Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Histoire d’hommes, d’honneur et de guerre, de trahison et de raison d’état, de manigances et de cruauté.Hadji Mourat de Léon Tolstoï, traduction de Jean Fontenoy et Brice ParainAu travers d’Hadji Mourat se dessine une fresque qui dépasse les hommes qui la composent, un bien triste tableau ou les figurants sont interchangeables.
Une peinture, un peu vieillotte quand même, qui ressemble quand même fort à un tableau d’aujourd’hui. Bien triste est le sort des hommes d’honneur lorsqu’ils sont devenus inutiles
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) C'était à la fin de l'année 1851. Par un soir froid de novembre, Hadji Mourat arriva dans l'aoul de Mahket, village rebelle de Tchétchénie, enfumé par l'argol.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Hadji Mourat est un chef caucasien dont Tolstoï a fait le héros d'une ultime grande œuvre. Malgré ses dimensions modestes, elle nous présente un vaste et saisissant tableau de la « guerre de pacification » du Caucase, à laquelle le romancier avait lui-même pris part un demi-siècle plus tôt et dont il avait rapporté Les Cosaques. Le choix d'un tel personnage est profondément révélateur : sa mort héroïque en fait un symbole de la vie même dans ce qu'elle a de plus irréductible.
Ce récit, que Tolstoï n'a cessé de récrire pour le rendre parfait, n'a rien perdu de son actualité : il permet de déchiffrer la cruelle histoire contemporaine.
À sa lecture, on comprend vite que ce Nous ait inspiré 1984. Une ville de verre où tout le monde voit tout le monde et ou le bonheur est prescrit sous l’œil du « Bienfaiteur »… De nombreux ingrédients sont là.Nous de Evgueni Zamiatine, traduction de Hélène HenryUne origine russe, donc ; datant des années 20. Les humains y sont des numéros et rien n’existe derrière la grande barrière. Rien vraiment ?
Un livre qui pose une grande question : heureux sont-ils vraiment, les simples d’esprit ?
Une œuvre majeure et fondatrice de la grande veine des dystopies qui n’a, ma foi, pas trop trop mal vieilli
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je ne fais ici que recopier - mot pour mot - ce que publie aujourd'hui le Journal officiel :
Dans cent vingt jours, la construction de l'INTÉGRALE sera achevée.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Dans une société assujettie au bonheur infaillible et obligatoire, alors que la « dernière » de toutes les révolutions possibles a eu lieu, les hommes, enfermés sous une cité de verre, sont devenus des « Numéros ». Ceux-ci paient de leur vie le moindre écart à l’ordre établi contre lequel, malgré tout, une poignée de dissidents va s’insurger.
D-503, constructeur de l'« Intégrale », un vaisseau spatial qui a pour mission de ranger les civilisations extraterrestres sous la férule du « Bienfaiteur », y tient un journal à la gloire de ce monde aseptisé et y consigne les débuts d’une insurrection qui va peu à peu le transformer.
Anti-utopie prophétique qui anticipe toutes les glaciations du XXe siècle, « Nous » est considéré comme le premier chef-d’œuvre de science-fiction, celui qui inspirera « 1984 » de George Orwell et « Le Meilleur des mondes » d’Aldous Huxley. Cette nouvelle traduction, la première à être fidèle à l’original, vise à faire entendre, dans les mots, cet appel tragique : on a toujours raison de se révolter.
Trouvé dans une liste des livres qui ont participé à l’inspiration (ou à la veine) de 1984, je suis tombé sur ce titre de SF plutôt cocasse.Il est difficile d’être un dieu de Arkadi Strougatski et Boris Strougatski, traduction de Bernadette Du CrestCocasse principalement parce qu’il a quand même pas mal vieilli (il date de 1964) et qu’ici, les héros de l’espace ne viennent pas de New-York ou Philadelphie, mais sont russes !
Sur terre les humains sont devenus gentils et, en bons voyageurs de l’espace bien condescendants, ils tentent d’aider les peuples arriérés d’autres planètes à sortir de leurs totalitarismes théocratiques révoltants.
Un livre historiquement intéressant mais aux ficelles un peu épaisses
Adapté au cinéma en 2015 par Alexei Guerman
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) L'arbalète d'Anka était équipée d'un fût en matière plastique noire, d'une corde d'acier chromé, et un seul mouvement de son levier coulissant suffisait à la bander. Anton n'aimait pas les nouveautés, il utilisait un bon vieil engin du même modèle que celui du maréchal Totz, premier roi d'Arkanar : bardé de cuivre, avec un moulinet sur lequel s'enroulait une corde de boyau. Pachka, lui, avait pris une carabine à air comprimé. Paresseux et peu doué pour les travaux manuels, il considérait les arbalètes comme des armes préhistoriques.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La planète Arkanar ploie sous la férule du tyrannique ministre de la Sûreté. Cette société semi-féodale qui persécute ses intellectuels, évoquant à la fois l'Espagne de l'Inquisition, l'Allemagne nazie et la Russie stalinienne, intéresse au plus haut point l'Institut d'histoire expérimentale de la Terre qui, elle, est peuplée depuis longtemps d'humanistes tout-puissants que l'on considère volontiers comme des dieux. Doivent-ils intervenir pour miner le fascisme, ébranler l'obscurantisme? Bien sûr que non! L'Histoire doit suivre son cours naturel. Mais le jeune Roumata va avoir bien du mal à l'accepter, alors qu'il sait combien il est dangereux, pour un dieu, de se mêler de la misère des mortels.
Un amour psychédélique, une passion hallucinée… Encore une fois, Brigitte Fontaine lâche la bride.La limonade bleue de Brigitte FontaineEt Stella et Tony vont se consumer d’une flamme trop intense.
L’histoire d’une passion cinématographique aux couleurs sursaturées
Un peu trop, peut-être
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) A la tienne pépère, dit cordialement au travesti cosmonaute la momie aux beaux yeux du cinématographe. C'est dans un bar un peu suffocant où plane la poussière dorée de fin d'après-midi. Les cocktails sont meurtriers, frappant comme des poignards. La sueur fait briller les fards du jeune monstre et de la diva longue et surfine qui fait glisser en pluie ses bracelets le long de son bras transparent.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) L'histoire fatale de Toni Laos et Stella Maelström.
Lire Brigitte Fontaine, c’est accepter d’entrer dans un univers parallèle, parfois ça passe et à d’autres moments on peut rester coincé dans un vide interstellaire. Mais avec un petit peu de chance, c’est un émerveillement !Les charmeurs de pierres de Brigitte FontaineCes charmeurs de pierre nous content un bonheur fantastique aux pays des celtes et des fées, un amour impossible et transcendant, poétique et surréaliste.
Ici, tout est trop, beaucoup trop ! Dans tous les sens pour tous les sens, tout est superlatif. Ripaille, émotions, amour et bonheurs, tout est trop !
Merci Brigitte, vous m’avez régalé
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Salut à toi, peuple neuf, peuple naissant et renaissant, peuple envahisseur de guerre et de paix ; salut ô Peuple Fée, avec tes savoirs verdoyants, tes trésors cachés, tes corps menus retranchés dans les cavernes et les bois pour préserver ta lumière galactique dont le poignard va au fond d'or de l'être infini.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Les charmeurs de pierres « Peuples celte et Fée, vous étiez et vous êtes et vous serez pour jamais le sel de la terre et des jardins jaunes immenses de galaxies sans fin. »
Dans ce roman, celtique et féerique, récit des amours, des aventures, des exploits et des épreuves de Bedjaïa et d'Ivor, Brigitte Fontaine ressuscite, avec vigueur, imagination et poésie, les mythes et les coutumes les plus anciens. Le reste serait trop long à raconter...
Ouvrir un livre de Clémentine Mélois, c’est plonger dans la poésie des instants, du regard, des petites choses qui nous entourent et qu’on avait oublié de regarder. C’est apprendre à rouvrir les yeux, se rappeler, redonner du sens perdu par le quotidien. La poésie de l’instant.Choses que je croyais perdues de Clémentine MéloisLors du déménagement suite à une séparation, Émilie rempli des cartons et vide l’appartement.
Un gros trésor fait de toutes petites choses, une merveille
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je voulais te dire : sans le faire exprès, j’ai cassé le verre à moutarde Musclor que tu aimais bien. Le prince sous stéroïdes mal imprimé a perdu sa tête, mais il continue de flatter d’une main distraite l’encolure de son tigre vert de compagnie. Tu avais trouvé ce verre dans un vide-greniers où les gens vendaient pas cher de jolies choses. Après l’avoir regardé longtemps, avec intensité, tu l’avais négocié à deux euros. C’était un souvenir d’enfance et ta joie m’avait attendrie. Ça allait encore entre nous à ce moment-là, enfin je crois.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Seule dans son appartement, une jeune femme emballe ses affaires. Demain, des déménageurs emporteront ces traces fragiles de son existence. Elle pense à l’homme dont elle vient de se séparer, et des histoires surgissent des objets qu’elle manipule. Une assiette au filet d’or, un ensemble H&M couleur poil de chameau, un rouleau de Sopalin : ces témoins d’une vie ordinaire ont autant à raconter qu’un trépidant roman d’aventures...
Que reste-t-il de ce que nous avons vécu ? De quelles légendes sommes-nous faits ? Les grandes amours comme les petits riens, les désillusions et les désirs sont au cœur de ce roman plein de surprises, à la fantaisie incomparable.
Olivia Ruiz continue à explorer les liens familiaux (les siens ?) avec ¡Vamos!¡Vamos! de Olivia RuizComment transmettre la joie de vivre à son enfant et l’aider à grandir ?
Et c’est chou. Peut-être un poil naïf et mélo avec un peu trop de guimauve, mais touchant et plein d’amour
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je suis une mauvaise mère. Une mère désespérée. Une mère me direz-vous. J'exerce ce travail auquel aucune école ne prépare, alors qu'il mériterait des études supérieures pour éviter trop de dommages collatéraux.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) D'Orlando à Madrid, du café de Marseillette aux rives du Nil, des poésies déclamées sur le port d'Essaouira aux fêtes endiablées de La Havane, Lola s'est donné un an pour transmettre à son petit garçon Ennio ce que l'école ne pourra jamais lui apprendre mais que peut une mère : l'amour de la vie et de l'autre.
Et si en chemin elle pouvait se retrouver elle-même, leur échappée prendrait tout son sens...
Porté par la plume racée d'Olivia Ruiz, à la fois poétique et puissante, ¡ Vamos ! nous entraîne dans un tourbillon d'émotions et de sensations, de couleurs et de saveurs. Un voyage à l'énergie contagieuse, une ode à la filiation, un roman à fleur de peau.
Ce petit livre sent bon l’été, la crème solaire et un petit parfum de chlore soutenu vers midi par celui des frites.La piscine municipale : ethnographie sensible d’un commun de Cornelia Hummel, photos de David WagnièresMais qui vient, quand et pour faire quoi ? Cornelia Hummel s’y est intéressée, accompagnée par David Wagnière à l’appareil photo et nous donne ici sa vision de sociologue. Et même un peu plus, tant son regard est tendre et empathique.
Photos de David WagnièresUn livre comme une plongée dans les souvenirs d’enfance, les glaces à l’eau sur un linge de bain à l’ombre des bouleaux à jouer au UNO avec les copains et les copines du quartier sous le regard des grand-mères feuilletant leur Danielle Steel
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Un grand bassin, un petit bassin, parfois plus ; des arbres, une pelouse ; des vestiaires, une buvette ; des jeux pour enfants, une table de ping-pong. Tout le monde connaît la piscine municipale. Elle est présente dans les imaginaires et les souvenirs, elle évoque les jours d'été et l'insouciance, les longueurs de crawl au petit matin et l'heureuse fatigue des enfants après une journée de baignades. Lieu de mixité sociale et de vivre ensemble, elle se fait pourtant discrète, presque pudique, ses qualités étant rarement dévoilées au grand jour.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Tout le monde la connaît, la piscine municipale : elle est présente dans les imaginaires et les souvenirs d'enfance ; elle s'impose dans la vie de quartier ; elle constitue un support à l'actuel regain de la pratique de la natation. Pourtant, il s'agit d'un lieu banal, parfois méprisé car associé à la culture populaire et aux vacances « sur place ». Elle mène donc une vie discrète, hors des rayons des bibliothèques.
Mais la piscine mérite son livre ! C'est ce constat qui a rassemblé une sociologue et un photographe, qui se sont plongés dans un microcosme au sein duquel te vivre- ensemble s'exerce au quotidien et où se noue, à bas bruit, du lien social. Leur immersion révèle un espace de mixité captivant où les générations se mélangent et où les signes de classement social tombent en même temps que les habits laissés au vestiaire.
À travers un récit mêlant paroles des usagers, photographies et bulles sonores se dévoile le paysage sensible de la piscine : nous suivons les routines et les attachements, au plus près des mouvements de brasse, des sauts et plongeons, des amours adolescentes, des parasols et paréos, des frites et de la crème solaire.
Tuer le vieux commence directement dans le dur, le sordide. Et pourtant, il se permet de monter encore en puissance et les claques succèdent aux claques.Tuer le vieux de Daria MarxUne histoire de grand père abuseur, de déni, de malaise jamais résolu et finalement d’une volonté de justice. Hélas, celle-ci n’est pas toujours à l’écoute (euphémisme grave !).
Il ne reste alors que la vengeance pour espérer l’apaisement.
Un livre rude, violent, habité et qui appelle un salaud, un salaud
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Il était 10 heures du matin, j'avais mis douze réveils qui n'avaient servi à rien, je n'avais pas fermé l'œil de la nuit, j'avais bu six cafés, j'avais fumé toutes mes clopes, c'était l'heure. J'avais pensé longtemps à ce que je devais porter ce jour-là, à la tenue qu'on met pour aller au commissariat. Il n'y a pas de rubrique dans Marie Claire, « 10 conseils vestimentaires pour réussir votre dépôt de plainte », page 34, entre deux pubs illisibles remplies de plages et de nanas à petits seins qui dansent sur un parking.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « C'est comme si j'avais encore 8 ans dans les yeux des gens, comme si être victime et l'assumer me condamnait au rôle de statue commémorative, on l'admire de loin les premières années, et puis les chiens pissent dessus sans que ça dérange, c'était y a longtemps tout ça. Mon corps comme un monument aux morts d'une petite ville de province, sommé de se faire beau pour les grandes occasions, pour témoigner, pour porter la cause, mais globalement oublié, envahi par la mousse, mausolée. Je refuse la tombe, pour moi, pour la petite fille, pour toutes les autres. »
Elle avait rendez-vous aujourd'hui pour porter plainte contre son grand-père, qui l'a agressée sexuellement durant son enfance, mais il vient d'être annulé. Alors elle décide d'aller tuer le vieux, là, tout de suite. Dans ce train vers le Pays basque, elle échafaude son plan : quand elle sera de nouveau face au vieux, qu'arrivera-t-elle à dire ? Et surtout, à faire ? Avec une écriture qui tempête et cavale, ce premier roman déplie, en une journée, tout un voyage intérieur et physique tendu jusqu'à son dénouement.
Il est impressionnant de lire dans cette fiction la même histoire que Florence (sœur jumelle de Béné) raconte dans ses bandes dessinées autobiographiques. Difficile de ne pas y reconnaître les bondieuseries familiales et ce petit bout de forêt en péril ressemble fort au paradisiaque Nagot.Zones à défendre de Bénédicte Dupré la TourIci, plusieurs zones à défendre se répondent et résonnent dans une brillante construction. Mais dans ce livre de combat, les forces semblent bien inégales.
Un livre magnifique porté par de bien frêles combatant·e·s
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) « Debout, les vrais-vivants. Debout, les cabossés, les hutte-taupistes, les militerre, les rêvilleros, les va-t-en-paix, les têtes cramées, les va-nu-cœur. Debout, les insurgés des marges, les fouisseurs d'espoir. Debout, et ventre à terre, faire flotter les bannières, tirer les haubans, debout. Debout, debout, les vrais-vivants. »
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Après cinq années à l'étranger, Clémence, la trentaine, revient en France. Elle doit piloter la création d'un centre de stockage de déchets dans le village de Saint-Romain. Ce village, elle le connaît bien, malheureusement : c'est celui où vit sa mère, Sylvie, tombée dans le complotisme au moment du Covid. Son frère, Tristan, poète anarchiste, gravite lui aussi dans les marges. Tiraillée entre sa loyauté familiale et sa fidélité à l'entreprise, Clémence devra amadouer Sylvie, rétive à l'idée de convertir quelques arpents de forêt en champ d'ordures, et parer aux incessantes critiques de son frère. Ce trio familial est à l'image d'une société fragmentée où les discours s'affrontent en archipels irréconciliables. Que reste-t-il alors d'une vérité commune ?
Porté par une écriture jouissive, Zones à défendre raconte l'ironie d'un monde désenchanté, mais aussi la poésie des utopies réalisées. Ce roman explore la bataille des récits - complotistes, politiques, intimes - et fait le pari que, en s'assumant comme fiction, la littérature peut encore dire vrai.