Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Et Simenon de s’amuser à conter un bonheur amoral. La jouissance au milieu de la douleur. Une rencontre adultère dans un train de la débâcle alors que l’Allemagne s’empare de la France.
Un homme marié dont la femme va bientôt accoucher vit quelques jours passionnés avec une ancienne prisonnière, sous les tirs des Stukas, au milieu de la misère. Il est pourtant heureux. Il l’aime. Le train de Georges SimenonUn de romans durs sous la forme d’une confession. Des livres longuets où il semble qu’à chaque chapitre, Simenon tente de justifier sa vie dissolue, ses passions, sa boulimie sexuelle en nous prenant à témoin : « Voyez, je ne suis pas seul »
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Quand je me suis éveillé, les rideaux de toile écrue laissaient filtrer dans la chambre une lumière jaunâtre que je connaissais bien. Nos fenêtres, au premier étage, n'ont pas de volets. Il n'y en a à aucune maison de la rue. J'entendais, sur la table de nuit, le tic-tac du réveille-matin et, à côté de moi, la respiration scandée de ma femme, presque aussi sonore que celle des patients, au cinéma, pendant une opération. Elle était alors enceinte de sept mois et demi.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Juin 40
L'exode pousse des millions de civils sur les routes de la France défaite. Dans la débandade générale, sous les bombes de stukas allemands, un train file vers le sud. Parqués dans la foule de ce train, un homme et une femme. Elle est une jeune juive. Il est commerçant près de Maubeuge et, à la première alerte, sa famille a été dispersée.
Dans la pénombre et la promiscuité du wagon à bestiaux bondé, sans mot dire, les deux inconnus s'allongent côte à côte. Lentement ils s'étreignent, s'accouplent. Étonnés, ils accomplissent quelque chose qui ressemble à l'amour.
Une voix suffit-elle pour une histoire d’amour ? Pas sûr.
Mais pour une escapade érotique, certainement. Et lorsque les parfums, les vents et le sable des bords de l’Atlantique, le grain de la peau, et un brin de folie s’emmêlent… mÆL s’envole !L’amazone d’Arcachon : ou la chica del Chupa Chups de mÆLUne femme danse avec la passion.
Un petit livre à l’érotisme flamboyant, regorgeant d’invitations poétiques, de musiques, de fantaisies typographiques et parsemé de QR codes (qui ne fonctionnent tristement pas tous) pour un voyage à fleur de peau
Un livre délicieusement sucré à suçoter au bord de mer
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) 26 juin 2024, 12h30, Aéroport de Bordeaux
Je me retrouve au milieu du hall des arrivées, ma petite valise à la main. J'y ai enfourné trois tenues : celle de la petite fille bien sage, rose pâle, celle de la femme fatale, rouge passion, et celle de la mondaine, similicuir noir. They say the clothes make the woman, mais pas le moine. If you are what you wear, you'd better dress the part you want.
Enfin !
Je me sens comme une gamine.
Demain c'est mon anniversaire.
Je me suis fait un cadeau d'anniversaire.
J'ose enfin aller au bout de mes fantaisies.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Un contact sur Instagram, une voix, une photo...
S'abandonnant à la folie, qui la tient depuis des années, une gamine dans le corps d'une femme ─ féminine et coquine qui plus est ─ va retrouver un homme convoité. Ballottée entre son insoutenable légèreté de l'être et l'étrange objet de son désir, elle exprime sans fard ses ressentis. De l'autofiction à la réalité, elle gomme la frontière entre réel et imagination pour raconter sa vérité. Pour ce faire, elle innove, coupe un patron inédit dans la langue, jongle avec les mots et redessine la mise en page.
Un livre sur le désir amoureux qui ne devrait pour vous laisser indifférent.e.s.
Mesdames, une réflexion osée et libertaire. Messieurs, une mise à nu sexy et audacieuse.
Quelle claque, quelle violence ! Lu en un souffle, je me suis fait exploser par Toutes les vies.Toutes les vies de Rebeka WarriorUne histoire ─ dans l’ordre ─ d’amour, de maladie, de mort et de deuil. Avec des drogues et du zen. Tout ensemble pour un cocktail qui hurle sa douleur. Un livre incroyable qui se permet même parfois d’être drôle, cultivé et touchant.
Un théâtre d’amour grand-guignolesque, un cri de plus de 260 pages écorchées, torrides et glaciales, un tour du monde psychotropique, une machine à baffes d’une sincérité à cœur ouvert
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Pauline et moi étions amoureuses depuis de nombreuses années.
Elle avait vingt-huit ans et moi trente et un quand nous nous sommes rencontrées.
Nous faisions à peu près la même taille et le même poids.
Nous pouvions échanger tous nos vêtements sauf les chaussures.
Elle avait des cheveux longs, châtains, des yeux noirs et de magnifiques petits seins.
Son odeur me rendait folle.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Une nuit, dans notre bicoque sur la plage, j'ai fait un drôle de cauchemar.
La mort contournait la moustiquaire et tentait perfidement de s'introduire dans notre lit.
Elle attendait tapie dans l'ombre que je m'endorme pour s'infiltrer et prendre Pauline.
C'était elle qu'elle voulait.
Elle s'en fichait de moi.
Je lui mettais des bâtons dans les roues.
Ça ne lui plaisait pas.
Je passais la nuit à monter la garde.
La mort était mécontente.
Au petit matin, je m'étais assoupie, elle était venue souffler près de mon visage.
Elle avait murmuré quelque chose, mais je n'avais pas compris quoi.
Elle parlait latin ou suédois.
Juste pour me faire chier. »
Premier roman virtuose, Toutes les vies est le récit d'une histoire d'amour sublime, d'un deuil impossible et d'une quête spirituelle qui sauve.
Alors que le livre commence avec l’émancipation d’une jeune marocaine – issue d’une richissime famille – à Paris, le récit sombre rapidement dans une histoire bien plus glauque.La hchouma de Dounia HadniUne jeune femme sous l’emprise d’un homme, certes bien consentante et pourtant en souffrance, dans une relation destructrice.
Conte moderne des injonctions contradictoires qui ne mènent qu’à la destruction de la personnalité ou banale histoire d’une jeune femme ayant perdu tous repères et incapable de se retrouver ?
La voix de Sylia qui décrit, avec une fascinante froideur clinique, sa propre désintégration
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) « Tu vois, ma petite Sylia, rien ne pourra jamais nous arriver, parce que les chiens de la ferme que tu aperçois sur le toit, ils seront toujours là, à leur poste, suspendus pour veiller sur nous. »
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « Sois polie sois jolie, ne ris pas trop fort juste un peu, tiens-toi bien, ne bois pas trop mais un peu quand même, cache-toi pour manger c'est ramadan. Démaquille-toi pour avoir l'air pâle, attends montre ? Mais tu ressembles à rien, maquille-toi. Fais voir tes belles jambes baisse les stores, fais comme si tu étais pieuse comme si tu aimais faire l'amour. Comme si tu n'étais pas toi. »
Écartelée entre des dictats contradictoires visant à faire d'elle « une bonne Marocaine » et « une vraie Parisienne », une jeune femme se débat et lutte pour sa liberté. Un premier roman coup de poing.
Les romances, non merci, me dis-je habituellement. Et pourtant, de temps à autres, je les retrouve dans mes mains avec plus ou moins de bonheur. Et cette fois-ci, c’est un carton complet ! Une vraie merveille bien au-delà d’une bluette nunuche. Une histoire de vies aux ramifications élaborées et aux personnages complexes.Aimer de Sarah ChicheUn roman qui commence bien sombrement, dans la violence, la manipulation et les abus. Des enfants qui deviendront adultes et puis, forcément, vieux…
Deux parcours de vie qui se croisent et s’éloignent, la vie avec des joies, des enfants, la maladie… La vie, donc
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Comme Alexis, Margaux avait neuf ans. Ils étaient dans la même classe, mais ne s'étaient jamais adressé la parole. D'ailleurs, personne ne parlait à Margaux, sauf l'institutrice de cette école où elle était arrivée trois jours après la rentrée scolaire. Margaux ne cherchait pas davantage la compagnie des autres.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Suisse, 1984. Margaux, neuf ans, se jette dans les eaux glacées du lac Léman. Pétrifié, Alexis, son camarade de classe, assiste à son sauvetage. Entre les deux enfants naît alors une complicité vibrante. Mais bientôt, Margaux disparaît mystérieusement. Quarante ans plus tard, tous deux se retrouvent par hasard. Lui, ancien consultant, a tout quitté, rongé par la culpabilité du scandale lié au Duroxil, un opioïde qui a ravagé l'Amérique. Elle, après une enfance dramatique, est devenue écrivain, célibataire et heureuse de l'être, mais ses romans sont peuplés de fantômes. Entre eux, l'amour est intact, aussi brûlant qu'au premier jour. Mais aimer à cinquante ans, est-ce encore possible, quand un père se meurt, quand les enfants grandissent loin, quand le monde lui-même semble s'effondrer ?
De l'enfance à l'âge mûr, de la Suisse de la fin du siècle dernier à la France des années 2020, en passant par les États-Unis où s'annonce déjà le retour de Donald Trump, Aimer dessine une fresque éblouissante sur ces instants où tout peut encore basculer. Un souffle de vie inouï traverse ce roman lumineux, sur la grâce des secondes chances.
Madame Hayat m’a touché, bouleversé. Une histoire toute en contrastes qui raconte l’initiation sentimentale de Fazil.Madame Hayat de Ahmet AltanC’est la liberté folle de Madame Hayat dans un régime totalitaire, c’est la misère après l’opulence, c’est la volupté sans âges et un amour de jeunesse, c’est la timidité face à l’expérience, c’est la volonté de fuir et le besoin de se toucher toujours, c’est une relation inconditionnelle toute en omissions, c’est ambivalence des désirs, c’est envisager un futur dans un pays soumis à un pouvoir arbitraire.
Et plus que tout, c’est la beauté vue pour la première fois, l’émerveillement, l’absolu.
Mais c’est aussi le premier instant des choix déchirants
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) La vie des gens changeait en une nuit. La société se trouvait dans un tel état de décomposition qu'aucune existence ne pouvait plus se rattacher à son passé comme on tient à des racines. Chaque être vivait sous la menace de sombrer dans l'oubli, abattu d'un seul coup comme ces pantins qu'on prend pour cible dans les fêtes foraines.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Fazil, le jeune narrateur de ce livre, part faire des études de lettres loin de chez lui. Devenu boursier après le décès de son père, il loue une chambre dans une modeste pension, un lieu fané où se côtoient des êtres inoubliables à la gravité poétique, qui tentent de passer entre les mailles du filet d’une ville habitée de présences menaçantes.
Au quotidien, Fazil gagne sa vie en tant que figurant dans une émission de télévision, et c’est en ces lieux de fictions qu’il remarque une femme voluptueuse, vif-argent, qui pourrait être sa mère. Parenthèse exaltante, Fazil tombe éperdument amoureux de cette Madame Hayat qui l’entraîne comme au-delà de lui-même. Quelques jours plus tard, il fait la connaissance de la jeune Sıla. Double bonheur, double initiation, double regard sur la magie d’une vie.
L’analyse tout en finesse du sentiment amoureux trouve en ce livre de singuliers échos. Le personnage de Madame Hayat, solaire, et celui de Fazil, plus littéraire, plus engagé, convoquent les subtiles métaphores d’une aspiration à la liberté absolue dans un pays qui se referme autour d’eux sans jamais les atteindre.
Pour celui qui se souvient que ce livre a été écrit en prison, l’émotion est profonde.
Quelle passion, quel amour ! Je me suis fait cueillir comme une petite fleur des champs par ce roman qui sort clairement des clichés du genre.L’abandon du mâle en milieu hostile de Larher ErwanAlors, certes, l’incessante utilisation du passé simple peut sembler un peu précieuse. Mais le narrateur ne l’est-il pas ?
Le livre d’une passion qui a tout emporté, un amour de jeunesse comme un saut dans le vide sans parachute. Mais connait-on vraiment ceux qu’on aime ?
Une merveille pleine d’humour et d’amour
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je te haïssais.
Avec tes cheveux verts, sales, tu représentais tout ce que j'exécrais alors: le désordre, le mauvais goût, l'improductive et vaine révolte juvénile.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Dijon, 1977. Les téléphones avaient des fils, les téléviseurs ne diffusaient que trois chaînes, La Poste s'appelait PTT. Entre une fille fantasque, rebelle, et un jeune garçon trop sage s'ébauche une relation inattendue et insolite. Dans la France en pleine mutation du début des années 1980, où fric et paillettes tiennent peu à peu lieu d'idéaux, le narrateur va brusquement découvrir la part sombre de sa belle compagne. Et relire leur histoire sous cette lumière noire.
Émile n’aime pas les gens et les fuit autant que possible. Il a épousé une veuve, pas trop belle et discrète qu’il évite – autant que possible – de toucher. Au boulot, idem. Correcteur dans une imprimerie, il s’enferme dans sa cage de verre pour travailler seul.La cage de verre de Georges SimenonMais la vie va se charger de lui jeter bien des encombrants sur son chemin. À commencer par sa sœur et son beau-frère volage en pleine crise, puis, sa jeune voisine, insouciante et… fort envahissante.
Une plongée un peu glauque et pourtant fascinante dans les méandres émotionnelles fort perturbées d’un misanthrope apathique
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le bruit saccadé de la machine à écrire le réveilla et il vit, comme d'habitude, les draps pâles du lit de sa femme de l'autre côté de la table de nuit.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Emile Virieu est correcteur d'imprimerie à Paris. Il est venu d'Etampes, après son baccalauréat, a exercé quelques emplois médiocres et a fini par trouver dans la cage de verre, où il est enfermé avec ses jeux d'épreuves à longueur de journée, le lieu clos qui lui procure la sécurité dans l'éloignement de ses semblables.
Pour échapper à la vie d'hôtel, il a épousé, sans véritable amour, une jeune veuve de trois ans son aînée qu'il a connue comme dactylo à l'imprimerie. Après le mariage, Jeanne travaille à domicile en devenant traductrice pour une maison d'édition.
La monotonie de cette vie calme et plate, sans autres événements qu'un voyage de vacances en Italie et l'achat d'un jeune chien, est interrompue par l'ébranlement du ménage de Géraldine, sœur d'Emile, fixée depuis longtemps à Paris. Son mari, Fernand Lamarck, est un homme débrouillard et exubérant. Un jour, il s'éprend d'une jeune fille qu'il entend épouser après un divorce auquel Géraldine, mère de famille responsable, n'entend pas souscrire.
Parfois, on fait des plans, on prend des résolutions, on se dit que les conneries ça suffit et qu’il est temps de réaligner. Mais après… la vie !Cher corps, petit salopard de Zoé VintimilleL’autrice du génial Il est 14h, j’enlève ma culotte nous propose le journal de l’année de ses 46 ans. Une année qui commence pleine de bonnes résolutions, bien vite enflammées ! Et voilà qu’une belle saloperie vient squatter son sein gauche.
Un petit livre qui m’a forcément rappelé Le mal joli de Emma Becker. Mais si apparemment les similitudes semblent nombreuses (dans la première moitié du livre), j’ai paradoxalement trouvé Zoé Vintimille plus sincèrement intime alors qu’il s’agirait d’un pseudo ?!?
Un journal à l’écriture légère et pimentée et qui aborde sans pathos des sujets plus durs. Le cancer et les nouvelles formes relations homme-femmes à l’heure des réseaux.
… Et vite Zoé, on attend avec impatience votre histoire de méduse
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je viens d'avoir quarante-six ans.
Petite fille, jamais je ne m'étais imaginée à cet âge. À partir de trente ans et jusqu'à soixante, tout ça était extrêmement flou. À vrai dire je suis plutôt à l'aise dans mes pompes et assez fière du chemin parcouru. Mon corps est sympa avec moi, certes la peau se détend et le cul n'est plus aussi ferme, les cervicales se coincent régulièrement mais, jusqu'ici, ça va plutôt bien. Les dix dernières années ont été éprouvantes et je me suis éparpillée, beaucoup de sexe beaucoup de fuite. J'ai besoin de rassembler les morceaux. Je voudrais que quelque chose arrive, tout en lui laissant le temps d'arriver. Un amour, un roman, des personnages de fiction.
Quelque chose est arrivé, mais pas tout à fait comme prévu.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) « J'avais décidé de me calmer un peu sur les mecs. Ça faisait partie de mes résolutions de début d'année : je voulais du temps pour écrire, sur d'autres vies que la mienne, et aussi je voulais tomber amoureuse. Vraiment amoureuse. Pour ça, j'étais prête à attendre. Au printemps un homme est arrivé, il avait les cheveux en bataille et des yeux qui riaient. Et c'est là, juste après, que la vie a dû se prendre les pieds dans le tapis, car dans le lot il y avait bien l'amour, mais aussi une sale petite tumeur dans le sein gauche. »
Après Il est 14h, j'enlève ma culotte et Ceci n'est pas un roman érotique, Zoé Vintimille poursuit l'exploration de sa vie de femme et de ses désirs, souvent contradictoires. Elle livre ici le journal de sa quarante-sixième année, de janvier à décembre, avec toute la sincérité, l'ironie et la sensibilité qui la caractérisent.
S’il m’a été difficile de rentrer dans ce livre (principalement à cause de mon ignorance – et de mon peu de goût pour la poésie), il m’a bouleversé !J’ai péché, péché dans le plaisir de Abnousse ShalmaniUne biographie croisée qui suit Forough Farrokhzad et Marie de Régnier, vies de passions, de poésie et de liberté.
Mais la liberté est dangereuse.
Merci Abnousse Shalmani. Forough, Marie et Cyrus, je vous ai aimé
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Téhéran, avril 1956
Seul un regard peut enhardir un timide. Celui intense de Forough enflamme instantanément le jeune homme planqué derrière la mince rangée de lecteurs, cigarettes en main, journaux en guise d'éventails sous la chaleur printanière de Téhéran, qui se poussent du coude pour attirer le regard de la poète. Forough, craintive, regarde justement au-delà des volutes de fumée et des initiés qui se regroupent dans l'arrière-salle d'une librairie, pour écouter la poète qui, paraît-il, révolutionne la poésie classique et assume le scandale d'une vie libre, et elle se fixe sur le timide se ratatinant sur son siège, comme sur une échappatoire, un horizon. Il prend ce regard pour lui et se sent capable, se promet-il, de lui adresser la parole - c'est la première fois qu'elle le regarde.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Téhéran, 1955. A la suite d’une lecture de ses poèmes, le regard de Forough Farrokhzad (1934-1967), égérie des milieux littéraires iraniens qui n’a que vingt ans, est accroché par celui d’un jeune homme. Elle s’apprête à repousser les avances de Cyrus, ou la Tortue, comme elle le surnomme, et ignore qu’il va bouleverser son existence. Erudit, francophile, Cyrus lui traduit en persan les poèmes de Pierre Louÿs tout en lui racontant la vie du poète et celle de son grand amour, Marie de Régnier.
A travers celle de Marie, Forough entrevoit la vie dont elle aurait rêvé. Grâcieuse, intelligente, perverse, la fille du grand poète José-Maria de Heredia est une des reines de la très libre Belle Epoque, tout Paris se l’arrache. Elle collectionne amants et maîtresses, publie sans cesse et s’amuse dans les salons les plus prestigieux. La poétesse iranienne, elle, mariée à 16 ans à un artiste sans fantaisie, est bridée par sa famille, son militaire de père et les mœurs de son pays. Tout le monde s’épie, tout se sait. Mais Forough ne sait qu’être libre et provoque scandale sur scandale au fil de la parution de ses recueils. Elle célèbre la chair, la vie, l’émancipation et ne se renie pas. Toute son existence, Forough cheminera avec l’histoire de Marie de Régnier et de Pierre Louÿs au cœur, au point de venir à Paris avec Cyrus, sur les traces des deux amants et de leur cohorte d’amis, Claude Debussy, Marcel Proust, Léon Blum, Liane de Pougy et Nathalie Clifford-Barney. Sa mort tragique, à 32 ans, mettra un terme à son œuvre d’une immense intensité, qui en fait sans aucun doute la plus grande poétesse de l’Iran contemporain.
Dans ce roman puissant et subtil, au rythme effréné, Abnousse Shalmani met en regard les vies extraordinaires de ces deux écrivaines qui firent toujours le choix de la passion, amoureuse, poétique ou purement sensuelle, au risque de s’en brûler les doigts. Une ode très contemporaine à la liberté artistique et à celles qui ne renoncent jamais, en Occident comme en Orient.