Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Catégorie : Albums et BD
Bandes dessinées, romans graphiques, albums, récits graphiques, livres d’images, beaux livres, romans photos… Tous genres confondus
C’est beau, tendre, délicat, subtil. Carton plein pour Karl !Karl de Cyril BoninLe dessin (et ses chaudes palettes de couleurs) de Cyril Bonin est tout à fait remarquable, il est immédiatement identifiable et plus encore aujourd’hui où la majorité des bandes dessinées sont réalisées numériquement. Le traitement de l’histoire également. Un déroulement qui prend son temps, un univers poétique, un équilibre fin entre textes et images, entre dit et non-dit.
Une histoire de robot pleine d’humanité
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) J'espère que vous avez été satisfaite de nos services, Mlle Brooks. Votre père avait déjà pris des dispositions et nous nous sommes efforcés de la respecter.
C'était très bien. Merci.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Charles Brooks, riche banquier fantasque, meurt dans un accident de voiture aux circonstances troubles. Sa fille, Magda qui ne l’a pas vu depuis près de dix ans, hérite de sa vaste demeure.
Alors qu’elle ouvre une à une toutes les pièces de la maison elle découvre, glissé dans une housse, un robot bleu acier mis en veille…
C’est Karl, l’androïde-majordome de son père disparu.
Pour Magda, qui préfère les relations humaines aux technologies, Karl n’est qu’un objet froid. Que va-t-il lui révéler quand elle décide de le rallumer… ?
C’est un genre d’humour que j’affectionne tout particulièrement. En plus, ici, c’est souvent franchement très drôle !Fables bucoliques autogérées de PopolitiqueUne bande dessinée qui n’est pas sans rappeler le Petit traité d’écologie sauvage d’Alessandro Pignocchi et ses sublimes aquarelles. Certes, ici, pas de dessins au style aussi impressionnant, mais des comptines bien affirmées et un rythme rapide. Un vrai bonheur.
Un album activiste parfois inégal mais dont certaines pages méritent amplement d’être sauvées de l’autodafé par ce pauvre colibri
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Un jour, la catastrophe arriva. Un immense incendie s'était déclaré dans la vieille forêt.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Les Fables bucoliques autogérées invitent à imaginer ce qu'il se produirait si tout ce qui constitue le vivant, les animaux, les plantes, se mettait à réfléchir, parler et se comporter comme les êtres humains.
Des planctons imaginent en quel plastique ou hydrocarbure ils seront transformés. Des loups déconstruisent le mythe du mâle alpha. Des poules se mettent à penser que c'était mieux avant, quand elles étaient de gros dinosaures. Et les fourmis sont bien entendu marxistes et rêvent du grand soir. À travers ces fables, tous ces êtres vivants deviennent enfin des acteurs politiques, au sens large.
Non, l’histoire de la Suisse n’est pas faite que d’un long fleuve tranquille bercé par la paix du travail. L’armée fut parfois convoquée et a même tiré sur la foule en 1932 à Genève.La révolte des cigarières de Éric Burnand, aquarelles de Fanny VaucherCette bande-dessinée raconte une de ces révoltes en 1907, celle d’ouvrières dans une usine de cigares à Yverdon. Des salaires de misères, des amendes, des conditions de travail et des habitations insalubres, des pressions et des connivences politiques, l’intervention de l’armée…
Les aquarelles sont très vivantes et l’album est complété d’un petit dossier qui donne envie d’en savoir encore plus. Et en allant plus loin, il est même possible de comprendre pourquoi un club de foot antifasciste à Lausanne s’appelle le FC Hardegger
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Villa Fleur d'eau à Grandson, près d'Yverdon, propriété des frères Vautier, fabricants de cigares.
Le 6 juin 1906
Oh ! Petite dévergondée... Tu as à peine 18 ans...
Je ne peux pas te garder à notre service dans cet état.
Qui est le père ?
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Cette nouvelle bande dessinée d’Eric Burnand et de Fanny Vaucher retrace un événement majeur de l’histoire sociale suisse: la révolte, en 1907, des «petites mains» féminines de la fabrique de tabacs Vautier, aujourd’hui disparue.
Les cigarières d’Yverdon furent les premières en Suisse à organiser une grève entièrement menée par des femmes.
Quand Sara débarque en 1907 dans la fabrique de cigares de la petite ville d’Yverdon, la colère gronde. Salaires dérisoires, horaires épuisants, conditions de travail déplorables et, en prime, l’interdiction de se syndiquer : les ouvrières n’en peuvent plus !
La révolte qui s’annonce va ébranler la bonne société locale, révéler des clivages parmi les cigarières et faire éclater un secret de famille. Sara, Lucie, Berthe et les autres vont-elles en sortir indemnes ?
Au fil de cette bande dessinée, Fanny Vaucher (aquarelles) et Eric Burnand (scénario) nous plongent dans l’histoire captivante de la première grève menée par des femmes en Suisse.
Un dossier thématique richement illustré de documents et photos d’archives expose en fin d’ouvrage le contexte et la situation des ouvrières au début du 20e siècle.
Après être passé (un peu péniblement, je l’avoue) sur la gamme chromatique, j’ai réussi à entrer dans cet album qui m’a rapidement emporté. Une histoire où la vie côtoie la mort dans un cycle qui pourrait sembler naturel… s’il n’y avait léthalyte, la route et ses voitures.Alyte de Jérémie MoreauUn conte qui remet un peu les pieds sur terre en rappelant la dure réalité des chaînes alimentaires et l’emprise toujours grandissante de l’humain sur son environnement.
Et pourtant, aussi brutale et implacable soit elle, Jérémie Moreau arrive à mettre beaucoup de poésie (un poil mièvre) à cette démonstration
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Il est temps de retrouver Lymphore, mes enfants.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Soudain, un vacarme vrombissant déchire le crépuscule. Lorsque revient le silence, un crapaud gît sur le bitume. Regroupant ses dernières forces, il porte son chapelet d'oeufs jusqu'aux eaux salvatrices de l'étang - et du seul oeuf indemne éclot un têtard orphelin : Alyte est un survivant. A peine né, et déjà il faut se battre ! échapper aux oiseaux, aux ours et autres dieux du monde de la rivière. Heureusement, un saumon lui montre comment se servir des courants et déjouer les pièges. Ce saumon s'appelle Iode, c'est son premier ami. Plus tard, Alyte rencontrera un chevreau et un aigle ; un hibou, et enfin Axon, le plus vieil arbre de la forêt. Chacun d'eux lui parlera du monde à sa façon, l'éveillant à ses beautés. Et bientôt viendra le temps pour Alyte de prendre soin, à son tour, d'un nouveau chapelet d'oeufs. Il lui faudra alors, comme son père avant lui, franchir la léthalyte. Cette ligne droite qui traverse la forêt et gronde à l'approche des animaux. Cette ligne noire qui les fauche sans raison, face à laquelle le minuscule Alyte n'a presque rien à opposer, sinon son immense soif de vie. Après Le Discours de la panthère, Jérémie Moreau continue son exploration du sauvage qui vit à nos côtés, aussi proche qu'invisible. Parmi la multitude de drames qui s'y jouent, il choisit de mettre en scène le plus redoutable : celui de la confrontation avec un monde humain absurde et aveugle, sa violence mortifère, sans but et sans égards. Avec Alyte, un Jérémie Moreau toujours plus virtuose invite son lecteur à changer son rapport au vivant et entrer, comme ce valeureux crapaud, en résistance.
Premier tome de la collection BD-Cul des Requins marteaux, cette Comtesse est absolument charmante.Comtesse de Aude PicaultUne petite bd à l’allure d’un pulp qui à pourtant la délicatesse d’un fruit tropical juste sucré par le soleil.Un album qui illustre à la perfection que parfois un dessin remplace cent-mille mots
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Il est des terres chaudes et humides où je mettrais bien le doigt.
Ferdinand Magellan
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La Comtesse est une jeune femme ignorante des mystères du sexe.
C’est toute fraîche et vierge qu’elle s’apprête à passer sa nuit de noces.
Son mari, vieux, moche et rabougri la laisse au matin écœurée à jamais du plaisir en chambre…
À jamais ? C’est sans compter sur la fougue de son personnel de maison !
Dès que son époux quitte le château, le valet, de ses assauts répétés, ramènera bien vite le rouge aux joues de la Comtesse
Durant plus de quinze ans (à la louche), je me suis réjoui, ado puis adulte, tous les mois, en découvrant le nouveau Fluide Glacial ! Sans jamais louper un numéro, il a fait partie de ma vie comme aucun autre livre, journal ou magazine. Une relation unique. Après, je ne sais pas, j’ai du devenir vieux ou con, je sais pas trop, mais je l’ai délaissé.Il était une fois Fluide GlacialCiter tous les auteurs serait trop long, mais quelle incroyable équipe ! Combien de talents sont passés par là ! Bien sûr, Gotlib, génial co-fondateurs ! Mais Alexis, Léandri, Gossens, Édika, Binet, Hugo, Lob, Solé, Lelong, Giménez, Franquin, Foerster, Ralph König, Tronchet, Maëster, Moerell, Coyote, Margerin, Blutch, Bretecher, Gaudelette, Larcenet, Sattouf, Vuillemin, Fabcaro… Pour ne citer que ceux qui m’ont le plus marqué (témoignage certainement de la période de mes lectures (en noir et blanc à mon époque) et non de la qualité de tous les auteurs qui ont suivi). Alors pardon à tous les autres !
Merci Fluide, merci pour ce recueil anniversaire qui, comme une madeleine, réveille tous ces souvenirs instantanément
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je me revois encore marmot, ce beau matin brumeux, dans ma Meurthe-et-Moselle natale, poussant la porte du PMU de ma cité (Chez Colette) pour aller acheter mes Gauloises.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Il était une fois Fluide Glacial, un magazine d'umour et bandessinées crée en 1975 par Marcel Gotlib et Jacques Diament...
Depuis 40 ans, des centaines d'artistes (dessinateurs, scénaristes, rédacteurs, etc.) ont contribué à son succès et à le rendre culte.
Trois histoires aux formats très différents et aux images très explicites.Troubles fêtes de Loisel, textes de Rose Le GuirecCentaure, sous-bois ou Venise, Loisel partage ses brûlants fantasmes avec les textes non moins torrides de Rose Le Guirec.
Un beau livre d’images tout en courbes et en rondeurs qui m’a laissé malgré tout le sentiment d’un projet rapiécé et inabouti
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Et quand bien même il en viendrait mille autres, plus belles encore, dans un monde moins cruel...
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Le mythe du centaure, la chaleur des Feux de la Saint Jean et les vertiges du carnaval de Venise revisités par Rose le Guirec et Monsieur Régis Loisel, voilà ce qui attend celles et ceux qui se plongeront dans ces textes et illustrations délicieusement érotiques. A mettre dans toutes les mains averties !
C’est avec un style plutôt minimaliste et presque en retrait que Didier Tronchet au scénario et Christian Durieux au dessin ont choisi d’adapter le roman d’Erri De Luca.Le jour avant le bonheur de Didier Tronchet, dessins et couleurs de Christian Durieux d’après le roman de Erri De LucaEt cette absence d’effets visuels permet à toute la poésie du récit de s’épanouir. L’histoire sensible de la jeunesse d’un orphelin à Naples, avec les enfants qui jouent dans la rue et le linge qui pend au-dessus, la mafia qui n’est jamais loin et la scopa sur une table en formica.C’est le temps de la guerre et celui des premières passions pour Erri
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Dans ce vieux quartier du Naples de l'après-guerre, la cour de mon immeuble était constamment plongée dans l'ombre.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Nous sommes à Naples, dans l’immédiat après-guerre. Un jeune orphelin, vit sous la protection du concierge, Don Gaetano. Il passe du temps avec lui, pour parler des années de guerre et de la libération de la ville par les Napolitains. Mais Don Gaetano possède un autre don : il lit dans les pensées des gens, et il sait par conséquent que son jeune protégé reste hanté par l’image d’une jeune fille entraperçue un jour derrière une vitre, par hasard, lors d’une partie de football dans la cour de l’immeuble. Quand la jeune fille revient des années plus tard, le narrateur aura plus que jamais besoin de l’aide de Don Gaetano...
Didier Tronchet adapte le roman d’Erri De Luca en une bande dessinée fluide et poétique, tandis que Christian Durieux recrée la cour de l’immeuble en un petit théâtre d’ombres et de lumières qui donne à cette fable une touche de merveilleux, avec un dessin élégant et mélancolique.
Ce recueil de trois albums (Petit traité d’écologie sauvage, La cosmologie du futur, Mythopoïèse) ébloui tout d’abord par la qualité de ses aquarelles. C’est magnifique !Petit traité d’écologie sauvage : intégrale de Alessandro PignocchiPuis, vient l’humour et l’absurde (hélas absurde). Animiste et antispéciste, l’humanité reprend sa place sur terre (enfin, presque).Certes, certaines blagues tirent un peu en longueur et au fil des trois albums, le sujet se politise de plus en plus au détriment de la fraicheur et de l’efficacité.
Mais quel bonheur de nous voir scrutés par un anthropologue Jivaro et d’en rire avec les mésanges
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Vous allez être en retard à la réunion du G20, monsieur le président.
J'arrive, j'arrive, je remets un bousier sur ses pattes.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Les plantes et les animaux sont désormais perçus comme des partenaires sociaux ordinaires. Le pouvoir ne fait plus envie à personne, pas même à nos hommes politiques. Autrement dit, l`animisme des Indiens d`Amazonie est devenu la penséedominante.
La culture occidentale moderne, quant à elle, ne subsiste plus que dans quelques petits villages français où un anthropologue jivaro l`étudie et tente avec passion de sauver les dernières fermes d`élevage intensif, les derniers bars PMU et le rituel de la pêche à la ligne.
Dans cette fiction autobiographique, Dominique Grange raconte la vie de Elise, militante maoïste en France dans les années 60-70. Mis en images magnifiquement par Tardi, cette bande dessinée offre un point de vue central, immergé, sur la vie de jeunes gens qui ont cru et se sont battus pour un monde plus juste, moins raciste, plus respectueux.Elise et les nouveaux partisans de Dominique Grange, dessins de Jacques TardiUne lutte qui peut paraitre pleine de candeur face à la démesure des moyens et la violente répression auxquels ils et elles firent face.
Un album qui pêche possiblement par sa volonté de trop en raconter et qui aurait peut-être gagné à une tomaison ou à plus d’aération tant il est dense.
Un témoignage intime et vécu sur les luttes anticolonialistes, la violence policière et le racisme qui la gangraine, le pouvoir aux mains des entreprises et du capital et finalement, sur les idéologies militantes
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je suis « montée » à Paris en 1958, pour y poursuivre mes études. En Algérie, depuis 4 ans déjà, c'était la GUERRE, une guerre de libération nationale que le gouvernement français persistait à appeler « les évènements d'Algérie » !
Très vite, grâce à Malika, une jeune Algérienne qui travaillait au restau, j'ai compris que des populations différentes peuvent co-exister dans une même ville, sans rien savoir l'une de l'autre
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Elise, jeune chanteuse « montée » de Lyon à Paris en 1958 pour tenter sa chance, tourne le dos au showbiz suite au mouvement contestataire de Mai 68. Refusant le « retour à la normale », elle rejoint le maquis des luttes contre l'exploitation, les injustices sociales, le racisme. Un parcours atypique qui nous mène de la guerre d'Algérie jusqu'à la fin des années 70 et dont le personnage central s'incarne dans des images riches et parfois glaçantes.
Elise et les Nouveaux Partisans entraîne le lecteur, avec toute l'acuité du vécu mêlé au romanesque, dans le sillage de cette jeune femme qui se définit elle-même comme « engagée à perpétuité ».
Tardi et Dominique Grange signent ici un roman graphique intense et passionnant, dont l'écho résonne aujourd'hui plus fortement que jamais, dans une France toujours déchirée par les inégalités et les injustices.