Une vie comme neuve

Voilà une bien curieuse vie comme neuve, qui m’a dérouté, intrigué et perdu sur de fausses pistes tant je ne savais pas où le Georges voulait amener ce guère sympathique Dudon qui, suite à un grave accident, trouve l’opportunité de commencer une toute nouvelle vie.

Tout se joua en un quart de seconde. Il avait dit, avec une fausse désinvolture, en glissant sur les syllabes : 
 ...j'étais seul dans l'auto...
Or ce n'était pas vrai. S'il n'avait pas mis Dudon en garde, celui-ci ne se serait peut-être aperçu de rien. Mais, depuis que Lacroix-Gibet était entré dans la chambre, il guettait ses mots un à un et ceux-là, justement parce que débités trop vite, trop légèrement, firent naître une image dans son esprit. Il n'était pas seul dans son auto. A côté de lui, Dudon en était sûr, très près de lui, se trouvait une femme qui portait un chapeau clair, probablement blanc, et que Dudon n'avait pas revue parmi les gens qui piétinaient autour de lui, tandis qu'il était étendu par terre. 
Il ne protesta pas, ne dit rien. Il eut seulement un sourire à la fois amusé et complice. Ce sourire n'échappa pas au conseiller municipal, qui garda un moment de silence.
Lorsqu'il ouvrit à nouveau la bouche, ce fut pour prononcer
 - Vous voyez ce que je veux dire ?
 - Je vois.
Une vie comme neuve de Georges Simenon

Mais peut-on changer de vie ? Nos anciens démons, nos culpabilités, nos vices et toutes nos petites pourritures peuvent-elles disparaître par enchantement ?

Un roman sur la force destructrice du clérical péché

Tous les romans durs de Simenon
73. Une vie comme neuve
72. Le temps d’Anaïs 74. Les frères Rico
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il s'attendait depuis si longtemps à une catastrophe et à une catastrophe survenant précisément à un moment comme celui-là qu'il fût sans terreur et pour ainsi dire sans surprise. S'il y eut un certain étonnement en lui, c'est qu'après avoir imaginé les événements les plus compliqués il se trouvait devant un fait divers banal, comme on en lit chaque jour dans les journaux.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Maurice Dudon, un étrange personnage qui mène une vie de cloporte, est renversé par une voiture. L'homme qui la conduisait l'installe à ses frais dans une clinique. Confié à Anne-Marie, une charmante infirmière qu'il épouse, il connaît un destin nouveau.

L’aîné des Ferchaux

Très librement inspirée par la réussite et la fortune des frères Tréchot, colons français au Congo, Simenon raconte la fin de vie peu glorieuse de Dieudonné Ferchaux, poursuivi par la justice française pour le meurtre de trois guides indigènes à la dynamite. Une fuite en Amérique du Sud racontée par son secrétaire, Michel Maudet.

Impossible de tirer un coup de revolver sans alerter les Vuolto qui couchaient à l'étage en dessous.
Le poison aurait été le plus facile, mais Maudet n'y connaissait rien. Si le vieux allait råler et souffrir pendant des heures ? Et où se procurer du poison sans donner l'éveil ou sans risquer, après coup, d'être identifié ?
Non, il n'y avait pas à y échapper, il le savait: il fallait tuer salement, avec ses mains, avec un objet quelconque, un couteau ou un marteau.
Et c'était cela, c'était la pensée du geste à faire qui mettait à tout moment son organisme en déroute.
Or, personne ne s'en aperçut. Vingt fois, cinquante fois il fut tenté de boire, et chaque fois il résista, se contenta d'avaler un peu d'eau pour humecter sa gorge sèche.
Comme par hasard, le vieux dicta jusqu'à midi passé. Parfois, tandis qu'il fermait les yeux pour fouiller dans sa mémoire, Michel laissait tomber sur lui un froid regard par lequel il semblait le mesurer.
Et c'était presque cela, en effet, car Michel pensait aux trois nègres et à la cartouche de dynamite.
L’aîné des Ferchaux de Georges Simenon
Un roman glauque et sale, misérable. Deux hommes liés par un pacte tacite qui se délite inexorablement pour ne laisser que rancune et haine larvée dans une interdépendance malsaine

Adapté au cinéma par Jean-Pierre Melville avec Jean-Paul Belmondo, Charles Vanel, Stefania Sandrelli et Michèle Mercier
Tous les romans durs de Simenon
50. L’aîné des Ferchaux
49. Le rapport du gendarme 51. La fenêtre des Rouet
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le train s'ébranlait d'une secousse brutale et Maudet, interrompu dans sa course, était collé, l'espace d'une seconde, contre la cloison du couloir, près de l'accordéon noir d'un soufflet. Alors, la viscosité de cette cloison, qui semblait suer gras et froid par une nuit pluvieuse d'octobre, lui entra dans les doigts, dans la peau, dans la mémoire; elle devait à tout jamais s'associer pour lui à la notion de train de nuit.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dieudonné Ferchaux, vieil homme tyrannique, engage comme secrétaire Michel Maudet, un garçon famélique et avide de vivre. Entre les deux hommes se tissent des liens étroits et ambigus où se mêlent haine et admiration. Traqués par la police, ils fuient à travers l'Amérique du Sud...

L’horloger d’Everton

Un homme a élevé son fils seul. Un soir, le fils n’est pas rentré.

Il se conduisait un peu comme certains malades qui ont si peur de déclencher une crise qu'ils vivent au ralenti, avec des mouvements prudents, ne parlant que d'une voix éteinte. Au fond, il n'avait pas été surpris par la vue des deux policiers. Il n'avait pas cru sérieusement non plus que Ben avait eu un accident. D'ailleurs, s'il s'était agi d'un accident, ils le lui auraient dit tout de suite. Depuis qu'il était revenu la veille dans l'appartement vide, il savait que c'était plus grave et il rentrait les épaules pour donner moins de prise au destin. Peu importait ce qui était arrivé, il lui fallait protéger son fils. Jamais il n'avait senti aussi nettement, aussi charnellement, le lien qui existait entre eux. Ce n'était pas une autre personne qui était en détresse quelque part, Dieu sait où — c'était une partie de lui-même.
L’horloger d’Everton de Georges Simenon
Simenon raconte un père dans la détresse, de n’avoir rien vu venir, désemparé de ne pouvoir aider, démuni face à l’irréparable.

Avec une grande empathie, Simenon tente de décrire le désarroi et l’amour inconditionnel d’un parent

Adapté au cinéma par Bertrand Tavernier en 1974 (L’horloger de Saint Paul) avec Philippe Noiret et Jean Rochefort
Tous les romans durs de Simenon
82. L’horloger d’Everton
81. Le grand Bob 83. La boule noire
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Jusque minuit, voire jusqu'à une heure du matin, il suivit la routine de tous les soirs, ou plus exactement des samedis, qui étaient un peu différents des autres jours.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La fugue, la délinquance, le meurtre : en quelques jours, pour une amourette avec une fille de son âge, Ben Galloway, à seize ans, a commis l'irréparable. C'est dans la prison d'Indianapolis que son père, Dave, modeste horloger d'un village de l'Etat de New York, le retrouve. Mais le garçon se mure dans un silence hostile que n'entameront ni le procès, ni la condamnation à la prison perpétuelle. Comment ce fils qu'il a élevé seul a-t-il pu devenir à ce point un étranger ? Qu'adviendra-t-il de l'enfant qui naîtra de la brève union de Ben et de Lilian ?
Un roman poignant aux résonances dramatiquement actuelles, dont s'est inspiré Bertrand Tavernier pour son film L’Horloger de Saint-Paul.

L’extinction des vaches de mer

Les vaches de mer (Rhytine de Steller) : découvertes en 1741, éteintes en 1768. L’homme découvre… L’homme détruit ! Écœurant, révoltant !

Les vaches de mer, victimes de ce qu'on a appelé la ruée vers l'or gras, et avec elles les cormorans aux ailes inutiles ainsi que les autochtones aléoutes, enrôlés de force pour la chasse à la loutre, ont été exterminés. Moins d'un an après le départ de Steller et de l'équipage, les vaches de mer furent massacrées. Pour peu qu'on fût distrait, on aurait cru l'île de Béring baignée dans le rougeoiement d'un éternel coucher de soleil, même en plein jour.
L’extinction des vaches de mer de Adèle Rosenfeld
Dans ce livre Adèle Rosenfeld raconte sa fascination pour cet animal et pour l’expédition qui le découvrit. Puis, dans une seconde partie, elle tisse des liens (un poil alambiqués ?) avec la fin de vie de son grand père. La disparition et la préservation de la mémoire.

Une écriture exigeante qui m’a plusieurs fois laissé à distance malgré un sujet fascinant

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Les nuages s'étaient essorés et ne formaient plus qu'un mince ourlet vaporeux au-dessus de la mer, quand une impulsion électrique traversa le ciel, la sensation d'un danger, un changement brutal qui alerta Steller. Une masse sombre couvrit les flots, lui fit d'abord penser à une zone d'algues brunes, mais cette masse persista, jusqu'à ce qu'émergeassent d'autres collines au-dessus des flots bariolés d'écume, puis une silhouette jaillissant qui émit un bruit de choc d'air, de chair et d'eau, comme si quelque part des draps mouillés étaient étendus dans une plaine, le linge claquant dans le vent, et la masse brune replongea, et une autre plus loin apparut.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La Rhytine de Steller, plus connue sous le nom de « vache de mer », a été découverte en 1741 par le naturaliste allemand Georg Wilhelm Steller. C’est lors d’une expédition dans les eaux glacées du Pacifique nord qu’il rencontre ce gigantesque animal marin au destin tragique – puisqu’il s’éteindra définitivement 27 ans après son premier contact avec les hommes.
À la fois roman d’aventure, épopée scientifique et plongée dans l’intimité d’un équipage échoué, L’extinction des vaches de mer nous entraîne dans la vie d'un grand explorateur lancé dans la bataille que se livrent les savants européens du XVIIIème siècle pour s’approprier de nouvelles terres et des espèces encore inconnues. Jusqu’à trouver ces vaches de mer devenues mythiques, dont la chair a le pouvoir de sauver les naufragés affamés, sa graisse de les réchauffer, et ses airs de sirène de les enivrer.Mais si la Rhythine de Steller a envahi l’imaginaire de la narratrice, de quoi cette obsession est-elle le nom ?
Porté par une écriture poétique, sensorielle, L’extinction des vaches de mer interroge la possibilité de préserver ce qui menace de s’effacer : un animal, un grand-père, une langue, une histoire familiale. À travers la figure de Steller, scientifique hanté par la beauté et la fragilité du vivant, Adèle Rosenfeld propose une réflexion bouleversante sur la disparition, les douleurs silencieuses et le besoin de transmettre.

Un violent désir de chaleur humaine

Tania de Montaigne poursuit son analyse du racisme avec une version plus personnelle suite à la réception de messages haineux sur les réseaux sociaux.

Cest pas moi, c'est lui.
C'est pas moi, c'est elle.
La faute de l'Autre.
Tout le monde veut être parfait, un vrai petit ange. N'est-ce pas? C'est le bouc émissaire qui fait tenir debout ce bel édifice de perfection. Il permet à la société de rendre réels les mythes de vertu et de pureté. Tout le monde veut être vertueux. Non? Il y a d'un côté la société saine, angélique, et de l'autre le bouc, élément impur, nuisible, diabolique, coupable. Forcément coupable. Regarde, depuis la nuit des temps les discours, les programmes, les dictatures, les autocrates, tous adossés au bouc émissaire. Le bouc est à lui seul la solution et la cause de tous les problèmes. Il ne demande aucune réflexion, grâce à lui plus besoin de penser. Il est la maladie et le médicament, le poison et le remède, le pharmakon. C'est parce qu'il est là que tout va mal, mais c'est parce qu'il est là qu'on peut affirmer qu'après lui, tout ira bien.
Un violent désir de chaleur humaine de Tania de Montaigne
Elle y soulève quelques évidences, certes, mais qui méritent d’être répétées !
Si l'on admet que ça n'est pas le réseau qui a fait l'Homme mais que c'est bien l'Homme qui a créé et alimente les réseaux, c'est que quelque chose de nous-mêmes doit être réfléchi.
Notre rapport à la violence.Le triste constat d’une société individualiste, rongée par la haine et les injonctions qui font le succès et l’argent des GAFAM et autres TikTok.

Un appel à retrouver notre vitale humanité

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Et puis, j'ai posté une photo de moi un peu floue prise sur un bateau-mouche avec ce commentaire, « Quel plaisir de retrouver les amis ».


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« Dégénérée », « Vas faire à bouffer connasse ! », « Vas t'occuper de ton gosse ! » , « T'es pas prête à ce qui va t'arriver », « Regarde ta coupe on dirait un balai à chiotte », « Meurs, t'es pas belle... », « Tu mérites de te faire égorger… »
« Le premier message est arrivé sur mon compte à 23h03. Je me suis dit, ça doit être une erreur. Je n'ai pas senti qu’à ce moment précis j’étais en train de devenir le point de rencontre entre les plus anciennes pulsions humaines, la peur, la haine, le meurtre, la cupidité, d'un côté, et la technologie la plus avant-gardiste de l’autre ».
Quelque chose dans notre civilisation s’est brisé. Il ne s’agit plus d’un malaise ni d’un combat entre le juste et l’injuste, le vrai et le faux, le bien et le mal, le réel et le numérique. Quelque chose de bien plus profond et d’enfoui a explosé à la faveur des réseaux sociaux : la haine, notre haine. On ne compte plus les messages violents, racistes, misogynes, homophobes, qui déferlent sur nos appareils. Et dans nos vies. À la légitime question, que faire ?, on pointe du doigt les objets, ce téléphone que l'on dit smart, ces réseaux que l'on dit sociaux. Mais si l'objet est en cause, est-il vraiment LA cause ? Regarder l'objet sans se regarder soi-même, c'est regarder le doigt sans regarder la lune. « La folie c'est de faire tout le temps la même chose et d'attendre un résultat différent », écrit Einstein. Sommes-nous prêts à vivre différemment ?

Ma vie de chouette : moi, dame blanche, pas si différente de toi

Alexandre Roulin est un chanceux privilégié (ce n’est d’ailleurs pas que de la chance, mais beaucoup de travail), il est passionné et vit de sa passion. Les oiseaux, et plus spécifiquement, les chouettes effraie.

Ce discours semble dénué de cœur, et il l'est. Les effraies, comme les autres organismes vivants, se projettent dans le futur et n'ont que faire de la nostalgie. Les parents préfèrent les premiers-nés, non pas parce qu'ils ont déjà investi plus de ressources pour eux que pour les derniers-nés mais parce qu'ils sont plus forts. Comme ils sont plus costauds, leurs chances de survie sont plus élevées. Pour les parents, cela signifie qu'ils peuvent s'attendre à avoir des petits-enfants avec les premiers-nés plutôt qu'avec les derniers-nés.
Ma vie de chouette : moi, dame blanche, pas si différente de toi de Alexandre Roulin et Christine Mohr

Alternant entre sa vie et celle des chouettes qu’il observe depuis plus de 40 ans, il partage sa fascination avec talent, pédagogie et un enthousiasme fort communicatif

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je n'ai pas attendu longtemps pour commencer à observer les oiseaux. À 7 ans, en 1975, j'avais déjà des jumelles autour du cou. Depuis, je n'ai jamais arrêté, c'est bien la seule chose qui soit restée aussi constante dans ma vie. Tous les jours, je chevauchais mon vélo pour rejoindre un étang et y observer les migrateurs qui y avaient fait escale. Je ne tenais pas en place, comme ces oiseaux au long cours. Tout le temps envie de faire quelque chose en lien avec les animaux.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Il était une fois une chouette qui faisait peur à beaucoup par son aspect de dame blanche fantomatique et ses chuintements grinçants. L’effraie des clochers a pourtant plus à craindre des humains que nous n’avons de nous en méfier. Surtout, cette silhouette élégante qui peuple les nuits de son vol furtif a beaucoup de points en commun avec nous. Diplomatie, chasse, espionnage, solidarité, adultère, divorce, éducation des petits… : les comportements de cet oiseau pas si rare mais menacé ne manquent pas de sel. Il en résulte 10 leçons de morale sauvage dans lesquelles Alexandre Roulin, un des meilleurs spécialistes de la chouette qu'il côtoie et étudie depuis plus de 40 ans, se met en scène pour dévoiler les coulisses authentiques de ses recherches et tisser des parallèles saisissants entre cet oiseau et nous les humains.
Coécrit avec Christine Mohr, professeure de psychologie, spécialiste de l’analyse des comportements humains et des superstitions, ce récit original et jubilatoire sur la vie et les mœurs de ce rapace nocturne, plus proche de nous qu’on ne le pense, ne cessera de vous mener de surprise en surprise.

Journal d’un paysan

C’est la vie, les emmerdes, les bonheurs, le fric qui manque, le travail (beaucoup, tout le temps), les craintes, le climat qui se réchauffe, les copains, les collègues, les employés, les arbres, les cultures, la famille… C’est la vie d’un paysan (agrumiculteur) qui fait du bio en France.

Hiver
Dimanche 4 décembre
Je voulais cueillir des clémentines, il pleuvait comme vache qui pisse. Je me suis fait un jus avec les petites impossibles à éplucher, en regardant les nuages se vider. L'odeur de la pluie d'hiver est l'un des parfums les plus évocateurs que je connaisse.
Journal d’un paysan de Jean-Noël Falcou
Alors, oui, le journal a forcément un petit côté répétitif, mais pourtant, il n’y a pas un seul jour pareil ! Car Jean-Noël Falcou a tout l’air d’un hyperactif et bosser avec lui ne doit pas être de tout repos (pas du tout, même !), et il ne s’en cache pas. Mais il aime la terre, les arbres et la vie. Et pour cela, il ne compte pas.

Un magnifique journal, vivant et passionné

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Dimanche 20 février 2022
Depuis 8 h 20 ce matin, c'est le printemps par ici. Il y avait bien quelques indices précurseurs, pour ceux qui se soucient de la fin de la floraison des amandiers, ou des rosiers centifolia qui débourrent malgré la sécheresse hivernale. Des indices oui, mais le printemps ce n'est pas ça. C'est une odeur changeante de la terre, une assurance imprévue du soleil, les rougequeues qui ne se sentent plus à leur place dans une vibration nouvelle connue de tous. Les saisons font mentir le calendrier.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Chaque soir, pendant un an, un paysan témoigne en quelques lignes de son activité du jour. Ses textes nous donnent accès à l'intimité rugueuse d'un métier fondamental devenu méconnu. On y trouve, entre autres, des bigaradiers, du désherbage, des souvenirs d'enfance, des oiseaux, des coups de gueule, des alambics... On y découvre de l'intérieur, dans l'oeil d'un naturaliste, des champs, une filière, un pays.
Ce journal rend compte d'un engagement corps et âme dans une vocation. Il est aussi une ode à la matière ─ naturelle, transformée, vivante, spirituelle.

La porte

Dans ce huis-clos malsain, un homme imagine, fantasme, jalouse…

 - A ta jalousie?
 - A toi... A moi... Je t'aime et je suis jaloux... Ne m'interromps pas... Ce que je dis est la vérité et elle n'est pas aussi belle que je le voudrais... Même si je ne t'aimais pas, mais que tu sois ma femme, je serais jaloux et je souffrirais... Tu com-prends ça ?
 - Peut-être. Tu as beaucoup souffert avec moi ?
 - Par moments... Ça vient, puis ça passe, et alors je suis parfaitement heureux... J'ai eu envie de dire follement heureux, car il y a des jours, quand je te vois descendre de l'autobus, où je me mettrais à crier de bonheur... Dès l'âge de quatorze ans, j'avais le désir du mariage, d'une femme à moi, d'un petit monde dont je serais...
Il hésitait.
 - Tu vois que ce n'est pas beau!... Un monde dont je serais le centre, dont je serais le maître... Pas tellement pour commander... Pour me sentir le plus fort... Je pensais à une femme qui aurait besoin de moi, qui n'aurait rien d'autre au monde, que je devrais protéger et rendre heureuse...
 - Tu m'as rendue heureuse...
La porte de Georges Simenon
Que se passe-t-il derrière la porte du voisin quand sa femme y pénètre ?

Un homme devient fou et emporte sa femme dans sa folie

Tous les romans durs de Simenon
100. La porte
99. Les autres 101. Les anneaux de Bicêtre
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Comme dans beaucoup de vieilles maisons du quartier, les fenêtres, hautes et étroites, descendaient jusqu'à trente centimètres du plancher et des arabesques en fer forgé supportaient la barre d'appui. C'est à travers ces arabesques que Foy, de sa chaise, suivait plus ou moins consciemment les allées et venues de la rue. Il fronça les sourcils quand il vit la petite auto bleue du Dr Aubonne tourner l'angle de la rue des Francs-Bourgeois, s'engager dans la rue de Turenne et, traversant la chaussée en oblique, s'arrêter derrière le camion de la papeterie Herbiveaux.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un début de juillet. Dans leur appartement de la rue de Turenne, Bernard et Nelly Foy coulent une existence paisible et monotone, lui retrouvant grâce à des prothèses un semblant d'activité qui lui permet de peindre des abat-jour et de vaquer aux menus soins du ménage, elle travaillant au-dehors dans une importante maison de passementerie.

Le beurre de Manako

Si vous avez un petit souci de cholestérol, n’ouvrez surtout pas ce livre. Même la couverture risquerait de vous le faire grimper. Le titre ne trompe pas.

Je vais vous faire un aveu. On a beau me voir comme une croqueuse d'hommes, je ne suis pas de ces femmes vulgaires qui ne pensent qu'à la chose. Disons plutôt que je hais les femmes, tout simplement.
Le beurre de Manako de Asako Yuzuki, trad. de Mathilde Tamae-Bouhon
Car derrière une histoire de tueuse en série manipulatrice, se cache une histoire gastronomique à la française en plein cœur du Japon. Joël Robuchon devrait valider sans hésitation !L'acidité du vinaigre met en valeur l'onctuosité de la sauce au beurre blanc accompagnant l'oursin. La chair tiède fond sur la langue pour former une crème aux saveurs marines et se mêler au flan, dont elle partage la consistance, et où se fait encore sentir le goût du jaune d'œuf.Une enquête menée par une journaliste gourmande et fascinée qui dévoile un pays patriarcal avec toutes les injonctions et inégalités qui pèsent sur les femmes

Délicieux, mais un poil écœurant… doublement

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Les étroites habitations aux façades écrues s'étirent à perte de vue le long des collines en pente douce.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le quotidien de Rika, jeune journaliste ambitieuse mais surmenée, est bouleversé quand elle rencontre Manako, une femme accusée d’avoir assassiné trois de ses amants.

Pleine d’assurance, Manako ne cache pas son amour pour la cuisine somptueuse grâce à laquelle elle a su garder ses hommes. Rika veut à tout prix l’interviewer, et Manako y consent à condition que celle-ci se plie à ses demandes culinaires. Fascinée par ce personnage, Rika accepte. Mais en changeant de régime alimentaire, elle gagne quelques kilos et pour la première fois, subit le regard des autres.

Entre emprise et velléités d’indépendance, Rika va mener son enquête sur le passé trouble de Manako, tout en prenant conscience des injonctions de la société à l’endroit des femmes.

Inspiré d’un fait divers qui a défrayé la chronique, Le beurre de Manako est un roman délicieux saupoudré de tension psychologique et un portrait panoramique du Japon contemporain.

La prison

La prison est un roman dur qui entre directement dans l’action, sans (presque) laisser la météo ou l’ambiance imprégner le déroulement futur. C’est plutôt rare chez Simenon et cela lui donne une puissance que bien d’autres n’ont pas.

Heureusement qu'on frappait à la porte. Ils se levaient tous les trois, le greffier seul restant vissé à sa chaise. Chaton entrait, entre deux gardes qui refermaient la porte au nez des photographes et qui lui retiraient les menottes.
 ─ Vous pouvez attendre dehors.
Ils n'étaient pas à plus de deux mètres l'un de l'autre. Elle portait son tailleur vert pâle, un chemisier à fines broderies et, sur ses cheveux bruns, une curieuse calotte du même tissu que le costume.
 ─ Veuillez vous asseoir.
C'était le juge d'instruction qu'elle avait regardé le premier, puis l'avocat. Enfin, son regard s'était posé sur le visage de son mari.
Il sembla à Alain que plusieurs expressions passaient tour à tour, très vite, dans les yeux de sa femme, d'abord de la surprise, peut-être de le voir les traits durcis, le regard fixe, puis un rien d'ironie, il en était sûr, un rien d'affection aussi, ou de camaraderie..
Elle murmura, avant de saisir le dossier d'une chaise :
 ─ Je m'excuse de t'attirer tous ces ennuis.
Il ne broncha pas, ne trouva rien à dire et s'assit, avec seulement, entre eux, l'avocat qui se tenait en retrait.
La prison de Georges Simenon
Le glauque et le pesant vont arriver pourtant bien rapidement.

Et si la fin ne m’a pas vraiment convaincu, le rythme et les personnages libèrent cette prison pour en faire un petit roman bien enlevé

Tous les romans durs de Simenon
111. La prison
110. La main 112. Il y a encore des noisetiers
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Combien de mois, d’années, faut-il pour faire d’un enfant un adolescent, d’un adolescent un homme ? À quel moment peut-on affirmer que cette mutation a eu lieu ? Il n’existe pas, comme pour les études, de proclamation solennelle, pas de distribution de prix, pas de diplôme. Alain Poitaud, à trente-deux ans, ne mit que quelques heures, peut-être quelques minutes, pour cesser d’être l’homme qu’il avait été jusqu’alors et pour en devenir un autre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La police annonce à Alain Poitaud que Jacqueline, sa femme, vient de tirer sur sa propre sœur, Adrienne, et l'a tuée. Pourquoi ? Alain et Jacqueline, mariés depuis sept ans et parents d'un petit garçon qui est élevé dans leur maison de campagne, mènent une vie trépidante : elle, en tant que journaliste, lui, à la tête d'un magazine illustré à gros succès. Leur vie, très mondaine, ne leur laisse guère d'intimité, sans que, apparemment, leur entente en souffre.