sur sa joue, il sentit le soleil, son harmonie mortelle, sa beauté. Il eut envie de pleurer. Alors, les visages des soldats, des garçons vachers qui faisaient cercle autour de lui, s’évaporèrent dans le néant. Sa main se faufila jusqu'à l’arme, et il tira.

Trois chambres à Manhattan

Une romance de Simenon, c’est un truc un peu moche, désabusé, terne et résigné. Avec de l’alcool et plus trop d’illusions. Une passion avec de la vaisselle sale dans l’évier, des habits de la veille au pied du lit et les cendriers débordant de cigarettes écrasées.

Était-ce l'alcool qui la poussait à parler de la sorte ? Il y avait des moments où il jugeait froidement :
« C'est la femme de trois heures du matin, celle qui ne peut pas se décider à se coucher, qui a besoin d'entretenir coûte que coûte son excitation, de boire, de fumer, de parler, pour tomber enfin, à bout de nerfs, dans les bras de l'homme. »
Et il ne s'en allait pas! Il n'avait aucune velléité de la quitter. A mesure que sa lucidité grandissait, il se rendait davantage compte que Kay lui était indispensable et il était résigné.
C'était le mot exact. Il était résigné. Il n'aurait pas pu dire à quel moment sa décision avait été prise, mais il était décidé à ne plus lutter, quoi qu'il pût apprendre désormais.
Pourquoi ne se taisait-elle pas ? C'eût été si simple! Il l'aurait entourée de ses bras. Il aurait murmuré :
 ─ Peu importe tout cela, puisqu'on recommence.
Recommencer une vie à zéro. Deux vies. Deux vies à zéro.
De temps en temps, elle s'interrompait :
 ─ Tu ne m'écoutes pas.
 ─ Mais si.
 ─ Tu m'écoutes, mais, en même temps, tu penses à autre chose.
Il pensait à lui, à elle, à tout. Il était lui-même, et spectateur de lui-même. Il l'aimait et il la regardait en juge implacable.
Trois chambres à Manhattan de Georges Simenon
Personne n’y croit vraiment, mais faute de mieux, on se laisse emporter.

Un roman d’amour triste, bien foutu mais guère enthousiasmant

Tous les romans durs de Simenon
55. Trois chambres à Manhattan
54. Les noces de Poitiers 56. Le clan des Ostendais
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il s'était relevé brusquement, excédé, à trois heures du matin, s'était rhabillé, avait failli sortir sans cravate, en pantoufles, le col du pardessus relevé, comme certaines gens qui promènent leur chien le soir ou le matin de bonne heure. Puis, une fois dans la cour de cette maison qu'il ne parvenait pas, après deux mois, à considérer comme une vraie maison, il s'était aperçu, en levant machinalement la tête, qu'il avait oublié d'éteindre sa lumière, mais il n'avait pas eu le courage de remonter.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Lorsqu'ils se rencontrent au milieu de la nuit dans un bar de Manhattan, Kay et Franck sont deux êtres à la dérive. Lui, acteur naguère célèbre, proche de la cinquantaine, tente d'oublier que sa femme l'a quitté pour un homme plus jeune. Elle, chassée de la chambre qu'elle partageait avec une amie, n'a plus même un endroit pour dormir... Mais si l'attirance entre eux est réciproque, peut-elle suffire à leur faire oublier les blessures de la vie? Redoutant de la perdre, jaloux de son passé et des hommes qu'elle a connus, aussi peu sûr d'elle que de lui, Franck sera bien près de saccager cet amour qui est peut-être sa nouvelle chance...
Georges Simenon nous guide au cœur de la grande ville, dans l'ombre de ces deux errants, avec la vérité et l'humanité qui lui ont attaché des millions de lecteurs et lui confèrent une des toutes premières places parmi les romanciers du XXe siècle.

Insomnia

Voilà vraiment le genre de merdouillasse qui a le don de me mettre hors de moi ! Chères éditions du Tripode et cher Olivier : quelle escroquerie !

Car derrière Insomnia se cache en fait Pharmakon, rien de plus ! Si ce n’est une couv’ plus chatoyante, un titre plus accrocheur, un peu plus de petits sous dans vos poches et un peu moins dans les miennes.

Ce livre est paru dans une première édition en grand format sous le titre Pharmakon.
Illustration de couverture
David Nockels
Le Tripode, 2022, pour la première édition
Le Tripode, 2026, pour la présente édition
Franchement, juste une note à l’intérieur !?! Sérieux ?

Voilà bien amer achat ! Je suis fâché

Alors foncez plutôt sur le brillantissime film de Christopher Nolan avec Al Pacino, Robin Williams et Hilary Swank

Trois jours pour la joie

Trois jours pour la joie est le second roman d’Olivier Bruneau et fait partie d’un cycle – entamé avec Insomnia (Pharmakon comme titre original), sur Les Damnés du Capitalisme dans lequel il interroge les dérives très contemporaines de nos sociétés.

Mes proches n'ont pas compris. Pire, ils n'ont jamais essayé de comprendre. Dès l'instant où j'ai décidé de tout plaquer, j'ai été officiellement labellisée folle-à-lier. J'étais en train de prendre la meilleure décision de ma vie, tandis qu'eux ne voyaient que l'impact de cette décision sur la leur. Depuis, on ne m'a jugée digne de voir mes fils qu'un week-end sur deux. Je dois bien avouer qu'ils ne me manquent pas plus que ça. Pourtant j'aime mes fils, ils sont plutôt gentils et de bonne compagnie. Mais ce ne sont clairement pas de futurs Prix Nobel, et puis ils ont hérité de leur père ce je-ne-sais-quoi d'arrogance qui en fait de parfaites têtes à claques. Bien sûr, la situation me rend triste, malgré tout. Mais je devais la provoquer, rompre le lien pour trouver mon chemin vers l'accomplissement. Il ne passait plus par eux, et ils ne l'ont pas accepté. Tant pis pour eux.
Trois jours pour la joie de Olivier Bruneau
Ici, il visite le marché du développement personnel et des gourous qui s’enrichissent avec la détresse humaine.

Un roman, certes très court, mais plutôt bien torché, où Hélène se rend à un séminaire de Jordan avec la ferme intention de reprendre sa vie en main

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il y a deux ans, j'ai été renversée par le bus 74 de la RATP, sur un passage piéton, place de Clichy. Je fixais mon reflet amorphe dans le pare-brise, le chauffeur a juste eu le temps de piler in extremis.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À quarante ans passés, Hélène semble tout avoir pour être heureuse. Pourtant, quelque chose cloche dans ce tableau idyllique. Quand elle croise la route de Jordan Stevens, star du développement personnel, elle décide de tout plaquer pour partir en quête du bonheur.
Dépressive et instable, mais poussée par une foi irraisonnée, elle participe avec des centaines d’adeptes à un séminaire de trois jours donné par Jordan. Tandis que les heures passent dans ce ­huis-clos toujours plus étouffant, le vernis de chacun se craquèle et, pour Hélène, la route vers la joie devient de plus en plus incertaine…

Le nègre

Il y a des titres qui font honte aujourd’hui. Pourtant, ils sont les témoins d’une époque (pas si lointaine !) et leur remplacement n’effacera pas l’histoire.

Que serait-il advenu si Théo, par miracle, n'avait pas aperçu le nègre sur la route ?
Nicolas Cadieu jouirait en paix, de moitié avec son frère, d'une des plus grosses fortunes du département.
Seulement, Théo avait vu le nègre. Il n'avait rien dit au brigadier Alfonsi, ni à Gorre, ni enfin à l'inspecteur de la compagnie. Il n'en parlerait à personne et Gédéon, tout malin qu'il soit, ne parviendrait pas à lui tirer les vers du nez.
C'était une affaire entre Cadieu et lui. Pas uniquement un vieux compte à régler avec une crapule, mais un vieux compte à régler avec l'humanité et avec le destin.
« Un jour, je leur montrerai... »
Ils y croyaient si peu, tous tant qu'ils étaient, qu'ils le laissaient dans sa gare sans s'occuper de lui.
Le nègre de Georges Simenon
Derrière ce sale intitulé se trame une histoire de meurtre pour capter un héritage qui risque d’être compromise par un garde barrière bien décidé à prendre une revanche sur la vie.

Une descente dans les tréfonds de la rancœur qui relègue le sort de ce malheureux juste arrivé en train de l’Oubangi en arrière-plan

Tous les romans durs de Simenon
89. Le nègre
88. Le fils 90. Le passage de la ligne
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Un jour je leur montrerai...
Depuis combien d'années se répétait-il ça dans sa tête, quelquefois entre ses dents, surtout le soir, quand son teint devenait violacé et ses gros yeux humides ? Peut-être le pensait-il déjà sur les bancs de l'école, à Versins-Haut, lorsque les Van Straeten, les fermiers, Ferdinand et Emma à la voix criarde, chez qui l'Assistance publique l'avait placé, le traitaient de fainéant et de propre à rien.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Théo n'a pas été choyé par la vie. Il est borgne de naissance, enfant de l'Assistance publique, et aujourd'hui sa femme l'a abandonné. Modeste chef de halte sur la ligne Paris-Calais, il est hanté par un désir : « Un jour, je leur montrerai. » Montrer quoi, et à qui ? Il ne le sait pas lui-même. Le cadavre d'un Noir vient d'être découvert près de la ligne du chemin de fer. Tous s'accordent à dire que, devant descendre à Versins et n'ayant pas remarqué l'arrêt, l'homme a sauté en marche après le départ du train. Mais Théo en sait plus que les autres...

Monsieur La Souris

Ce Monsieur La Souris est un roman dur plutôt atypique tant il ressemble à un Maigret, sans pour autant lui laisser y tenir sa place. On y retrouve pourtant le Quai des Orfèvres, des sandwichs et de la bière, une chansonnette de Lucas et même Lognon, le malgracieux.

La Souris l'épiait. Il connaissait la police. Il connaissait par cœur toutes les histoires que l'on raconte sur les interrogatoires de la P.J. et sur la fameuse chambre des aveux spontanés. Il se demandait si on lui ferait le coup du sandwich et du verre de bière, ou si Lucas essayerait de l'avoir à la chansonnette.
Non seulement il possédait sa théorie sur le bout des doigts, mais il avait été interrogé cent et cent fois, par des gendarmes, quand il faisait les campagnes ─ et ça, c'est le plus mauvais ! ─, par des commissaires de petites villes, par des agents de toutes les sortes, des tristes comme Lognon, des joyeux qui lui envoyaient le coude dans les côtes, par d'autres qui ne font pas de différence entre un homme et un homme et qui vous tendent tout de suite leur blague à tabac...
Monsieur La Souris de Georges Simenon
Alors, roman dur ? Pas vraiment. Maigret ? Pas non plus. Une sorte de petit polar avec un Monsieur La Souris bien encombré par une enveloppe copieusement garnie que bien des personnes recherchent.

Un jeu de piste à Paris où de nombreux protagonistes apparaissent pour un roman de gare un poil brodé

Tous les romans durs de Simenon
27. Monsieur la Souris
26. L’homme qui regardait passer les trains (à lire) 28. Les rescapés du Télémaque (à lire)
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il était un peu plus de onze heures douze quand la porte du poste s'ouvrit. Les deux agents cyclistes qui jouaient aux dames levèrent la tête. Le brigadier, qui fumait sa pipe derrière le bureau de bois noir, se redressa aussi mais, avant même de voir le nouvel arrivant, on était renseigné, car une voix familière prononçait :
— Je vous répète de ne pas me bousculer, jeune homme ! Vous ne savez pas à qui vous avez affaire... Tiens ! C'est justement mon brigadier qui est de service !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quelle misère que de trouver une fortune dans un portefeuille et de ne pas pouvoir l'utiliser ! Monsieur La Souris est trop connu des services de police pour se le permettre. Tellement connu qu'il finit par attirer l'attention de l'inspecteur Lognon qui le trouve changé et fait de lui, sinon le principal suspect du meurtre étrange d'un financier, du moins le premier témoin d'une affaire gênante pour l'Etat. Car si Monsieur La Souris n'a rien d'un assassin, il semble pourtant en savoir bien plus long qu'il ne le dit...

La disparition d’Odile

Une jeune fille, désœuvrée, déprimée et se sentant délaissée fugue et part pour Paris avec l’intention de s’y suicider. Son frère part à sa recherche. Et voilà, tout est dit.

Alors, pourquoi me questionnes-tu ?
 ─ Parce que j'essaie de la retrouver... Elle a ses défauts, bien entendu... Ce n'est pas une raison pour la laisser commettre un geste irréparable...
 ─ C'est justement ce que j'essaie de te faire comprendre... Elle joue un rôle... Elle a toujours joué un rôle ou un autre... Quand elle a appris que j'allais prendre des leçons d'art décoratif à Vevey, elle a voulu faire la même chose, alors qu'elle n'avait jamais touché un pinceau de sa vie... Deux mois plus tard, elle abandonnait... Il fallait prendre le train de bonne heure et travailler sérieusement, sans fumer...
Tout ce que disait Emilienne était vrai. C'était bien de sa sœur qu'elle parlait mais elle le faisait froidement et le portrait qui s'en dégageait, au fond, n'était pas ressemblant. Il n'y avait aucune sympathie entre les deux femmes.
La disparition d’Odile de Georges Simenon
Il ne se passe pas grand chose, et Simenon tente – un peu laborieusement – de comprendre la psyché d’une jeune fille des années 70

Tous les romans durs de Simenon
116. La disparition d’Odile
115. La cage de verre 117. Les innocents
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Bob s'était levé à sept heures, comme d'habitude. Il n'avait pas besoin d'un réveille-matin. Ils étaient deux dans la maison à avoir leur temps réglé comme un mouvement d'horlogerie.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
A dix-huit ans, lasse d'une famille dont elle se sent totalement incomprise, Odile décide de quitter Lausanne pour Paris. La lettre laissée à son frère indique clairement qu'elle songe au suicide.

Aussitôt, ce dernier gagne la capitale française, inquiet pour cette jeune soeur qu'il sait mal dans sa peau, indifférente à son avenir, déjà blasée d'expériences amoureuses qui ne lui ont rien apporté.

C'est dans le quartier de Saint-Germain que nous retrouvons l'errante Odile, dans cet état où tout peut arriver, les rencontres qui sauvent, aussi bien que le pire...

A travers ce portrait d'une jeune fille, délaissée par une mère indifférente et par un père tout à sa carrière d'écrivain à succès, Georges Simenon montre une fois encore un sens profond de la psychologie, et entrouvre peut-être une porte sur des questionnements secrets et douloureux.

Je suis la fille de Casanova

En tissant des liens avec Casanova, Cécile Guidot nous parle de son père, séducteur invétéré et impénitent, mais récemment largué après la découverte de ses frasques. Déprimé !

 ─ Casanova finissait toujours par partir, comme par magie, par une porte dérobée. Tu ne nous as jamais abandonnées. Tu n'as jamais eu la tentation de le faire ?
 ─ Jamais. J'aimais ta mère, je vous aimais, j'avais la ferme. Je ne voulais pas tout casser, flamber, me lasser. J'ai toujours été lucide. Ce qui me plaît dans l'adultère, c'est la double vie, le frisson. Ma vie était parfaite avec ma famille, mon métier, et les femmes parallèles. J'ai toujours choisi des femmes mariées. Avec ta mère, c'était la liberté, on s'est quittés parce que ça faisait beaucoup, je suis allé un peu trop loin. Je le regrette. Elle regrette aussi, elle me l'a dit.
 ─ Tout ça, le chagrin, la tentative de suicide, pour finir par dire ça.
 ─ Oui, mais c'était plus fort que moi. Je ne conçois pas la vie avec une seule femme. Sylvie, j'étais fou d'elle, on a vécu une passion sexuelle pendant deux, trois ans. Mais ça ne m'a pas empêché de la tromper. Avec une femme rencontrée dans une assemblée agricole.
Je suis la fille de Casanova de Cécile Guidot
Un roman sur un père inconséquent et autocentré, franchement dysfonctionnel, tyrannisé par son besoin de plaire et de séduire. Un homme pourtant très touchant, comme un gros bébé immature de 80 ans à qui on aurait enlevé sa lolette

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il était moins intéressé par le sexe que par la conquête de l'esprit de celles qu'il convoitait, il aimait le jeu, le ballet de la séduction, il n'était donc pas seulement un jouisseur, il n'était pas un pornographe, ça le distingue de Sade, il était un séducteur et en cela, il avait besoin de conquérir l'esprit en plus du corps ; ce qui l'excitait, c'était de jouer à jeu égal avec les femmes.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Jeanne, la quarantaine, est professeure de littérature à la Sorbonne et spécialiste de Casanova. Son mari Samuel réfléchit à son avenir professionnel depuis un an, affalé devant la télé. Jeanne gère le quotidien, s'occupe de leur fille Maya, trois ans... Quand son père Armand, bientôt soixante-dix ans, l'appelle en larmes, l'univers de Jeanne vacille : gentleman farmer bourguignon, volage et infidèle, Armand, pris en flagrant délit d'adultère, vient de se faire plaquer par sa compagne. Il échoue sur le canapé parisien de Jeanne ! Éploré et inconsolable, il traîne en pyjama, envoie des SMS fébriles.
Comment consoler son père d`un chagrin d'amour ? Invitée à donner une conférence à Venise, Jeanne l'emmène avec elle, espérant ainsi le distraire. Et, en effet, son âme de Casanova reprend le dessus. Quiproquos et malentendus en cascade avec une professeure italienne, le vaudeville n`est pas loin...
Décidément, être la fille de Casanova n'est pas une mince affaire !

Et la joie de vivre

Quel livre, quel témoignage ! Tout est juste ici ! Sans pathos ni mélo, intime sans être voyeuse, d’une insupportable violence et pourtant d’une invincible énergie vitale… Cette joie de vivre emporte tout.

J'étais si seule ce soir-là. Inutile de chercher le sommeil après avoir raccroché. Même en de telles circonstances, je n'aurais pas recours à ces cachets dont Dominique m'avait gavée. Je n'en avais pas de toute façon. Je regardais les heures s'écouler. Que contient une minute, une heure, une vie ? Je ne savais plus. La réalité m'échappait. Tout se dérobait. C'était comme si le jour n'allait plus jamais se lever. Ma vie n'était qu'une longue nuit.
Et la joie de vivre de Gisèle Pelicot et Judith Perrignon
Gisèle Pelicot raconte son histoire, de la sidération jusqu’au procès. Elle décortique et cherche les pourquoi, comment… toutes ces questions qui vraisemblablement ne trouveront jamais de réponse satisfaisante pour expliquer une telle abjection

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
C'est toujours la veille que je dresse la table du petit-déjeuner. Je dispose les tasses, les assiettes, les couverts, les serviettes, puis le miel et les pots de confiture. C'est comme enjamber la nuit que j'ai toujours crainte, décréter l'harmonie du prochain jour. Il n'y aura plus qu'à sortir le beurre, enclencher la bouilloire, laisser monter les odeurs du café et du pain qui grille. Tout va bien se passer.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le 2 septembre 2024 s'ouvre le procès de Mazan et la France découvre le visage de Gisèle Pelicot. Décidée à ce que « la honte change de camp », elle a voulu et obtenu que ce procès soit public. Son courage bouleverse le monde entier à mesure que l'horreur des crimes qu'elle a subis est exposée au tribunal. Depuis le procès, elle qui n'a jamais pris la parole et est devenue un symbole mondial de la dignité des femmes a décidé de raconter son histoire avec ses propres mots. Elle veut transmettre un message d'espoir à tous ceux et toutes celles qui traversent des épreuves, comme à ceux et celles qui l'ont soutenue au cours de ces semaines d'automne 2024. Le récit ciselé et bouleversant qu'elle a écrit avec la romancière Judith Perrignon dévoile l'histoire singulière et passionnante ainsi que les ressorts intimes de l'incroyable résilience de cette femme si secrète.

La reine du Mardi-gras : suivi de « Un vitrail de plus »

Une reine se présente dans une autobiographie aussi réaliste que surréaliste. Solaire et lunaire.

On riait dans les caves, dans les entrepôts, on murmurait à l'ombre des musiques, on était calme en attendant la vie et la mort, on se gorgeait, on se purifiait avec l'eau de lavande. On se cognait, on se terrait, on rejaillissait, on faisait le jet d'eau, le soleil levant. On s'étonnait encore, on bruissait. On rêvait un peu, en tåtant de la langue les morceaux de gencives dénudées par les extractions dentaires. On s'allumait aux lampes, aux gyrophares de passage. On craquait, on jetait sa gourme à la poubelle. On aurait bien hurlé, mais trop polis. On serait bien parti à l'aventure, mais trop peureux.
Parfois, on se reposait pendant dix ans avant qu'un nouveau genre de bataille s'engage. Alors on sortait toute la journée et, quand on rentrait fourbu vers trois heures du matin, on trouvait chez soi des passionnés du poker embarqués dans une partie à mort, avec leurs gonzesses sifflant la vodka et le jus de groseille. On se couchait comme on pouvait, après un dernier verre, on se réveillait dans le merdier, on téléphonait une heure et on ressortait après une douche cinglante. On oubliait la misère humaine, et on mangeait des sandwiches au poulet dans les bars américains aux comptoirs rutilants.
On n'était plus très jeune, mais toujours jeune. Pas trop maigre, fallait pas, après on flottait dans sa peau à la télévision et on a des blessures narcissiques.
La reine du Mardi-gras de Brigitte Fontaine
Dans ces quelques pages à l’écriture magnifique, étincelante, Brigitte se raconte, s’amuse de ses tourments en faisant danser les mots.

C’est très court, mais peut-être que point trop n’en fallait.

Une reine suivie d’un vitrail, tout aussi lumineux

Elle se coucha nue sur le balcon et attendit peu de temps que l'astre s'abaisse vers elle avec sa corne de croissant, la caresse et la pénètre toute, comme une crème enchantée qui l'envoya vers un paradis inouï, et elle s'évanouit de délices.
Un vitrail de plus

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La Reine du Mardi-gras était à la fois une mégère douteuse et une fée de soie. Elle était inspirée par Dieu, comme George Bush Jr dont elle était d'ailleurs jadis la pire ennemie avec Oussama Ben Laden. Mais ce n'était pas du même dieu qu'il s'agissait, et Dieu était bien plus grand que tout cela. Plus grand bien sûr que la Reine du Mardi-gras, mais elle en faisait partie, comme tout le monde. D'ailleurs la Reine du Mardi-gras était comme tout le monde. C'était une souillon miraculeuse qui faisait éclore dans ses doigts bagués d'éblouissantes écharpes d'Isis et de merveilleuses chemises de Vénus.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« La Reine du Mardi-gras était à la fois une mégère douteuse et une fée de soie. […] C’était une souillon miraculeuse qui faisait éclore dans ses doigts bagués d’éblouissantes écharpes d’Isis et de merveilleuses chemises de Venus… »

Comment ne pas voir dans ce conte philosophique plus qu’une histoire pour enfants peu sages ?

Brigitte Fontaine nous livre une nouvelle quasi autobiographique où l’icône punk et poète se dévoile autant qu’elle se cache. Avec toujours la même fougue de vivre et la même créativité fantasque qu’on lui connaît sur scène comme à la ville.