La porte

Dans ce huis-clos malsain, un homme imagine, fantasme, jalouse…

 - A ta jalousie?
 - A toi... A moi... Je t'aime et je suis jaloux... Ne m'interromps pas... Ce que je dis est la vérité et elle n'est pas aussi belle que je le voudrais... Même si je ne t'aimais pas, mais que tu sois ma femme, je serais jaloux et je souffrirais... Tu com-prends ça ?
 - Peut-être. Tu as beaucoup souffert avec moi ?
 - Par moments... Ça vient, puis ça passe, et alors je suis parfaitement heureux... J'ai eu envie de dire follement heureux, car il y a des jours, quand je te vois descendre de l'autobus, où je me mettrais à crier de bonheur... Dès l'âge de quatorze ans, j'avais le désir du mariage, d'une femme à moi, d'un petit monde dont je serais...
Il hésitait.
 - Tu vois que ce n'est pas beau!... Un monde dont je serais le centre, dont je serais le maître... Pas tellement pour commander... Pour me sentir le plus fort... Je pensais à une femme qui aurait besoin de moi, qui n'aurait rien d'autre au monde, que je devrais protéger et rendre heureuse...
 - Tu m'as rendue heureuse...
La porte de Georges Simenon
Que se passe-t-il derrière la porte du voisin quand sa femme y pénètre ?

Un homme devient fou et emporte sa femme dans sa folie

Tous les romans durs de Simenon
100. La porte
99. Les autres 101. Les anneaux de Bicêtre
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Comme dans beaucoup de vieilles maisons du quartier, les fenêtres, hautes et étroites, descendaient jusqu'à trente centimètres du plancher et des arabesques en fer forgé supportaient la barre d'appui. C'est à travers ces arabesques que Foy, de sa chaise, suivait plus ou moins consciemment les allées et venues de la rue. Il fronça les sourcils quand il vit la petite auto bleue du Dr Aubonne tourner l'angle de la rue des Francs-Bourgeois, s'engager dans la rue de Turenne et, traversant la chaussée en oblique, s'arrêter derrière le camion de la papeterie Herbiveaux.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Un début de juillet. Dans leur appartement de la rue de Turenne, Bernard et Nelly Foy coulent une existence paisible et monotone, lui retrouvant grâce à des prothèses un semblant d'activité qui lui permet de peindre des abat-jour et de vaquer aux menus soins du ménage, elle travaillant au-dehors dans une importante maison de passementerie.

Le beurre de Manako

Si vous avez un petit souci de cholestérol, n’ouvrez surtout pas ce livre. Même la couverture risquerait de vous le faire grimper. Le titre ne trompe pas.

Je vais vous faire un aveu. On a beau me voir comme une croqueuse d'hommes, je ne suis pas de ces femmes vulgaires qui ne pensent qu'à la chose. Disons plutôt que je hais les femmes, tout simplement.
Le beurre de Manako de Asako Yuzuki, trad. de Mathilde Tamae-Bouhon
Car derrière une histoire de tueuse en série manipulatrice, se cache une histoire gastronomique à la française en plein cœur du Japon. Joël Robuchon devrait valider sans hésitation !L'acidité du vinaigre met en valeur l'onctuosité de la sauce au beurre blanc accompagnant l'oursin. La chair tiède fond sur la langue pour former une crème aux saveurs marines et se mêler au flan, dont elle partage la consistance, et où se fait encore sentir le goût du jaune d'œuf.Une enquête menée par une journaliste gourmande et fascinée qui dévoile un pays patriarcal avec toutes les injonctions et inégalités qui pèsent sur les femmes

Délicieux, mais un poil écœurant… doublement

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Les étroites habitations aux façades écrues s'étirent à perte de vue le long des collines en pente douce.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le quotidien de Rika, jeune journaliste ambitieuse mais surmenée, est bouleversé quand elle rencontre Manako, une femme accusée d’avoir assassiné trois de ses amants.

Pleine d’assurance, Manako ne cache pas son amour pour la cuisine somptueuse grâce à laquelle elle a su garder ses hommes. Rika veut à tout prix l’interviewer, et Manako y consent à condition que celle-ci se plie à ses demandes culinaires. Fascinée par ce personnage, Rika accepte. Mais en changeant de régime alimentaire, elle gagne quelques kilos et pour la première fois, subit le regard des autres.

Entre emprise et velléités d’indépendance, Rika va mener son enquête sur le passé trouble de Manako, tout en prenant conscience des injonctions de la société à l’endroit des femmes.

Inspiré d’un fait divers qui a défrayé la chronique, Le beurre de Manako est un roman délicieux saupoudré de tension psychologique et un portrait panoramique du Japon contemporain.

La prison

La prison est un roman dur qui entre directement dans l’action, sans (presque) laisser la météo ou l’ambiance imprégner le déroulement futur. C’est plutôt rare chez Simenon et cela lui donne une puissance que bien d’autres n’ont pas.

Heureusement qu'on frappait à la porte. Ils se levaient tous les trois, le greffier seul restant vissé à sa chaise. Chaton entrait, entre deux gardes qui refermaient la porte au nez des photographes et qui lui retiraient les menottes.
 ─ Vous pouvez attendre dehors.
Ils n'étaient pas à plus de deux mètres l'un de l'autre. Elle portait son tailleur vert pâle, un chemisier à fines broderies et, sur ses cheveux bruns, une curieuse calotte du même tissu que le costume.
 ─ Veuillez vous asseoir.
C'était le juge d'instruction qu'elle avait regardé le premier, puis l'avocat. Enfin, son regard s'était posé sur le visage de son mari.
Il sembla à Alain que plusieurs expressions passaient tour à tour, très vite, dans les yeux de sa femme, d'abord de la surprise, peut-être de le voir les traits durcis, le regard fixe, puis un rien d'ironie, il en était sûr, un rien d'affection aussi, ou de camaraderie..
Elle murmura, avant de saisir le dossier d'une chaise :
 ─ Je m'excuse de t'attirer tous ces ennuis.
Il ne broncha pas, ne trouva rien à dire et s'assit, avec seulement, entre eux, l'avocat qui se tenait en retrait.
La prison de Georges Simenon
Le glauque et le pesant vont arriver pourtant bien rapidement.

Et si la fin ne m’a pas vraiment convaincu, le rythme et les personnages libèrent cette prison pour en faire un petit roman bien enlevé

Tous les romans durs de Simenon
111. La prison
110. La main 112. Il y a encore des noisetiers
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Combien de mois, d’années, faut-il pour faire d’un enfant un adolescent, d’un adolescent un homme ? À quel moment peut-on affirmer que cette mutation a eu lieu ? Il n’existe pas, comme pour les études, de proclamation solennelle, pas de distribution de prix, pas de diplôme. Alain Poitaud, à trente-deux ans, ne mit que quelques heures, peut-être quelques minutes, pour cesser d’être l’homme qu’il avait été jusqu’alors et pour en devenir un autre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La police annonce à Alain Poitaud que Jacqueline, sa femme, vient de tirer sur sa propre sœur, Adrienne, et l'a tuée. Pourquoi ? Alain et Jacqueline, mariés depuis sept ans et parents d'un petit garçon qui est élevé dans leur maison de campagne, mènent une vie trépidante : elle, en tant que journaliste, lui, à la tête d'un magazine illustré à gros succès. Leur vie, très mondaine, ne leur laisse guère d'intimité, sans que, apparemment, leur entente en souffre.

Le président

Il y a plusieurs types de romans dur, des polars (plutôt rares), des tranches de vie (généralement sombres et aux problématiques inextricables), des fuites en avant, des familles qui se déchirent et, comme ici, des bilans de vies. Un homme (généralement) qui, au seuil de la mort, se souvient, infatué, de ses glorioles et de ses échecs.

Alors, bordé jusqu'au menton, recroquevillé sur lui-même, dans le silence total, dans une solitude où il n'y aurait plus, pour l'accompagner, que son pouls faiblissant, il s'en irait lentement, sans amertume, un peu mélancolique, et, très vite, libéré de la honte comme de l'orgueil, il réglerait ses derniers comptes.
Je vous demande pardon...
A qui ? Cela n'avait pas d'importance, il l'avait découvert. Il n'y avait pas besoin de nom.
J'ai fait ce que j'ai pu, avec toute l'énergie d'un homme et toutes les faiblesses d'un homme...
Verrait-il autour de lui les visages attentifs de Xavier Malate, de Philippe Chalamont, de son père, d'autres encore, celui d'Eveline Archambault, de Marthe, du chef de gare et de la petite fille au bouquet ?
Je reconnais que cela n'a pas été beau...
Le président de Georges Simenon
Un ex-président (de la France) comprend qu’il n’est bientôt plus et que sa gloire s’estompe en même temps que son influence politique.

Un récit un peu « vieille France », une stature dont nombre de politiques se rêvent certainement en début de carrière avant de goûter à l’ivresse du pouvoir

Tous les romans durs de Simenon
91. Le président
90. Le passage de la ligne 92. Strip-tease
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il y avait plus d'une heure qu'il ne bougeait pas, assis dans le vieux fauteuil Louis-Philippe au dossier presque droit, au cuir noir usé, qu'il avait traîné pendant quarante ans de ministère en ministère et qui était devenu légendaire.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans sa propriété normande des Ebergues, Augustin, ancien président du Conseil, vit désormais retiré, indifférent aux affaires politiques qui ont été sa vie. Cependant, lorsqu'il apprend que son ancien chef de cabinet, Philippe Chalamont, est en passe de former le prochain gouvernement de la France, le vieux lutteur, même s'il n'a plus guère d'illusions sur les hommes et sur les affaires publiques, est tenté d'élever la voix.
Chalamont ─ il le sait, il en détient l'aveu signé ─ n'est pas un homme honorable. Des années plus tôt, il a mis à profit ses fonctions au plus haut niveau de l'Etat pour faire gagner des sommes considérables au père de sa femme...
Commence ainsi un bras de fer secret entre le vieillard et le jeune loup ambitieux, entre fils et père peut-être. Mais un autre affrontement se profile derrière le premier, plus intime et plus décisif : celui qui place Augustin face au temps, à la vieillesse, à l'anéantissement.
Une oeuvre grave, tendue, dépouillée comme une tragédie classique, sur le thème éternel du pouvoir et de ses vanités.

L’homme qui regardait passer les trains

La vie d’un homme explose en un instant. Incapable de faire face, ruiné et se sentant trahi, il fuit, quitte femme et enfants et se dit que lui aussi, « il a le droit ».

Je ne parviens pas à comprendre pourquoi Paméla s'est moquée de moi quand je lui ai dit ce que je voulais. Tant pis pour elle ! Je ne pouvais pas m'en aller ainsi. Maintenant, elle doit avoir compris.
Si encore elle avait souri, ou riposté par une phrase ironique! Si même elle s'était fâchée ! Mais non! Après avoir regardé Kees des pieds à la tête, elle était partie d'un rire qui n'en finissait plus, un rire éclatant, hystérique, qui secouait sa gorge et lui donnait encore plus d'attrait.
 ─ Je vous défends de rire! avait-il prononcé sévèrement.
Mais elle n'en repartait que de plus belle, jusqu'à en avoir des larmes aux yeux, et il lui avait saisi les deux poignets.
 ─ Je ne veux plus que vous riiez !
Violemment, il l'avait poussée vers le lit, où elle était tombée.
L’homme qui regardait passer les trains de Georges Simenon
Et il ne va pas se gêner. Mais trouvera-t-il pour autant le bonheur ou sombrera-t-il ?

Avec Simenon, inutile de préciser que la descente ne sera pas joyeuse

Adapté pour le cinéma en 1953 par Harold French, avec Claude Rains et Marius Goring sour le titre The Man Who Watched the Trains go by
Tous les romans durs de Simenon
26. L’homme qui regardait passer les trains
25. Le Cheval blanc 27. Monsieur la Souris
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
En ce qui concerne personnellement Kees Popinga, on doit admettre qu'à huit heures du soir il était encore temps, puisque, aussi bien, son destin n'était pas fixé. Mais temps de quoi ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Kees Popinga est fondé de pouvoir chez un marchand hollandais de fourniture de bateaux à Groningue avec une femme et deux enfants il s'est peu à peu enfoncé dans l'ennui. Un soir son patron lui apprend que son entreprise va déposer son bilan pour faillite frauduleuse. Se voyant ruiné, Kees Popinga voit son petit univers s'effondrer.

Trois chambres à Manhattan

Une romance de Simenon, c’est un truc un peu moche, désabusé, terne et résigné. Avec de l’alcool et plus trop d’illusions. Une passion avec de la vaisselle sale dans l’évier, des habits de la veille au pied du lit et les cendriers débordant de cigarettes écrasées.

Était-ce l'alcool qui la poussait à parler de la sorte ? Il y avait des moments où il jugeait froidement :
« C'est la femme de trois heures du matin, celle qui ne peut pas se décider à se coucher, qui a besoin d'entretenir coûte que coûte son excitation, de boire, de fumer, de parler, pour tomber enfin, à bout de nerfs, dans les bras de l'homme. »
Et il ne s'en allait pas! Il n'avait aucune velléité de la quitter. A mesure que sa lucidité grandissait, il se rendait davantage compte que Kay lui était indispensable et il était résigné.
C'était le mot exact. Il était résigné. Il n'aurait pas pu dire à quel moment sa décision avait été prise, mais il était décidé à ne plus lutter, quoi qu'il pût apprendre désormais.
Pourquoi ne se taisait-elle pas ? C'eût été si simple! Il l'aurait entourée de ses bras. Il aurait murmuré :
 ─ Peu importe tout cela, puisqu'on recommence.
Recommencer une vie à zéro. Deux vies. Deux vies à zéro.
De temps en temps, elle s'interrompait :
 ─ Tu ne m'écoutes pas.
 ─ Mais si.
 ─ Tu m'écoutes, mais, en même temps, tu penses à autre chose.
Il pensait à lui, à elle, à tout. Il était lui-même, et spectateur de lui-même. Il l'aimait et il la regardait en juge implacable.
Trois chambres à Manhattan de Georges Simenon
Personne n’y croit vraiment, mais faute de mieux, on se laisse emporter.

Un roman d’amour triste, bien foutu mais guère enthousiasmant

Tous les romans durs de Simenon
55. Trois chambres à Manhattan
54. Les noces de Poitiers 56. Le clan des Ostendais
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il s'était relevé brusquement, excédé, à trois heures du matin, s'était rhabillé, avait failli sortir sans cravate, en pantoufles, le col du pardessus relevé, comme certaines gens qui promènent leur chien le soir ou le matin de bonne heure. Puis, une fois dans la cour de cette maison qu'il ne parvenait pas, après deux mois, à considérer comme une vraie maison, il s'était aperçu, en levant machinalement la tête, qu'il avait oublié d'éteindre sa lumière, mais il n'avait pas eu le courage de remonter.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Lorsqu'ils se rencontrent au milieu de la nuit dans un bar de Manhattan, Kay et Franck sont deux êtres à la dérive. Lui, acteur naguère célèbre, proche de la cinquantaine, tente d'oublier que sa femme l'a quitté pour un homme plus jeune. Elle, chassée de la chambre qu'elle partageait avec une amie, n'a plus même un endroit pour dormir... Mais si l'attirance entre eux est réciproque, peut-elle suffire à leur faire oublier les blessures de la vie? Redoutant de la perdre, jaloux de son passé et des hommes qu'elle a connus, aussi peu sûr d'elle que de lui, Franck sera bien près de saccager cet amour qui est peut-être sa nouvelle chance...
Georges Simenon nous guide au cœur de la grande ville, dans l'ombre de ces deux errants, avec la vérité et l'humanité qui lui ont attaché des millions de lecteurs et lui confèrent une des toutes premières places parmi les romanciers du XXe siècle.

Insomnia

Voilà vraiment le genre de merdouillasse qui a le don de me mettre hors de moi ! Chères éditions du Tripode et cher Olivier : quelle escroquerie !

Car derrière Insomnia se cache en fait Pharmakon, rien de plus ! Si ce n’est une couv’ plus chatoyante, un titre plus accrocheur, un peu plus de petits sous dans vos poches et un peu moins dans les miennes.

Ce livre est paru dans une première édition en grand format sous le titre Pharmakon.
Illustration de couverture
David Nockels
Le Tripode, 2022, pour la première édition
Le Tripode, 2026, pour la présente édition
Franchement, juste une note à l’intérieur !?! Sérieux ?

Voilà bien amer achat ! Je suis fâché

Alors foncez plutôt sur le brillantissime film de Christopher Nolan avec Al Pacino, Robin Williams et Hilary Swank

Trois jours pour la joie

Trois jours pour la joie est le second roman d’Olivier Bruneau d’un cycle – entamé avec Insomnia (Pharmakon comme titre original), sur Les Damnés du Capitalisme dans lequel il interroge les dérives contemporaines de nos sociétés.

Mes proches n'ont pas compris. Pire, ils n'ont jamais essayé de comprendre. Dès l'instant où j'ai décidé de tout plaquer, j'ai été officiellement labellisée folle-à-lier. J'étais en train de prendre la meilleure décision de ma vie, tandis qu'eux ne voyaient que l'impact de cette décision sur la leur. Depuis, on ne m'a jugée digne de voir mes fils qu'un week-end sur deux. Je dois bien avouer qu'ils ne me manquent pas plus que ça. Pourtant j'aime mes fils, ils sont plutôt gentils et de bonne compagnie. Mais ce ne sont clairement pas de futurs Prix Nobel, et puis ils ont hérité de leur père ce je-ne-sais-quoi d'arrogance qui en fait de parfaites têtes à claques. Bien sûr, la situation me rend triste, malgré tout. Mais je devais la provoquer, rompre le lien pour trouver mon chemin vers l'accomplissement. Il ne passait plus par eux, et ils ne l'ont pas accepté. Tant pis pour eux.
Trois jours pour la joie de Olivier Bruneau
Ici, il visite le marché du développement personnel et des gourous qui s’enrichissent avec la détresse humaine.

Un roman, certes très court, mais plutôt bien torché, où Hélène se rend à un séminaire de Jordan avec la ferme intention de reprendre sa vie en main

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il y a deux ans, j'ai été renversée par le bus 74 de la RATP, sur un passage piéton, place de Clichy. Je fixais mon reflet amorphe dans le pare-brise, le chauffeur a juste eu le temps de piler in extremis.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À quarante ans passés, Hélène semble tout avoir pour être heureuse. Pourtant, quelque chose cloche dans ce tableau idyllique. Quand elle croise la route de Jordan Stevens, star du développement personnel, elle décide de tout plaquer pour partir en quête du bonheur.
Dépressive et instable, mais poussée par une foi irraisonnée, elle participe avec des centaines d’adeptes à un séminaire de trois jours donné par Jordan. Tandis que les heures passent dans ce ­huis-clos toujours plus étouffant, le vernis de chacun se craquèle et, pour Hélène, la route vers la joie devient de plus en plus incertaine…

Le nègre

Il y a des titres qui font honte aujourd’hui. Pourtant, ils sont les témoins d’une époque (pas si lointaine !) et leur remplacement n’effacera pas l’histoire.

Que serait-il advenu si Théo, par miracle, n'avait pas aperçu le nègre sur la route ?
Nicolas Cadieu jouirait en paix, de moitié avec son frère, d'une des plus grosses fortunes du département.
Seulement, Théo avait vu le nègre. Il n'avait rien dit au brigadier Alfonsi, ni à Gorre, ni enfin à l'inspecteur de la compagnie. Il n'en parlerait à personne et Gédéon, tout malin qu'il soit, ne parviendrait pas à lui tirer les vers du nez.
C'était une affaire entre Cadieu et lui. Pas uniquement un vieux compte à régler avec une crapule, mais un vieux compte à régler avec l'humanité et avec le destin.
« Un jour, je leur montrerai... »
Ils y croyaient si peu, tous tant qu'ils étaient, qu'ils le laissaient dans sa gare sans s'occuper de lui.
Le nègre de Georges Simenon
Derrière ce sale intitulé se trame une histoire de meurtre pour capter un héritage qui risque d’être compromise par un garde barrière bien décidé à prendre une revanche sur la vie.

Une descente dans les tréfonds de la rancœur qui relègue le sort de ce malheureux juste arrivé en train de l’Oubangi en arrière-plan

Tous les romans durs de Simenon
89. Le nègre
88. Le fils 90. Le passage de la ligne
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Un jour je leur montrerai...
Depuis combien d'années se répétait-il ça dans sa tête, quelquefois entre ses dents, surtout le soir, quand son teint devenait violacé et ses gros yeux humides ? Peut-être le pensait-il déjà sur les bancs de l'école, à Versins-Haut, lorsque les Van Straeten, les fermiers, Ferdinand et Emma à la voix criarde, chez qui l'Assistance publique l'avait placé, le traitaient de fainéant et de propre à rien.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Théo n'a pas été choyé par la vie. Il est borgne de naissance, enfant de l'Assistance publique, et aujourd'hui sa femme l'a abandonné. Modeste chef de halte sur la ligne Paris-Calais, il est hanté par un désir : « Un jour, je leur montrerai. » Montrer quoi, et à qui ? Il ne le sait pas lui-même. Le cadavre d'un Noir vient d'être découvert près de la ligne du chemin de fer. Tous s'accordent à dire que, devant descendre à Versins et n'ayant pas remarqué l'arrêt, l'homme a sauté en marche après le départ du train. Mais Théo en sait plus que les autres...

Monsieur La Souris

Ce Monsieur La Souris est un roman dur plutôt atypique tant il ressemble à un Maigret, sans pour autant lui laisser y tenir sa place. On y retrouve pourtant le Quai des Orfèvres, des sandwichs et de la bière, une chansonnette de Lucas et même Lognon, le malgracieux.

La Souris l'épiait. Il connaissait la police. Il connaissait par cœur toutes les histoires que l'on raconte sur les interrogatoires de la P.J. et sur la fameuse chambre des aveux spontanés. Il se demandait si on lui ferait le coup du sandwich et du verre de bière, ou si Lucas essayerait de l'avoir à la chansonnette.
Non seulement il possédait sa théorie sur le bout des doigts, mais il avait été interrogé cent et cent fois, par des gendarmes, quand il faisait les campagnes ─ et ça, c'est le plus mauvais ! ─, par des commissaires de petites villes, par des agents de toutes les sortes, des tristes comme Lognon, des joyeux qui lui envoyaient le coude dans les côtes, par d'autres qui ne font pas de différence entre un homme et un homme et qui vous tendent tout de suite leur blague à tabac...
Monsieur La Souris de Georges Simenon
Alors, roman dur ? Pas vraiment. Maigret ? Pas non plus. Une sorte de petit polar avec un Monsieur La Souris bien encombré par une enveloppe copieusement garnie que bien des personnes recherchent.

Un jeu de piste à Paris où de nombreux protagonistes apparaissent pour un roman de gare un poil brodé

Monsieur La Souris, réalisé par Georges Lacombe 1942 avec Raimu dans le rôle titre
Tous les romans durs de Simenon
27. Monsieur la Souris
26. L’homme qui regardait passer les trains 28. Les rescapés du Télémaque
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il était un peu plus de onze heures douze quand la porte du poste s'ouvrit. Les deux agents cyclistes qui jouaient aux dames levèrent la tête. Le brigadier, qui fumait sa pipe derrière le bureau de bois noir, se redressa aussi mais, avant même de voir le nouvel arrivant, on était renseigné, car une voix familière prononçait :
— Je vous répète de ne pas me bousculer, jeune homme ! Vous ne savez pas à qui vous avez affaire... Tiens ! C'est justement mon brigadier qui est de service !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quelle misère que de trouver une fortune dans un portefeuille et de ne pas pouvoir l'utiliser ! Monsieur La Souris est trop connu des services de police pour se le permettre. Tellement connu qu'il finit par attirer l'attention de l'inspecteur Lognon qui le trouve changé et fait de lui, sinon le principal suspect du meurtre étrange d'un financier, du moins le premier témoin d'une affaire gênante pour l'Etat. Car si Monsieur La Souris n'a rien d'un assassin, il semble pourtant en savoir bien plus long qu'il ne le dit...