Et l’homme créa les dieux : comment expliquer la religion

En anthropologue, Pascal Boyer tente ici de comprendre ce qui ─ du Cambodge à Salt Lake City, du Cameron jusqu’en Finlande ─ est à l’origine des croyances humaines. Avatars surnaturels, ancêtres, dieux, zombis… Pourquoi l’humanité les a-t-elle créés ?

Comme je l'ai déjà souligné à maintes reprises, l'élaboration de concepts religieux repose sur des capacités et des systèmes mentaux que nous avons déjà, concepts religieux ou pas. La morale religieuse se sert des intuitions morales, les notions d'agents surnaturels exploitent nos intuitions concernant le vivant en général, et ainsi de suite. C'est pourquoi j'ai dit que les concepts religieux parasitent nos capacités mentales. L'aptitude à jouer de la musique, à peindre des tableaux et même à donner un sens à des taches d'encre sur du papier sont, à cet égard, tout aussi parasitiques. Comme la religion. Parce que les concepts supposent toutes sortes de capacités spécifiquement humaines, on peut décrire la religion en décrivant la manière dont ces différentes capacités sont recrutées, comment elles contribuent à créer les traits que partagent toutes les religions du monde. Il est inutile de supposer qu'il existe un mode de fonctionnement spécial que déclencheraient exclusivement les pensées religieuses.
Pour terminer, je devrais en bon anthropologue souligner que cette idée de la religion en tant que domaine à part est non seulement dénuée de fondement mais tout à fait ethnocentrique.
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Et l’homme créa les dieux : comment expliquer la religion de Pascal Boyer
A la manière d’un testeur informatique, convoquant neurologie, psychologie, sociologie et anthropologie, il dissèque nos fonctionnements pour tenter d’en trouver les failles qui ont permis au surnaturel de s’y glisser tout naturellement.Telle est la vraie tragédie des théologiens non seulement les gens, parce qu'ils sont dotés d'un esprit et non d'une simple mémoire livresque, seront toujours théologiquement incorrects, ajouteront toujours leur touche personnelle au message et le déformeront mais, en outre, la seule façon de protéger le message de ces altérations c'est de le rendre cohérent, donc prévisible, ce qui favorise la dissidence imagiste et menace la position de la corporation.Tout ça semble assez bien tenir la route même si à la fin de cette lecture, j’avoue ne pas tout comprendre beaucoup mieux.

A noter quand-même que si cet essai tente de mettre à jour les origines des croyances et leur inébranlable succès, il ne parle absolument pas de ce que les hommes en ont fait.

Un essai adapté en bande-dessinée par Joseph Béhé peut-être un peu plus accessible… quoique 😉

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Une voisine, au village, me conseille de me protéger des sorciers. Faute de quoi ils me lanceront des flèches invisibles qui pénétreront dans mes veines et m'empoisonneront le sang.

Un chaman fait brûler des feuilles de tabac devant une rangée de statuettes tout en leur parlant. Il leur demande de se rendre dans les villages du ciel pour l'aider à guérir un patient dont l'âme est retenue prisonnière par des esprits invisibles.

Un groupe d'adeptes s'en va racontant que la fin est proche. Le Jugement dernier est prévu pour le 2 octobre. La date arrive et rien ne se produit. Les fidèles continuent à clamer que la fin est proche (mais la date a changé).


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Là où il y a des hommes, il y a des dieux, des ancêtres, des esprits, des sorcières et des démons. D'un bout à l'autre de la Terre, du bocage normand à la brousse africaine, des hauteurs de l'Himalaya aux confins du Pacifique, on retrouve le même cortège bigarré de croyances et de pratiques dont la finalité et la cause restent somme toute obscures. Car, au fond, s'il y a partout de la religion, sait-on pourquoi il en est ainsi ?

Dans cet ouvrage novateur, Pascal Boyer résout l'énigme en l'abordant sous trois angles différents. D'abord, les résultats de l'ethnographie moderne démontrent l'étonnante diversité des religions humaines mais aussi l'existence, sous ce foisonnement, de thèmes récurrents, de caractéristiques universelles. Ensuite, les sciences du cerveau, qui ont connu une véritable révolution au cours des trois dernières décennies, permettent de comprendre comment se forment les croyances religieuses. Enfin, le renouvellement de la réflexion darwinienne appliquée au cerveau permet d'inscrire le phénomène religieux dans l'histoire de notre espèce.
C'est parce que nous sommes dotés d'un certain type de cerveau, fruit dune certaine évolution, que la religion existe. Mais c'est seulement en s'intéressant au détail des résultats décrits ici par Pascal Boyer que l'on pourra mesurer la force de cette assertion. Car cette approche permet non seulement de comprendre enfin pourquoi la religion existe, mais aussi pourquoi elle entretient un rapport particulier avec la mort et la morale, pourquoi il y a des rituels, pourquoi il existe des institutions et des doctrines, et pourquoi la force de ces croyances est telle qu'elles peuvent pousser les hommes au don de soi - mais aussi à l'intolérance et au fanatisme.

Les justiciers de l’ombre

Habitant Genève, c’est avec délice que j’ai lu ce polar qui s’y déroule. Pourtant, pas de grande littérature ici, non, au contraire, même.

Jaroslav Kravic et ses mercenaires sont réunis à Bratislava, dans une des nombreuses caves voûtées de la vieille ville, magnifiquement restaurée.
Les justiciers de l'ombre se savent traqués.
Nous ne cesserons jamais la lutte, assène le Polonais, mais nous devons pour l'instant, réduire nos actions au minimum et communiquer uniquement par messages cryptés. Je vais moi-même quitter la Tchéquie et me rendre dans un pays où personne ne pensera à me chercher. Mais n'ayez crainte, un jour, nous ou nos successeurs reprendrons la chasse aux mécréants.
Les justiciers de l’ombre de Robert Jordan
Et pourtant, cette écriture au style plat (voir absent) apporte un petit charme un peu naïf à ce polar où se mêlent franc-maçonnerie, groupuscules d’extrême-droite et opéra.

Un petit livre à réserver aux régionaux ou au personnes qui seraient attachées à Genève, son Grand-Théâtre ou Mozart

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Salzburg (Autriche) de nos jours...
Le festival de musique bat son plein.
Nous sommes en août, le temps est splendide et la ville baroque, qui a vu naître le grand Mozart en 1756, brille de mille feux.
Elle a aussi vu naître, en 1908, le célèbre chef d'orchestre Herbert von Karajan.
Ses palais, ses églises et ses rues étroites enchantent les nombreux touristes et amateurs de grande musique, venus du monde entier.
L'immense forteresse de Hohensalzburg domine toute la ville. Un vieux funiculaire permet d'y accéder en quelques minutes.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Les deux policiers présentent leurs cartes et le patron du Grand Théâtre les invite à s’asseoir.
Puis s’adressant à Passard :
– Que puis-je pour vous commissaire ?
L’homme a un visage rond, une chevelure noire abondante, une carrure massive. Il paraît encore assez jeune, la cinquantaine au maximum.
– Je dois malheureusement vous annoncer une mauvaise nouvelle : le Maestro Karl Schaugel ne viendra pas. Il a été assassiné ! »

Quand le célèbre chef d’orchestre Karl Schaugel est retrouvé mort dans un train à son arrivée à Genève, la scène artistique retient son souffle. Nous retrouvons le commissaire Sébastien Passard, qui sera chargé d’enquêter sur cet assassinat signé d’un nom mystérieux : les Justiciers de l’ombre. Très vite, les recherches s’orientent vers un groupuscule radical, antisémite et antimaçonnique, dont les racines plongent dans l’Europe du XVIIIe siècle. De Genève à Prague, en passant par Vienne, Nuremberg ou Salzburg, la narration alterne entre passé et présent, et explore les résurgences inquiétantes de l’extrémisme en Europe. La tension monte jusqu’au soir de la première de Don Giovanni au Grand Théâtre de Genève, où tout pourrait basculer…

Le nouvel équilibre

Cette nouvelle qui a gagné le Prix Ailleurs & Demain du futur optimiste le mérite amplement. Candide ou naïf, ce texte l’est évidemment, pourtant ! A le lire, tout cela semble si simple, si évident, si normal et naturel !

Alia est réveillée par l'odeur de praliné et de crêpes qui embaume le salon. Les paupières encore closes, elle sourit. Les ronflements de son père ont opéré leur magie, lui permettant de trouver rapidement un sommeil profond et réparateur. Elle entend chantonner dans la cuisine un air familier, celui des jours heureux où la vie est simple. Elle se sent bien. Les événements de la veille restent flous dans son cerveau à moitié endormi. Mais lorsqu'elle ouvre les yeux, ils affluent brusquement. L'enterrement, les carnets, le tirage au sort.
Le nouvel équilibre de Amélie Géal
Mais bien sûr, ce serait sans compter sur notre avidité, notre cupidité et notre égoïsme.

Une nouvelle réjouissante et enlevée sur un futur vertueux possible mais qui semble paradoxalement totalement inaccessible aujourd’hui

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
À son réveil, les rayons du soleil réchauffent déjà le visage d'Alia. Mauvais signe. Elle ouvre les yeux et fixe la lumière franche qui éclaire sa table de chevet. Il doit être huit heures passées. Plus tard qu'elle ne l'aurait voulu.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Lundi 21 mai 2085

Alia attend la publication des résultats du tirage au sort. Elle allume son Eterna et cherche les noms des représentant·e·s qui, pendant sept ans, bâtiront le futur du monde et de ses habitant·e·s.

Mais une autre nouvelle s'affiche : sa grand-mère, scientifique reconnue, est décédée. Troublée, Alia se tourne vers les journaux intimes qu'elle a laissés, espérant trouver dans le passé des réponses aux questions que lui pose l'avenir.

Folcoche

Ce Folcoche a paru quelque temps après In violentia veritas de Catherine Girard et j’ai été surpris d’y trouver bien des analogies troublantes. Une enfance sous la coupe d’un parent violent et, bien plus tard, une cruelle vengeance. Un triple meurtre pour Henri Girard, un assassinat littéraire pour Hervé Bazin. Les deux fois un nom qui change, les deux fois la colère qui côtoie la folie.

Personne n'a jamais su ce que je peux, sur la foi des archives, écrire aujourd'hui. Le roman à succès de Jean Hervé-Bazin, celui à partir duquel il connut le succès et fonda son écrasante notoriété, est une manœuvre destinée à punir sa famille de l'avoir placé sous interdiction judiciaire et ainsi privé de sa part d'héritage. Aucune biographie, aucun travail universitaire, aucun expert de son œuvre n'a eu entre les mains les documents permettant de comprendre, sans aucun doute possible, que le futur président de l'académie Goncourt est entré en littérature par un bras de fer, mensonger et terriblement cruel.
Folcoche de Emilie Lanez
Folcoche sévère ? Certainement. Pourtant, fallait-il en dresser un pareil tableau. Et d’ailleurs… Qui était réellement Hervé Bazin.

Un drôle de livre qui grattouille le mythe pour en dévoiler un original fort peu reluisant

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Les archives de la préfecture de police de Paris sont libres d'accès, il suffit d'en faire la demande par un courrier électronique, puis à la date convenue de venir les consulter dans une rue calme du Pré-Saint-Gervais. On ne pénètre dans la salle qu'avec des feuilles volantes et un crayon à papier -─ cahier et stylo interdits, afin d'éviter d'écrire sur les pièces ou de les subtiliser en les cachant.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Tout le monde a lu Vipère au Poing, premier roman d'Hervé Bazin. Chacun se souvient du récit poignant de son enfance martyre sous la férule de sa mère, la terrible Folcoche. Cri de douleur et de haine d'un adolescent, il est lu par des générations de collégiens, trouvant sa place dans notre patrimoine littéraire et dans notre imaginaire collectif. À son auteur, il aura permis de briller sur le monde des lettres jusqu'à devenir le président de l'académie Goncourt.

Voici pour la légende. Intriguée par cette mère haïe de tous et inconnue, Emilie Lanez a enquêté et nous livre une autre histoire, un contre-récit vertigineux. Le roman vrai d'un féminicide littéraire. Avant d'être un écrivain célèbre, Hervé Bazin est un jeune adulte menteur, qui escroque, menace, y compris sa mère... Il est interné en psychiatrie plusieurs fois et condamné à des années de prison. Vipère au poing sera sa vengeance, son triomphe et peut-être son remède.

À travers l'exploration des archives, Émilie Lanez révèle une famille dévastée par la littérature. Avec ses secrets, ses mensonges, son talent, Hervé Bazin est un personnage de roman fascinant.

Le petit saint

Avec ce récit de l’enfance d’un futur peintre, Simenon s’attache surtout à décrire le Paris du début du 20e. Une mère, pauvre qui pousse sa charrette de fruits ou légumes pour nourrir seule ses six enfants. Un livre comme un tableau vivant, la vie de famille, les hommes qui ne restent rarement longtemps et le lit de la mère séparé d’un simple draps des paillasses des enfants. Et la maladie qui en emporte, puis la guerre.

 ─ A quoi penses-tu, Louis ?
 ─ A rien, man.
Elle poussait encore sa charrette sur quelques mètres de pavé, ses beaux yeux bleus fixés droit devant elle.
 ─ Tu es un curieux bonhomme.
Il existait entre eux une intimité faite d'une tendresse vague, qui ne se manifestait jamais par des mots, par des effusions, seulement par des regards furtifs, pudiques, ou par certaines intonations.
Il est vrai qu'il ne se souvenait pas d'avoir été blotti dans ses bras, comme dans ses livres de lecture. Lorsqu'il était bébé, peut-être ? Il gardait une vague image de sa mère tenant Émilie contre sa poitrine, mais c'était pour lui donner le sein.
 ─ Tu ne penses vraiment à rien ?
 ─ Je ne sais pas.
 ─ Il paraît qu'on pense toujours à quelque chose, même quand on ne s'en rend pas compte. Je ne sais plus qui m'a dit ça, quelqu'un qui avait fait des études.
Le petit saint de Georges Simenon
Et là, au milieu, Louis, le petit saint qui deviendra célèbre.

Simenon peintre naturaliste ou ethnographe tente de se rapprocher au plus proche de l’humain, avec ses corvées, travail, saletés et ses maigres instants de bonheurs

Tous les romans durs de Simenon
104. Le petit saint
103. L’homme au petit chien (à lire) 105. Le train de Venise
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il avait entre quatre et cinq ans lorsque le monde commença à vivre autour de lui, lorsqu'il prit conscience d'une vraie scène se jouant entre des êtres humains qu'il était capable de distinguer les uns des autres, de situer dans l'espace, dans un décor déterminé. Il n'aurait pas pu préciser, plus tard, si c'était en été ou en hiver, bien qu'il eût déjà le sens des saisons. Probablement en automne, car une légère buée ternissait la fenêtre sans rideau et la lumière du bec de gaz d'en face, seule à éclairer la chambre, jaunâtre, semblait humide.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Ses camarades de classe le surnommaient le petit saint. Si on le battait, il ne ripostait pas et refusait de désigner le coupable. Il ne paraissait pas malheureux et se contentait d'observer les choses et les gens. A la maison, dans la promiscuité et la misère de la rue Mouffetard, il aidait sa mère, marchande de quatre-saisons, et la suivait, émerveillé, sur le carreau des Halles.

Plus tard, devenu l'un des peintres les plus célèbres de Montparnasse, lorsqu'on lui demandait « Maître, qui êtes-vous ? » ; il répondait pudiquement : « Un petit garçon » Simenon a déclaré à plusieurs reprises que « Le petit saint » était son roman préféré, et sans doute le plus personnel. Et lors de sa parution, en 1964, les lecteurs furent intrigués par cette bande-annonce qui disait « Enfin, je l'ai écrit ! ».

Tante Jeanne

L’histoire d’un retour au pire moment possible. Fatiguée, malade, usée… Tante Jeanne va pourtant devoir tout reprendre en main dans la maison de son frère qui vient de se pendre au grenier.

Mais Henri est à peine plus âgé que moi, juste deux ans, et je me suis arrangée pour le faire parler.
Et pour qu'il t'emmène avec lui.
 ─ Oui. C'est ainsi que ç'a commencé. Mais je suis sûre que, sans Henri, la même chose se serait produite, seulement un peu plus tard.
Elle ajouta sérieusement en regardant sa tante :
 ─ Je crois que je suis une vicieuse. Il n'y a rien à faire.
Puis, excitée :
 ─ Ce n'est pas tellement la chose en soi, vous savez bien ce que je veux dire. La plupart du temps, cela ne me fait même pas plaisir. Et je sais, avant de commencer, qu'après je serai dégoûtée.
 ─ Tu commences quand même ?
 ─ Oui. C'est pourquoi je dis que je suis vicieuse.
Tante Jeanne de Georges Simenon

Un roman édifiant sur la (guère enviable) condition de la femme dans les années 50

 ─ Tu l'aimais encore ?
Jeanne la regarda et, sans répondre directement :
 ─ Je le connaissais si bien ! Je connaissais toutes ses petites faiblesses, toutes ses lâchetés, et Dieu sait s'il en avait !
 ─ Tu les lui disais ?
 ─ Oui.
 ─ Vous vous disputiez ?
 ─ Presque chaque nuit. Ensuite il me battait.
 ─ Et tu le laissais faire ?
 ─ Il m'arrivait de lui débiter ses vérités pour qu'il me batte.
 ─ Ça je ne peux pas le comprendre.
 ─ Cela ne fait rien. J'étais partie, n'est-ce pas ?
 ─ De mon plein gré, ne l'oublie pas. Et, quand on a commencé à dégringoler, c'est parfois une volupté de s'enfoncer, exprès, toujours davantage.

Tous les romans durs de Simenon
71. Tante Jeanne
70. Les volets verts 72. Le temps d’Anaïs
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
À la gare de Poitiers, où elle avait changé de train, elle n'avait pu résister. Dix fois, traînant à bout de bras sa valise, que les gens accrochaient au passage, elle était passée devant la buvette. Le malaise, dans sa poitrine, était vraiment angoissant et, plus elle approchait du but, plus souvent cela la reprenait. C'était comme une grosse boule d'air - certainement aussi grosse qu'un de ses seins - qui montait vers sa gorge en comprimant les organes et cherchait une issue, cependant qu'elle attendait, anxieuse, immobile, le regard fixe, avec, à certain moment, la certitude qu'elle allait mourir.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Jeanne, une femme âgée, revient dans son village après quarante ans d'absence. Fatiguée, malade et lassée par la vie, elle espère y trouver le repos. Mais elle découvre une famille à la dérive.

Son frère Robert, qui avait repris le commerce de vins paternel, s'est pendu, Louise, sa belle-soeur, s'adonne à la boisson tandis que les enfants d'Alice, Madeleine et Henri, méprisent leur mère.

Le temps d’Anaïs

Simenon psychologue de cuisine se lance dans l’analyse de la vie d’un jeune homme pour tenter d’y trouver ce qui a fait de lui un meurtrier.

La femme était assise, les jambes croisées, et le regardait avec un intérêt amusé, en soufflant toujours avec ostentation la fumée de sa cigarette.
 ─ Tu en veux une ?
Il en fut si surpris, si ému, qu'il n'osa pas dire « oui ». Elle portait un manteau à col de fourrure ouvert sur un corsage de soie, que la pointe des seins semblait vouloir percer. Elle sentait la poudre de riz, les parfums violents. Elle sentait aussi la chair à plaisir, la femelle vulgaire et forte, et sa voix avait des intonations rauques.
Le temps d’Anaïs de Georges Simenon
Un roman qui tourne autour de « ce qui fait un homme » dans les années 50. Quelles frustrations, gènes, envies, tabous ont façonné un homme pour le faire sombrer ?

Un roman fort daté qui éclaire toutefois bien des complexes de la masculinité qui ont encore cours aujourd’hui

Tous les romans durs de Simenon
72. Le temps d’Anaïs
71. Tante Jeanne 73. Une vie comme neuve
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il n'était qu'un homme au volant d'une auto, par un soir de pluie glacée, dans le grouillement lumineux de Paris d'abord, puis dans les rues de banlieue, sur la grand-route enfin, où d'autres voitures passaient entre deux gerbes d'eau, et il avait vu des poteaux indicateurs, sans les lire, avant de s'enfoncer dans cette forêt immense où les sapins formaient une voûte au-dessus de lui.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Albert Bauche, en panne dans la forêt d'Orléans, téléphone à la gendarmerie, s'accuse d'un meurtre et se constitue prisonnier. On apprend au travers des interrogatoires qu'il travaillait pour la victime, Serge Nicolas. Si Bauche n'établit aucun contact avec les enquêteurs, il se sent à l'aise quand il s'entretient avec le psychiatre...

Boléro

Un homme dangereux, cruel, riche, charismatique et puissant. Il ne faut pas, mais Aslı est irrésistiblement attirée.

Le lendemain matin, elle eut du mal à partir.
Elle voulait rester au domaine. Elle aurait passé chaque jour à côté de Romaïssa sur les chaises longues, chaque nuit en rêvant d'eux.
Elle était devenue quelqu'un d'autre.
Et elle ne voulait plus revenir en arrière.
Elle était indifférente à elle-même. Elle ne songeait pas à l'avenir. Elle ne songeait à rien, d'ailleurs, elle avait rompu avec la pensée. Elle se sentait faite uniquement de désir. Des sentiments inconnus, encore jamais explorés, la transformaient, comme des vagues, dans leur roulement incessant, érodent et modèlent une pierre. En dehors de ces vagues, tout lui était égal, à commencer par elle-même...
Boléro de Ahmet Altan, traduction de Julien Lapeyre de Cabanes
Et quand, en plus, sa femme et lui semblent en jouer, son désir devient besoin et l’éloignement synonyme de manque.Elle était perdue.
Elle souffrait, et même cette souffrance lui donnait du plaisir.Du désir en Turquie où les jeux de pouvoir et d’argent se mêlent et où le roi d’hier risque le cachot demain.

Une variation originale d’un triangle de désirs

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Si ma raison cherche à entraver ma chair, je l'étranglerai à mort. Ainsi se parlait-elle, pleine de résolution et de sang-froid. Deux fois encore, elle le répéta à voix haute. Comme si elle voulait intimer à son esprit, dont les tentatives d'obstruction l'inquiétaient, de ne pas s'engager sur cette voie.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Aslı, médecin d'une cinquantaine d'années et femme au caractère affirmé, est recrutée afin de soigner les douleurs de dos de Mehmet, un homme énigmatique qui dit avoir été procureur. Elle vit à Ankara mais se rend tous les week-ends dans la propriété de campagne de son patient et y fait la connaissance de Romaïssa, son épouse, avec qui elle noue une relation amicale. Peu à peu séduite par Mehmet, dont elle comprend qu'il cache bien des choses, Aslı plonge dans l'intimité du couple et dans le passé tortueux de Mehmet, au risque de se perdre.

Les témoins

Diverses circonstances vont interroger le juge Lhomond, fiévreux, sur les questions de preuves et de culpabilité.

S'il ne l'avait jamais aimée, c'était néanmoins l'être qu'il avait été le plus près d'aimer, non d'amour, mais d'une affection fraternelle.
Ce n'était pas vrai. Il se mentait une fois de plus et cela, elle le sentait avant même qu'il s'en aperçût. Le sentiment qu'il éprouvait pour elle était cette sorte de gêne qu'on éprouve devant un animal qui souffre au bord du trottoir et qu'on est impuissant à aider, qu'on ne peut même pas soulager avec des mots qu'il ne comprendrait pas.
Voilà ce qu'il y avait de tragique ! Il n'existait rien de commun entre eux, aucun lien, sinon d'avoir vécu pendant vingt-quatre ans ensemble dans cette grande maison qui n'avait jamais été un foyer.
Elle ne le lui pardonnerait jamais et elle l'en haïssait.
Par discrétion, il n'avait pas questionné Chouard plus avant, mais la façon dont le docteur la traitait indiquait qu'il ne la croyait pas en danger. Elle gardait la chambre pour ne pas reparaître à la face de la ville qui savait. Elle n'en avait pas moins peur de la solitude et il lui restait son mari.
Les témoins de Georges Simenon
L’accusé qui risque la peine de mort sur un faisceau de présomptions sans preuves réelles. Mais aussi chez lui, dans son propre couple avec sa femme malade et ce flacon de strychnine qu’il vient de casser…

Coupables ? Selon le point de vue, tout le monde ne risquerait-il pas d’être accusé ?

Un roman un peu longuet, mais pas dénué d’interrogations intéressantes

Tous les romans durs de Simenon
84. Les témoins
83. La boule noire 85. Les complices
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il n'y avait pas cinq minutes qu'il s'était levé pour redresser, dans la cheminée, une bûche qui avait roulé des chenets en émettant une gerbe d'étincelles et, de s'être penché sur les flammes, il en gardait la peau du visage chaude.

Profitant de ce qu'il était debout, il était allé sur la pointe des pieds jusqu'à la porte toujours ouverte entre sa chambre et la chambre de sa femme.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Épouse d'un magistrat, Laurence Lhomond est malade et garde la chambre depuis cinq ans. Ses crises, d'origine cardiaque, varient en nombre et en intensité suivant que son mari est plus ou moins absorbé par sa profession. Du moins, c'est ce que remarque Xavier Lhomond, qui finit par se demander si sa femme ne le fait pas exprès. La veille du jour où il doit présider la cour d'assises dans un procès où est inculpé un homme qu'on accuse du meurtre de sa femme, Lhomond voudrait, le soir, chez lui, revoir le dossier. Son épouse l'appelle, pressentant une crise.

Le veuf

Ce veuf est absolument brillant par sa construction. Quelle injustice pour cet homme bon et généreux… Un vrai époux modèle qui apprend suite au suicide de son épouse qu’elle le trompait.

Jeanne était entrée dans sa vie par hasard. Il n'y avait, chez lui, aucune arrière-pensée quand il était allé la ramasser sur le trottoir et il s'était trouvé presque contraint de la ramener chez lui.
Il n'avait rien prémédité. Il y avait eu leur nuit et, après, il avait bâti son existence autour d'elle, elle devait le sentir. Elle était son bien le plus précieux. Il la voulait heureuse. C'était sa préoccupation majeure.
Pas par égoïsme, pour se sentir bon, ni par reconnaissance. Il avait besoin de savoir qu'un être au monde lui devait son bonheur.
Il se demandait aujourd'hui si elle s'en était rendu compte. Il n'en était pas sûr. Lui-même commençait à n'en être plus aussi certain.
Le veuf de Georges Simenon
Et en même temps, insidieusement, on se rend compte que Simenon, l’homme à femme, y fait son plaidoyer et se dédouane ici de toute responsabilité envers la multitude de cocus qu’il a laissé sur son chemin. Et ici, il semble dire : « ce n’est pas de ma faute si vos femmes sont infidèles, c’est parce que vous n’avez pas réussi à les rendre heureuses. Il leur fallait un homme comme moi, qui les fasse rêver ! »

Ne se rendait-elle pas compte qu’il n’était pas bon, qu’il n’était qu’un homme ?

Génial et détestable

Tous les romans durs de Simenon
94. Le veuf
93. Dimanche 95. La vieille
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il n'avait pas plus de prémonition que les voyageurs qui, dans un train, mangent au wagon-restaurant, lisent, bavardent, sommeillent ou regardent défiler la campagne quelques instants avant la catastrophe. Il marchait, sans s'étonner de l'aspect de vacances que Paris venait de prendre presque du jour au lendemain. N'en est-il pas ainsi tous les ans, à la même époque, avec les mêmes journées de chaleur pénible et le désagrément des vêtements qui collent à la peau ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Bernard Jeantet, quarante ans, travaille pour divers périodiques en tant que dessinateur-maquettiste. Un soir, de retour dans son modeste appartement du boulevard Saint-Denis (Paris), il s'inquiète de ne pas y trouver sa femme. Jeanne est plus jeune que lui : elle a vingt huit ans. Née Moussu, elle est d'origine modeste, a connu une existence difficile et le trottoir, jusqu'à ce que Bernard la sorte des griffes d'un souteneur et l'épouse. C'était il y huit ans.