Le cocon

Cette biographie dessinée de Judith Scott est déchirante. Si le dessin a mis un peu de temps à me convaincre, l’histoire de cette artiste trisomique et sourde est emblématique du sort des personnes handicapées au siècle précédent (et ce n’est pas si vieux !).

Le cocon de Alexandre De Moté, dessins et couleurs de Natacha Sicaud, avec une préface de Lucienne Peiry
Le parallele avec Mon vrai nom est Elisabeth est évident. Incompétence, maltraitance, camisole chimique, isolement, brutalité, chirurgie, absence d’empathie… la vie en institution pouvait (sans généralisation !) être inhumaine.Mais c’est aussi l’histoire de sœurs jumelles, de séparation et de retrouvailles, d’amour et de lien

Une bio préfacée par Lucienne Peiry, ex-directrice de la magnifique collection d’art brut de Lausanne qui lui consacra une exposition en 2001
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Alors, les filles, on rêve d'un beau mariage ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Née en 1943 dans l’Ohio, Judith Scott est atteinte de trisomie 21 et de surdité. Dans l’Amérique des années 1950, son handicap est mal compris : jugée « inapte », elle est séparée de sa famille et surtout de sa sœur jumelle, Joyce, avec qui elle entretenait un lien profond malgré l’absence de langage verbal commun. Commence alors pour Judith une longue période d’institutionnalisation, loin des siens.

Trente-cinq ans plus tard, Joyce parvient à obtenir la tutelle de sa sœur et lui offre une nouvelle vie. Installée à Oakland, Judith rejoint le Creative Growth Art Center. C’est là, à 44 ans, qu’elle découvre la sculpture textile : des objets enveloppés de fils, des formes mystérieuses et organiques qui deviennent son mode d’expression privilégié. À travers ces œuvres singulières, Judith tisse un langage propre, intime, presque thérapeutique, et se reconnecte peu à peu au monde. Aujourd’hui, elle est reconnue comme une figure majeure de l’Art Brut.

Basée sur une documentation riche, cette biographie retrace le destin exceptionnel de Judith Scott (1943-2005). De l’enfance brisée à l’émergence de son œuvre, elle interroge notre rapport à la différence, à la création et à l’inclusion. Préfacé par Lucienne Peiry, historienne de l’art et ancienne directrice de la Collection de l’Art Brut à Lausanne, ce roman graphique bouleversant signé Natacha Sicaud et Alexandre de Moté nous invite à regarder autrement l’art et le handicap.

Juste après la vague

Tiré du roman éponyme de Sandrine Collette, cette vague explore les dilemmes insolubles, la culpabilité et la force des liens familiaux.
Le tout dans une insoutenable tension post-apocalyptique.

Juste après la vague de Dominique Monféry, d’après le roman de Sandrine Collette
Le traitement du scénario et les dessins de Dominique Monféry sont parfaits. Le trait est fin, soutenu par des aquarelles au service de l’histoire avec des planches d’une grande beauté.C’est beau et bien et, en plus, porteur de messages forts

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Coucou mes belles !
C'est moi que voilà !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une vague géante déferle sur le monde et engloutit tout sur son passage. Le monde que connaissait Louie et sa famille a disparu, mais eux ont survécu. Du haut de leur colline devenue îlot, leur quotidien est étrangement tranquille et bien réglé : maman prépare le café, les enfants se lèvent grâce à la délicieuse odeur des tartines grillées, papa récolte les œufs frais du matin tandis que la mer, elle, monte chaque jour un peu plus.

Les parents n'ont d'autres choix que de faire face à la montée des eaux. Seulement, il n'y a pas assez de place dans la barque. Quels enfants laisser derrière ? Sera-t-il possible de revenir les chercher ? Seront-ils capables de survivre jusque-là ?

D'après le roman de Sandrine Collette

Corto Maltese : le jour d’avant

C’était mieux (le jour d’) avant.

Lucky-Luke, Blake et Mortimer, Asterix… Tous ces héros sont bien malmenés pour des petits sous, souvent piètrement gagnés.

Corto Maltese : le jour d’avant de Martin Quenehen, dessins de Bastien Vivès, d’après l’oeuvre de Hugo Pratt
Ce Corto vieilli et post moderne m’a semblé tellement hors contexte qu’il aurait pu s’appeler Obelix au Pacifique qu’il ne m’aurait pas beaucoup plus surpris.

Oui, le dessin reste peut-être intéressant (un poil bâclé) et plein de mouvement. Mais avec ce scénario qui brasse de l’air il ne reste plus que du vent

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Nouvelle vague de chaleur en plein automne...
... de bien mauvais augure pour la saison des feux.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
De passage à Sydney en 2022, Corto tente d’aider Marcus, un ami pirate alors en pleine addiction narcotique. Et quoi de mieux pour le sortir de ce marasme qu’une nouvelle aventure ? Celle-ci leur est proposée par l’avocate d’un groupe d’eco-warriors dont l’une des membres a été arrêtée dans les îles Tuvalu, en plein océan Pacifique. D’origine chinoise, elle risque d’être remise aux autorités de son pays et a soufflé à son avocate le nom de Corto Maltese, comme son ultime chance de liberté... Avec Marcus aux commandes d’un hydravion en sale état, Corto et sa commanditaire s’envolent pour ces îles, premières victimes du dérèglement climatique qui provoque la montée du niveau des mers.

La fragilité des hommes

Cette fragilité est pleine d’une puissance magnifique.

La fragilité des hommes de Zabus, dessins de Nicoby, couleurs de Pierre Jeanneau, Laurence et Salomé Ory
Cet album sensible touche au cœur des hommes et de leur foutue virilité comme le chante Marguerite.

Un bijou de théâtre de la vie dans village un peu… Mouais avec des hommes appuyés au zinc et bien en peine avec leurs émotions

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Cette histoire commence ici, chez moi. Ici où rien ne se passe, ici où personne ne parierait que les événements à venir auront bel et bien lieu.
Et pourtant...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Cette histoire se passe là où rien ne se passe... à Mouais, une petite ville que les jeunes ont quitté pour travailler ailleurs et où les vieux sont morts. Ceux qui y restent ont simplement oublié de partir. Mais Fanny débarque en ville... La comédienne compte bien glaner les histoires de chacun pour en composer un spectacle de rue.

Sauf qu'à Mouais, on ne parle pas d'intime, et encore moins les hommes. Et certainement pas François. Son mètre quatre-vingt-quinze vouté sur une quarantaine bien tassée et son incapacité à terminer une phrase, François est pourtant chargé d'accompagner l'étrange projet. A moins que, justement, il ait lui aussi des secrets qui ne demandent qu'à s'échapper ?

Entre comédie douce-amère à manière des frères Coen et récit à l'âpreté proche de Ken Loach, Zabus et Nicoby raconte la désindustrialisation et la difficulté masculine à communiquer.

Le siècle de Jeanne : une famille suisse dans les remous du 19e siècle

La Suisse aux airs si lisses cache vigoureusement sous le tapis tous les mouvements qui la secouent. Ici, ne dépassent que les montagnes enneigées au dessus de paysages dignes des maquettes de trains électriques des vitrines des jouets Weber.

Le siècle de Jeanne : une famille suisse dans les remous du 19e siècle de Éric Burnand, illustrations de Fanny Vaucher
Pourtant l’histoire de la Suisse moderne fut mouvementée et les droits des femmes, des ouvriers et des paysans acquis lors de luttes fratricides.

Et si aujourd’hui encore Une Suisse au noir démontre le nombre de progrès qui restent à accomplir, cette magnifique série : Le siècle de Jeanne, Le siècle d’Emma et La révolte des cigarières raconte les grandes avancées sociales des deux derniers siècles avec un grand talent

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Quoi ?!
Vous m'avez caché ça pendant 20 ans ?
Mais alors... Qui sont mes vrais parents ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Cette bande dessinée nous embarque dans les temps fort du 19e siècle helvétique : les révoltes paysannes de 1802, la famine de 1816, la guerre civile de 1847 et, enfin, la révolution industrielle suisse des années 1870. Petit pays au cœur de l'Europe, la Suisse a une histoire bien moins tranquille qu'il n'y paraît en surface !

« J'ai grandi dans une famille paysanne qui a cru aux promesses de la révolution vaudoise. J'ai fondé une famille en terre catholique, connu les troubles de la guerre civile et la famine, jusqu'à l'émigration forcée à l'autre bout du monde... Je suis Jeanne, née à l'orée du 19e siècle dans le Pays de Vaud. »

Le siècle d’Emma : une famille suisse dans les turbulences du XXe siècle

Que ne nous apprend-on pas l’histoire ainsi à l’école ? Misère !

Le siècle d’Emma : une famille suisse dans les turbulences du XXe siècle de Éric Burnand, illustrations de Fanny Vaucher
Ce siècle d’Emma, c’est l’histoire sociale Suisse récente vue au travers d’une femme. Le regard est au niveau des gens, des préoccupations populaires, féminines, ouvrières. C’est la vie au long des années 1900 avec les luttes féministes, syndicales et politiques. Peu ou pas de grands noms pour plus de réalités.Une belle humanisation de l’histoire au féminin, une grande réussite tant pour le graphisme et les couleurs que la narration et le contenu

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Moi, c'est Emma. Je suis née avec le XXe siècle à Granges, au pied du Jura. Une bourgade suisse de 10 000 habitants, presque tous horlogers.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
On dit souvent de l’histoire suisse qu’elle est ennuyeuse, sans conflits ni événements marquants. La vie (fictive) d’Emma démontre le contraire: née dans une petite bourgade horlogère au pied du Jura, Emma est soudain précipitée dans les soubresauts du XXème siècle.

En 1918, elle perd son fiancé dans les affrontements de la grève générale.
En 1937, elle se brouille avec son frère devenu pro nazi.
En 1956, son neveu, qu’elle a adopté, lui fait découvrir la face sombre de l’immigration italienne.
En 1975, sa petite-fille la confronte à la contestation féministe et antinucléaire.
Et en 1989, Emma fait une découverte stupéfiante lors du scandale des fiches.

Déclinée en cinq temps, dessinée en plusieurs centaines de cases, l’histoire d’Emma, fictive, mais très vraisemblable, nous immerge dans les conflits, les tensions et les questionnements du XXe siècle.

Insolente veggie, tome 5 : panique chez les carnistes !

Après une longue pause, Rosa B. revient avec un nouvel album plus mûr et au dessin de mieux en mieux maîtrisé (même s’il pourrait sembler toujours aussi brouillon).

Insolente veggie, tome 5 : panique chez les carnistes ! de Rosa B.
L’argumentaire se pose toujours aussi bien.

Un seul regret pourtant, qu’il ne soit lu que par des vegans convaincus et déjà pratiquants

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le cycle de la vie.
Les gens disent n'importe quoi.
- Protéines, homme préhistorique, steak.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Fous dangereux ? Extrémistes ? Bobos urbains désorientés ?
La vie des végés dans un monde spéciste n’est pas toujours facile.
Heureusement, Rosa B. est là pour disséquer le quotidien des vegans et la pseudo morale carniste avec un humour toujours aussi incisif et libérateur.
Longue vie aux animaux et à la B12 !

Insolente veggie, tome 4 : ils sont parmi nous

Dans ce tome 4, l’insolente veggie continue de traficoter avec nos pulsions protéinées, nos paradoxes carnistes, nos obsessions viandardes, nos cynismes mortifères et nos hypocrisies meurtrières.

Insolente veggie, tome 4 : ils sont parmi nous de Rosa B.
Et si on aurait pu penser que tout avait été dit après le premier tome (et je n’ai pas (encore) lu le second ou le 3e tome), Rosa B. a encore bien des choses à expliquer.Alors certes, Ils sont parmi nous n’évite pas les redites. Mais au vu de la situation, il semble normal que la colère ne se soit pas apaisée

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Après le succès des trois premiers tomes (2015, 2016 et 2017), Insolente veggie revient avec de nouveaux dessins inédits.
Attention, elle est plus insolente que jamais. Invitée du festival d’Angoulême et dans de nombreux salons, Rosa B. déplace les foules pour ses dédicaces.
L’autrice aborde toujours sans complexe et avec humour ce qui fait le quotidien des végétariens, des végétaliens et des vegans de France.
Bravant tous les dangers, Rosa B. s’infiltre au salon de l’agriculture, aborde sans censure le sujet de la B12 et n’hésite pas à nous faire réfléchir sur les thèmes les plus complexes :
– les vegans face aux autres,
– les vegans et l’écologie,
– le carnisme, le spécisme et l’antispécisme,
– les abattoirs et l’éthique...

La vie secrète des écrivains

Voilà une adaptation fort réussie d’un roman (que je n’ai pas lu, mais qui m’a quand même donné l’envie de lire une fois un Guillaume Musso)

La vie secrète des écrivains de Miles Hyman, d’après le roman de Guillaume Musso
J’avais découvert Miles Hyman avec sa sublime adaptation de La loterie de Shirley Jackson et là encore, le trait est magnifique (bien que fort statique) et l’atmosphère colle parfaitement au sujet.Une histoire d’écrivain reclus et de meurtres non élucidés

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
On appelle cela l'effet Streisand : plus vous cherchez à cacher quelque chose, plus vous attirez la curiosité sur ce que vous souhaitez dissimuler.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Tout le monde a trois vies : une vie privée, une vie publique et une vie secrète... »
Gabriel García Márquez

Après avoir publié trois romans devenus cultes, le célèbre écrivain Nathan Fawles annonce qu’il arrête d’écrire et se retire à Beaumont, une île sauvage et sublime au large des côtes de la Méditerranée.

Vingt ans après, alors que ses romans continuent de captiver les lecteurs, Mathilde Monney, une jeune journaliste, débarque sur l’île, bien décidée à percer son secret. Commence entre eux un dangereux face-à-face, où se heurtent vérités et mensonges, où se frôlent l’amour et la peur...

Une lecture inoubliable, un fascinant roman de Guillaume Musso magistralement adapté par Miles Hyman.

On était des anges, 1/2

Dans les années 90, c’est la zone pour les jeunes à Isheim. Il n’y a pas grand-chose pour eux. Au mieux, une boum et une mob.

On était des anges, 1/2 de Anne-Caroline Pandolfo, dessins et couleurs de Terkel Risbjerg
C’est les années punk et new wave à l’âge désillusionné des hormones qui bouleversent.Le dessin est d’un magnifique charbonneux, le scénario tient la route et surtout, accroche parfaitement pour s’impatienter de la venue du tome deux… trente ans plus tard

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Foook !
Fook !
Feuk !
Pas « Feuk », « feuk », ça fait minette. C'est nul, « feuk ».


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Années 1990. Un groupe de jeunes désœuvrés traîne son ennui dans une petite ville pavillonnaire du Grand Est. Isheim est peut-être un endroit où les parents trouvent leur compte de tranquillité après le travail mais, à seize ans, la tranquillité ne fait pas partie des rêves que l'on peut avoir. Certains, comme Chris, Magou ou Tralala, font avec... aussi parce qu'il faut bien quelqu'un pour s'occuper des petits frères et sœurs. Mais Hervé et Vivi, eux, ne pensent qu'à partir. Où ? « N'importe où ! Loin de ce trou. » En attendant, ça débat sur la bonne prononciation de fuck, ça organise des boums à coup de Goldman et Jeanne Mas - une vraie « fanfare de punks » pour les voisins -, ça se retrouve la nuit en cachette...

Il faut parfois une étincelle pour amorcer le mouvement. Pour Vivi, ce sera Persille - celle qui danse toute seule dans les champs, qui fait du patin à roulettes sous les lampadaires, la « folle », qui a encore moins de raisons que les autres de rester à Isheim. Et les yeux noirs de Vivi sont fascinés par la blondeur de Persille...

Justesse des situations, humour des dialogues... À se demander si Anne-Caroline Pandolfo n'a pas connu certains des huit ados ! Tout comme le beau dessin charbonneux de Terkel Risbjerg semble n'avoir attendu que les Cure et cette mode des années 1980 pour s'épanouir...