La proie et la meute

Entre polar et roman noir, cette sombre histoire se déroule au dessus d’enfouissement de déchets toxiques en Sologne.

Sans ce verre de prune qui l'a remis droit, Casela serait presque nerveux.
Dix minutes que le gérant de l'entreprise de démolition l'a appelé, le coup est pour ce soir. Ce con prétentieux s'est adressé à lui comme à un larbin, sans un mot d'excuse. Deux jours d'avance, c'est énorme. Casela aime l'ordre, la ponctualité. Ce type et sa mère ne tiennent pas les délais, la parole de ces rats des villes vaut à peu près autant que de la merde de cochon. Casela n'est pas mystique, en revanche il se fie entièrement à ses sens affûtés, ses sens de prédateur.
Ce soir, ses sens lui hurlent qu'il va se faire baiser.
La proie et la meute de Simon François
Son style un poil à l’ancienne en fait un page turner rythmé et fort plaisant à parcourir au milieu d’une campagne repliée sur elle-même et où les écolos (et tous les autres qui ne rentrent pas dans le rang) font des cibles parfaites pour les fachos et les chasseurs avinés

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le vieux sanglier écume. Derrière lui, les aboiements lointains des chiens fredonnent la mélodie d'une mort certaine.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un petit village du centre de la France, cerné de champs, barricadé par des murs de forêts et quelques fermes isolées, qui abrite une usine : un abattoir de poulets où travaille la quasi-totalité des habitants.
Presque tous, sauf Romain, le marginal, l’homme à tout faire, affligé d’un bec de lièvre qui lui vaut le surnom « Lapin ». Romain, aussi habile dans les arbres où il aime bâtir des cabanes que les pieds dans la rivière où il pêche, loin du monde, loin du village qui l’a toujours tenu à l’écart et exerce contre lui une sourde violence.
Depuis sa plus tendre enfance, le géant blond, est épris de Solène, l’actuelle maire de la bourgade. Alors quand cette dernière disparaît, mêlée malgré elle à une sombre histoire d’enfouissement illégal de déchets, c’est le soleil de Romain qui s’éteint brutalement.
Reste la vengeance…

Gonzalo et les autres

Si son premier roman, Suiza, m’avait cisaillé, Saint Jacques ne m’avait guère laissé de souvenirs et j’avais donc laissé Gonzalo de côté… Jusqu’à ce que, bienheureusement, on m’en loue la qualité. Et merci !

J'ai voulu rencontrer d'autres femmes ensuite, pour tenter d'oublier, de guérir, mais je cherche toujours une part de Bonnie dans mes nouvelles conquêtes. J'ai des séquelles insurmontables, des lésions chéloïdes sur le cœur qui le rendent encore plus dur à s'émouvoir, je fais de l'arythmie d'amour. Je finirai seul, Gonzalo, je ne sais pas aimer. Quand la solitude sera trop corrosive, que je me sentirai trop ankylosé, j'irai parfois à Cáceres me promener dans les rues et m'enivrer aux terrasses dans la touffeur du soir. Je m'injecterai un rappel d'amour, en m'arrêtant sous les porches, je remonterai vers la rue Roso de Luna et, depuis notre ancienne chambre d'hôtel au velux ouvert sur le ciel, je me souviendrai de tout et j'écrirai comme Neruda les vers les plus tristes de ma vie : « La nuit est pleine d'étoiles, elle n'est pas avec moi. »
Gonzalo et les autres de Bénédicte Belpois
Ce roman choral où les amis, voisins et famille de Gonzalo prennent tour à tour la parole, respire la vie.

Un livre magnifique ou l’amour, tout comme Gonzalo, s’en vient et s’en va

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Aujourd'hui j'ai écrit à la Tía Cayetana.
Elle seule peut faire quelque chose pour moi. Elle ira parler au Père, certainement, elle plaidera ma cause. Elle a toujours trouvé les mots pour l'adoucir et il l'écoute comme un oracle depuis l'enfance.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Gonzalo, fils d’un viticulteur d’un petit village d’Estrémadure, s’enfuit pour éviter le service militaire instauré par les franquistes et le destin médiocre auquel il se croit promis. Mais, après des années passées en France et un amour malheureux, il embrasse de nouveau ses racines et l’immuabilité de la vie rurale.
Il devient alors pour les autres le confident, celui à qui chacun peut livrer les grandeurs et les misères de son existence. Car c’est le portrait d’un village qui se dessine au travers des récits de ces personnages si attachants, un lieu clos où tous se connaissent et où chacun conserve ses secrets. Avec ce roman, Bénédicte Belpois continue de tracer une œuvre singulière au prisme d’une écriture très haute en couleur, sincère et émouvante.

Mémoire sous scellés

Roman… ? Oui mais pas tout à fait. Roman historique, roman politique, roman réel ?

Maya tressaillit d'abord au son de sa voix, puis, fendant la foule avec Matt pour atteindre le premier rang, elle frémit d'émotion et aussitôt d'angoisse. Il parlait comme l'Américain, il sentait comme l'Américain. L'Américain dont le flegme précieux cachait une violence froide, l'Américain du bureau de Monsieur Joe. L'Américain à l'amulette de Pazuzu qui préférait les sandwichs de Burger King et avait une phobie des cafards. Il sentait pareil. L'oud, le pur, sans les agrumes.
Mais ça ne pouvait pas être lui. Il ne pouvait pas être Arthur le salaud puisqu'il était Arthur le sympa, celui en train d'être applaudi et remercié et honoré et mignon dans son costume trois pièces qu'il portait avec des baskets. Cet Arthur-là était le créateur d'une fondation qui justement pourchassait les Arthur de là-bas, sans foi ni loi. Le Arthur d'ici ne pouvait pas être le Arthur de là-bas.
Mémoire sous scellés de Saphia Azzeddine
Saphia Azzeddine se penche sur le pillage des oeuvres d’art en Irak. Sur l’hypocrisie, le cynisme ou l’aveuglement volontaire qui permet de dépouiller les patrimoines culturels dans les pays en guerre.

Un roman plus froid et distant que ses précédents, mais très ancré dans la réalité (et l’actualité) avec un mélange entre les faits avérés et la fiction finement géré

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Non, ce n'est pas grâce à notre industrie militaire que nous sommes les plus forts, Maya, c'est d'abord grâce à notre industrie de la narration, lui dit Arthur.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
A-t-on le droit de voler l’histoire d’un peuple ?

Après avoir été ravagé par la guerre, l’Irak est en proie à un autre fléau, moins spectaculaire mais plus vicieux : le pillage de son patrimoine culturel. Après que toute sa famille a été décimée par une bombe, Maya grandit avec une juste colère qui l’entraîne vers les sphères opaques du pouvoir, et c’est sans relâche qu’elle traque ceux qui confisquent le futur en pillant le passé et en fabriquant les récits d’aujourd’hui. De Bagdad à Paris, de Londres aux musées les plus prestigieux du monde, Maya se lance dans une enquête périlleuse afin de démanteler un réseau international de trafiquants et, l’ironie s’en mêlant, c’est sur le tapis rouge de la plus mondaine des soirées new-yorkaises que celle-ci se dénouera.

« Au Met Gala de New York, Kim Kardashian, posait, engoncée dans une robe lamée ornée d’une croix chrétienne aux côtés d’une icône tout aussi rutilante. Enrobé à la feuille d’or, le cercueil du prêtre Nedjemankh était le seul dont elle acceptait qu’il lui fasse de l’ombre, plus de 2 500 ans les séparant l’un de l’autre. Le sarcophage était là, dressé à côté de la star, impassible, sous une pluie de flashs dont il ne semblait pas vraiment comprendre le sens. »

Très brève théorie de l’enfer : contes de l’indigène et du voyageur

Lire Jérome Ferrari est une expérience multiple. La forme est peut-être ce qui impressionne le plus avec un style travaillé et une écriture sublime. Le fond ensuite, avec ici une histoire d’expatriés et d’émigrés, de mélange de cultures et de coexistence de différentes origines sociales qui ne se mélangent pas toujours.

Et elle se rend à son travail, comme elle devra le faire tous les jours, pour retrouver d'autres enfants qu'elle ne verra pas grandir, d'autres jeunes femmes tristes qu'elle ne saura pas consoler, jusqu'à ce qu'elle n'en ait plus la force. Assise dans le bus, elle regarde défiler les immeubles de verre et d'acier éblouissant, elle voit la mer d'émeraude pâle s'étendre, inerte et brûlante, sous les rayons du soleil de la grande ville qu'elle ne quittera jamais pour rentrer chez elle, dans un foyer chimérique qu'elle a perdu il y a bien longtemps. Et elle ne croit plus à la promesse fallacieuse et cruelle que lui fit jadis une ombre errant dans la nuit d'un rêve, au pied d'un bouddha de pierre, car elle sait désormais que, pour celui qui prend les chemins de l'exil ou des enfers, il n'est pas de retour possible.
Très brève théorie de l’enfer : contes de l’indigène et du voyageur de Jérôme Ferrari
Mais finalement, ce sont les émotions qui emportent tout dans ce drame qui se joue ailleurs, un ailleurs qui ne sera jamais chez soi

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Sache, ô Roi du Temps, Roi très aimé, que dans les vastes étendues de l'enfer, où souffle un vent de Pestilence et d'Effroi, se trouve, bien au-delà de la septième porte, une demeure souterraine dont Satan lui-même, dit-on, ne peut se rappeler l'emplacement.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Après avoir quitté son île natale pour enseigner à Alger, un homme, mû par le désir d’un ailleurs où échapper à lui-même, prend un poste au lycée français d’Abu Dhabi et s’y installe avec femme et enfant. Bientôt, leur trajectoire effleure celle de leur employée, Kaveesha, partie du Sri Lanka trente ans plus tôt et voguant depuis de famille en famille pour subsister.
Expatrié, immigré – deux manières d’être étranger, deux mots pour dire deux mondes, séparés par un mur invisible que l’empathie ne saurait abattre.

Dans une langue acérée, ténébreuse, Jérôme Ferrari poursuit l’examen lucide de notre rapport à l’autre et livre un nouvel opus déchirant des « Contes de l’indigène et du voyageur ».

Je sommes plusieurs : sur les personnalités multiples

Pierre Bayard est fascinant par ses questions à l’air impertinent et, plus encore, par le soin qu’il porte à y répondre.

Le second dégroupement est la conséquence logique des idées développées dans ce livre. Si chacun de nous est bien plusieurs personnes, toutes ne méritent-elles pas d'être étudiées en tant que telles, comme des sujets à part entière, avec le souci de respecter la spécificité de leur écriture et de leur vie?
On voit bien par exemple l'intérêt pour Gary comme pour Ajar d'être étudiés séparément, en respectant la spécificité de leur histoire ─ ils ne sont pas nés à la même époque ─ comme de leur écriture, alors même que le rassemblement des deux auteurs sous un nom unique affaiblit de beaucoup la portée de deux œuvres pourtant très différentes.
Un certain nombre d'auteur-es étudiées dans cet essai tireraient ainsi bénéfice de ne pas être regroupées avec « elles/eux-mêmes ». Que l'on songe à Dominique Aury, dont l'œuvre poétique a disparu de la mémoire collective alors qu'elle mériterait, sous le nom d'Anne Desclos, de trouver une place dans les anthologies, sans que la lecture de ses livres soit perturbée par ce que nous avons appris de son double interne.
Je sommes plusieurs : sur les personnalités multiples de Pierre Bayard
Ici, commençant par poser des bases littéraires (Dr Jeckill et Mr Hyde), psychiatriques (Freud) ou cinématographiques, il continue avec les grands noms de la littérature qui écrivirent sous pseudo. Anaïs Nin, Romain Gary ou Pessoa… et touche à des questions plutôt insolites.

Quand bien même, le suis-je nous tous ? Pourrait-on lui répondre

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
L'idée de ce livre m'est venue d'une réflexion formulée par ma femme alors que nous visitions, il y a quelques années, une exposition consacrée à Picasso.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Plutôt que de présenter l’être humain comme déchiré entre des pulsions contradictoires, ne serait-il pas plus simple d’admettre que chacun·e d’entre nous abrite différentes personnes, qui parfois ne se connaissent même pas ?

Une telle évolution théorique, qui devrait logiquement nous inciter à prendre plusieurs noms, contribuerait à apaiser la vie en société, puisqu’il n’y aurait plus de sens à reprocher aux politiciens de changer d’avis, à accuser son conjoint d’adultère ou à condamner les malfaiteurs pour des actes qu’ils ont commis à leur insu.

Le parlement de l’eau

Ce parlement est une magnifique histoire d’eau.

Elle écoute un criquet faire crisser ses élytres. De légers bruits d'Eau attirent son regard vers le sable couvert de plantules aquatiques juste au bord de l'Étang. C'est une grenouille noire, minuscule, lustrée, jolie comme un bijou, qui saute au ras de l'Eau et, lui tournant le dos, reste immobile comme elle. Elle observe un rocher tout chevelu d'herbes longues, qui émerge de l'Eau à une brasse de distance. La lumière se reflète avec le ciel dans l'onde, le soleil se lève haut au-dessus des arbres qui protègent l'Étang de la vue des humains, pour éclairer la scène, éclabousse la surface de milliers d'éclats d'or. C'est alors que se pose sur un jonc devant elle, dressée face à l'Eau calme, irisant la lumière de ses ailes transparentes, une grande libellule d'un rouge éclatant.
Le parlement de l’eau de Wendy Delorme
Dans une écriture qui mêle l’épicène au fantastique, l’écologie à la poésie et le féminisme à l’environnement, Wendy Delorme parle avec l’eau. Dans une triple mise en abyme (qui nous guette), les fleuves, mers et étangs s’unissent à l’autrice et au futur pour écrire une histoire aussi tortueuse que l’Esprit qui pose tout ceci sur le papier.
 ─ Mais qu'est-ce qu'elle a, Esprit? demande Lagune, inquiète, brisant le silence de la salle des Grands flots. Voilà qu'elle s'est arrêtée subitement d'écrire.
 ─ Je ne sais pas, répond Torrent, soucieux, elle nous a laissées en plan sans explications.
 ─ Peut-être qu'elle a tout simplement besoin de repos, suggère Nappe.
 ─ Non, je ne pense pas, répond Rivière, je vous rappelle qu'elle vit pour l'écriture. Je ne la vois pas arrêter, sauf en cas de dépression.
 ─ Il ne manquerait plus que ça... une déprime, murmure Marais salant, elle en a fait une à l'automne dernier, et ça l'a bloquée pendant des mois.
 ─ Non, ça ne lui ressemble pas, une dépression en plein été, réfléchit Lagune, chez elle c'est saisonnier, durant les mois où la lumière baisse.
 ─ On est en plein pic de canicule à Lyon, là, depuis quelques jours, elle a peut-être une crise d'éco-anxiété ? argumente Marais.
 ─ Vous allez arrêter, avec vos trucs de bobo ? s'énerve Rivière. L'éco-anxiété c'est vraiment un phénomène de citadins européens qui ont chaud mais peuvent encore prendre des douches et boire de l'Eau potable, pendant que les populations du Sud crèvent sous plus de quarante-cinq degrés.Un livre touchant juste, bousculant. Mais qui m’a plus d’une fois perdu dans ses longueurs

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
─ Delta est malade depuis des mois. Elle ne viendra pas.
─ Elle nous a fait parvenir un arrêt maladie ?
─ Je pense que ce n'est pas nécessaire. Vous avez constaté comme nous toutes ici l'extinction massive des anguilles, des palourdes. Elle pue la mort.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La Révolution, c’est de l’Eau… Sauver un cours d’Eau, aussi ténu soit-il, c’est un début pour sauver tout ce qui peut encore l’être.

Une romancière, qui croit au pouvoir de la littérature pour changer le réel, convoque en pensée des entités aquatiques : Fleuve, Mer, Océan, Crue, Ruisseau, Rivière, Cascade, Marais, Lac, Lagune… Celles-ci inventent une histoire sur la nécessité vitale de sauver le cycle de l’eau, faire barrage à la montée du fascisme, retisser les liens entre l’espèce humaine et le vivant.
Depuis le bassin versant du Rhône sur lequel elle enquête, Wendy Delorme nous propose un roman inspirant, où l’utopie l’emporte sur la dystopie.

S’entendre

Le cadavre grouillait de vie.

Woaw ! Quel incipit ! Quel Oxymort !

Le roman à message est un art périlleux. Si le propos est trop évident, c’en devient très vite niais et imbuvable. Mais ici, quelle réussite.

« Une orque a été blessée par un coup de feu ce matin. Un homme vient de s'en vanter au bar, photos à l'appui. On ne sait pas si l'animal a survécu. Juan »
Elle ferma les yeux. Le sang cognait dans ses tempes. Subitement, elle se leva, serra le poing et frappa de toutes ses forces sur son bureau, faisant décoller son ordinateur, ses notes, les stylos. Sa tasse remplie de thé alla s'écraser au sol. Sa main droite lui faisait mal. Pourtant elle continua à cogner. Encore. Sur le mur. Sur la porte de sa salle de bains. Elle frappait. La douleur lui remontait dans le coude. Des coups d'électricité lui parcouraient la nuque.
Elle frappa dans la vitre, qui éclata sous l'impact.
Elle s'arrêta net.
Des bris de verre ensanglantés jonchaient le sol. Son poing était rouge.
S’entendre de Guillaume Meurice
S’entendre est un vrai thriller, rythmé, avec du suspense dans une tension qui ne mollit pas de la première page jusqu’à cette fin qui évite le gros plongeon.

Au menu, des orques magnifiques, des personnages complexes et des grosses difficultés à s’entendre

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le cadavre grouillait de vie. Roxane distinguait à pré-sent nettement le ventre ouvert, infesté de petits asticots blanchâtres, duquel s'échappait un morceau d'intestin. Le visage était bouffi. La moitié de la bouche avait été arrachée. Le haut de l'épaule aussi, laissant entrevoir une partie saillante de la clavicule.
Sur cette plage pourtant battue par les vents, elle s'était arrêtée net. L'odeur l'empêchait d'avancer. Les vagues déferlaient.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Depuis quelques années, un groupe d'orques sauvages « attaque » des bateaux au large de l'Espagne. Roxane, jeune femme de vingt ans, fascinée par ces animaux depuis l'enfance, décide de rejoindre Tarifa pour observer de plus près ce mystérieux phénomène. Mais la découverte du corps d'un nageur sur une plage embrase la région et ravive les tensions entre pêcheurs et défenseurs de l'environnement.

Dans ce récit haletant, Guillaume Meurice explore nos difficultés à cohabiter avec nos congénères, mais aussi avec les autres espèces. Sans didactisme, il interroge la possibilité de se comprendre dans une société saturée de discours, et nous entraîne vers l'espoir d'un possible dialogue entre humains et cétacés.

Un violeur attentionné et délicat

Ce violeur attentionné et délicat est un véritable tour de force. Avoir réussi à tenir tout un roman sur un tel salopard qui s’ignore (ou feint-il seulement ?) est époustouflant. Jusqu’à la fin, on ose espérer qu’il ouvre les yeux, qu’il comprenne. Mais non, rien, aucun remords. Ahurissant ! Il semble tellement sur de son innocence. Pire encore, de sa bonté.

Durant des siècles, les mollahs n'avaient été que des pouilleux miséreux qui gagnaient leur vie en allant de maison en maison pour célébrer les mariages, prier et faire pleurer lors des deuils et des obsèques.
Ils avaient essayé de très nombreuses fois de sortir des mosquées et de s'emparer du pouvoir politique, en faisant toujours alliance avec les gauchistes.
Désormais, l'alliance rouge/noir/mafieux, ayatollahs communistes, communistes religieux et capitalistes mafieux, assis sur les mines d'or, sur les minerais rares et les puits du pétrole et de gaz, étaient les maîtres du pays.
Pour rien au monde ils n'étaient prêts à perdre le pouvoir.
Un violeur attentionné et délicat de Chahdortt Djavann
Un roman remarquable qui éclaire méchamment la condition de la femme en Iran et l’horreur de son système répressif et carcéral.

Mais aussi, un livre qui dérange et qui questionne le pouvoir et la masculinité, et ça… bien au-delà de l’Iran

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Mon grand-père était aveugle, ce qui ne l'empêchait pas de voir des tas de choses, y compris la fin du monde.
Il passait son temps, dès son réveil, à maudire l'humanité ; à prédire le déluge qui s'abattrait très prochainement et nous emporterait tous en enfer.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Je sais que seuls mes crimes importent, mais mon récit pourrait vous aider à comprendre la fabrique des criminels », écrit depuis sa cellule un juge condamné à perpétuité après le renversement du régime.
Il nous raconte les souffrances de son enfance misérable, son éveil précoce à l’amour honteux et coupable, son adolescence en quête de martyr à la guerre, jouant avec nos émotions au point de susciter notre empathie.
Il reconnaît avoir condamné à mort des innocents mais se défend d’avoir violé les jeunes prisonnières : « Le viol me répugnait, j’avais besoin d’être admiré. Je courtisais les détenues et rendais hommage à leur féminité bafouée. Je leur apportais des plaisirs à hauteur de liberté. »
Ce « violeur attentionné et délicat », qui se prend pour le « Talleyrand iranien », est-il un bouc-émissaire qui paie pour les horreurs d’un système dont les vrais puissants sont exonérés, ou un monstre manipulateur dont la bonne conscience affichée trahit la profonde perversion ?
A vous, lectrices et lecteurs, de le juger…
Pour la première fois, un homme formé par les ayatollahs dévoile de l’intérieur la complexité sociale et politique d’un régime islamique de terreur et de torture qui a conditionné son destin comme celui d’une nation prise en otage.

Dans ce dixième roman au style tantôt féroce, tantôt poétique, Chahdortt Djavann crée un personnage qui marquera les esprits et la littérature.

Le buffle blanc

Dans cette fable, Vasudeva va connaitre devant l’injustice, une colère sanglante. Mais après bien des morts, que lui restera-t-il ?

Un jour, Vasudeva reprit son arc et son bâton. Autant rentrer chez lui, car aucun signe n'était venu lui montrer le chemin. Alors qu'il faisait ses adieux au Saint muré dans son mutisme, ce dernier posa sa vieille main sur le bras du jeune homme agité. Sa lourde voix dit : « Celui qui porte dans ses mains le pouvoir et la richesse trébuche. Et, dans sa chute, il fait verser le sang. Il ploie sous un poids, ses genoux chancellent, car il porte ce qui importe: la vie.
 ─ Et qui marche sans entraves, l'Ancien ?
 ─ Celui qui abandonne tout, les désirs, les envies, les aspirations, la vie justement. Car rien d'autre que cela n'est la vie. »
Le buffle blanc de Ernst Wiechert, trad. de Sylvaine Duclos
Il commence alors une quête personnelle qui, face l’injustice de la mise à mort d’un buffle blanc, le mènera jusqu’au roi.

Une fable sur la justice et le pouvoir qui tire aussi sa puissance de son origine. Ernst Wiechert l’ayant écrite en 1936, elle fut censurée pour ne paraître que dix ans plus tard, après la guerre et la chute du pouvoir nazi.

Une fable un peu gentillette (le genre veut ça), mais qui reste toujours pertinente aujourd’hui

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Bien avant qu'un drapeau de l'Occident ne flottât sur les plages aux confins de l'Inde orientale, un petit village sur les rives du Gange vit naître un garçon que ses parents nommèrent Vasudeva.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À l’instant même où la mort emporte le patriarche d’un village au bord du Gange, naît Vasudeva. Bon ou mauvais présage ? Peut-être que cet enfant délivrera enfin les siens de la tyrannie des puissants ou peut-être butera-t-il sans succès contre l’injustice du monde. Mais dans un sens comme dans l’autre se dessine un destin hors-norme.
Située dans une nature luxuriante, cette fable humaniste entraîne le lecteur dans des aventures trépidantes où la vie ne se laisse jamais abattre par la mort. Par la splendeur de ses décors et par son attention aux êtres, ce texte intemporel réveille ce qui nous lie aux autres.

38 mini westerns (avec des fantômes)

Poétiques, tendres, drôles, oniriques et toujours en mouvement, ces 38 mini westerns sont comme des biscuits ou des jouets Kinder Surprise. Délicieux (bien plus que les œufs en chocolat industriels) et surprenants (bien plus que les camelotes en plastic chinois qui les garnissent).

Don Diego 2000
Ce type-là n'avait jamais vu un cow-boy de sa vie ni lu le moindre poète, mais il était doué de dyslexie. Une dyslexie magique qui faisait de lui un étrange poète-cow-boy de presque un mètre quatre-vingt-dix.
Un jour, il m'a raconté le plus sereinement du monde qu'il avait « suturé à l'oreille d'une fille des mots incroyables » et je veux bien le croire... Il aimait bien « ses yeux en pâte d'amandes » m'a-t-il précisé. Il adorait les anglicismes et les abréviations en tout genre dont il émaillait sa conversation avec des fortunes diverses, l'autre jour encore, pour dire à la personne à qui il téléphonait de ne pas se faire de souci, il a répété cinq fois d'affilée : « No suicide, pas de problème, ne t'inquiète pas, no soussaïde. »
38 mini westerns (avec des fantômes) de Mathias Malzieu
C’est souvent très court, pas le temps de s’attarder, il faut vite remonter sur un longboard pour retourner jouer avec les fantômes et embrasser la vie

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Elle était née d'un roulis de nacre. Quelque part dans ce monde, une mer craquelante et lumineuse déferle tout en nacre et, de ces remous, s'échappe de temps à autre ce que l'on appelle une « fée-lustre ».


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Mathias Malzieu est...
Mathias Malzieu est un Petit Prince en anorak.
Mathias Malzieu est un homme de goût (il aime les films de Tim Burton, les livres de Richard Brautigan et les disques de Johnny Cash).
Mathias Malzieu est un poète.
Mathias Malzieu est le chanteur de Dionysos, un groupe de rock qui n’arrête pas de faire des bonds pour avoir la tête dans les nuages et décrocher les étoiles.
Mathias Malzieu est un enfant qui a beaucoup appris des grandes personnes.
Mathias Malzieu est un pionnier du mini-western : les rêves sont sa frontière.

Stéphane Deschamps / Les Inrockuptibles