Le fils du yéti

Si ce fils du Yeti est bien moins pathétique que Jean-Claude Tergal, il en devient bien plus touchant, tout en conservant le même humour auto-dépité.

Tout en me mordant la lèvre inférieure, je fus visité par l'idée que les mères, en tout cas celles de cette époque, ne voulaient pas vraiment notre bonheur. Mais avant tout nous « caser ». Avec n'importe qui, la première venue, ouf, ça, c'est fait, et par pitié offrez-nous l'image d'un couple épanoui, peu importe la vérité, vite, glissez la poussière sous le tapis, si nécessaire. Le bonheur, c'est un plus, un hasard. Pour elle, comme le veut la formule, le bonheur n'est que « du malheur qui se repose ». Ce qu'elle cherchait pour moi était un bien plus précieux aux yeux de quelqu'un qui a connu la tourmente la sécurité.
Le fils du yéti de Didier Tronchet

Une histoire qui pêche peut-être par un trop grand nombre d’entrées (la voisine, le père, la grand mère, Laurence et Anthony…), pour autant, c’est un portrait avec beaucoup de tendresse maladroite que Didier Tronchet nous dresse ici.

Un livre doux comme le parfum des mandarines avant Noël

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Samedi 25
Vers quatre ou cinq heures du matin, un vacarme effroyable. J'enfile un pantalon à la hâte et file vers la porte. La verrière de la cage d'escalier tombe par pans entiers qui se brisent au contact du sol. Des flammes viennent lécher le plafond, juste au-dessus de moi, au dernier étage. Elles pro- viennent de chez mes voisins du dessus. Je me souviens à cet instant qu'ils sont absents.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« C'est ainsi qu'a commencé cette semaine extravagante. Extravagante à l'échelle d'une vie où il ne s'était finalement rien passé de fracassant. Un peu comme si quelqu'un là-haut s'était souvenu de mon existence, et décidait de me faire payer les arriérés... De me livrer mon lot d'événements, d'un bloc. Et sur huit jours. »
Un incendie nocturne, la mort d'un ami (mais lequel?), l'étrange photo de son père et cet album de Tintin dans lequel il croit se reconnaître... Voilà une semaine agitée pour notre héros, qui tient de sa mère une indécision maladive, et de son père une tendance déraisonnable à la nostalgie...
Avec l'humour et la distance qu'on lui connaît, Didier Tronchet nous livre une réflexion émouvante sur la filiation et la paternité.

Les contes palpitants des 7 ours nains

Génial !

Tous les contes y passent, Blanche-Neige, les petits cochons, le haricot magique de Jack, des loups, des princes, des citrouilles, des maisons en massepain, pommes et crapauds et j’en oublie et plus encore. Le tout dans une soupe magique pour un résultat gignolesque et hilarant.

Les contes palpitants des 7 ours nains de Émilie Bravo

Le dessin est magnifique et les contes tournés en dérision en deviennent bien plus contemporains. Une bande dessinée qui permet d’une bien drôle de façon de détricoter bien des clichés un peu moisis, un peu vieillis

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il était une fois sept ours nains qui travaillaient dur dans les mines de sel. Un soir qu'ils rentraient à la maison fourbus, ne souhaitant que deux choses :
La ! la ! la ! Manger !!
La ! la ! la ! Dormir !!


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Réunit :
Boucle d'or et les sept ours nains
La faim des sept ours nains
La belle aux ours nains
Mais qui veut la peau des ours nains ?

Quand un prince s'appelle Boucle d'Or et que les ours ne sont pas trois mais sept, c'est compliqué mais on s'en sort.
Quand un chat aux bottes fourrées sonne à la porte des sept ours en question, ça n'arrange pas tellement nos histoires, mais bon...
Quand l'un de nos ours part chercher un prince pour une enquiquineuse de princesse en détresse, n'en parlons pas...
Quand une nouvelle princesse s'invite en coloc avec une peau d'âne mort sur la tête, c'est la déconfiture.
Héros timbrés, héroïnes foldingues, monstres ridicules...
L'univers des ours nains réuni en une compilation intégrale.

La meilleure des poignées de mains : Musée du président Jacques Chirac

Voilà plutôt une bonne blague qu’un essai sur les poignées de mains présidentielles, un catalogue d’exposition ou une plaquette de présentation du musée du président Jacques Chirac en Corrèze.

Plus j'y réfléchissais, plus j'aurais bien voulu, en Corrèze ou ailleurs, avoir serré la main de Chirac, et que par la même il eut serré la mienne, après tant d'autres il est vrai, et qu'importe si ça ne lui aurait sans doute procuré aucune joie d'exception. Si Chirac avait tenu sa main dans la mienne il aurait peut-être guéri ma verrue, là, mon induration sur le flanc de la main, dans la continuité de l'auriculaire
La meilleure des poignées de mains : Musée du président Jacques Chirac de Jacques Jouet, avec des photos du musée de Eva Avril
Passé la blague…

M’houis, pourquoi pas, j’ai bien dû laisser échapper quelque sourire

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
En soixante-quatorze ans de citoyenneté française, et sans que ce fût un souhait d'orgueil négatif ou conviction internationaliste (quoique?), je n'ai jamais serré la main d'un seul président de ma république.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Jacques Jouet, il faut le rappeler, est l'auteur d'un roman-feuilleton, La République de Mek-Ouyes (P.O.L.). Il s'y connaît donc en hommes politiques. Et comme il a aussi donné un roman intitulé Le Directeur du Musée des Cadeaux des Chefs d'État de l'Étranger (Seuil), nul n'était mieux placé que lui pour escorter les lecteurs désireux de découvrir le Musée du président Jacques Chirac à Sarran, en Corrèze. Précisons cependant, probité oblige, que la poignée de mains évoquée par l'auteur oulipien ne saurait être exposée aux visiteurs : s'il l'abrite dans ses réserves, le musée, consacré aux cadeaux reçus par le Président, ne pourrait la montrer au public qu'au prix d'une incohérence coupable, chacun le comprendra.

Résine

Voilà une bande dessinée qui semble, au premier abord, bien naïve, girly et candide, destinée à un public de tout petits…

Mais pourtant !

Résine de Élodie Shanta

C’est plein d’humour, les dénonciations sont claires sans êtres pédantes, et, plus que tout, c’est très sympa à lire !

Une histoire de sorcière attachante qui ne mérite pas un autodafé ! Ou alors, pour devenir plus puissante encore…

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Clac !
Résine !!! Les gens du village ! Ils sont devenus fous !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Résine est accusée d'être une sorcière. Avec son compagnon Claudin, ils s'enfuient et commencent une nouvelle vie à Floriboule. Mais leur arrivée va être à l'origine de nombreux problèmes : accusations infondées, procès en sorcellerie, confrontation avec des villageois sexistes et obscurantistes. On retrouve dans Résine l'univers fantastico-médiéval, l'humour et la douceur d'Elodie Shanta, ici au service d'un récit incisif et de problématiques plus graves, telles que le sexisme, le harcèlement et les violences faites aux femmes.

Les frères Sisters

Un pur western, avec des tueurs à gages, bien méchants (et peut-être pas tant que ça), du sang, des chevaux, des chercheurs d’or, de la folie et beaucoup, beaucoup d’humour !

Père a cassé la fenêtre d'un coup de poing puis il l'a frappée sur le bras avec le manche de la hache. Je crois qu'il était devenu fou. Il avait déjà frôlé la folie auparavant, mais quand je suis retourné dans la maison pour aider Mère, j'ai eu le sentiment qu'il était complètement dément. Il ne m'a pas reconnu lorsque je suis entré avec mon fusil.
 - Comment se fait-il que les gens deviennent fous ?
 - Ça arrive, c'est tout.
 - Peut-on vraiment perdre l'esprit et redevenir normal ensuite ?
 - Pas complètement. Non, je ne crois pas. J'ai entendu dire que c'était héréditaire, que c'est le père qui transmettait la folie aux enfants.
 - Je n'y ai jamais pensé. Pourquoi ? Tu te sens fou, parfois ?
 - Parfois je me sens impuissant.
 - Je ne crois pas que ce soit la même chose.
Les frères Sisters de Patrick deWitt

Vraiment un très, très bon livre qui m’a bien fait rire et dont Jacques Audiard en a fait une adaptation pas trop dégueu

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Assis devant le manoir du Commodore, j'attendais que mon frère Charlie revienne avec des nouvelles de notre affaire.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Oregon, 1851. Eli et Charlie Sisters, redoutable tandem de tueurs professionnels aux tempéraments radicalement opposés mais d'égale (et sinistre) réputation, chevauchent vers Sacramento, Californie, dans le but de mettre fin, sur ordre du « Commodore », leur employeur, aux jours d'un chercheur d'or du nom de Hermann Kermit Warm. Tandis que Charlie galope sans états d'âme - mais non sans eau-de-vie - vers le crime, Eli ne cesse de s'interroger sur les inconvénients de la fraternité et sur la pertinence de la funeste activité à laquelle lui et Charlie s'adonnent au fil de rencontres aussi insolites que belliqueuses avec toutes sortes d'individus patibulaires et de visionnaires qui hantent l'Amérique de la Ruée vers l'or.

Dans ce roman jubilatoire où l'humour noir le dispute à une subtile excentricité, Patrick de Witt rend un hommage décalé aux classiques du western tout en invitant le lecteur à en explorer les ténèbres, sous l'inoubliable houlette de deux frères moins liés par le sang et la violence que par l'indéfectible amour qu'en silence ils se portent.

Confessions à un ficus

Roman absurde sur l’absurde ou roman drôle sur la tristesse ?

Ces confessions à un ficus sont un peu de tout ça tout en parlant de rupture, du monde du travail, de psychothérapie et de théâtre contemporain.

Foulerai-je un jour la terre d'un pas léger, délesté du fardeau qui m'encombre, et que je peine à définir ? Le docteur Somme ne m'a rien promis, sans me décourager non plus. « Pensez-vous pouvoir faire quelque chose pour moi ? » lui ai-je demandé lors de notre deuxième rendez-vous. L'air dubitatif, il a affirmé que « oui, si vous pouvez faire quelque chose pour vous ».
Il ignore que j'ai frappé à la porte d'un psychiatre par inadvertance, alors que j'espérais un généraliste disposé à me fournir de puissants somnifères.
Confessions à un ficus de Catherine Logean

Et c’est brillant ! Comme les feuilles d’un ficus qu’on aurait cirées
S'il ne répondait pas aux Pourquoi, le docteur Somme acceptait le Comment, sans se montrer très explicite cependant.
 - Comment faire, Docteur ?
 - Essayez.
 - Essayer quoi ?
 - Autre chose.

Un petit livre très (vraiment très) drôle qui se joue de Geoffroy qui peine à jouer. Paumé, largué, inadapté… mais sincère et touchant. Et capable, comme nul autre, de démontrer l’absurde par lui-même

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je me lève, mais je reste assis

Avant de revoir la lumière du jour devant un parterre de voisins curieux, compatissants, atterrés ou furieux - « mais que fait la régie ? » -, je suis resté coincé deux heures dans l'ascenseur. J'avais pour me distraire une facture, un prospectus annonçant une promotion sur les matelas Bico, au confort de couchage inégalé, et mon reflet dans le miroir: un individu ni grand ni petit, ni gros ni maigre, ni beau ni laid ; un compromis entre Laurel et Hardy.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quand nous découvrons Geoffroy, le héros de ce roman, il est coincé dans un ascenseur, simple métaphore de l'existence pour cet employé timoré qui échoue superbement à faire son chemin. Doté d'un jumeau à qui tout réussit, il végète dans une entreprise d'emballage dont il va claquer la porte pour se consacrer au tri des pommes. Repéré par une metteuse en scène d'avant-garde qui porte haut l'art du vide, il subit les autres sans cesser de s'interroger, tant sur son absurde parcours que sur sa capacité à tout supporter.

Il faudra un ficus compatissant pour qu'il ose enfin sortir du cadre. Car il suffit parfois d'une plante de salon pour révéler une tragédie intime et bouffonne.

Catherine Logean, qui signe ici son premier livre, possède ce dont rare de faire rire avec un personnage aussi navrant que sincère.

Azincourt par temps de pluie

Avec Jean, c’était souvent truculent, picaresque, avec du gras sur la viande, du bruit en mangeant la soupe, une bonne claque dans le dos et une chopine de gros rouge en fessant la bonniche.

Alors que ça s'engueule à l'intérieur de la tente pour savoir où foutre les arbalétriers et les canons, à l'extérieur ça cause chiffon (de fer) :
 - Moi, pour la cotte de mailles, j'aime bien les anneaux rivés. C'est plus souple.
 - Je les préfère soudés, c'est plus compact. 
Pendant que des valets douchés tendent des lanières de cuir autour de leur personne, deux nobles de moindre importance que ceux qui entourent Charles d'Albret, sous la pluie diluvienne, comparent leurs armures :
 - Je voulais que la mienne ait une influence italienne mais aussi avec le style allemand; italienne dans ses formes plus seyantes mais allemande dans le décor de ses cannelures destinées à renforcer le métal.
 - Pour n'être pas directement à même la peau, au contact des plaques de tôle qui m'écorcheraient, j'ai demandé qu'on garnisse la face interne de ma carapace de drap et de velours.
 - Et moi je l'ai fait bourrer de coton et de soie. Avez-vous remarqué que mon épée, que j'ai baptisée « Douce », porte la marque d'un atelier d'Augsbourg ?
Azincourt par temps de pluie de Jean Teulé

La bataille d’Azincourt (vue du côté français), c’est une grosse défaite, la loose totale et une boucherie innommable. Une bataille qui sonnera la fin des guerres chevaleresques.
 - Je veux laver l'honneur de la France !
Au galop, épée au poing, il rejoint puis s'élance par-dessus la colline de percherons et d'hommes morts pour se jeter, seul, à l'assaut de l'armée ennemie tandis que le seigneur de Dammartin, qui l'observe, dit :
 - Quand même, il arrive bien tard, lui... 
Tué aussitôt, du crâne brisé d'Antoine de Brabant la cervelle se répand sur ses épaules alors que le comte d'Aumale précise au seigneur :
 - Oui mais juste à temps pour mourir !
Ben voilà, hein ! On s'emporte, on s'emporte...

Et les goguenards français partis pour ne faire qu’une bouchée des anglais décimés par la dysenterie. Nobles et nobliaux fanfaronnant en tête, pleins de leur bravoure et de leur supériorité, vont se prendre la pâtée !

Le matin précédant la bataille. Peinture de Sir John Gilbert (1884)

C’est gaulois, drôle et enlevé, mais c’est une boucherie. Il fallait Jean pour raconter ça

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Jeudi 24 octobre 1415
- Tiens, voilà aussi le poète !... Parmi les plis remuants de sa bannière trempée, on aperçoit un serpent couronné avalant un enfant. C'est celle du duc Charles d'Orléans!
- Oh, père, le neveu du souverain? Il semble jeune d'allure.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Azincourt, un joli nom de village, le vague souvenir d'une bataille perdue. Ce 25 octobre 1415, il pleut dru sur l'Artois. Quelques milliers de soldats anglais qui ne songent qu'à rentrer chez eux se retrouvent pris au piège par des Français en surnombre. Bottés, casqués, cuirassés, armés jusqu'aux dents, brandissant fièrement leurs étendards, tous les aristocrates de la cour de France se précipitent pour participer à la curée. Ils ont bien l'intention de se couvrir de gloire, dans la grande tradition de la chevalerie française. Aucun n'en reviendra vivant. Toutes les armées du monde ont, un jour ou l'autre, pris la pâtée, mais pour un désastre de cette ampleur, un seul mot s'impose : grandiose !

Avec la verve qu'on lui connaît et son sens du détail qui tue, Jean Teulé nous raconte ces trois jours dantesques où, sous une pluie battante, des milliers d'hommes se sont massacrés dans un affrontement sanglant d'autant plus désastreux que cette bataille était parfaitement inutile.

Journal cru et trop intime d’une fille qui voulait se taper la terre entière

Glôdine est seule, depuis un peu trop longtemps. Elle veut changer ça !

Vous me croyez ?
Non évidemment, vous ne me croyez pas...
Bah, vous avez raison...
Plus la vie avance, plus j'apprends à accepter ce qu'elle m'amène, à savoir:
Pas grand-chose.
Je vis ma vie sans attendre de surprise.
Je mène ma barque, sans vraiment savoir où elle me mène.
D'ailleurs, je crois qu'elle se déporte.
Je ne me dis pas, par exemple, qu'après le ponton tout rafistolé à deux doigts de céder sous mon poids, je trouverai une belle plage de sable blanc bordant une mer aux reflets turquoise. Non, ça, je ne me le dis pas... ou plus.
J'ai arrêté.
Je n'attends rien de la vie.
Ça génère trop de frustrations.
Journal cru et trop intime d’une fille qui voulait se taper la terre entière de Sarah Treille Stefani

Ce livre est le journal de ses efforts pour rencontrer l’homme qui la serrera dans ses bras… Car bien sûr, ça ne sera pas aussi simple que ça.

J'en ai rien à foutre, je vais me faire des crêpes. Une razzia de crêpes au Nutella.
15 h 42
Les crêpes étaient malsaines.
Délicieusement malsaines.
Mon dieu, le pied que j'ai pris.

C’est drôle et piquant, ça sent le désespoir et les incompréhensions. Et comme une toxico en manque, Glôdine est prête à toutes les compromissions pour une dose de câlins

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Samedi 18 avril, 23 h 35
Je m'appelle Glôdine.
Alors non, c'est pas une blague.
Et oui, c'est un prénom.
Glôdine.
Bon okay.
C'est pas Glodine.
C'est...


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Je fuis les hommes parce qu'ils ne m'aiment pas comme je voudrais qu'ils m'aiment. Avant, c était une stratégie pour qu'ils me courent après. Mais comme personne ne me rattrape jamais, maintenant, c'est une devise. »

Elle a 34 ans et elle s'appelle Glôdine.

Pas vraiment laideron mais un peu bougon, Glôdine est persuadée que son prénom lui porte la poisse avec les mecs qui la voient davantage comme une bonne pote que comme une target potentielle.

Un jour, Glôdine, passablement bourrée, retombe sur le carnet Diddle de ses 12 ans et décide de se lancer un défi : trouver l'homme de sa vie avant d'avoir noirci la dernière page du carnet.

Si c'est un échec, alors elle partira en transhumance estivale avec un troupeau de chèvres.

À travers ce récit cru et sans tabou, Sarah Treille Stefani nous fait entrer dans l'intimité d'une anti-héroïne qui ose tout.

Les carnets du major W. Marmaduke Thompson : découverte de la France et des français

Après être tombé sur Un certain Monsieur Blot, j’ai eu envie de relire ce bon vieux bestseller du Major. Et grand bien m’en a pris !

LES BEAUX DIMANCHES
Il n'est pas interdit de penser que, si l'Angleterre n'a pas été envahie depuis 1066, c'est que les étrangers redoutent d'avoir à y passer un dimanche.
Les carnets du major W. Marmaduke Thompson : découverte de la France et des français de Pierre Daninos

70 ans après, Marmaduke a bien pris quelques rides, mais l’humour de Daninos reste toujours aussi taquin. Et les deux côtés de la Manche prennent tour à tour quelques petites pichenettes bien ajustées.

LES LOIS DE L'HOSPITALITÉ ET DE LA GASTRONOΜΙΕ
Les français peuvent être considérés comme les gens les plus hospitaliers du monde, pourvu que l'on ne veuille pas entrer chez eux.

Avec des dessins très fifties de Walter Goetz, ce petit chef d’oeuvre d’humour (aux nombreux clichés, certes) fera sourire encore bien longtemps sur les arts de la tables, l’éducation, le mariage, l’hospitalité, le tourisme… et bien d’autres différences culturelles.

Les carnets du major W. Marmaduke Thompson : découverte de la France et des français avec les illustrations de Walter Goetz

Alors, après toutes ces années, les français et les anglais ont-ils beaucoup changé ?

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
May I introduce myself ?...
Un anglais correct - si j'ose risquer ce pléonasme sans choquer mes honorables compatriotes - ne saurait, à moins de perdre du même coup toute dignité, parler de lui-même, surtout au début d'un récit. Mais, à l'instar des astronautes, qui, à partir d'une certaine distance, échappent aux obligations de la pesanteur, je ne me sens plus soumis dès que je suis projeté sur le Continent aux lois de la gravité britannique.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Abandonnant la chasse au tigre, le major W. Marmaduke Thompson décide d'explorer la jungle française et consigne ses observations sur les autochtones, leurs comportements, leurs manies, leurs qualités, leurs défauts... Les Carnets du major Thompson sont un des plus grand succès de ces dernières années. Traduit dans vingt-huit pays, ce chef-d'oeuvre d'humour fait l'objet d'éditions scolaires et universitaires en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Suède, aux Etats-Unis, etc.

Un certain Monsieur Blot

L’auteur des carnets du célèbre major W. Marmaduke Thompson (que je m’en vais vite relire) s’est aussi penché sans miroir sur le français moyen. Oui, juste lui : le plus moyen des moyens ! Monsieur Blot, actuaire, gagnant du Grand concours du français moyen.

Un certain goût du tragique incite les femmes à choisir la nuit...
Un certain Monsieur Blot de Pierre Daninos

Guillaume Meurice ne renierait pas la première partie qui m’a fortement fait penser à son Petit éloge de la médiocrité. Alors, moyen ? c’est nul ou ce n’est pas si mal ?

Je ne peux pas dire que j'aie la passion des honneurs. Ce n'est pourtant pas faute de les célébrer avec ponctualité dans ces banquets au cours desquels patrons et employés de notre Société - gigantesque panier de crabes - apprennent que, du plus humble des appariteurs jusqu'au Président-Directeur général, ils ne forment qu'une seule et grande famille. (Il y a quelque chose de vrai là-dedans, du moins si l'on considère la famille comme un foyer-type de discordes.)

La seconde partie m’a rappelé Laure Murat et son Proust, roman familial avec la vacuité… que dis-je, le vide intersidéral aristocratique.

« Il me semble qu'un enfant de sept ans pourrait en faire autant... peut-être mieux... »
Erreur. Erreur fondamentale. Devant n'importe quel carré, quel cercle, quel pâté surtout, surtout ne jamais parler de l'enfant-qui-pourrait-en-faire-autant. Sous peine d'être aussitôt catalogué balourd, provincial, cul-terreux, primaire, en bref, car ce mot bref contient toutes les paysâneries bourgeois. Bourgeois inéluctablement embourgeoisé qui ne comprendra jamais rien à rien - surtout quand il s'agit d'un peintre dont les non-couleurs massives, contrastant avec les surfaces lisses, sont fondues dans le presque néant ou le peut-être rien.

Un livre des années 60 qui a franchement bien vieilli tant les situations décrites semblent toujours aussi actuelles !

Un bijou de clairvoyance et d’humour avec bon nombre de pépites

j’aime aller dans les boîtes de nuit : cela me guérit de l’envie d’y retourner pendant un an

Et la claire démonstration que l’abrutissement devant les instagrameur-euse-s-x date de bien avant l’apparition des réseaux sociaux

Rien de tel pour cela que les journaux en général et les hebdomadaires en particulier. Il faut bien en convenir : sans eux, pas de célébrité assurée ; impossible de connaître par le détail la vie privée des princes. L’hebdomadaire, les potins et le cinéma sont devenus les mamelles de la jeunesse (cela fait trois, d’accord mais n’est-ce pas une jeunesse monstrueuse ?). La couverture de Paris-Match ou de Elle pèse plus lourd dans la destinée d’une jeune fille que les deux bachots et l’agrégation philo. Ma fille et ses amies diront d’une autre : « Elle a eu la couverture de Match ! » comme je me serais écrié jadis : « Elle a été première au Concours général ! »

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Encore un concours.... Un Grand, bien entendu, puisqu'en ce pays de la grandeur un journal ou un poste émetteur ne saurait patronner un concours sans le qualifier de Grand.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Miné par sa vie de bureau, par sa vie conjugale, par sa vie extra-conjugale, par ses enfants, par la hantise de retrouver chaque matin les mêmes têtes, M. Blot, un jour, éclate. Plus exactement, un « concours du Français Moyen » organisé par un journal lui permet de faire éclater ses sentiments. En marge de ses brèves réponses aux questions posées, il se livre à l'inventaire de sa vie. Actuaire dans une compagnie d'assurances, accoutumé aux calculs de probabilités, il est favorisé dans les estimations statistiques : il gagne le Concours, et vingt millions. Devenu Français Moyen n°1, M. Blot, de transparent devient opaque, célèbre, adulé. L'homme tel qu'il vit selon qu'il est noyé dans l'anonymat ou éclairé par les feux de « l'actualité » - tel est un des thèmes de cet ouvrage à la fois grave et empreint de l'humour propre à l'auteur des Carnets du Major Thompson. Un livre dont Le Monde a écrit : « Il contient des observations sur l'homme de notre temps qui dépassent considérablement les procédés de l'humour.