Nous sommes cruels

Camille de Peretti s’est mise en tête de revisiter un monument – Les liaisons dangereuses – en s’y campant en Marquise de Merteuil et, ma foi, y dévoile un talent à la hauteur de son audace.

Nous sommes cruels de Camille de Peretti

Et à l’instar des lettres recueillies dans une société et publiées pour l’instruction de quelques autres, tout est calcul, fourberie et intrigues avec une question que je me suis posé tout au long : l’autrice sera-t-elle aussi cruelle avec ses personnages que l’avait été Choderlos de Laclos ?

Un hommage en forme pastiche délicieusement amoral

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Julien et Camille sont faits pour s'entendre. Fascinés par la littérature du XVIIIe siècle, élèves brillants, cyniques, ils ont la conviction de s'être trompés d'époque. Et surtout une dévorante envie de s'amuser et d'affirmer leur toute-puissance. Alors quoi de mieux pour combler leurs aspirations que de se prendre pour le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil ?

Quelques règles, de nombreuses « proies » à séduire, un maximum de « trophées »... Les voilà « partenaires de crime », maîtres d'un jeu cruel dont ils tirent les ficelles en redoutables manipulateurs. Mais c'est un jeu dangereux, qui risque de se retourner contre eux et de les précipiter dans ce qu'ils redoutent le plus : devenir des adultes..

Over the Rainbow

Le père de Constance, Jacques, est homosexuel et mort du SIDA au début des années 90, avant les trithérapies.

Over the Rainbow de Constance Joly

A travers ce livre elle livre un portrait très touchant de son père, de ses amours, de ses choix de vie, de l’acceptation de son homosexualité et de sa relation avec sa fille.

C’est très beau et plein d’amour

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Celle qui raconte cette histoire, c'est sa fille, Constance. Le père, c'est Jacques, jeune professeur d'Italien passionné, qui aime l'opéra, la littérature et les antiquaires. Ce qu'il trouve en fuyant Nice en 1968 pour se mêler à l'effervescence parisienne, c'est la force d'être enfin lui-même, de se laisser aller à son désir pour les hommes. Il est parmi les premiers à mourir du sida au début des années 1990, elle est l'une des premières enfants à vivre en partie avec un couple d'hommes.

Over the Rainbow est le roman d'un amour lointain mais toujours fiévreux, l'amour d'une fille grandie qui saisit de quel bois elle est faite : du bois de la liberté, celui d'être soi contre vents et marées

Le mammouth et le virus

Eugène s’est retrouvé confiné au chalet avec femme et enfant et nous livre ici son journal du confinement.

Le mammouth et le virus de Eugène

Il joue avec son fils, goûte aux joies de Zoom, s’offusque de l’oreiller de paresse du président-vigneron, tente de poursuivre un traitement médical, se balade, s’amuse et philosophe…

Des joies simples, pour un petit livre un peu simple aussi… zut. Tout ça ne manquait pourtant pas d’humour, de dérision, de poésie et d’émerveillements

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Durant le confinement, mon épouse, notre garçon de trois ans et demi et moi nous nous sommes réfugiés dans un chalet. Là-haut, j'ai chassé le mammouth au salon ; j'ai couru sur les sentiers de montagne avec mon fils en criant que nous étions des lynx ; j'ai acheté dix millions de barils de pétrole au moment où il valait -37 dollars (j'ai donc gagné 370 millions de dollars). J'ai fait en sorte que la peur n'envahisse pas l'imaginaire de mon garçon. Peine perdue : le virus défie l'imagination. Il était là bien avant les hommes et sera encore là après...

Le mammouth et le virus est mon journal de confinement. Autodérision, ironie et tendresse sont des armes de destruction massive contre la déprime. Alors, armons-nous !

La familia grande

Un viol, un inceste ou un abus sur un-e enfant est plus qu’un crime. C’est une saloperie qui va marquer une vie, des vies même, des familles entières. Les broyer de noir, de colère et de culpabilité.

La familia grande de Camille Kouchner

Un livre remarquable qui décrit la lente destruction d’une familia grande, une nomenklatura bobo intello de gauche dans laquelle tout semblait permis, joyeux et festif…

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
C'est le récit incandescent d'une femme qui ose enfin raconter ce qui a longtemps fait taire la familia grande

Zulu

Un polar (thriller ?) au milieu de l’apartheid et du racisme dans les tonwships d’Afrique du Sud qui monte gentiment… et de plus en plus, et de pire en pire, et quand c’est trop, il y a encore plus pire.

Zulu de Caryl Ferey

Un thriller (polar ?) absolument addictif, qu’on se dépêche de terminer pour regretter ensuite de l’avoir trop vite dévoré.

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Enfant, Ali Neuman a fui le bantoustan du KwaZulu pour échapper aux milices de l'Inkatha, en guerre contre l'ANC. Même sa mère, seule rescapée de la famille, ne sait pas ce qu'elles lui ont fait... Aujourd'hui chef de la police criminelle de Cape Town, Neuman doit composer avec deux fléaux majeurs en Afrique du Sud : la violence et le sida. Une jeune fille est retrouvée cruellement assassinée dans le jardin botanique de Kirstenbosch. La cause du massacre semble être une drogue de composition inconnue. Neuman, qui enquête dans les townships sur l'agression de sa mère, envoie son bras droit, Brian Epkeen, et le jeune Fletcher sur la piste du tueur. Ils ne savent pas où ils mettent les pieds... Si l'apartheid a disparu de la scène politique, de vieux ennemis agissent toujours dans l'ombre de la réconciliation nationale...

L’autre part

Une BD sans texte magnifique et tellement évocatrice.

L’autre part de Créons

Difficile de donner une explication trop carrée et c’est toute la beauté de ce livre qui parle de la force du dessin, de la couleur et de la musique pour nous permettre de nous trouver et nous retrouver.

L’histoire d’un crayon rouge de toutes les couleurs, d’un troubadour qui ne refuse jamais un petit coup sur le pouce et une petite fille escargot qui vont enchanter une forêt

Splendide !

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Un album de bandes dessinée dans la collection 7|107 qui nous raconte les aventures d'un personnage connu sous le nom de Crayon. Le contenu Familier des Bruxellois depuis des années, on retrouve le personnage street art en forme de crayon dans les endroits les plus improbables de la ville. Crayon est décliné et coloré, mis en scène il anime les rues de la capitale, invitant les passants à s'exprimer et à investir la ville comme un vaste espace de création, à la fois poétique et tendrement critique.
L'auteur de ces crayons est lui-même connu sous ce pseudonyme (Crayon ou Créons). Peut-être même que ces crayons sont en fait les créations d'un collectif... En tout cas, de la rue, le personnage, Crayon, passe au récit graphique, sans bulles ni textes. Aucun. Et ce pour élargir les horizons du possible. Mêlant et explorant une diversité de techniques ? dessin, aquarelle, peinture à l'huile... ? notre familier crayon nous plonge dans une histoire peuplée de références populaires, de clins d'oeil aux cartoons de Disney, parmi d'autres nostalgies vivifiées par un regard bien ancré dans les questionnements de nos contemporains.
Bref un album pour les petits comme pour les grands

À la piscine avec Norbert

La narratrice (Véronique ?), baise avec Norbert (entre autres) et fait des longueurs à la piscine. Elle pêche sur Meetic, et s’interroge, questionne et philosophe…

À la piscine avec Norbert de Véronique Pittolo

Désenchantée, elle peine à trouver un sens, un but ou des émotions qui l’emportent… Et d’ailleurs pour aller où, à l’approche de la soixantaine, à l’âge de calculer ses points de retraite pour évaluer la taille des rêves possibles…

Alors elle nage, elle baise et elle philosophe…

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À l'approche de la soixantaine, une femme doit faire des efforts pour atténuer les rides et bien choisir ses petites culottes, surtout quand elle n'a pas la silhouette d'Ursula Andress.

Des efforts, l'héroïne de ce roman en fait encore, le soir, pour rompre sa solitude sur les sites de rencontre, livrée aux faux-semblants du virtuel.

Avec Norbert (rencontré sur Meetic), elle baise, elle va à la piscine, elle parle de tout, de sexe, du salaire des patrons du CAC 40, des migrants, de #Metoo, de sa future (toute petite) retraite. Elle lui parle de poésie, il répondT'as pas d'autres sujets en réserve ?

Il cite la sélection de l'équipe de France, elle préfère Kafka, il la voudrait en robe, elle préfère les pantalons.

À part ça, ils s'entendent bien.

À la piscine avec Norbert est un texte cru, drôle et enjoué, une réponse féminine et féministe aux Houellebecq de tous bords

Les chemins de désir

Claire Richard interroge ses désirs et sa consommation de porn. Des premières images de son enfance, trouvées sur une BD en haut d’une bibliothèque jusqu’au porn tubes et …

Un livre à la première page d’une splendide poésie !

Les chemins de désir de Claire Richard

Tout ça sent le vécu et parle de l’étrange cohabitation de l’imaginaire et d’IRL. Peut-être comme une sexualité en perpétuelle découverte.

Un tout petit (trop petit ?) livre d’une grande sincérité tout à fait touchant. Un livre personnel (comme un chemin de désir) et universel comme le plaisir

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Les architectes appellent "chemins de désir" les sentiers qui se forment progressivement sous les pas des marcheurs, des animaux ou des cyclistes, à côté des infrastructures prévues pour eux. Ils apparaissent dans la neige sale, l'herbe foulée, dans la boue et sur le bitume frais. La plupart du temps, on les voit à peine. »

Enfant et momentanément esseulée dans la maison de ses grands-parents, la narratrice tombe sur une revue « pour adultes », dont elle a le temps de regarder quelques images avant que son père ne la découvre et l'interrompe. Ces images oubliées se réveillent à l'adolescence, au contact d'une BD rencontrée par hasard. La narratrice découvre alors l'univers de la pornographie et tout ce qu'il provoque en elle. Ce sont les années 1990 et les BD laissent bientôt place aux premiers sites web, puis aux puissantes et prédatrices plateformes des « tubes ». Au contact de ces nouveaux supports, les « chemins de désir » esquissés dans l'enfance se développent dans des direction inattendues...

Cette exploration intime de l'imagerie pornographique est prise dans une tension qui lui donne toute sa force : d'un côté la conscience des conditions le plus souvent exécrables de production du porno (domination masculine, exploitation de femmes très jeunes, modèle de sexualité fondé sur la soumission), et d'un autre côté une fascination irrépressible, qui pousse à y aller voir, encore et encore

Le dernier enfant

Je me suis fait cueillir comme un bleu par ce livre. Chronologie d’une journée clé ! Le départ de la maison du dernier enfant.

Le dernier enfant de Philippe Besson

Une mère désemparée à la tristesse infinie qui tente de faire bonne figure.

C’est tout petit et c’est immense !

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Elle le détaille tandis qu'il va prendre sa place : les cheveux en broussaille, le visage encore ensommeillé, il porte juste un caleçon et un tee-shirt informe, marche pieds nus sur le carrelage. Pas à son avantage et pourtant d'une beauté qui continue de l'époustoufler, de la gonfler d'orgueil. Et aussitôt, elle songe, alors qu'elle s'était juré de se l'interdire, qu'elle s'était répété non il ne faut pas y songer, surtout pas, oui voici qu'elle songe, au risque de la souffrance, au risque de ne pas pouvoir réprimer un sanglot : c'est la dernière fois que mon fils apparaît ainsi, c'est le dernier matin. »

Un roman tout en nuances, sobre et déchirant, sur le vacillement d'une mère le jour où son dernier enfant quitte la maison. Au fil des heures, chaque petite chose du quotidien se transforme en vertige face à l'horizon inconnu qui s'ouvre devant elle

Fantaisie allemande

Dans ce recueil de nouvelles, Philippe Claudel revisite les atmosphères pesantes qu’il avait explorées dans le rapport de Brodeck.

Fantaisie allemande de Philippe Claudel

Des odeurs de mort et de culpabilité, des bribes d’espoir et d’humanité

Une écriture magnifique pour décrire l’absurdité et la folie des guerres où l’innocence côtoie les bourreaux dans une pulsion de vie qui a perdu son sens

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un roman décomposé évoquant l'histoire, la guerre et la perte à travers les destins de personnages qui reviennent, comme dans une ronde : un soldat, déserteur ou rescapé, un homme âgé, ressassant un passé qui n'en finit pas, un certain Viktor, une fille cruelle qui maltraite le pensionnaire d'un hospice, un homme paisible qui chantonne à son heure des marches nazies