Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
L’histoire de Giono est belle, magnifique, poétique. Elle fait rêver d’une humanité réconciliée avec sa terre.L’homme qui plantait des arbres : d’après l’oeuvre de Jean Giono de Florence Lebonvallet, dessin de Daniel Casanave, couleurs de Claire ChampionL’adaptation est splendide. La poésie des arbres, du temps et du sirocco se partage à chaque page.
Et la guerre ? Oui, il y a la guerre.
Mais passé le temps des obus, le vent revient caresser les feuilles des chênes au soleil et Elzéard Bouffier plante les arbres de demain
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Il y a environ une quarantaine d'années...
Je faisais une longue course à pieds sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Elzéard Bouffier, berger solitaire des Alpes arides et venteuses de Haute-Provence, comprend un jour que son pays meurt par manque d'arbres. Il se donne alors une mission d'une simplicité qui confine au merveilleux: planter des arbres.
Des centaines de milliers d'arbres.
Pierre Bayard est fascinant par ses questions à l’air impertinent et, plus encore, par le soin qu’il porte à y répondre.Je sommes plusieurs : sur les personnalités multiples de Pierre BayardIci, commençant par poser des bases littéraires (Dr Jeckill et Mr Hyde), psychiatriques (Freud) ou cinématographiques, il continue avec les grands noms de la littérature qui écrivirent sous pseudo. Anaïs Nin, Romain Gary ou Pessoa… et touche à des questions plutôt insolites.
Quand bien même, le suis-je nous tous ? Pourrait-on lui répondre
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) L'idée de ce livre m'est venue d'une réflexion formulée par ma femme alors que nous visitions, il y a quelques années, une exposition consacrée à Picasso.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Plutôt que de présenter l’être humain comme déchiré entre des pulsions contradictoires, ne serait-il pas plus simple d’admettre que chacun·e d’entre nous abrite différentes personnes, qui parfois ne se connaissent même pas ?
Une telle évolution théorique, qui devrait logiquement nous inciter à prendre plusieurs noms, contribuerait à apaiser la vie en société, puisqu’il n’y aurait plus de sens à reprocher aux politiciens de changer d’avis, à accuser son conjoint d’adultère ou à condamner les malfaiteurs pour des actes qu’ils ont commis à leur insu.
Il y a comme un air de Sempé dans ces images, dans la poésie enfantine de cette histoire aussi. En plus triste pourtant.Mémoires d’un garçon agité de Vincent Zabus, dessins et couleurs de Valérie VernayEt si c’est très réussi, l’histoire plonge finalement dans un mélo irrattrapable.
Et en partant des petits deuils de l’enfance, ces mémoires finissent par devenir bien sombres
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Il est dans la courbe.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Âgé d'une dizaine d'années, Germain est un garçon sensible qui décide un jour d'écrire ses mémoires. Persuadé d'être responsable de la mort de sa petite sœur, il éprouve une culpabilité profonde et il se réfugie alors dans l'écriture, essayant maladroitement d'exprimer ce sentiment de culpabilité qui ne le quitte pas car, chaque jour, il pense à elle. Une histoire d'une sensibilité rare qui évoque la question du deuil et de l'enfance.
Publié trois ans après Silence, cette bande dessinée reprend des lieux similaires et la même sensation d’oppression s’en dégage. Entre sorcellerie et religion, les nouveaux venus ne sont guère bien accueillis.La belette de Didier ComèsComès accentue ici le trait et les visages en pâtissent en même temps que le scénario se montre moins créatif.
Une suite (qui n’en est pas vraiment une) moins heureuse que le noir et brillant Silence mais qui, avec lui, annoncent les débuts du roman graphique
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) ... Non ! Non ! ...
Rien à faire, elle ne me plaît pas !
... Je la sens hostile !
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) En quelques sortes, un prolongement de « Silence ». La sorcellerie est toujours le vecteur de ce très bel album. Plusieurs éléments se côtoient dans ce roman qui a pour cadre la région natale de Comès. La fécondité et Démeter, la déesse mère avec Anne, Pierre son fils autiste et la Belette face à la religion représentée par le curé Schonbroodt sans oublier la nouvelle religion : la télévision représentée par Gérald, réalisateur venu de la ville. Les tensions et les rivalités du petit village Amercoeur sont dépeintes avec beaucoup de sensibilité.
Bande dessinée marquante de mon enfance, on ne disait pas encore « roman graphique » (… il faudra d’ailleurs qu’on m’explique), j’ai rouvert Silence comme un grimoire magique avec la crainte que son pouvoir ait disparu.Silence de Didier ComèsAlors certes, il s’est quand même émoussé. Mais tout est encore là. Le trait, les aplats, le scénario, les planches (au découpage quand même très tradi), le rythme, l’atmosphère poétique. Tout est encore là.Une BD phare des années 80 pleine de magie rurale, d’injustice et d’une grâce surréelle
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je mapel Silence é je sui genti
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Je mapel Silence é je sui genti ».
Ainsi les lecteurs de la revue (A Suivre) découvrent-ils, début 1979, l'ouvrier agricole mutique et désarmant auquel a donné naissance Didier Comès. C'est un choc. Une fois lue cette somptueuse histoire, personne n'oubliera de sitôt cet extraordinaire personnage lumineux exploité par un paysan prospère de son village... Interprété dans un noir et blanc irradiant de virtuosité, le maître-livre de Comès - à bien des égards l'un des premiers romans graphiques francophones - demeure une référence majeure de la bande dessinée contemporaine.
Passeur(s) raconte le voyage de clandestins originaires de Syrie, partis de Izmir en Turquie et souhaitant se rendre au Royaume-Uni. Il raconte la violence des passeurs, les conditions du transport et la soumission des migrants, totalement à la merci de leurs convoyeurs.Passeur(s) de Damien Perez et Fréderic Loore, dessins et couleurs de Fernando BaldoUn album violent, rude. Aux dessins froids et monochromes totalement raccords avec l’inhumanité de ce trafic.
Une belle réussite suivie d’un petit dossier explicatif sur la traite et le trafic d’êtres humains
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) ─ Tu viens d'où, toi ?
─ De Sfireh, près d'Alep.
─ « De Sfireh, près d'Alep », Hein...
─ Mais putain de bouffon, va.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Payer des passeurs, c'est quand même plus simple. Surtout qu'ils font crédit. »
Cynique et désabusé, Awar convoie des migrants de la Syrie vers l'Angleterre, traversant une bonne partie de l'Europe. Lorsqu'Esrin, une jeune Kurde portant le foulard des combattantes YPJ, réveille en lui de sombres souvenirs, le passeur doit choisir. Renoncer à ce job lucratif pour sauver l'adolescente des mains d'un terrible mafieux ou museler son humanité ? Après tout, ça ne serait pas la première fois...
Fondé sur les enquêtes de terrain du journaliste Frédéric Loore, Passeur(s) offre un regard inédit et sans concession sur le trafic d'êtres humains vu à travers les yeux de ceux qui l'organisent.
Un récit oscillant entre violence, solidarité, quête de survie et espoir d'une nouvelle vie.
In limbo raconte les difficultés d’une jeune immigrée coréenne aux États-Unis. Racisme, difficultés d’intégration et problèmes d’identité. A cela s’ajoute une mère culpabilisante aux injonctions toxiques. Un très bon cocktail pour préparer une dépression et une tentative de suicide.In limbo de Deb JJ Lee, trad. de Léana FélixUne histoire intime et sensible. Celle d’un parcours chaotique vers un épanouissement personnel et une relation mère-fille apaisée.Un album monochrome bleu pétrole très réussi avec un grain d’image qui apporte beaucoup douceur à cette autobiographie qui en manque cruellement
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je peux changer mon apparence.
Enfin, dans ma tête.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La famille de Deborah (Jung-Jin) a émigré de Corée du Sud aux États-Unis. Depuis ce jour, elle se sent différente. Comme si un monde la séparait des autres.
Enfant, elle a eu du mal à s'adapter. Elle n'arrivait pas à parler anglais. Des années plus tard, c'est tout l'inverse. Elle ne parle plus coréen. Elle tente de s'intégrer, mais rien ne va. Ses professeurs n'arrivent pas à prononcer son nom coréen. Son visage n'est pas comme celui des autres. Surtout ses yeux. Elle voudrait tout changer et être « normale ».
Aujourd'hui, Deb est au lycée, et tout est encore plus difficile. Ses amitiés changent, évoluent, se brisent. Elle n'arrive plus à suivre en cours. Les disputes avec sa mère dégénèrent. Elle est coincée dans les limbes, prisonnière du vide, sans le moindre refuge. Sa santé mentale s'effondre. Confrontée à une telle souffrance, elle tente de se suicider.
Mais Deb est forte. Elle veut guérir. Elle essaye. Chaque jour est une bataille. Pas à pas, elle tente de reconstruire son monde, grâce à l'art et à la psychothérapie. C'est en prenant soin de sa santé mentale, émotionnelle et physique qu'elle va renouer avec son héritage coréen. Un travail qui l'aidera à comprendre qui elle est.
Ce parlement est une magnifique histoire d’eau.Le parlement de l’eau de Wendy DelormeDans une écriture qui mêle l’épicène au fantastique, l’écologie à la poésie et le féminisme à l’environnement, Wendy Delorme parle avec l’eau. Dans une triple mise en abyme (qui nous guette), les fleuves, mers et étangs s’unissent à l’autrice et au futur pour écrire une histoire aussi tortueuse que l’Esprit qui pose tout ceci sur le papier. Un livre touchant juste, bousculant. Mais qui m’a plus d’une fois perdu dans ses longueurs
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) ─ Delta est malade depuis des mois. Elle ne viendra pas.
─ Elle nous a fait parvenir un arrêt maladie ?
─ Je pense que ce n'est pas nécessaire. Vous avez constaté comme nous toutes ici l'extinction massive des anguilles, des palourdes. Elle pue la mort.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La Révolution, c’est de l’Eau… Sauver un cours d’Eau, aussi ténu soit-il, c’est un début pour sauver tout ce qui peut encore l’être.
Une romancière, qui croit au pouvoir de la littérature pour changer le réel, convoque en pensée des entités aquatiques : Fleuve, Mer, Océan, Crue, Ruisseau, Rivière, Cascade, Marais, Lac, Lagune… Celles-ci inventent une histoire sur la nécessité vitale de sauver le cycle de l’eau, faire barrage à la montée du fascisme, retisser les liens entre l’espèce humaine et le vivant.
Depuis le bassin versant du Rhône sur lequel elle enquête, Wendy Delorme nous propose un roman inspirant, où l’utopie l’emporte sur la dystopie.