Ultramarins

Un navire marchand, une commandante et vingt (ou vingt et un ?) marins qui font halte au beau milieu de l’Atlantique pour piquer une tête dans les eaux abyssales. Et alors…

Quand dans ce dîner, après quatre jours de pleine mer, le second se penche vers elle et, avec une candeur qu'elle ne lui connaît pas, demande: on pourrait, hein, sans blague, couper les moteurs, descendre les canots, s'offrir une petite baignade ? une voix sortie d'elle dit sans réfléchir: « D'accord. » Répète : « D'accord. » 
Un court silence suit, bien sûr, et puis un grand rire incrédule.
Ultramarins de Mariette Navarro
L’histoire d’un dérèglement, léger, presque imperceptible, juste un doute, un sentiment… une brume qui grossit.

Une intrigante histoire de bateau qui navigue entre gothique, fantastique et introspection des âmes marines

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Dans le geste connu, le geste de travail, dans le geste refait chaque jour, un espace s'est glissé. Un tout petit espace blanc inexistant jusqu'alors, une seconde suspendue. Et dans la seconde suspendue, la seconde imprécise, toute la suite de la vie s'est engouffrée, a pris ses aises, a déroulé ses conséquences.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Ils commencent par là. Par la suspension. Ils mettent, pour la toute première fois, les deux pieds dans l’océan. Ils s’y glissent. A des milliers de kilomètres de toute plage.»

A bord d’un cargo de marchandises qui traverse l’Atlantique, l’équipage décide un jour, d’un commun accord, de s’offrir une baignade en pleine mer, brèche clandestine dans le cours des choses. De cette baignade, à laquelle seule la commandante ne participe pas, naît un vertige qui contamine la suite du voyage. Le bateau n’est-il pas en train de prendre son indépendance ?

Ultramarins sacre l’irruption du mystère dans la routine et l’ivresse de la dérive.

De mon plein gré

Un court roman sur une déposition dans un commissariat suite à crime. Enfin… c’est confus. Un récit qui part dans tous les sens, chaotique, répétitif, digressif et parfois incohérent à l’instar de l’inévitable confusion suite à une telle agression et à un état de choc post-traumatique.

L'inspection terminée, nous repartons. Assise à l'arrière de la voiture, en dessous du gyrophare en marche, je repense aux deux moutons que j'adore dans le champ près de chez ma grand-mère. Quand elle apprendra ce que j'ai fait, à quel point ça a mal tourné pour la petite orpheline ; c'était prévisible, mais pas à ce point, un crime, c'est quelque chose quand même. Quand elle apprendra ce que j'ai fait, elle aura honte de moi. Et les moutons aussi.
De mon plein gré de Mathilde Forget
Une très brève lecture, difficile et parfois même désagréable. Mais tous les livres n’ont pas vocation à être faciles !

Un livre qui révolte deux fois. Lorsqu’on comprend et quand on réalise

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je me suis livrée à la police moi-même. J'essaye d'enlever la crasse coincée sous mes ongles mais c'est compliqué. Il en reste toujours un peu. Il me faudrait une fine lame comme la pointe de mes ciseaux en acier, ceux rangés avec ma brosse à dents sur l'évier de ma salle de bains. Mes ongles sont suffisamment longs pour se salir mais trop courts pour m'aider à racler cette terre. Il faudrait que je me lave les mains.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Elle a passé la nuit avec un homme et est venue se présenter à la police. Alors ce dimanche matin, au deuxième étage du commissariat, une enquête est en cours. L’haleine encore vive de trop de rhum coca, elle est interrogée par le Major, bourru et bienveillant, puis par Jeanne, aux avant-bras tatoués, et enfin par Carole qui vapote et humilie son collègue sans discontinuer.

Elle est expertisée psychologiquement, ses empreintes sont relevées, un avocat prépare déjà sa défense, ses amis lui tournent le dos, alors elle ne sait plus exactement. S’est-elle livrée à la police elle-même après avoir commis l’irréparable, cette nuit-là ?

Inspiré de l’histoire de l’auteure, De mon plein gré est bref, haletant, vibrant au rythme d’une ritournelle de questions qui semblent autant d’accusations. Mathilde Forget dessine l’ambiguïté des mots, des situations et du regard social sur les agressions sexuelles à travers un objet littéraire étonnant, d’une grâce presque ludique. Il se lit comme une enquête et dévoile peu à peu la violence inouïe du drame et de la suspicion qui plane très souvent sur sa victime.

Strega

À la fin de cette lecture, j’ai vraiment regretté de ne pas savoir lire le suédois afin de pouvoir comparer la géniale traduction (de Catherine Renaud) à son original. Car il est de plus en plus rare de lire un texte avec une telle débauche de passé simple et de telles constructions de chapitres qui donnent à ce livre son style tellement baroque – voir gothique.

CHAQUE NUIT, JE PENSAIS À MON MEURTRIER.
Je m'imaginais une rangée de belles femmes. Derrière elles, une rangée de femmes laides. Derrière elles, les femmes stupides, les femmes intelligentes, les femmes aux joues épaisses. Je voyais des femmes dégoûtantes, des femmes vieilles, des femmes aux mains vides, sans bague. J'étais sûre qu'un meurtrier nous attendait toutes. Je le dessinais dans son costume marron et sa chemise à carreaux. Je le faisais apparaître. J'avais toujours pensé que je ferais un beau cadavre.
Strega de Johanne Lykke Holm
Une histoire de jeunes filles envoyées dans un hôtel pour qu’elles y apprennent à devenir de bonnes épouses. Un hôtel vide, où rien ne se passe… vraiment pas grand-chose.L'hôtel n'était plus un hôtel, mais une machine à détruire. Des mesures disciplinaires plus ou moins brutales étaient mises en place partout. Les fenêtres se rétrécissaient alors que les lits devenaient de plus en plus durs et finirent surtout par ressembler à des sarcophages. Chaque jour était une représentation horrifique où plusieurs fantômes semblaient faire des entrées et des sorties, comme des poupées mécaniques. Nos mains rassemblaient nos cheveux en un chignon de plus en plus serré. Nos mains attrapaient les cigarettes. Nous nous placions automatiquement dans des formations rituelles. Nous voyions nos corps faire des choses contre notre volonté.
Je regardais autour de moi. Des employées d'hôtel anonymes qui se disciplinaient elles-mêmes. De petites coupures régulières et de l'eau bouillante. C'était insupportable, mais nous le supportions.Jusqu’à ce que l’une d’entre-elle disparaisse. Et même là…

Un livre impressionnant de style, hypnotique et envoûtant dans lequel tout semble rester figé hors du temps

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je me contemplai dans le miroir. J'y reconnus une femme jeune, mais déchue. Je me penchai pour presser ma bouche contre le miroir. La buée se diffusa sur le verre comme de la vapeur dans une pièce où quelqu'un avait dormi aussi profondément qu'un mort. Derrière moi, la pièce se reflétait. Sur le lit se trouvaient des épingles à cheveux, des somnifères et des culottes en coton. Sur le drap, il y avait des taches de lait et de sang. Je pensai : si quelqu'un prenait une photo de ce lit, toute personne sensée se dirait qu'il s'agit de la reconstitution du meurtre d'une petite fille ou d'un enlèvement particulièrement brutal. Je savais que la vie d'une femme pouvait se transformer à tout moment en scène de crime. Je n'avais pas encore compris que je vivais déjà dans cette scène de crime, que la scène de crime n'était pas le lit mais mon corps, que le crime avait déjà eu lieu.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Strega est un village dans la montagne que borde un lac noir. Neuf femmes de dix-neuf ans empruntent le téléphérique qui rejoint l’Hôtel Olympic. Filles de mères travailleuses et de pères invisibles, elles ont été envoyées là par leurs parents pour apprendre à devenir des femmes au foyer, en se formant au service de clients qui ne viennent jamais. Le temps s’étire, une sororité résistante s’installe comme un rêve dans le luxe des salles vides. Liqueurs et cigarettes accompagnent l’indolence de ces jeunes rebelles qui vivent dans la lumière brillante du grand parc de l’hôtel. Puis l’une d’elle disparaît. Elle a été assassinée, toutes le pressentent, car depuis l’enfance, elles le savent, la vie d’une femme peut se transformer à tout moment en scène de crime.
Dans un style exceptionnel, d’un onirisme sensuel à mi-chemin entre l’univers de Zelda Fitzgerald et le cinéma de Sofia Coppola, Strega raconte l’histoire, empreinte de lait et de sang, de neuf femmes aux prises avec un maléfice insaisissable.

Quartier d’orange

Une femme accouche dans les vagues sur la plage d’une île d’Italie.

Sur la terre pelée par les vents, une femme est étendue à la lisière des vagues. La mer épouse les contours de son corps nu.
Le visage froissé par la douleur, elle hurle dans la nuit que seules animent les étoiles d'un ciel sans lune. Les vagues effleurent la plage, caressant son corps meurtri.
Quartier d’orange de Emmanuelle Sorg
Dans un texte à l’écriture fine et poétique, Emmanuelle Sorg nous raconte cette mère et sa fille, leur relation, la vie sur l’île, et tous les non-dits…C'est un après-midi de canicule, le port est désert. Seuls quelques habitués se tassent au fond des terrasses devant un verre de prosecco glacé. L'air vibrant sous l'effet de la chaleur humide donne à la jetée une impression d'irréalité.Un court récit ou l’écriture prend la main sur une histoire à laquelle j’ai eu de la peine à m’attacher

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Un liquide tiède épouse très exactement les contours de mon corps, roulé comme un galet au fond de l'océan. Une masse protectrice dans laquelle j'évolue en douceur propage, dilué, l'écho d'un bruit sourd, régulier. Il scande l'espace indéfini dans lequel les événements se succèdent et disparaissent, dans mon univers dont je ne sais rien, si ce n'est qu'il est mobile, inconstant. Au travers de mes paupières collées, je devine les zébrures étranges d'un ciel sombre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Sur la terre pelée par les vents, une femme est étendue à la lisière des vagues. La mer épouse les contours de son corps nu.

Le visage froissé par la douleur, elle hurle dans la nuit que seules animent les étoiles d'un ciel sans lune. Les vagues effleurent la plage, caressant son corps meurtri.

Le roman d'Emmanuelle Sorg est une vague, à la fois onde et déferlante, qui raconte le destin d'une femme enceinte échouée sur une île italienne. L'enfance, le poids du passé, les secrets de famille et la nature sont au coeur de ce roman.

Les mots se balancent avec douceur, harmonie et grâce au fil de l'histoire qui se tisse et les souvenirs qui ressurgissent.

Tiohtiá:ke [Montréal]

Si l’histoire de ce jeune Innu qui se retrouve, après 10 ans de prison pour le meurtre de son père, SDF dans les rues de Montréal est touchante, le style froid et découpé de l’écriture ne m’a pas emballé autant que les magnifiques Atuk ou Maikan.

Ils forment un bien étrange clan d'éclopés, de blessés, d'assoiffés de rédemption. Randy, Charlie et Lucien semblent avoir oublié la bouteille qui mène leur vie depuis longtemps. Salomon, Madeleine et Jeannot les ont acceptés sur leur territoire comme des frères, en toute confiance. Et il doit lui aussi apprendre à faire confiance, mais c'est difficile quand on se méfie de soi-même.
Au souper, Élie est assis en face de Geronimo, l'homme qui l'a recueilli au moment où il se sentait le plus seul et qui l'a aidé sans jamais rien demander, alors que lui n'avait rien à offrir. Un instant, au milieu de rires, leurs regards se croisent. Élie aimerait pouvoir dire merci. Il aimerait parler, expliquer, mais les mots restent au fond de sa gorge nouée. Seules les larmes tombent silencieusement.
Geronimo voit les pleurs mouiller les joues rougies. Les autres aussi. Élie se lève, marche jusqu'à la rivière et la bise du soir sèche ses larmes. Deux êtres se disputent en lui. Et Élie ne sait pas lequel l'emportera.
Tiohtiá:ke [Montréal] de Jean Michel
Et pourtant, c’est une bien belle – et dure – histoire de solidarité dans les squares gelés du Québec parmi les délaissés des peuples premiers.

Un peu mélo quand même

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
NUTASHKUAN
L'odeur. Toujours pareille. Peu importe les veines dans lesquelles le sang court, son parfum âcre rappelle à ceux qui vivent leur vulnérabilité. Il y avait dans ce cœur trop de haine pour que ça se termine autrement.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Elie Mestenapeo, un jeune Innu de la Côte-Nord, au Québec, a tué son père alcoolique et violent dans une crise de rage.
Il a fait 10 ans de prison.
À sa sortie, rejeté par les siens, il prend la direction de Montréal où il rejoint rapidement une nouvelle communauté : celle des Autochtones SDF, invisibles parmi les invisibles.
Il y rencontre les jumelles innuk Mary et Tracy, Jimmy le Nakota qui distribue des repas chauds au square Cabot, au cœur de la ville, mais aussi Mafia Doc, un vieil itinérant plus ou moins médecin qui refuse de quitter sa tente alors que Montréal plonge dans le froid polaire…
Dans ce roman plein d’humanité, Michel Jean nous raconte le quotidien de ces êtres fracassés, fait d’alcool et de rixes, mais aussi de solidarité, de poésie et d'espoir.

Grand petit homme

Mais oui, Size does matter, Stanislas le sait bien. Mais cela pourrait être pire, non ?

Grand petit homme de Zanzim
Et bien oui ! Et ça va s’empirer rapidement dans cette mignonne bande dessinée qui tourne autour de ce petit personnage timide, gentiment obsédé, légèrement fétichiste et diablement timide.

Une grosse réussite au graphisme léger pour cette drôle d’historiette vraiment touchante, celle d’un petit homme au grand cœur.… Alors, BD d’incel comme j’ai pu le lire dans nombre de critiques ? Je n’arrive pas à trancher pour cette bd que j’ai innocemment lue sans trop m’interroger. Pour autant, il est intéressant de questionner certaines scènes (au regard du consentement, par exemple). Même s’il s’agit d’une BD rigolote.
Car si Stanislas semble (au début) complexé, fétichiste et voyeur… C’est surtout grand rêveur ! Et si ce n’est pas en hauteur… il va grandir !

Mais quand-même, zut pour son chat 😉

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Stanislas Rétif est un petit homme, célibataire, la trentaine, à la beauté raisonnable. Il souffre de timidité au contact des femmes. Celles-ci l'impressionnent au plus haut point.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Petit homme deviendra grand

Stanislas Rétif habite, avec son chat, un petit appartement sous les combles. Introverti, il rêve de devenir un grand homme mais sa timidité et son mètre cinquante-sept ne lui sont d’aucun secours quand il s’agit d’aborder une inconnue. Stanislas est pourtant un grand amoureux des femmes ! En travaillant dans un magasin de chaussures, rien ne le met plus en joie que d’habiller leurs pieds. Un jour, lassé de ses déboires, il fait le vœu de devenir un « grand homme » tout en caressant sa paire de bottines préférée. Ce qu’il ignore, c’est que ces bottes en cuir de vache sacrée indienne ont un pouvoir immense ! La magie opère, mais à l’envers ! Le voilà réduit à la taille d’un pouce. Comment survivre dans cet environnement devenu hostile ? C’est le début d’une nouvelle vie dans laquelle les araignées deviennent des prédateurs et où les commérages n’ont plus de secrets pour Stanislas se faufilant, invisible, dans l’intimité des foyers. Capturé par une mamie sénile, il va bientôt se retrouver dans la maison de Fleur… jeune femme qui, à la vue de ses bottes pourrait être l’une de ses clientes… Au fur et à mesure, Stanislas va apprendre à connaître Fleur, et tomber éperdument amoureux d’elle… mais aussi la voir souffrir. Car Fleur est atteinte d’un mal qui la ronge. Que peut faire Stanislas du haut de ses 11 cm ? Peut-il devenir un grand homme par son courage, la beauté de ses actes et son don de soi ?

Embarquer loin

En recopiant la quatrième de couv’ pour ce post, j’avais laissé l’espace d’un retour à la ligne et cela donnait :
« L’auteure pose sur le papier le bruit de ses pensées, les or donne, les oblige à se taire. »
Et c’est une jolie coquille, car vraiment, Sonia « or donne » au travers de ses poèmes qui parlent d’elle de façon intime et subtile.

Certaines personnes
Ont les mains lisses
De qui travaille à son bureau.
Je vois sur elles,
Égrenées tout entières,
Les journées sans soleil,
Les soirées tardives,
Et le travail immobile
Au clavier de plastique;
Mystérieuse activité, 
Invisible fabrication.
Embarquer loin de Sonia Iodice
Poésie de la beauté de l’instant présent et de celui qui passe, de la famille, de l’amour et de ce et ceux qui nous entourent

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Havre
On m'a dit ferme les yeux
Et imagine un havre tranquille,
Puise-le dans tes souvenirs
Hisse-le des mois passés,
Fais-en la terre la plus douce,
Le lieu le plus sûr.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
D'origine italienne et espagnole, Sonia Iodice a été imprégnée des cultures et des langues de ses parents : musiques, films, cuisine, proverbes, séjours aux pays. Elle a longtemps ignoré à quel point ce bagage allait lui être précieux, et a découvert, avec le temps, sa richesse. Titulaire d'un master en lettres, elle a travaillé dans l'enseignement secondaire. Depuis 2019, elle célèbre des cérémonies laïques pour des familles qui perdent un proche ou pour des couples qui souhaitent s'unir hors d'un contexte religieux. Amoureuse de la nature, de la musique et des livres, elle apprend à reconnaître les chants d'oiseaux et se baigne dans le Léman en toute saison. Elle écrit beaucoup pour les autres, et parfois pour elle, par vagues, le plus souvent pour mettre des mots sur ses émotions et cultiver un regard poétique sur le monde.

L'auteure pose sur le papier le bruit de ses pensées, les ordonne, les oblige à se taire. En fabriquant des poèmes, elle s'ancre dans un monde chaotique. Elle donne forme à ses nuits sans sommeil, aux liens familiaux, à la solitude, à la marche et parfois, à des fulgurances.

Propre

Dès le début, c’est clair : tout cela va mal finir. Aucun suspense… Et pourtant, voilà un livre bien difficile à lâcher !

Que vous a dit Madame ? Elle vous a parlé de moi ? Je suis sûre qu'elle a déclaré sous serment que sa domestique était de bonne composition, obéissante, humble, reconnaissante, silencieuse, qu'elle avait toute l'apparence de quelqu'un de bien. Et quand vous l'avez interrogée sur elle, elle a dit : « Mara López, avocate », comme si ces trois mots constituaient une véritable définition. Je vais vous en donner une autre, moi, écrivez ceci :
Elle prenait un demi-pamplemousse et un œuf à la coque sans sel au petit déjeuner.
Elle buvait un café au réveil et à huit heures elle était déjà partie.
Elle revenait à dix-huit heures et avalait une galette de riz.
Au dîner elle mangeait de la roquette et des graines, des endives et des graines, des épinards et des graines, du chou et des graines.
Ensuite, en cachette, elle s'envoyait du pain avec du fromage et un verre de vin blanc avec des médicaments.
Propre de Alia Trabucco Zerán
Plongée dans l’intimité d’une famille chilienne aisée sous les yeux de leur domestique qui vit dans une petite pièce, au fond de la cuisine et qui devient gentiment folle. Enfin… folle n’est pas vraiment le bon terme. Déprimée mais lucide ?

Et elle raconte ce qui n’a pu être évité. Le drame. Sous ses yeux.

Une géniale radiographie d’une famille bien sous tous rapport

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je m'appelle Estela, vous m'entendez ? Es-te-la Gar-ci-a.

Je ne sais pas si vous enregistrez, prenez des notes, s'il y a quelqu'un de l'autre côté en réalité, mais si vous m'entendez, si vous êtes là, je vous propose un marché je vais vous raconter une histoire et à la fin, quand je n'aurai plus rien à dire, vous me laisserez sortir d'ici.

Allô ? Personne ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Je m'appelle Estela, vous m'entendez ? Es-te-la Gar-ci-a. »

La fillette meurt. Voici le fait par lequel Estela commence son récit. Estela, qui a quitté sa famille dans le sud du Chili pour la capitale où elle travaille comme employée de maison. Estela, qui s'est occupée pendant sept ans de la jeune victime, l'a bercée, nourrie, rassurée, grondée aussi. Qui connaît chaque étape ayant mené au drame : la chienne, les rats, les aveux, le poison, le pistolet. Chaque étape jusqu'à l'inéluctable.

Un roman psychologique haletant, angoissant et addictif, à travers lequel notre époque se dessine - une société fracturée par les rapports de domination et d'argent, où les uns vivent dans l'ombre des autres...

Le journal d’Edward, hamster nihiliste (1990-1990)

Rarement un petit livre rigolo, d’apparence un peu crétine, ne m’aura fait réfléchir comme celui-ci.

Mercredi 14 mai
Réflexions sur une roue :
Ça tourne.
Ça ne sert à rien.
Ça grince.
Je n'en ferai plus.
Le journal d’Edward, hamster nihiliste (1990-1990) de Miriam Elia et Ezra Elia
Vous aussi ? dans votre enfance, vous avez eu un hamster ? Bestiole sacrifiée dans une cage métallique et condamnée à tourner encore et encore dans une roue en plastique.

Vous êtes vous réellement demandé ce qu’elle pouvait penser de sa captivité ?

Edward l’a fait. Et c’est drôle et triste comme tout

Et moi ?

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Mercredi 30 avril
C'est mon anniversaire et personne n'a l'air de l'avoir remarqué. Cela fait aujourd'hui six mois. Six mois qu'ils m'ont « acheté » à l'animalerie Tom & Jerry.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Mercredi 7 mai
Deux d'entre eux sont venus aujourd'hui, ils m'ont sorti de force de la cage et mis dans une sorte de labyrinthe improvisé. Un labyrinthe sans issue. Ils riaient et poussaient des cris perçants comme si c'était un jeu - mais je savais que ce n'en était pas un. Leur but est de venir à bout de ma volonté, de me réduire à néant. Ils peuvent bien me priver de ma liberté, ils n'auront jamais mon âme.

Je m'appelle Edward, et je suis un hamster.

L’étoile de Mo

Un petit conte avec un chaton tout choupinou qui part à la recherche de l’étoile qui sourit au fond de la forêt…

L’étoile de Mo : aventures forestières de Yeonju Choi
Une forêt où tout le monde est gentil… mais fais bien attention à l’ours !

Une jolie histoire de peurs qui ne fait pas trop peur

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Notre histoire commence par une froide nuit d'automne...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
C'était la nuit, et Mo tournait et se retournait dans son lit quand soudain une lumière apparût, une lumière qui souriait. Ni une ni deux, Mo mit son écharpe et s'en alla dans la forêt pour découvrir d'où elle venait... Mo interrogea tous les animaux qu'il rencontra... avant de pouvoir, enfin, se recoucher. Un roman pour les 8-10 relié sur papier toilé, illustré à la plume, au charme délicieux.