Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Entre polar et roman noir, cette sombre histoire se déroule au dessus d’enfouissement de déchets toxiques en Sologne.La proie et la meute de Simon FrançoisSon style un poil à l’ancienne en fait un page turner rythmé et fort plaisant à parcourir au milieu d’une campagne repliée sur elle-même et où les écolos (et tous les autres qui ne rentrent pas dans le rang) font des cibles parfaites pour les fachos et les chasseurs avinés
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le vieux sanglier écume. Derrière lui, les aboiements lointains des chiens fredonnent la mélodie d'une mort certaine.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Un petit village du centre de la France, cerné de champs, barricadé par des murs de forêts et quelques fermes isolées, qui abrite une usine : un abattoir de poulets où travaille la quasi-totalité des habitants.
Presque tous, sauf Romain, le marginal, l’homme à tout faire, affligé d’un bec de lièvre qui lui vaut le surnom « Lapin ». Romain, aussi habile dans les arbres où il aime bâtir des cabanes que les pieds dans la rivière où il pêche, loin du monde, loin du village qui l’a toujours tenu à l’écart et exerce contre lui une sourde violence.
Depuis sa plus tendre enfance, le géant blond, est épris de Solène, l’actuelle maire de la bourgade. Alors quand cette dernière disparaît, mêlée malgré elle à une sombre histoire d’enfouissement illégal de déchets, c’est le soleil de Romain qui s’éteint brutalement.
Reste la vengeance…
Si son premier roman, Suiza, m’avait cisaillé, Saint Jacques ne m’avait guère laissé de souvenirs et j’avais donc laissé Gonzalo de côté… Jusqu’à ce que, bienheureusement, on m’en loue la qualité. Et merci !Gonzalo et les autres de Bénédicte BelpoisCe roman choral où les amis, voisins et famille de Gonzalo prennent tour à tour la parole, respire la vie.
Un livre magnifique ou l’amour, tout comme Gonzalo, s’en vient et s’en va
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Aujourd'hui j'ai écrit à la Tía Cayetana.
Elle seule peut faire quelque chose pour moi. Elle ira parler au Père, certainement, elle plaidera ma cause. Elle a toujours trouvé les mots pour l'adoucir et il l'écoute comme un oracle depuis l'enfance.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Gonzalo, fils d’un viticulteur d’un petit village d’Estrémadure, s’enfuit pour éviter le service militaire instauré par les franquistes et le destin médiocre auquel il se croit promis. Mais, après des années passées en France et un amour malheureux, il embrasse de nouveau ses racines et l’immuabilité de la vie rurale.
Il devient alors pour les autres le confident, celui à qui chacun peut livrer les grandeurs et les misères de son existence. Car c’est le portrait d’un village qui se dessine au travers des récits de ces personnages si attachants, un lieu clos où tous se connaissent et où chacun conserve ses secrets. Avec ce roman, Bénédicte Belpois continue de tracer une œuvre singulière au prisme d’une écriture très haute en couleur, sincère et émouvante.
Roman… ? Oui mais pas tout à fait. Roman historique, roman politique, roman réel ?Mémoire sous scellés de Saphia AzzeddineSaphia Azzeddine se penche sur le pillage des oeuvres d’art en Irak. Sur l’hypocrisie, le cynisme ou l’aveuglement volontaire qui permet de dépouiller les patrimoines culturels dans les pays en guerre.
Un roman plus froid et distant que ses précédents, mais très ancré dans la réalité (et l’actualité) avec un mélange entre les faits avérés et la fiction finement géré
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) ─ Non, ce n'est pas grâce à notre industrie militaire que nous sommes les plus forts, Maya, c'est d'abord grâce à notre industrie de la narration, lui dit Arthur.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) A-t-on le droit de voler l’histoire d’un peuple ?
Après avoir été ravagé par la guerre, l’Irak est en proie à un autre fléau, moins spectaculaire mais plus vicieux : le pillage de son patrimoine culturel. Après que toute sa famille a été décimée par une bombe, Maya grandit avec une juste colère qui l’entraîne vers les sphères opaques du pouvoir, et c’est sans relâche qu’elle traque ceux qui confisquent le futur en pillant le passé et en fabriquant les récits d’aujourd’hui. De Bagdad à Paris, de Londres aux musées les plus prestigieux du monde, Maya se lance dans une enquête périlleuse afin de démanteler un réseau international de trafiquants et, l’ironie s’en mêlant, c’est sur le tapis rouge de la plus mondaine des soirées new-yorkaises que celle-ci se dénouera.
« Au Met Gala de New York, Kim Kardashian, posait, engoncée dans une robe lamée ornée d’une croix chrétienne aux côtés d’une icône tout aussi rutilante. Enrobé à la feuille d’or, le cercueil du prêtre Nedjemankh était le seul dont elle acceptait qu’il lui fasse de l’ombre, plus de 2 500 ans les séparant l’un de l’autre. Le sarcophage était là, dressé à côté de la star, impassible, sous une pluie de flashs dont il ne semblait pas vraiment comprendre le sens. »
Lire Jérome Ferrari est une expérience multiple. La forme est peut-être ce qui impressionne le plus avec un style travaillé et une écriture sublime. Le fond ensuite, avec ici une histoire d’expatriés et d’émigrés, de mélange de cultures et de coexistence de différentes origines sociales qui ne se mélangent pas toujours.Très brève théorie de l’enfer : contes de l’indigène et du voyageur de Jérôme FerrariMais finalement, ce sont les émotions qui emportent tout dans ce drame qui se joue ailleurs, un ailleurs qui ne sera jamais chez soi
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Sache, ô Roi du Temps, Roi très aimé, que dans les vastes étendues de l'enfer, où souffle un vent de Pestilence et d'Effroi, se trouve, bien au-delà de la septième porte, une demeure souterraine dont Satan lui-même, dit-on, ne peut se rappeler l'emplacement.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Après avoir quitté son île natale pour enseigner à Alger, un homme, mû par le désir d’un ailleurs où échapper à lui-même, prend un poste au lycée français d’Abu Dhabi et s’y installe avec femme et enfant. Bientôt, leur trajectoire effleure celle de leur employée, Kaveesha, partie du Sri Lanka trente ans plus tôt et voguant depuis de famille en famille pour subsister.
Expatrié, immigré – deux manières d’être étranger, deux mots pour dire deux mondes, séparés par un mur invisible que l’empathie ne saurait abattre.
Dans une langue acérée, ténébreuse, Jérôme Ferrari poursuit l’examen lucide de notre rapport à l’autre et livre un nouvel opus déchirant des « Contes de l’indigène et du voyageur ».
Pierre Bayard est fascinant par ses questions à l’air impertinent et, plus encore, par le soin qu’il porte à y répondre.Je sommes plusieurs : sur les personnalités multiples de Pierre BayardIci, commençant par poser des bases littéraires (Dr Jeckill et Mr Hyde), psychiatriques (Freud) ou cinématographiques, il continue avec les grands noms de la littérature qui écrivirent sous pseudo. Anaïs Nin, Romain Gary ou Pessoa… et touche à des questions plutôt insolites.
Quand bien même, le suis-je nous tous ? Pourrait-on lui répondre
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) L'idée de ce livre m'est venue d'une réflexion formulée par ma femme alors que nous visitions, il y a quelques années, une exposition consacrée à Picasso.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Plutôt que de présenter l’être humain comme déchiré entre des pulsions contradictoires, ne serait-il pas plus simple d’admettre que chacun·e d’entre nous abrite différentes personnes, qui parfois ne se connaissent même pas ?
Une telle évolution théorique, qui devrait logiquement nous inciter à prendre plusieurs noms, contribuerait à apaiser la vie en société, puisqu’il n’y aurait plus de sens à reprocher aux politiciens de changer d’avis, à accuser son conjoint d’adultère ou à condamner les malfaiteurs pour des actes qu’ils ont commis à leur insu.
Ce parlement est une magnifique histoire d’eau.Le parlement de l’eau de Wendy DelormeDans une écriture qui mêle l’épicène au fantastique, l’écologie à la poésie et le féminisme à l’environnement, Wendy Delorme parle avec l’eau. Dans une triple mise en abyme (qui nous guette), les fleuves, mers et étangs s’unissent à l’autrice et au futur pour écrire une histoire aussi tortueuse que l’Esprit qui pose tout ceci sur le papier. Un livre touchant juste, bousculant. Mais qui m’a plus d’une fois perdu dans ses longueurs
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) ─ Delta est malade depuis des mois. Elle ne viendra pas.
─ Elle nous a fait parvenir un arrêt maladie ?
─ Je pense que ce n'est pas nécessaire. Vous avez constaté comme nous toutes ici l'extinction massive des anguilles, des palourdes. Elle pue la mort.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La Révolution, c’est de l’Eau… Sauver un cours d’Eau, aussi ténu soit-il, c’est un début pour sauver tout ce qui peut encore l’être.
Une romancière, qui croit au pouvoir de la littérature pour changer le réel, convoque en pensée des entités aquatiques : Fleuve, Mer, Océan, Crue, Ruisseau, Rivière, Cascade, Marais, Lac, Lagune… Celles-ci inventent une histoire sur la nécessité vitale de sauver le cycle de l’eau, faire barrage à la montée du fascisme, retisser les liens entre l’espèce humaine et le vivant.
Depuis le bassin versant du Rhône sur lequel elle enquête, Wendy Delorme nous propose un roman inspirant, où l’utopie l’emporte sur la dystopie.
Le roman à message est un art périlleux. Si le propos est trop évident, c’en devient très vite niais et imbuvable. Mais ici, quelle réussite.S’entendre de Guillaume MeuriceS’entendre est un vrai thriller, rythmé, avec du suspense dans une tension qui ne mollit pas de la première page jusqu’à cette fin qui évite le gros plongeon.
Au menu, des orques magnifiques, des personnages complexes et des grosses difficultés à s’entendre
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le cadavre grouillait de vie. Roxane distinguait à pré-sent nettement le ventre ouvert, infesté de petits asticots blanchâtres, duquel s'échappait un morceau d'intestin. Le visage était bouffi. La moitié de la bouche avait été arrachée. Le haut de l'épaule aussi, laissant entrevoir une partie saillante de la clavicule.
Sur cette plage pourtant battue par les vents, elle s'était arrêtée net. L'odeur l'empêchait d'avancer. Les vagues déferlaient.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Depuis quelques années, un groupe d'orques sauvages « attaque » des bateaux au large de l'Espagne. Roxane, jeune femme de vingt ans, fascinée par ces animaux depuis l'enfance, décide de rejoindre Tarifa pour observer de plus près ce mystérieux phénomène. Mais la découverte du corps d'un nageur sur une plage embrase la région et ravive les tensions entre pêcheurs et défenseurs de l'environnement.
Dans ce récit haletant, Guillaume Meurice explore nos difficultés à cohabiter avec nos congénères, mais aussi avec les autres espèces. Sans didactisme, il interroge la possibilité de se comprendre dans une société saturée de discours, et nous entraîne vers l'espoir d'un possible dialogue entre humains et cétacés.
Ce violeur attentionné et délicat est un véritable tour de force. Avoir réussi à tenir tout un roman sur un tel salopard qui s’ignore (ou feint-il seulement ?) est époustouflant. Jusqu’à la fin, on ose espérer qu’il ouvre les yeux, qu’il comprenne. Mais non, rien, aucun remords. Ahurissant ! Il semble tellement sur de son innocence. Pire encore, de sa bonté.Un violeur attentionné et délicat de Chahdortt DjavannUn roman remarquable qui éclaire méchamment la condition de la femme en Iran et l’horreur de son système répressif et carcéral.
Mais aussi, un livre qui dérange et qui questionne le pouvoir et la masculinité, et ça… bien au-delà de l’Iran
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Mon grand-père était aveugle, ce qui ne l'empêchait pas de voir des tas de choses, y compris la fin du monde.
Il passait son temps, dès son réveil, à maudire l'humanité ; à prédire le déluge qui s'abattrait très prochainement et nous emporterait tous en enfer.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Je sais que seuls mes crimes importent, mais mon récit pourrait vous aider à comprendre la fabrique des criminels », écrit depuis sa cellule un juge condamné à perpétuité après le renversement du régime.
Il nous raconte les souffrances de son enfance misérable, son éveil précoce à l’amour honteux et coupable, son adolescence en quête de martyr à la guerre, jouant avec nos émotions au point de susciter notre empathie.
Il reconnaît avoir condamné à mort des innocents mais se défend d’avoir violé les jeunes prisonnières : « Le viol me répugnait, j’avais besoin d’être admiré. Je courtisais les détenues et rendais hommage à leur féminité bafouée. Je leur apportais des plaisirs à hauteur de liberté. »
Ce « violeur attentionné et délicat », qui se prend pour le « Talleyrand iranien », est-il un bouc-émissaire qui paie pour les horreurs d’un système dont les vrais puissants sont exonérés, ou un monstre manipulateur dont la bonne conscience affichée trahit la profonde perversion ?
A vous, lectrices et lecteurs, de le juger…
Pour la première fois, un homme formé par les ayatollahs dévoile de l’intérieur la complexité sociale et politique d’un régime islamique de terreur et de torture qui a conditionné son destin comme celui d’une nation prise en otage.
Dans ce dixième roman au style tantôt féroce, tantôt poétique, Chahdortt Djavann crée un personnage qui marquera les esprits et la littérature.
Dans cette fable, Vasudeva va connaitre devant l’injustice, une colère sanglante. Mais après bien des morts, que lui restera-t-il ?Le buffle blanc de Ernst Wiechert, trad. de Sylvaine DuclosIl commence alors une quête personnelle qui, face l’injustice de la mise à mort d’un buffle blanc, le mènera jusqu’au roi.
Une fable sur la justice et le pouvoir qui tire aussi sa puissance de son origine. Ernst Wiechert l’ayant écrite en 1936, elle fut censurée pour ne paraître que dix ans plus tard, après la guerre et la chute du pouvoir nazi.
Une fable un peu gentillette (le genre veut ça), mais qui reste toujours pertinente aujourd’hui
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Bien avant qu'un drapeau de l'Occident ne flottât sur les plages aux confins de l'Inde orientale, un petit village sur les rives du Gange vit naître un garçon que ses parents nommèrent Vasudeva.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) À l’instant même où la mort emporte le patriarche d’un village au bord du Gange, naît Vasudeva. Bon ou mauvais présage ? Peut-être que cet enfant délivrera enfin les siens de la tyrannie des puissants ou peut-être butera-t-il sans succès contre l’injustice du monde. Mais dans un sens comme dans l’autre se dessine un destin hors-norme.
Située dans une nature luxuriante, cette fable humaniste entraîne le lecteur dans des aventures trépidantes où la vie ne se laisse jamais abattre par la mort. Par la splendeur de ses décors et par son attention aux êtres, ce texte intemporel réveille ce qui nous lie aux autres.
Poétiques, tendres, drôles, oniriques et toujours en mouvement, ces 38 mini westerns sont comme des biscuits ou des jouets Kinder Surprise. Délicieux (bien plus que les œufs en chocolat industriels) et surprenants (bien plus que les camelotes en plastic chinois qui les garnissent).38 mini westerns (avec des fantômes) de Mathias MalzieuC’est souvent très court, pas le temps de s’attarder, il faut vite remonter sur un longboard pour retourner jouer avec les fantômes et embrasser la vie
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Elle était née d'un roulis de nacre. Quelque part dans ce monde, une mer craquelante et lumineuse déferle tout en nacre et, de ces remous, s'échappe de temps à autre ce que l'on appelle une « fée-lustre ».
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Mathias Malzieu est...
Mathias Malzieu est un Petit Prince en anorak.
Mathias Malzieu est un homme de goût (il aime les films de Tim Burton, les livres de Richard Brautigan et les disques de Johnny Cash).
Mathias Malzieu est un poète.
Mathias Malzieu est le chanteur de Dionysos, un groupe de rock qui n’arrête pas de faire des bonds pour avoir la tête dans les nuages et décrocher les étoiles.
Mathias Malzieu est un enfant qui a beaucoup appris des grandes personnes.
Mathias Malzieu est un pionnier du mini-western : les rêves sont sa frontière.