Bruxelles, attends-moi, j’arrive !

Pour un premier petit livre en nom propre, voilà une jolie parution. Fraîche et enlevée (comme semble l’être son autrice) !

Femme battante aux activités multiples, Suzanne n'avait toutefois pas été chanceuse en amour durant les dix-sept années la séparant de son divorce : pervers narcissique, mythomane, ancien meurtrier, alcoolique paranoïaque, toxicomane, borderline, elle avait presque épuisé l'inventaire des désordres psychiques et des tares possibles. Épicurienne très portée sur la gaudriole, elle n'en cherchait pas moins une relation durable mais choisissait mal ses amoureux qui se révélaient être finalement des amants honorables mais jamais des compagnons.
Bruxelles, attends-moi, j’arrive ! de Sarah Des Hesses
Une histoire de rencontres à plusieurs niveaux. Genève et Bruxelles qui semblent si différemment similaires. Et leurs habitants ?

Après de longues années de célibat et fraîchement licenciée, Suzanne va-t-elle retrouver… Mais que cherche-t-elle, d’ailleurs ?

La vie au tournant

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Genève offre une météo clémente en cette journée ensoleillée de début août 2024. À la rue de l'École-de-Médecine, le bar « L'Établi », véritable institution genevoise, voit sa terrasse et son arrière-cour bondées et résonner des rires et bavardages d'une belle jeunesse. Une cliente, une seule, a choisi de rester à l'intérieur.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Suzanne, Genevoise et fraîchement licenciée, boit une caïpirinha dans un bistrot genevois et voit soudain Bruxelles envahir son esprit. Elle travaille à comprendre cette obsession et écrit ses conclusions dans son cahier rouge, objet transitionnel et fil conducteur de la narration. Et puis, soudain, tout s’aligne, sa vie bascule, Bruxelles y prend sa place, sa plume aussi, et d’autres surprises surviennent.

Au travers d’une approche à la fois légère et documentée de la sororité belgo-suisse, c’est une histoire particulière qui peut être celle de nombreuses femmes. Les thématiques du tournant de la vie, de l’intuition (la « petite voix »), du désir d’écrire et de la rencontre amoureuse s’y entremêlent, avec une mise en abyme de l’écriture de l’ouvrage lui-même.

Roche papier citalopram : sélection de la lectrice digeste

Quelle surprise (heureuse) de découvrir ce petit livre de Madame Bijou ! Moi qui m’attendais à des collages drôles (il en reste !) aux subtils messages cachés derrière une franche rigolade, j’ai bien mis une ou deux pages à me ressaisir et à changer mon axe de lecture pour me retrouver dans une autobiographie familiale au ton légèrement décalé et à l’intime sincérité fort touchante.

Drame vécu
Le concert de cristal
En 2003, une semaine avant l'Halloween, Francine, la confidente et massothérapeute de ma mère, avait le feeling que notre maison était peut-être hantée et elle a offert à maman d'organiser un concert de cristal chez nous, pour purifier notre demeure et apaiser l'esprit tourmenté de mon frère. Ma mère avait confiance en Francine. C'était une femme de son cercle Al-Anon (groupe de soutien pour les proches des membres AA) qui les avait mises en contact. Elle était mince, blonde, douce et savait percevoir le « chaos intérieur » qui habitait ses clientes.
Roche papier citalopram : sélection de la lectrice digeste de Sara Hebert
Sara Hebert nous parle de ses troubles anxieux, de sa famille, de ses fragilités et des réponses qu’elle (et toute sa famille) ont trouvé pour tenter de trouver un équilibre.

Avec humour et autodérision, voici toutes les réponses à vos troubles anxieux : certaines pourraient surprendre, ce sont les plus drôles

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le mot anxiété viendrait du latin anxietas, formé à partir du verbe angere qui signifie « oppresser, serrer la gorge ». On entend souvent que l'anxiété n'était pas considérée comme une maladie avant le 19e siècle, mais ce n'est pas tout à fait vrai. Les sensations physiques et psychiques qui en découlent sont décrites dans le Corpus hippocratique, un recueil de livres de médecine rédigé il y a plus de deux mille ans, attribué à Hippocrate et ses disciples. Il est vrai, cependant, que le terme a disparu de la littérature médicale, à partir de l'Antiquité classique jusqu'à l'avènement de la psychiatrie moderne. Durant cette vaste période, des humains souffrant d'anxiété ont existé, mais ils étaient diagnostiqués en d'autres termes.
Au 17e siècle, par exemple, le mot mélancolie référait autant à la dépression qu'à l'anxiété. L'écrivain anglais Robert Burton en évoque d'ailleurs des symptômes dans son Anatomie de la mélancolie publiée en 1621.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Sara Hébert, artiste collagiste et écrivaine connue également sous le nom de Madame Bijou, signe avec Roche papier citalopram un essai littéraire hybride abordant cette étrange relation entre santé mentale et capitalisme. Pastichant avec tendresse le fameux Reader’s Digest, elle propose une réflexion intime sur les bouées spirituelles que nos sociétés offrent devant certaines fêlures personnelles et collectives et sur la marchandisation du bien-être. Elle traite sans fard de son propre trouble anxieux, des médecines alternatives utilisées par ses parents, de l’histoire de la médication moderne et, par le truchement de l’humour et de collages hilarants, tente de déboulonner la honte qui va trop souvent de pair avec les enjeux de santé mentale. Interrogeant le vivant de façon décalée, culottée et documentée, le texte est paru dans la collection « Brûlot ».

Elise et les nouveaux partisans

Dans cette fiction autobiographique, Dominique Grange raconte la vie de Elise, militante maoïste en France dans les années 60-70. Mis en images magnifiquement par Tardi, cette bande dessinée offre un point de vue central, immergé, sur la vie de jeunes gens qui ont cru et se sont battus pour un monde plus juste, moins raciste, plus respectueux.

Elise et les nouveaux partisans de Dominique Grange, dessins de Jacques Tardi
Une lutte qui peut paraitre pleine de candeur face à la démesure des moyens et la violente répression auxquels ils et elles firent face.

Un album qui pêche possiblement par sa volonté de trop en raconter et qui aurait peut-être gagné à une tomaison ou à plus d’aération tant il est dense.

Un témoignage intime et vécu sur les luttes anticolonialistes, la violence policière et le racisme qui la gangraine, le pouvoir aux mains des entreprises et du capital et finalement, sur les idéologies militantes

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je suis « montée » à Paris en 1958, pour y poursuivre mes études. En Algérie, depuis 4 ans déjà, c'était la GUERRE, une guerre de libération nationale que le gouvernement français persistait à appeler « les évènements d'Algérie » !
Très vite, grâce à Malika, une jeune Algérienne qui travaillait au restau, j'ai compris que des populations différentes peuvent co-exister dans une même ville, sans rien savoir l'une de l'autre


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Elise, jeune chanteuse « montée » de Lyon à Paris en 1958 pour tenter sa chance, tourne le dos au showbiz suite au mouvement contestataire de Mai 68. Refusant le « retour à la normale », elle rejoint le maquis des luttes contre l'exploitation, les injustices sociales, le racisme. Un parcours atypique qui nous mène de la guerre d'Algérie jusqu'à la fin des années 70 et dont le personnage central s'incarne dans des images riches et parfois glaçantes.

Elise et les Nouveaux Partisans entraîne le lecteur, avec toute l'acuité du vécu mêlé au romanesque, dans le sillage de cette jeune femme qui se définit elle-même comme « engagée à perpétuité ».

Tardi et Dominique Grange signent ici un roman graphique intense et passionnant, dont l'écho résonne aujourd'hui plus fortement que jamais, dans une France toujours déchirée par les inégalités et les injustices.

Le riche homme

Voilà un livre typique des années 70-80. L’âge d’or de David Hamilton et ses photos de fort jeunes filles dénudées qui excitaient fort les vieux lubriques. L’époque des photos de Eva Ionesco (à 11 ans nue en une du Spiegel) ou, un peu plus tard, du film Noces Blanches avec Vanessa Paradis (alors 16 ans) et Bruno Cremer (58 ans)… Pour ne citer des exemples qui m’ont marqué.

Difficile à lire aujourd’hui mais fort utile. Car Simenon qui, au travers de ses romans durs, voulait « présenter l’homme sans habit, sans cravate, au travers de la composition d’une vaste tragédie humaine » raconte avec grand talent cet homme de plus de 40 ans qui fréquente assidûment les prostituées de chez Nenette et qui s’éprend de sa petite bonne de 16 ans.

Il s'était mis à boire beaucoup, comme si cela allait l'empêcher de penser, et plus il buvait, plus il était hanté par Alice, qui prenait une importance grandissante à ses yeux.
Si on lui avait dit, dix jours plus tôt encore, que cela lui arriverait, il aurait haussé les épaules. À d'autres, peut-être. Pas à lui. Aucune femme ne l'avait impressionné, pas même la sienne.
Le riche homme de Georges Simenon
Pourtant, s’il présente bien l’homme sans habit dans le sens d’en explorer la psyché, avec les femmes il se contente seulement ici de les déshabiller au sens le plus littéral.

Un roman de son époque (révolue ou mieux cachée ?), témoignage malaisant et éclairant

Tous les romans durs de Simenon
114. Le riche homme
113. Novembre 115. La cage de verre
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il arrêta le camion plein de paniers de moules en face du bistrot où l'on lisait, sur la façade, les mots Chez Mimile en lettres jaunes.
Par l'autre portière, Doudou le Muet descendit en même temps que lui et le suivit sans bruit, comme sans déplacer d'air, pieds nus, les jambes du pantalon de toile bleue haut troussées, comme d'habitude.
Victor Lecoin était grand, puissant, large d'épaules, épais de torse. Ses cuissardes de caoutchouc, à moitié baissées, faisaient penser aux bottes des mousquetaires et il portait son éternelle veste de cuir noir. Il se sentait fort. Quand il tourna le bec-de-cane et qu'il poussa la porte, il eut l'impression d'en remplir le cadre et, dans le petit café où quatre hommes jouaient aux cartes près de la fenêtre, il était comme un géant parmi les nains.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
A Marsilly, près de La Rochelle, Victor Lecoin est un boucholeur important. Surnommé le riche homme, il en impose par sa taille et sa prospérité. Dans son travail, il est aidé par un valet simple d'esprit, Doudou-le-muet, qui lui est attaché par un dévouement presque animal. La comptabilité de son commerce est tenue par Jeanne, son épouse, une ancienne institutrice.

Et les gens portent encore des Crocs

Si la fiction m’est fort utile (faut-il d’ailleurs qu’elle le soit ?) pour comprendre le monde qui nous entoure, la presse, les magazines et autres journaux ne le sont pas moins.

Du coup, je me suis permis d’ajouter cette catégorie J’ai lu quelque part, dans laquelle je glisserais, au fil de mes surprises, sourires, interrogations ou autres découvertes, quelques phrases et paragraphes tirés d’ici ou là.

L’intelligence artificielle nous conseille ce que nous devrions visionner, qui écouter, ce que nous devrions acheter en fonction de notre historique. Les algorithmes sont prudents, ils n’aiment guère le changement, pour la bonne raison qu’ils sont incapables d’imaginer autre chose. Mais si seul compte ce qui figure dans les bases de données, ne risquons-nous pas de perdre une part de nous-même ? La vie n’est-elle pas d’un ennui mortel dans le ventre mou de la statistique ? Et n’est-il pas pour le moins risqué de transposer dans l’avenir nos vieux schémas du passé ? Il n’est qu’à regarder autour de nous: une vedette de la télé-réalité siège pour la deuxième fois à la Maison-Blanche, la Terre se réchauffe d’année en année… Et les gens portent encore des Crocs.

Johanna Jürgens

Lu dans le Courrier international 1883 du 18 décembre 2025, trad. de Die Zeit du 2 mars 2025

Tssitssi

Tssitssi ne peut pas laisser indifférent. C’est un choc. Et encore, Claire Castillon nous fait grâce du pire et du plus sale. Car c’est sordide.

J'ai le seum alors je ne parle plus pendant les soutiens. Je note rien. Je pense juste aux mecs que je vais me taper. De toute façon, depuis Vadim, je vois plus le problème. Quand c'est fait une fois, ça change rien, le nombre, après.
Du coup, mon père est convoqué par le lycée parce que je profite pas des chances qui me sont données pour réussir ma fin de scolarité. Il est vert. Il me lâche qu'il avait un rendez-vous et que c'était pas le jour pour un entretien avec mes profs. Et moi, il croit que c'est le jour pour deux cours de soutien ? Genre j'ai pas autre chose à faire de ma vie ?
Tssitssi de Claire Castillon
Hélène rêve comme sur Insta : des beaux sac, de la sape, des 5 étoiles et des grosses tires à la sellerie en cuir.

Candeur adolescente manipulée, abusée

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Ever ou Ilona. Si je veux vivre des relations de haut niveau, qu'on me sorte aux Champs-Élysées ou dîner à l'Oppio, il faut que je change de prénom. T'offres pas un Ophidia à une Hélène qui vit à Meudon. Je préfère un Vuitton en plus.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Hélène a de moins en moins envie de répondre quand on l'appelle Hélène. Ça jure avec l'image qu'elle renvoie. Elle a quand même 1000 followers sur insta, et depuis qu'elle pose en bikini, ça monte. Tssitssi, c'est son pseudo, mystérieux, sifflant, enfantin. Les vieux vont adorer.

À 16 ans, elle rêve de luxe et d'oisiveté. Mais son discours impertinent, porté par une verve féroce, laisse entrevoir peu à peu une blessure, un secret. Loin de l'imaginaire dans lequel elle s'est réfugiée, elle nous apparaît vulnérable, abîmée, bouleversante.

Traces de sang : une enquête de Nick Rider

Le dessin de Toppi se prête admirablement bien au polar américain. Des mâchoires carrées, un noir-blanc d’une franchise impeccable, les villes, les marais et les mouvements (et les coups) sont francs et tendus juste à souhait.

Traces de sang : une enquête de Nick Rider de Gino D’Antonio, dessin de Sergio Toppi, traduction de Salvatore Biddau
Pour l’histoire, pas de surprise. Du polar très classique, des poursuites, des gentils qui ne le sont pas forcément, des flics aux gros bras et des guns qui crachent de la poudre et du plomb.

Rien de nouveau, un bon gros classique mais plutôt bien fait, plaisant

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Mais arrête !...
Toutes ces années Levasseur nous a donné de quoi subvenir à nos besoins. Il mérite au moins notre gratitude, tu ne crois pas ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Jacky Duvall n’a pas eu une vie facile, mais ce qui l’attend semble être bien pire. Seule au monde et fuyant tout le monde, elle cherche refuge à New York de la furie du brutal Levasseur et de ses sbires. Mais pourquoi la recherche, ce qui se cache derrière le voyage aventureux d’une jeune fille des marais de la Louisiane à la Grande Pomme ?
Une tragédie inimaginable, mûrie depuis longtemps dans l’isolement qui enveloppe les terres inhospitalières des Cajuns et la dégradation familiale… Une tragédie sur laquelle Nick Raider ne pourra faire la lumière que grâce à l’aide de la combattante Sarah Himmelman et des coéquipiers habituels : Marvin, Jimmy et tous les « anges en uniforme » du District Central !

Le rapport du gendarme

Un accident en face de la ferme va rompre brutalement l’équilibre de la famille Roy.

Quant à Roy...
Deux fois encore, elle eut la tentation de poser sa main sur la sienne. Ce n'était pas de la tendresse, ni de la pitié. Elle ne l'aimait pas. Est-ce qu'elle avait jamais aimé quelqu'un ? C'était un homme. Ils vivaient, ils travaillaient ensemble. Elle connaissait ses petits défauts, ses travers, et d'habitude elle devinait ses pensées.
Elle était indulgente envers lui comme une aînée, il le savait. Toujours il avait eu un peu peur d'elle, de son regard qui perçait les mensonges, de son indifférence devant certaines fautes, certaines lâchetés.
Ce qu'il y avait de nouveau aujourd'hui, depuis quelques minutes, depuis qu'ils étaient tous les deux dans la voiture, épaule contre épaule, c'était la conscience, chez Joséphine, d'un lien qu'elle ne définissait pas. Peu importait d'avoir dormi, d'avoir fait l'amour ensemble pendant vingt ans, peu importait d'avoir travaillé du matin au soir aux mêmes tâches et d'avoir eu des préoccupations identiques.
Ce qu'elle découvrait était différent, infiniment plus fort, et le geste qu'elle contenait, ce geste de la main vers le bras de l'homme...
Mais oui ! Elle avait envie de se raccrocher à lui ! Dans l'immensité noire, humide et froide, ils étaient deux, ils pouvaient, ils devaient être deux. Sinon...
Le rapport du gendarme de Georges Simenon
Entre enquête, suspicions et vieux secrets mal enfouis, la vie bascule et la parano s’installe.

Un roman d’atmosphère à l’écriture travaillée qui s’alourdi au fil des pages

Tous les romans durs de Simenon
49. Le rapport du gendarme
48. La veuve Couderc 50. L’aîné des Ferchaux (à lire)
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Les deux femmes étaient dans le grenier de devant celui dont l'œil-de-bœuf donnait sur la route, et qu'on avait transformé en fruitier. La mère, Joséphine Roy, assise sur une chaise basse, prenait des pommes dans un panier, les essuyait avec un torchon à carreaux rouges, mettait les fruits véreux à part et passait les bons à Lucile.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un soir d'orage, un homme blessé par une voiture est ramassé sur la route et porté dans la ferme la plus proche. Là habitent Étienne Roy, un paysan un peu sauvage, un peu demeuré, sa femme Joséphine et leur fille. Au cours de l'enquête, Joséphine dissimule un petit papier échappé de la poche du blessé. Sur ce papier on déchiffre mal une adresse : celle justement de la ferme Roy.
Le geste de Joséphine a suffi pour créer le doute. La police rôde sans repos. Un enchaînement subtil permettra au gendarme d'établir un rapport inflexible. La colère d'Étienne éclate dans le meurtre...

Récap 2025

Encore une belle année de lecture avec 256 livres et 47243 pages avec une presque parité auteurs-rices (92-98). Une soixantaine de bandes dessinées-albums et autres livres d’images et 73 Simenon… Il m’en reste encore une petite trentaine et j’aurais enfin terminé ses romans durs.

Lectures 2025
De nouveau, une grosse majorité de fiction avec plus de 200 livres, une trentaine de (autos)bios et assimilés, quelques docs et essais et un poil de poésie.

Côté poésie, il y a eu l’invraisemblable et magnifique Brigitte Fontaine
En bande-dessinée le choc éblouissant de redécouvrir un vieux Druillet et la joie de retrouver un Baladi coincé dans ma bibliothèque. En plus récent, D’or et d’oreillers de Mayalen Goust m’a ébloui autant que José Luis Munuera avec son adaptation de Son odeur après la pluie de Cédric Sapin-Defour m’a ému
Dans la non-fiction, Nicolas Demorand qui m’a profondément touché, Rebeka Warrior ma bouleversé et Isabelle Flükiger m’a beaucoup fait réfléchir avec sa fiction plus que réelle

Pour la fiction, Rim Battal emporte tout avec son petit Je me regarderai dans les yeux
Philippe Battaglia m’a délicieusement fait rire, tout comme Mathilda Di Matteo
Ahmet Altan m’a beaucoup touché avec son Madame Hayat
Une heureuse ré-édition m’a fait découvrir l’effroi de Swiss Trash de Dunia Miralles
Pour les belles histoires, c’est évidemment Aimer de Sarah Chiche qui m’a séduit
Cette année fut pour moi aussi celle de la découverte de l’excellent Erwan Larher qui, lorsque qu’il ne traduit pas des bluettes pour Harlequin, écrit admirablement bien

Et cadeau, un petit Simenon pour la route

Finalement, et même si ce ne fut pas forcément son meilleur, Art&fiction a miraculeusement retrouvé et enfin édité le premier roman de Laurence Boissier, une incitation à lire toutes les merveilles de cette autrice genevoise. Je vous glisse ci-dessous les immanquables juste après ce Londres 13h30

Et l’homme créa les dieux : comment expliquer la religion

En anthropologue, Pascal Boyer tente ici de comprendre ce qui ─ du Cambodge à Salt Lake City, du Cameron jusqu’en Finlande ─ est à l’origine des croyances humaines. Avatars surnaturels, ancêtres, dieux, zombis,,, Pourquoi l’humanité les a-t-elle créé ?

Comme je l'ai déjà souligné à maintes reprises, l'élaboration de concepts religieux repose sur des capacités et des systèmes mentaux que nous avons déjà, concepts religieux ou pas. La morale religieuse se sert des intuitions morales, les notions d'agents surnaturels exploitent nos intuitions concernant le vivant en général, et ainsi de suite. C'est pourquoi j'ai dit que les concepts religieux parasitent nos capacités mentales. L'aptitude à jouer de la musique, à peindre des tableaux et même à donner un sens à des taches d'encre sur du papier sont, à cet égard, tout aussi parasitiques. Comme la religion. Parce que les concepts supposent toutes sortes de capacités spécifiquement humaines, on peut décrire la religion en décrivant la manière dont ces différentes capacités sont recrutées, comment elles contribuent à créer les traits que partagent toutes les religions du monde. Il est inutile de supposer qu'il existe un mode de fonctionnement spécial que déclencheraient exclusivement les pensées religieuses.
Pour terminer, je devrais en bon anthropologue souligner que cette idée de la religion en tant que domaine à part est non seulement dénuée de fondement mais tout à fait ethnocentrique.
1/1
Et l’homme créa les dieux : comment expliquer la religion de Pascal Boyer
A la manière d’un testeur informatique, convoquant neurologie, psychologie, sociologie et anthropologie, il dissèque nos fonctionnements pour tenter d’en trouver les failles qui ont permis au surnaturel de s’y glisser tout naturellement.Telle est la vraie tragédie des théologiens non seulement les gens, parce qu'ils sont dotés d'un esprit et non d'une simple mémoire livresque, seront toujours théologiquement incorrects, ajouteront toujours leur touche personnelle au message et le déformeront mais, en outre, la seule façon de protéger le message de ces altérations c'est de le rendre cohérent, donc prévisible, ce qui favorise la dissidence imagiste et menace la position de la corporation.Tout ça semble assez bien tenir la route même si à la fin de cette lecture, j’avoue ne pas tout comprendre beaucoup mieux.

A noter quand-même que si cet essai tente de mettre à jour les origines des croyances et leur inébranlable succès, il ne parle absolument pas de ce que les hommes en ont fait.

Un essai adapté en bande-dessinée par Joseph Béhé peut-être un peu plus accessible… quoique 😉

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Une voisine, au village, me conseille de me protéger des sorciers. Faute de quoi ils me lanceront des flèches invisibles qui pénétreront dans mes veines et m'empoisonneront le sang.

Un chaman fait brûler des feuilles de tabac devant une rangée de statuettes tout en leur parlant. Il leur demande de se rendre dans les villages du ciel pour l'aider à guérir un patient dont l'âme est retenue prisonnière par des esprits invisibles.

Un groupe d'adeptes s'en va racontant que la fin est proche. Le Jugement dernier est prévu pour le 2 octobre. La date arrive et rien ne se produit. Les fidèles continuent à clamer que la fin est proche (mais la date a changé).


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Là où il y a des hommes, il y a des dieux, des ancêtres, des esprits, des sorcières et des démons. D'un bout à l'autre de la Terre, du bocage normand à la brousse africaine, des hauteurs de l'Himalaya aux confins du Pacifique, on retrouve le même cortège bigarré de croyances et de pratiques dont la finalité et la cause restent somme toute obscures. Car, au fond, s'il y a partout de la religion, sait-on pourquoi il en est ainsi ?

Dans cet ouvrage novateur, Pascal Boyer résout l'énigme en l'abordant sous trois angles différents. D'abord, les résultats de l'ethnographie moderne démontrent l'étonnante diversité des religions humaines mais aussi l'existence, sous ce foisonnement, de thèmes récurrents, de caractéristiques universelles. Ensuite, les sciences du cerveau, qui ont connu une véritable révolution au cours des trois dernières décennies, permettent de comprendre comment se forment les croyances religieuses. Enfin, le renouvellement de la réflexion darwinienne appliquée au cerveau permet d'inscrire le phénomène religieux dans l'histoire de notre espèce.
C'est parce que nous sommes dotés d'un certain type de cerveau, fruit dune certaine évolution, que la religion existe. Mais c'est seulement en s'intéressant au détail des résultats décrits ici par Pascal Boyer que l'on pourra mesurer la force de cette assertion. Car cette approche permet non seulement de comprendre enfin pourquoi la religion existe, mais aussi pourquoi elle entretient un rapport particulier avec la mort et la morale, pourquoi il y a des rituels, pourquoi il existe des institutions et des doctrines, et pourquoi la force de ces croyances est telle qu'elles peuvent pousser les hommes au don de soi - mais aussi à l'intolérance et au fanatisme.