Western

Bousculé par la narration, l’écriture et le style (enfin… tout ça quoi), j’ai eu de la peine à entrer et à rester en lien avec ce western. Mais quel livre marquant !

J'entends par western un endroit de l'existence où l'on va jouer sa vie sur une décision, avec ou sans désinvolture, parce qu'il n'y a plus d'autre sens à l'existence que l'arbitraire. C'est un lieu assez nu, on s'y rend au sens du verbe « se rendre ». L'autre y est un décor et le temps dilaté. Le western se fout de son temps et de faire avec, il va contre. Ne coïncident plus l'homme et le manque mais l'homme et la plaine.
Quelque chose précède toujours le western: une logique violemment personnelle et dérisoire, vouée à finir, faite d'ordre et de ville, de liens et d'habitudes. Et de dettes.
Western de Maria Pourchet

Un western moderne, sans gentils ni méchants. En tout cas un espace où il est facile de glisser de l’un à l’autre et selon quels critères, d’ailleurs ?
Alexis ? Un féministe à encenser, salopard que #metoo a trop tardé à crucifier, un homme célèbre qui en a profité sans y voir malice ?
Ou n’est-ce que le roman de notre époque ?

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Cela commence à Paris, au théâtre, sur la scène, au centre et au fond, dans l'humeur et l'impatience. Le théâtre c'est comme une mine, un volcan ou une fille. Tout se passe dans le ventre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« J'entends par western un endroit de l'existence où l'on va jouer sa vie sur une décision ».
Éternelle logique de l'Ouest à laquelle se rend le célèbre comédien Alexis Zagner quand, poussé par l'intuition d'un danger, il abandonne un rôle mythique - Dom Juan - et quitte brusquement la ville, à la façon des cow-boys. Quelles lois veut-il laisser derrière lui ? Qu'a-t-il fait pour redouter l'époque qui l'a pourtant consacré ? Et qu'espère-t-il découvrir à l'ouest du pays ? Pas cette femme, Aurore, qui l'arrête en pleine cavale et semble n'avoir rien de mieux à faire que le retenir et percer son secret.
Tandis que dans le sillage d'Alexis se lève une tempête médiatique qui pourrait l'emporter, un face à face impudique s'engage entre les deux exilés. Dans ce roman galopant porté par une écriture éblouissante, Maria Pourchet livre, avec un sens de l'humour à la mesure de son sens du tragique, une profonde réflexion sur notre époque, sa violence, sa vulnérabilité, ses rapports difficiles à la liberté et la place qu'elle peut encore laisser au langage amoureux.

Une femme simple et honnête

Un premier roman vertigineux, terrible et sensuel !

En virtuose, Robert Goolrick dévoile une femme superficielle d’une grande profondeur ainsi qu’un homme richissime rongé par les regrets et les remords dans un poker menteur où personne ne semble pouvoir (ou même vouloir) gagner.

« Il est des choses auxquelles on échappe, pensa-t-il. Mais contre la plupart d'entre elles on ne peut rien, et le froid en fait partie. On n'échappe pas à ce qui est écrit pour nous, surtout au pire. La perte de l'amour. La déception. Le fouet aveugle de la tragédie. »
Une femme simple et honnête de Robert Goolrick

L’histoire de vies perdues, comme cela arrive.

Étourdissant et magistral !

Il faut lire Robert Goolrick !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le froid était glacial, l'air électrique, chargé de tout ce qui allait advenir. Le monde se tint en arrêt, à quatre heures pile. Rien ne bougeait, nulle part, pas un corps, pas un oiseau ; une seconde durant, il n'y eut que le silence et l'immobilité. Des silhouettes gelées sur la terre gelée, hommes, femmes et enfants.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Que vaut une relation qui commence par un mensonge ?
Winsconsin, automne 1907. Ralph Truitt, magnat local, craint et respecté, attend, fébrile, sur un quai de gare enneigé. Ce train en retard renferme son dernier espoir. Après vingt ans de veuvage, l'homme a enfin décidé de se remarier et a placé, plusieurs mois auparavant, une petite annonce dans un journal de Chicago. Et Catherine Land a répondu.
Se décrivant comme "une femme simple et honnête", elle est celle qu'il appelait de tous ses vœux. Mais les apparences peuvent être très trompeuses. Et l'épouse modèle cacher bien des secrets...

Le salon de massage

A la lecture de ce salon de massage, j’ai vraiment eu l’impression que Mazarine avait créé Souheila, lui avait donné un âge, un copain et un métier et s’était ensuite contentée de la regarder vivre…

… et entrer dans un salon de massage et…

Tout mon corps réagissait à ses mains calleuses dont j'aimai immédiatement la texture. Lorsqu'elle remonta le long de mes jambes vers mes fesses, je ne savais plus si j'espérais qu'elle s'y aventure ou si je le redoutais. Mon corps s'ouvrait et se détendait, mon esprit commençait à son tour à lâcher prise. Elle s'en tint au bas des fesses, puis au bas du dos. Rien dans son attitude ne laissait penser que son métier eût un aspect sexuel. D'ailleurs, il était bien noté sur une feuille imprimée et scotchée au mur que toute demande explicite serait sanctionnée par la loi. J'ignorais de quelle loi il s'agissait mais commençais à considérer que cette activité était tout à fait normale: masser était un métier à part entière, [...]
Le salon de massage de Mazarine Pingeot

Une Souheila qui semble vivre comme un bateau en papier qui descend le courant, se laissant porter, coincer, chahuter par les éléments.
Sur le chemin du retour, je laissai couler des larmes de rage et d'impuissance. Je ne savais plus ce que je faisais ni pourquoi. La gratuité de mon existence me sautait aux yeux. J'aurais pu sauter du pont de Tolbiac, mais même ça n'aurait pas eu de sens.

Une vie où même le désir, les rencontres ou les conflits ne semblent réussir à la toucher. Et pour qui ne se laisse pas toucher, quoi de mieux qu’entrer dans un salon de massage ?

« Chaque roman dit au lecteur : "Les choses sont plus compliquées que tu ne le penses." C'est la vérité éternelle du roman mais qui se fait de moins en moins entendre dans le vacarme des réponses simples et rapides qui précèdent la question et l'excluent. »
Milan Kundera, L'Art du roman
Un roman qui commence avec un épigraphe bien sympatoche !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je venais d'avoir 28 ans et un poste à Paris dans une école du XII arrondissement quartier tranquille dont l'ambiance me rappelait Nevers, là où j'ai commencé à enseigner. Je connaissais Paris pour y avoir fait mes études. Ce n'était pas nouveau pour moi, je n'y débarquais pas comme une provinciale apeurée ou au contraire curieuse de tout et qui va au-devant du danger. J'avais aimé la province bien plus que je ne l'avouais à mes amies ou à mon compagnon. Secrètement j'en nourrissais une nostalgie qui me donnait un air blasé, un air de Parisienne.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Tout va bien pour Souheila. Ou, plus exactement, rien ne va mal. Alors, qu'est-ce qui la pousse à entrer dans ce salon de massage thaïlandais à deux pas de chez elle qu'elle n'avait jamais remarqué ? Et pourquoi n'en parle-t-elle pas à Rémi, l'homme avec qui elle partage sa vie ? C'est la question à laquelle elle va devoir répondre quand un scandale éclate, qui met au coeur de l'attention le salon de massage et ses clientes.

Souheila, plus à l'aise dans l'ombre et les interstices, se voit contrainte de se rapprocher de ces femmes avec lesquelles elle ne partage rien, si ce n'est d'avoir été victime des mêmes trafiquants. Mais être victime est-il suffisant pour créer des liens ? C'est pourtant par le biais de ce petit groupe que Souheila rencontre un homme qui va bouleverser le cours de son existence, l'obligeant à faire des choix, elle qui s'en remettait au hasard.

Avec une plume saillante et un humour mordant, Mazarine Pingeot s'attaque ici aux sujets les plus brûlants de notre époque

Situations

Véritable Inception du détournement et de la référence, de réf de réf, d’auto réf et de contre réf… Situation nous emmène dans le monde du spectacle dans une mise en abyme vertigineuse.

Situations de Maxime Morin, dessins et couleurs de tienstiens

Avec un curieux procédé explicatif (un peu surprenant – voir gênant au début mais finalement fort bien utilisé), Maxime Morin et Tienstiens nous parlent de la spectaclisation de la société, de l’économie, de la politique, de l’intime et même… du monde du spectacle.

Le rêve dans le rêve dans le rêve, vous dis-je !

Avec une fin en fractale un peu confuse, peut-être

4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quel est le point commun entre Le Parrain, L'Exorciste, et Gladiator ? Réponse : ce sont tous des flims. Dans Situations, tienstiens (@tienstiensbd) et Maxime Morin (@wikihowmuseum) détournent films, émissions de télé et autres productions culturelles mainstream pour en dévoiler les mécanismes, les saboter, et provoquer, fatalement, le rire. En outre, les auteurs ont pris une décision unique et originale : celle d'expliquer toutes les références convoquées. Ainsi personne ne sera abandonné sur le bord de l'autoroute de la « réf ».

J’ai 8 ans et je m’appelle Jean Rochefort

Size matter ? Really ?

Adèle Faugère démontre avec ce tout petit livre que parfois, point trop n’en faut. Pas besoin de 500 pages pour en faire un bijou.

Un jour, j'en ai eu tellement marre que je me suis même adressée à Dieu alors que d'habitude mon rapport au spirituel est une envie de rire phénoménale. Je lui ai dit : « Nom de Dieu de bordel de merde, tu vas faire quelque chose oui ?! » C'était, certes, complètement dérisoire, mais je me suis lavé les dents et je me suis couchée quand même contente.
J’ai 8 ans et je m’appelle Jean Rochefort de Adèle Fugère

L’histoire de Rosalie avec des moustaches, Rosalie qui ne va pas très bien, Simon qui est cool et bien sûr… Jean le magnifique !

Un conte un peu décalé et étrange comme une poésie enfantine

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je m'appelle Rosalie. Rosalie Pierredoux. J'ai 8 ans. J'habite Saint-Lunaire. C'est en Bretagne. J'habite Saint-Lunaire avec mes parents. Ils sont cool, mes parents. Ils ne me grondent pas trop. Je suis en CE2. Mon école c'est l'école Grenier-Hussenot. C'est à Saint-Lunaire. Aussi. Je suis dans la classe de Jean-Pierre. Jean-Pierre, c'est mon maître. Il est « sensass » ! Vous ne savez pas ce que ça veut dire « sensass » ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le lendemain matin, je me suis levé. Je devais aller à l'école. Mais j'avais un truc qui me chatouillait au-dessus de la bouche. J'ai touché. Ca piquait un peu. Mais c'était doux aussi. Je suis allé dans la salle de bain. Je suis monté sur le rehausseur pour voir dans la glace. Et je me suis vu. Avec une moustache. J'ai souri. Je n'avais plus l'air de ce que j'étais. Je me suis dit : « Jean, ça te va bien. »
Rosalie Pierredoux, 8 ans, sent toute la tristesse du monde peser sur ses épaules. Un matin, sans prévenir, Jean Rochefort et sa moustache vont changer son regard

Pharmakon

Olivier Bruneau semble ne pas apprécier de faire deux fois la même chose. Dirty sexy valley ou Esther ne se ressemblaient en rien et cette fois encore : rien à voir.

Les types disparaissent derrière le rocher. J'arrête de respirer, je bloque la visée et j'attends. Je peux tenir une vie en apnée comme ça, mais après trente secondes à peine ils réapparaissent, et le soldat ouvre le passage à son chef. Ils ont l'air de se diriger vers l'autre grotte, celle où on croyait les débusquer y a deux jours. Ils slaloment entre les pierres, ils glissent et se rétablissent, s'arrêtent et repartent. Ils sont en mouvement et le tir est impossible à cette distance, mais j'ai pas le choix. Ils se déplacent vers la gauche, alors je choisis le soldat.
Pharmakon de Olivier Bruneau

L’histoire un peu courte et peu développée d’un sniper au sein d’une milice privée testant une substance permettant de se passer de sommeil.

« On échange pas un mot, on reste juste ensemble
à attendre que le soleil apparaisse à l'horizon.
Dans un livre ça devrait marquer le début
d'un nouveau chapitre, mais pour moi,
y a pas de pause, pas de transition ici.
Entre le jour et la nuit, c'est juste
une simple histoire de luminosité. »

Dommage de ne pas mieux faire d’un pitch aussi prometteur

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Y a pas plus beaux paysages au monde que ceux des pays en guerre. Regardez cette montagne, de l'autre côté de la vallée. Le soleil se lève derrière elle, et l'ombre qui la couvre comme un drap noir se retire doucement, comme un tableau qu'on dévoile.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Isolés dans un pays déchiré par la guerre, retranchés dans leur camp, des mercenaires au service d'une entreprise privée ont pour mission de protéger une raffinerie de pétrole. L'un d'eux, tireur d'élite, reçoit un traitement expérimental qui doit lui permettre de rester sans sommeil plusieurs jours et nuits d'affilée, afin d'optimiser ses performances. Soumis à la solitude de cet état de veille artificiel, et à la menace fantôme d'ennemis toujours cachés, il vit contre la nuit, dans un paysage de plus en plus hypnotique, et une tension toujours plus dense.

L’étranger

Dans ma mémoire, le roman de Camus ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. Peut-être un peu d’ennui scolaire nimbé d’une aura de chef d’oeuvre que je n’avais pas du comprendre. Guère plus.

L’étranger de Jacques Ferrandez, d’après le roman d’Albert Camus

L’adaptation m’avait donc intéressé, peut-être m’étais-je trompé alors et le dessin pourrait révéler ce qui m’avait échappé. Mais non. L’ennui est toujours là.

Certes, certaines aquarelles sont réussies, mais l’ensemble reste aussi statique que son personnage bartlebien. Une BD dans l’étouffante torpeur algérienne qui m’a laissé froid

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut- être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le jour où sa mère est morte, Meursault a remarqué qu’il faisait très chaud dans l’autobus qui le menait d’Alger à l’asile de vieillards, et il s’est assoupi. Plus tard, dans la chambre mortuaire, il a apprécié le café que lui offrait le concierge, a eu envie de fumer, a été gêné par la violente lumière des lampes électriques. Et c’est avec une conscience aiguë du soleil qui l’aveugle et le brûle que l’employé de bureau calme et réservé va commettre un acte irréparable.
Camus présente un homme insaisissable amené à commettre un crime et qui assiste, indifférent, à son procès et à sa condamnation à mort

Le jour et l’heure

Edith est malade et va mourir. Elle décide de se rendre en Suisse pour un suicide assisté avec Exit. Elle part avec son mari et ses enfants pour ce dernier voyage sans retour.

On croit toujours que nos mères sont éternelles.
Elle, elle disait, vous verrez, ça va vous libérer comme moi j'ai été libérée par la mort de ma mère. Elle disait que ça l'avait fait grandir et devenir femme plus vite. Il faut dire qu'elle était encore très dépendante de sa mère. Moi, dans ma tête, ça faisait longtemps que le cordon était rompu, ça faisait longtemps que j'étais adulte. Quand elle m'avançait ça comme argument de vente, que sa mort allait nous faire du bien, je lui en voulais, et en plus j'avais envie d'ajouter, pour moi, c'est déjà fait, je n'ai pas attendu ton départ pour me libérer de toi.
Le jour et l’heure de Carole Fives

En donnant une voix à chaque accompagnant-e, Carole Fives nous parle de la mort qui vient, des souvenirs, des relations de famille.

Une gentille famille de médecins et d’artistes, avec des voix trop uniformes qui manquent de relief pour donner suffisamment de contrastes à ce récit

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La veille, j'étais de garde. Vers vingt-deux heures, on m'a appelée pour une urgence. Un accouchement compliqué. La mère avait fait une grosse hémorragie. On avait réussi à sauver le bébé et je venais de la transférer en réa dans un autre hôpital. J'étais encore totalement là-dedans, dans « Toi et ton bébé, je vous en supplie, vous restez en vie ». Il faut toujours un certain temps après pour redescendre. C'est très addictif les urgences gynécologiques, les urgences en général... on voudrait continuer à sauver le reste du monde, en mode superhéros, mais on reste là, les bras ballants : y'a plus personne à sauver.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« On s'est tous retrouvés à la gare de la Part-Dieu vers sept-huit heures. Maman avait son rendez-vous en début d'après-midi et elle n'avait qu'une peur, le rater. Le GPS annonçait cinq heures de route. On est partis avec la Peugeot à sept places. Papa et Maman devant, et nous, les quatre enfants, derrière, comme à la belle époque. Il ne manquait que les scoubidous et les cartes Panini.

Papa a toujours eu une conduite assez brusque mais alors là, on aurait dit qu'il le faisait exprès. De la banquette arrière, je voyais Maman, à l'avant. Elle ne disait rien mais, à chaque fois que Papa freinait, ou accélérait, son visage se crispait. J'en avais mal pour elle. À un moment, il y a eu une énorme secousse, c'est sorti tout seul, je n'ai pas pu me retenir, mais c'est pas vrai ! Il va tous nous tuer ce con ! »

Edith se sait gravement malade. Elle a convaincu son mari et leurs quatre enfants de l'accompagner à Bâle, en Suisse, où la mort volontaire assistée est autorisée. Elle a choisi le jour et l'heure. Le temps d'un dernier week-end, chacun va tenir son rôle, et tous vont faire l'expérience de ce lien inextricable qui soude les membres d'une famille.

Dans un road trip tendre et déchirant, Carole Fives dresse avec délicatesse le tableau d'un clan confronté à l'indicible et donne la parole à ceux qui restent

Pauvre folle

Pauvre folle d’aimer, d’espoir et d’impossible. Folle et enfermée dans un déni passionnel.

Citrouille jugeait plaisant de leur sauter dessus en prenant son élan, elle ne s'en lassait pas. Fâchée d'être éconduite et aucunement le centre de l'attention dans ce salon, elle se mit à les mordre en poussant des cris rauques, parfaitement inédits, qui l'étonnèrent elle-même. Clotilde fut obligée de l'enfermer dans la cuisine, où la siamoise put s'adonner à la destruction intégrale des rouleaux de Sopalin, pendant que sa maîtresse retournait sur le canapé.
Pauvre folle de Chloé Delaume

Avec une écriture sublime (qui m’a réveillé d’anciens souvenirs de Kundera), Chloé Delaume dévoile les tourments de Clotilde, emportée dans les tourbillons d’un impossible amour.

Clotilde se disait que ce qu'elle éprouvait pour Guillaume relevait de l'amour absolu, or l'absolu est sans limites et Clotilde avait beaucoup de mal avec la notion de limites. Elle était toujours dans l'extrême, avait besoin d'être excessive, canalisait mal ses pulsions. Guillaume avait sur elle l'effet d'une drogue, elle en avait pratiqué plein, mais les molécules du Monstre condensaient ce que chacune avait de plus délicieux et intense. Les montées de dopamine, la pensée qui galope, l'inspiration, la confiance en soi, la plénitude, le reset ; le désir. Elle n'aurait fait le deuil du produit pour rien au monde.

C’est vertigineux, souvent drôle, subtile et écrasant.

Pauvre pauvre folle

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La fin du monde n'a pas du tout la forme prévue. Derrière la vitre embuée, Clotilde observe la neige couvrir avril ; le train qui l'emporte traverse autant de forêts mortes que de prés empoissés par des ruisseaux boueux. Elle regarde le décor se déliter lentement, l'époque s'appelle Trop tard, chacun est au courant, alors elle se demande comment font toutes ces bouches pour prononcer encore sérieusement le mot Avenir.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans toutes les histoires d'amour se rejouent les blessures de l'enfance : on guérit ou on creuse ses plaies. Pour comprendre la nature de sa relation avec Guillaume, Clotilde Mélisse observe les souvenirs qu'elle sort de sa tête, le temps d'un voyage en train direction Heidelberg. Tandis que par la fenêtre défilent des paysages de fin du monde, Clotilde revient sur les événements saillants de son existence.
La découverte de la poésie dans la bibliothèque maternelle, le féminicide parental, l'adolescence et ses pulsions suicidaires, le diagnostic posé sur sa bipolarité. Sa rencontre, dix ans plus tôt, avec Guillaume, leur lien épistolaire qui tenait de l'addiction, l'implosion de leur idylle au contact du réel. Car Guillaume est revenu, et depuis dix-sept mois Clotilde perd la raison. Elle qui s'épanouissait au creux de son célibat voit son coeur et son âme ravagés par la résurgence de cet amour impossible.
La décennie passée ne change en rien la donne : Guillaume est toujours gay, et qui plus est en couple. Aussi Clotilde espère, au gré des arrêts de gare, trouver une solution d'ici le terminus

Désirer

Excellent ! C’est acté, les femmes enterrent définitivement l’érotisme à la papa.

Suite à une brève préface signée Charlotte Pudlowski, suivent six nouvelles autour du désir, celui des femmes.

Et c’est Emma Becker qui ouvre les feux avec un quiproquo magnifique, une embrouille délicieuse.

Philippe, lui, a juste un peu blanchi.
C'est peu de dire que ma soirée vient de prendre une tournure absolument inédite. Il faudrait maintenant m'arracher à ma chaise - et au lieu du bonsoir timide que je m'apprêtais à lâcher, j'attrape avec allégresse la main de Véronique et vais jusqu'à me lever pour la saluer.
Paul n’est pas venu de Emma Becker

Elle est suivie par la très drôle (si, si) Marina Rollman dans un France-Suisse au score tendu.

On est tous deux debout, derrière un canapé. Il a les mains posées sur le dossier, il s'agrippe. C'est pas des mains de pianiste mais c'est des belles mains carrées, douces mais solides, qui savent faire des trucs utiles, qui t'agrippent comme il faut. Les bras sont jolis aussi, on est dans cet âge chouette où on a pas ce truc tendu de bébé, mais pas non plus la sécheresse passé soixante. Les veines, la vie qui pulse en dessous, mais pas encore les taches, la mort qui s'annonce par le dehors.
Les femmes marrantes de Marina Rollman

Joy Majdalani nous parle d’une passion interdite pour Arthur (le pauvre, en plus, il est moche).

Dans la conversation d'Arthur, en dessous du pouce bleu qu'il avait envoyé en réponse à mon invitation, un nouveau message est apparu: « J'aurais pas dû t'embrasser la joue comme ça. Je suis désolé. » 
Puis, 
« Ta robe était magnifique. »
Je ne sais pas d'où me vient cette témérité nouvelle, mais sans réfléchir, je réponds:
« Arthur, je sais, je n'aurais pas dû, mais je viens de jouir très très fort en pensant à toi. »
Arthur qui est moche de Joy Majdalani

Wendy Delorme nous parle du désir au féminin, hélas impossible… le temps de laisser monter le désir.

Le chemin n'est pas long, de ma chatte à mon cœur. Mais il y a des personnes qui prennent un raccourci. Et ça se joue en une nuit.
Je suis une fille facile, je l'ai toujours été. Je n'en fais pas mystère. J'aime les choses concrètes, qui sont dites simplement. Et surtout, j'aime les filles.
Les cinq pas qui séparent le canapé du lit de Wendy Delorme

Emmanuelle Richard raconte le sexe au temps du Covid.

Au début de cette seconde réclusion forcée, je suis venue sonner. Je ne sais plus quel prétexte j'ai inventé, sans doute un dépannage alimentaire. Je n'ai pas fait l'effort de trouver quelque chose de subtil, c'est surtout le courage que ça m'a demandé. Quand tu m'as ouvert la porte, tu étais en vieux jean et t-shirt, couvert de plâtre et les bras nus. Bruns, tes bras sous la poudre de plâtre. Tu m'as souri. De ton sourire particulier, très beau quand il se fendait large, carnassier, et malgré tout très doux. Avec deux petites, mignonnes canines de vampire qui apparaissaient lors de la manifestation de certains de tes différents visages.
Ta fenêtre en face de Emmanuelle Richard

Et Laurine Thizy termine avec un classique, mais très réussi : le moniteur de ski.

Pas longtemps après, Ismaël s'en va, c'est maintenant ou jamais, c'est maintenant, je me lève aussi, notre chorégraphie implicite, le grand ballet su par cœur de ceux qui vont ken. Dehors, il fait un froid piquant. On se raccompagne en silence et soudain je suis plus certaine d'avoir raison, est-ce que je peux me tromper, rien n'est plus clair pourtant que le désir d'un homme, les micro-signaux comme autant de certitudes, et puis non, peut-être pas, peut-être que je comprends rien, peut-être que j'ai tort, mais le voilà qui s'arrête et sort ses clés et dit à voix basse: Je t'invite à boire un dernier truc? Une tisane, c'est le mieux pour faire passer la fondue.
Ismaël de Laurine Thizy

Quel excellent recueil de nouvelles autour du désir et ses multiples facettes (aussi colorées que la couv’) qui se conclu par une petite (et bienvenue) présentation des autrices.
Pour conclure, (hélas, c’est trop tôt), oui, on en veut encore !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Vous êtes sur un canapé, au restaurant, dans un bar. Vous êtes face à un inconnu, une inconnue, qui vous parle ; vous l'écoutez. Vous regardez ses lèvres. Chair tendre pigmentée, qui remue. De sa bouche, les mots qui s'échappent rencontrent le réel, entrent dans vos oreilles, creusent un chemin vers votre ventre, vous pénètrent. Vous êtes immobile, fébrile. Vous avez envie de l'embrasser et vous ne savez pas si ce sont ses mots que vous voudriez manger, ou son corps. Dans cette chorégraphie: le début de la jouissance, déjà. Le langage est une peau. Je frotte mon langage contre l'autre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Elles veulent, elles fantasment, elles jouissent.
Mais avant tout, les femmes mènent la danse.

Six autrices explorent le désir au féminin. Les hommes deviennent des proies et les fantasmes prennent chair. Leurs héroïnes sont libres, modernes et drôles. Elles nous ressemblent.
Emma Becker, Wendy Delorme, Joy Majdalani, Emmanuelle Richard, Marina Rollman et Laurine Thizy se font la voix d'un érotisme d'aujourd'hui. Elles dessinent les contours d'un monde nouveau, dans lequel les femmes ne sont plus objets de désir mais actrices de leur plaisir.