Roche papier citalopram : sélection de la lectrice digeste

Quelle surprise (heureuse) de découvrir ce petit livre de Madame Bijou ! Moi qui m’attendais à des collages drôles (il en reste !) aux subtils messages cachés derrière une franche rigolade, j’ai bien mis une ou deux pages à me ressaisir et à changer mon axe de lecture pour me retrouver dans une autobiographie familiale au ton légèrement décalé et à l’intime sincérité fort touchante.

Drame vécu
Le concert de cristal
En 2003, une semaine avant l'Halloween, Francine, la confidente et massothérapeute de ma mère, avait le feeling que notre maison était peut-être hantée et elle a offert à maman d'organiser un concert de cristal chez nous, pour purifier notre demeure et apaiser l'esprit tourmenté de mon frère. Ma mère avait confiance en Francine. C'était une femme de son cercle Al-Anon (groupe de soutien pour les proches des membres AA) qui les avait mises en contact. Elle était mince, blonde, douce et savait percevoir le « chaos intérieur » qui habitait ses clientes.
Roche papier citalopram : sélection de la lectrice digeste de Sara Hebert
Sara Hebert nous parle de ses troubles anxieux, de sa famille, de ses fragilités et des réponses qu’elle (et toute sa famille) ont trouvé pour tenter de trouver un équilibre.

Avec humour et autodérision, voici toutes les réponses à vos troubles anxieux : certaines pourraient surprendre, ce sont les plus drôles

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le mot anxiété viendrait du latin anxietas, formé à partir du verbe angere qui signifie « oppresser, serrer la gorge ». On entend souvent que l'anxiété n'était pas considérée comme une maladie avant le 19e siècle, mais ce n'est pas tout à fait vrai. Les sensations physiques et psychiques qui en découlent sont décrites dans le Corpus hippocratique, un recueil de livres de médecine rédigé il y a plus de deux mille ans, attribué à Hippocrate et ses disciples. Il est vrai, cependant, que le terme a disparu de la littérature médicale, à partir de l'Antiquité classique jusqu'à l'avènement de la psychiatrie moderne. Durant cette vaste période, des humains souffrant d'anxiété ont existé, mais ils étaient diagnostiqués en d'autres termes.
Au 17e siècle, par exemple, le mot mélancolie référait autant à la dépression qu'à l'anxiété. L'écrivain anglais Robert Burton en évoque d'ailleurs des symptômes dans son Anatomie de la mélancolie publiée en 1621.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Sara Hébert, artiste collagiste et écrivaine connue également sous le nom de Madame Bijou, signe avec Roche papier citalopram un essai littéraire hybride abordant cette étrange relation entre santé mentale et capitalisme. Pastichant avec tendresse le fameux Reader’s Digest, elle propose une réflexion intime sur les bouées spirituelles que nos sociétés offrent devant certaines fêlures personnelles et collectives et sur la marchandisation du bien-être. Elle traite sans fard de son propre trouble anxieux, des médecines alternatives utilisées par ses parents, de l’histoire de la médication moderne et, par le truchement de l’humour et de collages hilarants, tente de déboulonner la honte qui va trop souvent de pair avec les enjeux de santé mentale. Interrogeant le vivant de façon décalée, culottée et documentée, le texte est paru dans la collection « Brûlot ».

Rendez-vous

Martina (ou presque Martina) a la cinquantaine. Déjà, ça commence pas trop bien. Seule et pas super à l’aise avec ses paupières et elle même. Les solutions ? Tinder et un psy ! Mais un psy plutôt original qui l’invite à rechercher sa force dans des oeuvres d’art. Direction Martigny, New-York, Vienne ou Amsterdam. Pour ce qui est de Tinder, ça sera direction Paris.

 - Vous me prescrivez d'aller voir Le Faux Miroir de Magritte à New York. Indépendamment du fait que ce sera plus coûteux que des pilules roses vendues par la big pharma helvétique, ce qui n'est pas peu dire, le résultat risque d'être au moins aussi aléatoire non ?
 - C'est comme pour tout traitement. Le secret n'est pas dans le médicament lui-même, mais dans le rapport bénéfice-risque. Vous avez à mon sens plus de chance que ce voyage et cette rencontre avec Magritte vous fassent du bien que d'ingérer une molécule pendant des mois sans rien transformer dans votre vie ou plutôt, dans votre vision de la vie.
Rendez-vous de Martina Chyba

Un livre très drôle (en tout cas au début) avec une écriture pleine d’autodérision et de fatalisme enjoué. Puis, petit à petit, Martina entre dans la viande, le dur… La vie n’est jamais simple longtemps.

Petit.
Je le regarde et il me regarde.
Comment ce que je vois peut-il me donner de la force?
Un tableau peut-il murmurer? Oui, définitivement, il peut. Et voici ce qu'il dit: arrête de tout voir toujours en noir, d'imaginer une guerre nucléaire à chaque coin de rue, de croire que tu vas te retrouver à la rue, sans boulot, sans enfants, sans amour, sans rien d'autre que tes articulations pourries, ton hypertension et ton cerveau déréglé qui te feront souffrir, arrête de croire que tu mourras seule bouffée par ton chat ou que tu finiras dans une maison de retraite avec repas à 17h30, extinction des feux à 19 heures et extinction définitive au bout de dix-huit mois en moyenne.

Un titre très amusant qui peut donc se comprendre de plusieurs manières. Parle-t-elle de ses rendez-vous ou est-ce une invitation à se rendre, à accepter sa vie et cesser le combat ?

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Mon gynécologue est un homme charmant. C'est le seul homme de ma vie devant lequel je me suis intégralement déshabillée après seulement cinq minutes de discussion.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« J'ai rendez-vous. Avec un homme. Au bas des marches du Sacré- Coeur, à Paris. Je ne le connais pas. C'est un site de rencontres qui nous a mis en contact par erreur. Il va peut-être me découper en rondelles et on ne découvrira jamais mon corps. Ou passer la nuit avec moi et disparaître. Ce n'est pas gagné. Mais ce n'est pas perdu non plus. Il faut essayer.

Je fais partie d'une génération pathétique, révoltée contre rien mais fatiguée de tout, persuadée d'avoir trente ans dans sa tête et dans sa chair, mais désespérée d'en avoir cinquante dans ses artères et dans son job.

J'ai rendez-vous. Avec moi-même. Et pour m'aider, j'ai un psy. Comme les autres, il prescrit des traitements. Mais ce ne sont ni des antidépresseurs, ni des anxiolytiques, ni des somnifères, ni des tisanes, ni des séjours en clinique, ni des stages de méditation.

Mon psy à moi ne prescrit que des oeuvres d'art. Et me demande de les contempler dans les musées en me posant une seule question : Comment ce que je vois peut-il me donner de la force ? »

L'héroïne de ce roman, inspirée par le vécu de l'auteure, cumule les rôles et les défis, entre travail, enfants, deuils, années qui passent, déménagement et amours compliquées. Avec un seul objectif : rester vivante, toujours. Ce livre plein d'humour et sans complexe nous aide à avancer (car ce n'est pas comme si on avait le choix, n'est-ce pas ?) en explorant le pouvoir réparateur des oeuvres d'art

Une fille sans fusil

A l’heure ou le parlement Suisse discute des notions de viol et de consentement, la lecture de ce tout petit livre m’a semblé absolument d’actualité.

— Vous avez été violée, madame.
— Je n'ai pas dit non.
— Vous avez été violée.
Une fille sans fusil de Paule Baillargeon

Par petits bouts, une femme en psychothérapie parle des agressions sexuelles, viols et harcèlements dont elle a été victime plus jeune.

— Qui voulez-vous sauver?
— Moi-même. Je veux me sauver moi-même.
Comment fait-on quand on est une jeune femme et qu'on veut s'acheter un fusil. Ça semble insurmontable. Pourtant, je m'imagine bien avec un fusil de chasse dans les mains. Comme dans le film La peau douce, de François Truffaut, quand la femme de Jean Desailly le tue avec un fusil de chasse parce qu'il l'a trompée avec Françoise Dorléac hôtesse de l'air. Quelle action radicale, pour une femme.

Un micro roman glaçant. Elle voulait être Jeanne d’Arc, donnez-lui une épée !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je lui ai dit que je vivais dans l'horreur d'une profonde nuit. Oui. Cette nuit-là. Ces mots ne sont pas de moi bien entendu mais de Jean Racine dans sa pièce Athalie : "C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit..."


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quatorze fois Huguette a été harcelée, touchée, embrassée contre son gré, violée. Quatorze fois elle s’est relevée, grelottante de honte ou couverte de sang. Et, comme toutes les Huguette, elle s’est refermée sur ses secrets. Quatorze fois, Huguette a survécu. Aujourd’hui qu’elle est vieille, lui reviennent les mots d’un poème ancien : « Ô madame, pourquoi ce chagrin qui vous suit ? » Alors, Huguette s’attelle à extraire de sa mémoire ces événements qui l’ont marquée. Exilée dans un conteneur sans fenêtre, au milieu d’un paysage beau et aride (comme dans son film préféré, L’homme sans passé), elle se consacre tout entière à la tâche. Une fille sans fusil est son histoire, celle d’une Huguette qui aurait voulu être Jeanne d’Arc

Sidérations

Voilà un livre qui embrasse tout l’univers. Tant que ça risque d’en être trop. Pourtant, Richard Powers semble réussir à rester sur le fil.

Dans une Amérique qui sombre dans la fin des année Trump (même s’il n’est jamais nommé), en plein effondrement environnemental (oui, nous y sommes), un père astronome spécialisé dans la recherche de vie extraterrestre se débat avec son fils et ses difficultés à gérer sa colère alors qu’ils sont les deux en plein deuil de la perte de leur femme et mère.

Sidérations de Richard Powers

Ils tentent alors une thérapie expérimentale qui permettra à l’enfant de mieux gérer ses émotions à l’aide d’une intelligence artificielle. Après quelques approximations déontologiques dans le traitement, le livre sombre lentement, à l’instar de notre terre, dans une autodestruction qui semble inéluctable.

Sidération à la fin du livre ! Ne sachant si j’ai vraiment aimé, si je trouve le résultat kitsch ou brillant, candide ou convaincant… Oui, sidéré !

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Depuis la mort de sa femme, Theo Byrne, un astro-biologiste, élève seul Robin, leur enfant de neuf ans. Attachant et sensible, le jeune garçon se passionne pour les animaux qu'il peut dessiner des heures durant. Mais il est aussi sujet à des crises de rage qui laissent son père démuni.
Pour l'apaiser, ce dernier l'emmène camper dans la nature ou visiter le cosmos. Chaque soir, père et fils explorent ensemble une exoplanète et tentent de percer le mystère de l'origine de la vie.
Le retour à la « réalité » est souvent brutal. Quand Robin est exclu de l'école à la suite d'une nouvelle crise, son père est mis en demeure de le faire soigner.
Au mal-être et à la singularité de l'enfant, les médecins ne répondent que par la médication. Refusant cette option, Theo se tourne vers un neurologue conduisant une thérapie expérimentale digne d'un roman de science- fiction. Par le biais de l'intelligence artificielle, Robin va s'entraîner à développer son empathie et à contrôler ses émotions.
Après quelques séances, les résultats sont stupéfiants.
Mettant en scène un père et son fils dans une Amérique au bord du chaos politique et climatique, Richard Powers signe un roman magistral, brillant d'intelligence et d'une rare force émotionnelle, questionnant notre place dans l'univers et nous amenant à reconsidérer nos liens avec le vivant

30 ans (10 ans de thérapie) : journal d’une éternelle insatisfaite

Une série de chroniques parfois hilarantes, drôles, cocasses ou un peu lassantes (au bout d’un moment… ma foi)

30 ans (10 ans de thérapie) : journal d'une éternelle insatisfaite de Nora Hamzawi
30 ans (10 ans de thérapie) : journal d’une éternelle insatisfaite de Nora Hamzawi

Un super bouquin à laisser dans des toilettes sans réseau pour des grosses commissions de sourires et de clins d’œil entendus sur les dérisoires emmerdements qui pourrissent le bonheur simple de la sieste.

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Obsessionnelle, parano et hypocondriaque, Nora Hamzawi partage ses petites angoisses ordinaires avec humour et autodérision.

À mi-chemin entre séances chez le psy et journal intime, elle décortique des scènes de nos vies pour mieux y trouver sa place.

Comment fait-on pour avoir l'air à l'aise en soirée ? Qui sont ces gens qui fréquentent les stations de skis ? Y a-t-il un âge pour arrêter de regarder La Boum ? Pourquoi est-ce qu'on est obligé de se tutoyer dans les magasins bios ?

Son regard sur le monde, sa perception des situations et son désarroi, amusé et sensible, révèlent l'absurdité et la folie du quotidien.

En bref, si vous vous demandez régulièrement si vous êtes normal ou à côté de la plaque, cette introspection sans filtre devrait vous aider à relativiser !

Eleanor Oliphant va très bien

Ça ressemble à du feel-good… Et c’est quand même un petit peu plus que ça, même si elle va très bien. L’histoire dure, douce et tendre d’une inadaptée sociale au lourd passif. Une vie terne et perdue dans la solitude noyée à la vodka.

Eleanor Oliphant va très bien de Gail Honeyman
Eleanor Oliphant va très bien de Gail Honeyman

Avec une jolie dédicace aux amateurs peu soigneux des bibliothèques qui m’a fait bien sourire dans ce livre qui ne manque pas d’humour.

Et une méchante coquille de la traductrice, Aline Azoulay-Pacvoñ qui failli clore cette lecture prématurément. Madame, lorsque les docteurs (esses!) sont des femmes… parlez d’elles, s’il vous plait.

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dotée d'une culture générale supérieure à la moyenne, peu soucieuse des bonnes manières et du vernis social, elle dit les choses telles qu'elle les pense, sans fard, sans ambages. Fidèle à sa devise « Mieux vaut être seule que mal accompagnée », Eleanor évite ses semblables et préfère passer ses samedis soir en compagnie d'une bouteille de vodka.

Rien ne manque à sa vie minutieusement réglée et rythmée par ses conversations téléphoniques hebdomadaires avec « maman ».

Mais tout change te jour où elle s'éprend du chanteur d'un groupe de rock à la mode. Décidée à conquérir l'objet de son désir, Eleanor se lance dans un véritable marathon de transformations. Sur son chemin, elle croise aussi Raymond, un collègue qui sous des airs négligés va lui faire repousser ses limites.

Car en naviguant sur les eaux tumultueuses de son obsession amoureuse et de sa relation à distance avec « maman », Eleanor découvre que, parfois, même une entité autosuffisante a besoin d'un ami...

La consolation

Un livre comme une thérapie, un témoignage.

La consolation de Flavie Flament
La consolation de Flavie Flament

Un cri pour une vie à reconstruire.

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Que ceux qui dorment tranquilles sur l'oreiller de mon silence poli depuis tant d'années comprennent leur méprise : la petite fille que j'étais a toujours crié au fond de moi, et n'a jamais douté de la cause de son indignation.

Le silence a cette vertu de paraître éternel. Mais tant qu'on est vivant, on peut le briser.
F.F.

« À tous ces enfants réduits au silence, à qui la mémoire et la parole sont revenues trop tard. »