Elise et les nouveaux partisans

Dans cette fiction autobiographique, Dominique Grange raconte la vie de Elise, militante maoïste en France dans les années 60-70. Mis en images magnifiquement par Tardi, cette bande dessinée offre un point de vue central, immergé, sur la vie de jeunes gens qui ont cru et se sont battus pour un monde plus juste, moins raciste, plus respectueux.

Elise et les nouveaux partisans de Dominique Grange, dessins de Jacques Tardi
Une lutte qui peut paraitre pleine de candeur face à la démesure des moyens et la violente répression auxquels ils et elles firent face.

Un album qui pêche possiblement par sa volonté de trop en raconter et qui aurait peut-être gagné à une tomaison ou à plus d’aération tant il est dense.

Un témoignage intime et vécu sur les luttes anticolonialistes, la violence policière et le racisme qui la gangraine, le pouvoir aux mains des entreprises et du capital et finalement, sur les idéologies militantes

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je suis « montée » à Paris en 1958, pour y poursuivre mes études. En Algérie, depuis 4 ans déjà, c'était la GUERRE, une guerre de libération nationale que le gouvernement français persistait à appeler « les évènements d'Algérie » !
Très vite, grâce à Malika, une jeune Algérienne qui travaillait au restau, j'ai compris que des populations différentes peuvent co-exister dans une même ville, sans rien savoir l'une de l'autre


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Elise, jeune chanteuse « montée » de Lyon à Paris en 1958 pour tenter sa chance, tourne le dos au showbiz suite au mouvement contestataire de Mai 68. Refusant le « retour à la normale », elle rejoint le maquis des luttes contre l'exploitation, les injustices sociales, le racisme. Un parcours atypique qui nous mène de la guerre d'Algérie jusqu'à la fin des années 70 et dont le personnage central s'incarne dans des images riches et parfois glaçantes.

Elise et les Nouveaux Partisans entraîne le lecteur, avec toute l'acuité du vécu mêlé au romanesque, dans le sillage de cette jeune femme qui se définit elle-même comme « engagée à perpétuité ».

Tardi et Dominique Grange signent ici un roman graphique intense et passionnant, dont l'écho résonne aujourd'hui plus fortement que jamais, dans une France toujours déchirée par les inégalités et les injustices.

Le nouvel équilibre

Cette nouvelle qui a gagné le Prix Ailleurs & Demain du futur optimiste le mérite amplement. Candide ou naïf, ce texte l’est évidemment, pourtant ! A le lire, tout cela semble si simple, si évident, si normal et naturel !

Alia est réveillée par l'odeur de praliné et de crêpes qui embaume le salon. Les paupières encore closes, elle sourit. Les ronflements de son père ont opéré leur magie, lui permettant de trouver rapidement un sommeil profond et réparateur. Elle entend chantonner dans la cuisine un air familier, celui des jours heureux où la vie est simple. Elle se sent bien. Les événements de la veille restent flous dans son cerveau à moitié endormi. Mais lorsqu'elle ouvre les yeux, ils affluent brusquement. L'enterrement, les carnets, le tirage au sort.
Le nouvel équilibre de Amélie Géal
Mais bien sûr, ce serait sans compter sur notre avidité, notre cupidité et notre égoïsme.

Une nouvelle réjouissante et enlevée sur un futur vertueux possible mais qui semble paradoxalement totalement inaccessible aujourd’hui

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
À son réveil, les rayons du soleil réchauffent déjà le visage d'Alia. Mauvais signe. Elle ouvre les yeux et fixe la lumière franche qui éclaire sa table de chevet. Il doit être huit heures passées. Plus tard qu'elle ne l'aurait voulu.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Lundi 21 mai 2085

Alia attend la publication des résultats du tirage au sort. Elle allume son Eterna et cherche les noms des représentant·e·s qui, pendant sept ans, bâtiront le futur du monde et de ses habitant·e·s.

Mais une autre nouvelle s'affiche : sa grand-mère, scientifique reconnue, est décédée. Troublée, Alia se tourne vers les journaux intimes qu'elle a laissés, espérant trouver dans le passé des réponses aux questions que lui pose l'avenir.

Boléro

Un homme dangereux, cruel, riche, charismatique et puissant. Il ne faut pas, mais Aslı est irrésistiblement attirée.

Le lendemain matin, elle eut du mal à partir.
Elle voulait rester au domaine. Elle aurait passé chaque jour à côté de Romaïssa sur les chaises longues, chaque nuit en rêvant d'eux.
Elle était devenue quelqu'un d'autre.
Et elle ne voulait plus revenir en arrière.
Elle était indifférente à elle-même. Elle ne songeait pas à l'avenir. Elle ne songeait à rien, d'ailleurs, elle avait rompu avec la pensée. Elle se sentait faite uniquement de désir. Des sentiments inconnus, encore jamais explorés, la transformaient, comme des vagues, dans leur roulement incessant, érodent et modèlent une pierre. En dehors de ces vagues, tout lui était égal, à commencer par elle-même...
Boléro de Ahmet Altan, traduction de Julien Lapeyre de Cabanes
Et quand, en plus, sa femme et lui semblent en jouer, son désir devient besoin et l’éloignement synonyme de manque.Elle était perdue.
Elle souffrait, et même cette souffrance lui donnait du plaisir.Du désir en Turquie où les jeux de pouvoir et d’argent se mêlent et où le roi d’hier risque le cachot demain.

Une variation originale d’un triangle de désirs

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Si ma raison cherche à entraver ma chair, je l'étranglerai à mort. Ainsi se parlait-elle, pleine de résolution et de sang-froid. Deux fois encore, elle le répéta à voix haute. Comme si elle voulait intimer à son esprit, dont les tentatives d'obstruction l'inquiétaient, de ne pas s'engager sur cette voie.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Aslı, médecin d'une cinquantaine d'années et femme au caractère affirmé, est recrutée afin de soigner les douleurs de dos de Mehmet, un homme énigmatique qui dit avoir été procureur. Elle vit à Ankara mais se rend tous les week-ends dans la propriété de campagne de son patient et y fait la connaissance de Romaïssa, son épouse, avec qui elle noue une relation amicale. Peu à peu séduite par Mehmet, dont elle comprend qu'il cache bien des choses, Aslı plonge dans l'intimité du couple et dans le passé tortueux de Mehmet, au risque de se perdre.

Dans l’indifférence générale

Si vous avec déjà lu Sébastien Bohler, vous devriez vite capter de quoi il s’agit. Comment l’humanité peut-elle s’auto-détruire avec tant d’indifférence ? Comment est-ce possible que nous continuions à massacrer faune, flore, écosystèmes, climat et planète dans un tel élan sans aucune réaction digne du danger imminent ?

Dans l’indifférence générale de Roberto Grossi, traduction de Maïa Rosenberger
Les planches sont superbes dans une édition soignée, un magnifique ouvrage pour une bien sombre histoire : la notre.

Mais Roberto Grossi ajoute une nouvelle pierre en mettant en avant plusieurs éléments : ce sont bien les plus riches qui causent le plus de dégâts (et notez que si vous avez acheté cette bande dessinée, il y a de fortes chances que vous en faisiez partie). Le système économico-politique porte en lui cette force autodestructrice et un avenir pérenne nécessitera d’amples bouleversements et changements de valeurs

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il y a quelques jours, j'ai fait un rêve.
Un homme en pleine mer.
Des tours qui miroitent au loin.
L'eau calme.
Un yacht.
En pleine mer.
C'est tout ce qu'il a toujours désiré.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Il est plus facile d'imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme. »

En utilisant toute la puissance de la narration par l'image, Roberto Grossi s'attaque au grand aveuglement de notre époque : les changements climatiques provoqués par l'homme, une menace que nous ne voulons pas voir, que nous peinons à comprendre, alors qu'elle met en jeu notre survie même.

Grâce à un récit captivant qui mêle science, histoire, politique et expérience personnelle, l'auteur nous livre une vision complète de la problématique, révélant la profonde crise démocratique qui se cache derrière ce désastre environnemental.

Marguerite n’aime pas ses fesses

Charmé par la dernière autofiction de Loulou Robert, je suis allé guigner pour savoir qui était son mari si vieux publié dans une grande maison d’édition et je suis tombé sur Erwan Larher. Et là, surprise, en recherchant ses livres, je suis tombé sur des romans Harlequin ?!? Y aurait-il eu méprise ? C’est alors que je me suis rendu compte qu’il en était le traducteur.
Passé la petite histoire, j’ai finalement découvert le titre de ce livre et je m’y suis plongé. Avec délice !

Billie partit d'un long éclat de rire avant d'écraser sa cigarette dans un pot de fleurs.
 ─ Mon chaton, tu es si naïve, c'est confondant !
Est-elle trop naïve ou entourée de gens qui ne le sont pas assez, qui ne le sont plus ? Les confidences d'Aymeric, les découvertes sur Jonas, les propos de sa mère qui lui reviennent en boomerang : elle s'aperçoit que son monde n'est que doubles-fonds, escaliers dérobés, façades en trompe-l'œil. La légitimité, c'était son père, et il est mort; cela aurait dû être sa mère, elle l'écrase; c'était ses professeurs, et l'un d'eux a essayé de l'embrasser, en terminale. Elle a été modelée par l'absence du père, par l'omniprésence étouffante de la mère; par son genre, femelle, qui la pousse à vouloir enfanter avec un mâle fidèle. Elle n'est construite que de morceaux d'autres qu'elle-même. Elle est un alliage, pas bien résistant. Elle est prévisible. Cela l'attriste. Tout ce qu'elle a cru solide se fissure. Elle est seule, désormais.
Seule devant sa psyché, avec son cul trop plat.
Marguerite n’aime pas ses fesses de Erwan Larher
C’est drôle et truculent, il y a de l’enquête, du sexe, de la perversion, du pouvoir et… une fois encore, beaucoup d’humour. Oui, nous sommes loin d’une bluette formatée aux poncifs stéréotypés.

Certes, la fin un peu explicative et la narration fort embrouillée m’ont surpris, mais zou ! C’est vraiment un bon moment avec Marguerite

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Marguerite n'aime pas ses fesses.
Elle fronce les sourcils. Ce que le français peut être imprécis, parfois ! Ces fesses que Marguerite n'aime pas pourraient être celles de n'importe qui. Si elle écrivait un roman, ce qui ne risque pas d'arriver (elle écrit mal et n'a rien d'intéressant à dire), il ne débuterait pas ainsi. Cette phrase-seuil sème la confusion. Elle choisirait plutôt un incipit in media res ─ croit-elle se souvenir, ses cours de construction narrative écaillés par l'inusage. Et puis le français n'incite-t-il pas au coulis narcissique de la première personne du singulier ? Je n'aime pas mes fesses, voilà qui est clair.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Marguerite a un mec mais pas de libido, une mère mais plus de père, et rêve d’une vie de famille. Lorsqu’on lui propose d’aider un ancien président de la République à rédiger ses mémoires, elle accepte – elle ne sait pas dire non. Alors, sa réalité et la réalité prennent leurs distances, peu aidées par l’irruption d’un flic qui enquête en secret sur les liens entre une trentaine d’assassinats politiques.

Rythmé et subtilement décousu, Marguerite n’aime pas ses fesses met en récit l’apathie politique d’une génération un brin nombriliste, questionne la puissance dévastatrice des pulsions sexuelles et s’aventure dans les méandres de la sénescence.
Un roman caustique et piquant.

Bouffons ! : l’humour est-il un sport de combat ?

Les dialogues et les entretiens sont une méthode assez efficace pour sortir une bonne émission de télé ou de radio. On est dans l’instant, les phrases rebondissent et l’imprévisible se retrouve parfois au coin d’un ricochet. Encore faut-il des avis différents, des personnalités maîtrisant tant le domaine que l’instantané.

G [Guillaume Meurice] : Moi, je trouve ça hyper intéressant à quel point les gens qui se considèrent comme des dominants, des « mâles alpha », sont en fait d'énormes trouillards. Ils passent leur temps à dire : « On veut nous empêcher de dire ça ! Oh là là, regardez, la société va changer, ils veulent marier les homosexuels, il va tomber des pluies de grenouilles. » Dans leur tête, ils se voient comme des Vikings. Mais on dirait plutôt des petits chatons terrifiés.
Ça, ça me régale.
C'est dingue de voir à quel point certains mecs - beaucoup de mecs - ont peur du féminisme. On parle d'égalité de droits. Comment tu peux avoir peur de ça ?
Moi, en cas de guerre de civilisations, j'irai me protéger auprès d'une meuf qui a de l'endométriose, qui sait comment gérer la douleur, plutôt qu'auprès d'un mec qui a peur parce qu'il y a un point médian dans un tract.
S [Swann Périssé] : Je le vois aussi dans les réactions de gens qui sont accusés de viols, dans le cadre du #MeToo Stand-up. Ils ont fait des stories et tout, en disant: « Ça se fait pas, c'est pas bien ce qu'on dit sur moi, je vais me suicider, on me regarde mal. » Les gens sont vraiment concentrés sur leur image, leur ego... Pendant ce temps-là, t'as la police qui interviewe toutes les petites meufs que t'as violées, qui fait son petit dossier de preuves. Et toi, t'es là à faire des stories « Je suis malheureux ». Bon courage pour ce qui est à venir !
Bouffons ! : l’humour est-il un sport de combat ? de Swann Périssé et Guillaume Meurice
Dans un livre, par contre, sans un gros travail d’édition, il est souvent difficile de sortir des platitudes et des « moi, personnellement, je pense que… »

Un petit livre sur le paysage de l’humour en France, sur les radios, les réseaux et dans les salles. Un peu léger, mais sympa…

Bah, pour bouffer, faut bien remplir la marmite

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Guillaume Meurice entre partout avec la nonchalance de ceux qui ont un planning bien chargé : le lundi, renverser le système, le mardi, converser avec un astrophysicien, le dimanche, partir en soirée avec des potes.

Avec quinze minutes de retard et après avoir lancé son seizième projet de la semaine, Swann Périssé débarque et son énergie remplit l'espace. Elle sourit, mais elle plierait le patriarcat juste en levant le petit doigt.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans ce dialogue drôle mais sérieux, Guillaume Meurice et Swann Périssé s'interrogent sur la place de l'humour et des humoristes dans notre société, sur leur métier, leurs limites, et sur ce qui les fait rire (ou pas).

Doit-on rire des faibles comme on rit des puissants ? Les blagues discriminent-elles ? Peut-on rire quand on est triste ? Doit-on rire à tout prix ? Peut-on subvertir l'ordre établi en riant ? Quelles révolutions l'humour mène-t-il ? Le rire est-il toujours encadré par le pouvoir, comme au temps des bouffons ?

Le livre pour ne plus dire qu'on ne peut plus rien dire.

Coups & blessures

Chaque parution de Sandrine Deloffre est un cadeau, un petit trésor qui s’ouvre avec impatience pour découvrir les gentils méchants coups qu’elle va tabasser dans la gueule ! Bim ! Amour !

Coups & blessures de Sandrine Deloffre
Et c’est chou, tendre, parfois un peu politique (la collab’ avec Guillaume est passée par là et c’est cool ) et cette fois-ci : ultra-violent de choupinitude.

Merci Sandrine !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Bataille de bouffe !
Allez !
Ouiii !
Wooo !
Yes !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Après Contes & Légendes et Art & Essai, l'inébranlable Sandrine Deloffre (c'est moi) revient aujourd'hui avec un nouvel album d'illustrations et de strips de type humoristiques. Véritable hymne à la violence, Coups & Blessures touchera la bête féroce qui sommeille en chacun de nous, en s'attaquant au thème de la bagarre, la grande, la belle, la vraie.

Éloge des fins heureuses

Coline Pierré est écrivaine de romans jeunesse. Et, dans cet essai, elle milite pour des fins heureuses (oui, tout est dans le titre). Non seulement dans la littérature jeunesse, mais aussi d’une manière plus générale, pour toutes les œuvres de fiction. Pour que le regard porté sur les romances, chick-lit et autres fictions sentimentales soit moins condescendant, voir dédaigneux.

Nous devons nous réapproprier les fins heureuses dans une perspective féministe. Plus que revendiquer la chick-litt, il faut la hacker, l'extirper du sexisme dans lequel elle est embourbée pour inventer une fiction sentimentale féministe et idéaliste, une chick-litt exigeante et populaire, radicalement subversive, radicalement romantique. Et faire de même avec nos vies.
Éloge des fins heureuses de Coline Pierré

Armée de ses arguments bien aiguisés qui puisent tant dans les classiques que dans les comédies, elle développe un plaidoyer drôle, politique, féministe et convainquant.

« Nous avons payé cher notre culte de l’endurcissement et notre dénigrement de la sensibilité. La violence au lieu de l’émotion. Nous nous élevons contre la violence, mais nous ne lisons pas les écrivains non violents. Nous protestons contre l’absence de contact, mais nous ne lisons pas les écrivains qui décrivent des relations au lieu de non-relations ou d’antirelations », écrivait Anaïs Nin dans son essai Le roman de l’avenir.

En plus, c’est plein d’une joie communicative

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La douceur aussi peut changer la vie
Adolescente, j'aimais les fictions dures et dramatiques, comme une manière d'éprouver l'âpreté et la violence du monde depuis mon fauteuil douillet du cocon parental alsacien


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Ce texte iconoclaste est un plaidoyer pour l’imagination et pour la fiction, une défense de l’optimisme, des fins heureuses, du romantisme et de la littérature « féminine ». Tenu par une démarche résolument féministe, ce court essai est une arme politique et un instrument d’émancipation sociale.

Quand on referme ce livre, on ne peut que ressentir l’envie de faire la révolution, avec des livres et dans la rue.

Situations

Véritable Inception du détournement et de la référence, de réf de réf, d’auto réf et de contre réf… Situation nous emmène dans le monde du spectacle dans une mise en abyme vertigineuse.

Situations de Maxime Morin, dessins et couleurs de tienstiens

Avec un curieux procédé explicatif (un peu surprenant – voir gênant au début mais finalement fort bien utilisé), Maxime Morin et Tienstiens nous parlent de la spectaclisation de la société, de l’économie, de la politique, de l’intime et même… du monde du spectacle.

Le rêve dans le rêve dans le rêve, vous dis-je !

Avec une fin en fractale un peu confuse, peut-être

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quel est le point commun entre Le Parrain, L'Exorciste, et Gladiator ? Réponse : ce sont tous des flims. Dans Situations, tienstiens (@tienstiensbd) et Maxime Morin (@wikihowmuseum) détournent films, émissions de télé et autres productions culturelles mainstream pour en dévoiler les mécanismes, les saboter, et provoquer, fatalement, le rire. En outre, les auteurs ont pris une décision unique et originale : celle d'expliquer toutes les références convoquées. Ainsi personne ne sera abandonné sur le bord de l'autoroute de la « réf ».

L’inavouable : la France au Rwanda

Après avoir lu la bande dessinée La fantaisie des dieux : Rwanda 1994, j’ai recherché ce bouquin dont elle était tirée. Comme j’ai bien fait !

Et nous rejoignons la folle gigue, Monsieur. Et nous avons beau puer, nous sentons le pain frais. Dans la marmite de Goma, c'est une soupe infecte aux relents de crachats qui mitonne. La mort nous imprègne, pas la haine. Et c'est la haine qui bouillonne ici. Une haine brute, éclatante, minérale. Une haine de soi, une haine du monde, une haine des siens. Une haine prête à déclencher tous les cataclysmes, une haine prête à se gorger de mal, une haine monstrueuse, indomptable. Une haine comme une danse, une danse, une danse, une danse, une danse.
C'est à vomir. Cela provoque des haut-le-cœur, des remontées de bile, des fracas d'estomac. C'est à se faire Kurtz dans Au cœur des ténèbres. C'est à griffonner sur le testament des bons sentiments cette phrase définitive:
« Exterminez toutes ces brutes! »
L’inavouable : la France au Rwanda de Patrick de Saint-Exupéry

Car ce livre va bien plus loin et continue l’enquête bien plus profondément que la BD. Enquête, articles dans le Figaro, commission d’enquête, procès… Patrick de Saint-Exupéry est partout et ne lâche rien ! Et si j’arrivais à la conclusion que la France se contentait de regarder ailleurs durant ce génocide, ceci ressemble de plus en plus à un euphémisme tant la France semble mêlée de bien plus près. Livraisons d’armes, formation et instruction militaire, soutien à la famille

Et cela va plus loin, beaucoup plus loin. 
En ce bel été 1994, François Mitterrand confie à ses proches: « Dans ces pays-là, un génocide c'est pas trop important. »
Et cela va plus loin.
Beaucoup plus loin.

Un livre dont le style un peu surfait m’a souvent fait lever les yeux au ciel avec tous ces effets dispensables et ces continuels « Monsieur »… Mais !!! (je dois avouer que la fin du livre en donne une excellente justification)

Quelle impressionnante somme d’enquête sur ce crime contre l’humanité !

Et aussi un très bon livre pour comprendre la notion de politique d’état, pour appréhender la politique étrangère française et ses ingérences africaines post-coloniales, pour mieux cerner Mitterrand et nombre d’acteurs de ces événements.

Une sale histoire aux responsabilités qui semblent rester bien obscures ! (et – raison d’état – elles le demeureront vraisemblablement encore longtemps)

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Ce livre est mon histoire. Mais ce n'est pas seulement mon histoire. C'est aussi l'histoire d'un génocide. Une histoire française, une histoire africaine, une histoire d'empire. Une histoire d'une cruauté sans fond, d'une violence extrême. Si extrême que vous ne l'imaginez pas. Pas encore.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Je vais vous rabaisser au rang d'homme. Ou vous élever, c'est selon. Je vais attraper votre main et nous allons partir. Quelque part, là-bas, il y a longtemps.

En Afrique, la France se bat depuis cinquante ans pour conserver son empire. La décolonisation n'a pas été une rupture, juste une étape. Avec le temps, nos dirigeants ont simplement privilégié l'ombre, perfectionnant certaines techniques forgées durant les guerres coloniales : les opérations secrètes, l'enseignement de la «guerre révolutionnaire», cette doctrine de manipulation des foules...

Au Rwanda, notre politique fut une réussite. Techniquement - je veux dire si l'on se débarrasse de ces concepts encombrants que sont le bien et le mal, l'humain et l'inhumain, l'acceptable et l'inadmissible -, nous fûmes au sommet. La mystification est une figure de la guerre. Nous la pratiquâmes avec une maîtrise qui glace le sang.

Des soldats de notre pays ont formé, sur ordre, les tueurs du troisième génocide du XXe siècle. Nous leur avons donné des armes, une doctrine, un blanc-seing. J'ai découvert cette histoire malgré moi, dans les collines rwandaises. Il faisait chaud, c'était l'été. Il faisait beau, c'était magnifique. C'était le temps du génocide